vignette|Le trésor de Priam.

Le Trésor de Priam (parfois désigné comme l’or de Troie) est une découverte archéologique effectuée par l'allemand Heinrich Schliemann alors qu'il dégageait le site de Troie, à Hissarlık, dans l'actuelle Turquie. Près de rapportés des fouilles ont été indistinctement attribués au roi Priam, ce qui ne correspond pas à la datation de ces vestiges. Schliemann ayant fait don de ce trésor à l'Empire allemand en 1881, les objets rejoignirent en 1885 les collections du Völkerkundemuseum, puis en 1931 le Museum für Vor- und Frühgeschichte (Berlin). À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le trésor fut emporté comme prise de guerre en Union soviétique. On resta sans nouvelles de son sort jusqu'à ce qu'il soit de nouveau localisé en 1987. Le Trésor de Priam est exposé au musée Pouchkine de Moscou, le musée de Berlin n'exposant actuellement que des copies des pièces originales.

La découverte vignette|Heinrich Schliemann.

Le Trésor de Priam fut découvert le Toutefois, selon , qui reconnaît lui-même dans sa préface que son livre , c'est le 14 juin que la découverte aurait eu lieu, alors que Schliemann avait décidé d’arrêter les fouilles le 15. par Heinrich Schliemann lors de fouilles. Ce passionné d'antiquités, convaincu que le site de la légendaire Troie devait se trouver sous la colline d’Hissarlik, avait établi son chantier à cet endroit. En quête de vestiges à résonance historique, Schliemann n'hésita pas à retourner toutes les couches de terrain jusqu'à atteindre le niveau correspondant à l'époque présumée du roi Priam et de la chute de Troie. Mais en , tout ce qu'il avait découvert était les vestiges d'une ville détruite par un incendie, dont le niveau lithologique correspondait à environ. Schliemann dégagea deux boyaux menant à deux grandes portes, une rampe de pierre et les vestiges d'un édifice qu'il identifia comme le Palais de PriamKonstantin Akinscha, Grigori Koslow: Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots. Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich 1995, p. 20..

Quelques semaines plus tard, le , Schliemann, après quelques recherches le long d'un mur à proximité de la grande porte de la ville, dégagea à une profondeur d'environ un récipient en cuivre fendu, sous lequel il découvrit un amoncellement d'or :

Faisant fi des risques d'effondrement, il continua à creuser et mit au jour de nouveaux objets de métal précieux. Schliemann ramenait ensuite ses trouvailles dans sa cabane de chantier, où il les mettait en sécurité et où il les classait. Parfois les objets étaient entrelacés ou emboîtés l'un dans l'autre. Il y avait là entre autres un bouclier, un chaudron aplati, des dagues et des pointes de lance en cuivre, une aiguière, trois vases et des lames de couteau en argent, une flasque, un gobelet et deux petits pots en or. Le plus grand vase en argent contenait des parures d'or, dont deux diadèmes, un mince bandeau frontal, quatre pendentifs, six bracelets, 56 boucles d'oreille et petits boutons et anneauxKonstantin Akinscha, Grigori Koslow: Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots. Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich, 1995. Pages 20 et 21..

Histoire vignette|Portrait de Sophia Schliemann portant diadème, boucles d'oreille et collier provenant du Trésor de Priam.

Transfert en Allemagne De peur d'une confiscation et d'un partage consécutif du butin, Schliemann ne dit rien de sa découverte aux autorités ottomanes, quoiqu'il eût été tenu d’obtenir d'elles une autorisation de creuser. Le il transporta en grand secret les objets à la frontière grecque et embarqua ensuite pour Athènes. De là, il expédia aux plus célèbres sociétés savantes d’Europe une dépêche par laquelle il les avisait de sa découverte. La Sublime Porte poursuivit Schliemann devant un tribunal grec pour contrebande. Au terme d'une année de procès, Schliemann fut condamné à verser une indemnité de franc-or. Il décida même de donner de son plein gré francs-or au Musée impérial de Constantinople et lui restitua quelques éléments du trésor, d'intérêt secondaire Konstantin Akinscha, Grigori Koslow, Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots, éd. Deutscher Taschenbuch, Munich, 1995, p.22.

Schliemann pensait établir à ses frais un nouveau musée à Athènes pour abriter ce trésor et ses futures découvertes, mais ne put trouver de terrain d'entente avec le gouvernement grec pour les droits d'exploitation en 1873 des sites d’Olympie et Mycènes, si bien qu'il finit par proposer au musée du Louvre d'accueillir la collection ; mais les autorités françaises déclinèrent l’offre..

Après avoir proposé le trésor à la vente auprès du musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg Heinrich Schliemann nach hundert Jahren: Symposion in der Werner-Reimers-Stiftung Bad Homburg in Dezember 1989, éd. Vittorio Klostermann, Francfort-sur-le-Main, 1990, p.382, Schliemann l'exposa de 1877 à 1880 au Victoria and Albert Museum de Londres, où depuis des années sa trouvaille suscitait l'intérêt des chercheurs et du grand public. Sur une suggestion de son ami Rudolf Virchow, qui avait pris part à la campagne de fouilles de 1879, Schliemann en fit don en 1881 au peuple allemand pour qu'il en dispose à jamais et sans interruption dans la capitale impérialeTexte original : dem Deutschen Volke zu ewigem Besitze und ungetrennter Aufbewahrung in der Reichshauptstadt.. Lui-même devint membre de la Berliner Gesellschaft für Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte et fut fait citoyen d'honneur de Berlin. L’empereur Guillaume le remercia personnellement par une lettre et l'assura que le Trésor de Priam serait exposé en permanence dans les galeries du Musée ethnologique de Berlin Deutscher Reichsanzeiger und Königlich Preußischer Staatsanzeiger vom 7 février 1881.

En , Schliemann fit démonter les panneaux d'exposition du trésor de Troie des vitrines du musée londonien de South-Kensington, et les fit expédier à Berlin. En 1881, ils occupaient deux salles du tout nouveau musée des Arts décoratifs (auj. Martin-Gropius-Bau dans la rue du Prince-Albert), et l'ouverture au public commença en . Cette même année, Schliemann augmenta la collection de nouveaux vestiges archéologiques. Le transfert du trésor vers le site initialement prévu, le Département « préhistoire » du musée für Völkerkunde n'aura lieu qu'en 1885. La collection fut enrichie à plusieurs reprises au cours des années suivantes, d'abord par le rachat à la Turquie des pièces laissées en dépôt à l'issue du procès en contrebande (1886), puis par le don d'antiquités égyptiennes (1887). Par testament, Schliemann léguait en 1891 à sa veuve Sophia les derniers objets du trésor encore en dépôt dans sa maison d’Athènes. Ceux-ci furent expédiés en 1893-94 à Berlin par la Direction du Musée ottoman, donnant à la collection Schliemann son contenu définitif. Jusqu'en 1895, on conserva l'ordonnance voulue par Schliemann, puis le Prof. Hubert Schmidt, qui avait pris part en 1893-94 aux dernières campagnes de fouilles d'Issarlik (Troie) sous la direction de Wilhelm Dörpfeld, dressa un catalogue systématique et imagina une nouvelle présentation du trésor Reimer Hansen, Wolfgang Ribbe, Willi Paul Adams, Geschichtswissenschaft in Berlin im 19. und 20. Jahrhundert, éd. de Gruyter, Berlin 1992, p.108. C'est dans cet état que se trouvait encore la collection, dans les salles Schliemann de l'aile du Völkerkundemuseum de Berlin, lorsqu'éclata la Seconde Guerre mondiale en 1939.

Seconde Guerre mondiale À l'approche d'une guerre avec la France en 1939, on conseilla aux conservateurs des musées berlinois de mettre leurs collections en lieu sûr. Les collections du Völkerkundemuseum furent déplacées dans les sous-sols, et le trésor de Priam fut, avec d'autres objets précieux du musée, entreposé dans des caisses en bois avec des listes d'inventaire. En , devant la multiplication des raids aériens, on déplaça ces caisses dans les sous-sols de la Preußische Staatsbank. À la fin de l'année 1941, elles furent de nouveaux déplacées dans la tour de la Flak du Großer Tiergarten, où deux salles étaient assignées aux collections du musée. Elles y demeurèrent jusqu'à la chute de Berlin, quoiqu'un « Ordre du Führer » de eût exigé le déplacement des collections muséales vers le front ouest, pour les soustraire aux Bolcheviks, mais le directeur du musée, le Dr. Wilhelm Unverzagt, s'y opposa et ordonna le retour des caisses au parc de Tiergarten Konstantin Akinscha, Grigori Koslow: Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots. Deutscher Taschenbuch Verlag, München 1995, p.23. Unverzagt resta à veiller sur ses précieuses caisses, jusqu'à l'arrivée de l’Armée rouge. Le gouverneur militaire soviétique, Nikolaï Erastovitch Bersarine, après avoir inspecté la Flakturm en compagnie du Dr. Unverzagt, l'assura que les pièces du musée resteraient en sécurité.

Prise de guerre Wilhelm Unverzagt, aidé de deux collaborateurs, fit préparer les collections dans la Flakturm pour leur acheminement vers l'aérodrome, et le elles furent emmenées par camion. « L'or de Troie » fut remis officiellement aux autorités occupantes le , non sans qu'Unverzagt eût exigé la présence d'un haut responsable soviétique. La délégation dépêchée pour l'occasion à Berlin comprenait l’historien de l’art Victor Lazarev et le responsable des transports de la Commission des Beaux-Arts, Andreï KonstantinovKonstantin Akinscha, Grigori Koslow: Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots. Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich 1995. p. 98.. Le , le Trésor de Priam était l'un des premiers butins de guerre à rejoindre l’aérodrome de Vnoukovo ; le , il rejoignait les collections du musée PouchkineKonstantin Akinscha, Grigori Koslow: Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots. Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich 1995. p. 59-60., où il ne fut cependant jamais exposé. Aussi finit-on par le croire disparu.

Ce n'est qu'en que fut révélée la détention du trésor en Russie, lorsque Gregori Koslov examina des archives du ministère de la Culture vouées à la destruction. Il découvrit entre autres un document intitulé « Objets remarquables du grand trésor de Troie, Berlin, Völkerkundemuseum », signé par l'ex-conservatrice en chef du musée Pouchkine, Nora EliasbergKonstantin Akinscha, Grigori Koslow: Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots. Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich, 1995, p. 18.. Il était ainsi établi que le trésor avait été répertorié et qu'il devait sans doute toujours se trouver dans les réserves du musée Pouchkine. Irina Antonova, conservatrice du musée Pouchkine, réagit vivement à la divulgation du dépôt secret contenant les prises de guerre russes et justifia qu'on ait gardé jusque-là le secret. En , le ministre de la Culture Nikolaï Goubenko avoua lors d'une conférence de presse qu'il ignorait où l'or de Schliemann pouvait bien se trouver et suggéra plutôt qu'il était certainement tombé aux mains des Alliés occidentaux. Koslov demanda à des amis archivistes de rechercher dans les Archives centrales de Littérature et des Beaux-Arts toute mention sur l'or des Troyens ; l'un d'entre eux finit par tomber sur l'ensemble des pièces administrativesKonstantin Akinscha, Grigori Koslow: Beutekunst. Auf Schatzsuche in russischen Geheimdepots. Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich 1995, p. 287.. Certains de ces documents ont été publiés dans un numéro de la revue ARTnews. Pourtant la thèse d'un dépôt en Russie restait contestée.

Négociations russo-germaniques