Une fougasse incendiaire (en anglais : flame fougasse, parfois « fougasse » tout court, ou « ») est un type de mine terrestre qui utilise une charge explosive pour projeter un liquide enflammé sur une cible . Elle fut initialement développée par le en Grande-Bretagne comme une arme anti-char lors de la menace d'une invasion allemande en 1940 et en riposte à la préparation de l'Opération Seelöwe. Durant cette période, environ de liquide furent déployés en , principalement dans le sud de l'Angleterre et, un peu plus tard, sur en Écosse. Bien que jamais entrée en usage en Grande-Bretagne, l'arme fut utilisée plus tard en Grèce.
Un peu plus tard durant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne et l'Union soviétique développèrent des mines incendiaires fonctionnant selon un principe légèrement différent. Après la guerre, des fougasses incendiaires similaires à la conception originale britannique furent utilisées dans un certain nombre de conflits, notamment dans les guerres de Corée et du Viêt Nam, où elles étaient improvisées à partir d'éléments facilement disponiblesFM 20-33. Combat Flame Operations.. De nos jours, dans les manuels de bataille des armées, elle est considérée comme un expédient sur le champ de bataille.
Origine
Après l'évacuation de Dunkerque en 1940, la Grande-Bretagne dut faire face à une pénurie critique d'armes anti-chars (beaucoup avaient dû être laissées en France). Néanmoins, l'une des rares ressources disponibles restait le pétrole, car les approvisionnements destinés à l'Europe continentale remplissaient les installations de stockage britanniques .
Maurice Hankey, alors ministre sans portefeuille, rejoint le Comité ministériel sur la défense civile (CDC), présidé par Sir John Anderson, le secrétaire d'État au Département de l'Intérieur (Home Office) et au Ministère de la Sécurité civile (Ministry of Home Security). Parmi de nombreuses idées, Hankey . Il pensait que le pétrole ne devrait pas être seulement soustrait à un envahisseur, mais être utilisé pour lui nuire.
Vers la fin juin, Hankey présenta son projet lors d'une réunion de la Commission de contrôle du pétrole et produisit, pour le commandant en chef des Edmund Ironside, un résumé de son journal sur des expériences menées avec du pétrole lors de la Première Guerre mondiale. Le , Winston Churchill autorisa Geoffrey Lloyd, le secrétaire aux hydrocarbures, à poursuivre des expériences sous la supervision générale d'Hankey. À cette fin, le (PWD) fut créé et chargé de développer des armes et des tactiques. Sir Donald Banks fut mis à la tête de ce département.
Le PWD reçut bientôt l'aide de William Howard LivensLivens WH Captain - WO 339/19021. The Catalogue, The National Archives. Livens était bien connu pour son invention lors de la Première Guerre mondiale : le « », connu plus simplement sous le nom de mortier Livens. Cette arme était un simple mortier lourd qui pouvait lancer un projectile contenant environ () d'explosifs, de pétrole incendiaire ou, plus couramment, de gaz toxique phosgène. Le grand avantage du mortier Livens était son faible coût, ce qui permit d’en installer des centaines, voire des milliers en certaines occasions, pouvant être mis à feu simultanément pour prendre l'ennemi par surprise.
Une des démonstrations du PWD, ayant probablement eu lieu à la mi-juillet à Dumpton Gap, fut particulièrement prometteuse. Un baril de pétrole explosa sur la plage ; Lloyd a dit avoir été particulièrement impressionné lorsqu’il vit une partie des officiers de haut rang, assistant à ce test du haut d'une falaise, faire . Le travail était dangereux, Livens et Banks expérimentaient un fût de cinq gallons (23 litres) dans les galets à Hythe quand un court-circuit déclencha plusieurs armes. Par chance, la batterie de fûts, où le groupe se tenait, n’explosa pas.
Les expériences conduisirent à un dispositif particulièrement prometteur : un fût métallique d’une capacité de quarante gallons (182 litres) enterré dans un talus avec seulement une extrémité exposée à l’air libre. À l'arrière du fût est placé un explosif dont la mise à feu entraîne la rupture du contenant et projette vers l’avant un jet enflammé d'environ de large et de long. La conception n'est pas sans rappeler une arme datant de la fin de l'époque médiévale appelée fougasse : un baril de poudre placé dans un trou et recouvert de roches, l’explosif était mis à feu par un détonateur au moment opportun. La nouvelle arme de Livens fut donc baptisée « fougasse incendiaire ». Elle fut expérimentée en présence de Clement Attlee, Maurice Hankey et du général Liardet, le .
Les expérimentations de la fougasse incendiaire continuèrent au même rythme et l’arme évolua rapidement. Au début, le mélange incendiaire était composé de 40 % d'essence et de 60 % de fioul, un mélange calculé pour être inutilisable comme carburant pour les véhicules. Une concoction de goudron, de chaux et de gel d'essence connu sous le nom « 5B » fut également développée. Au début, la conception de la fougasse incendiaire était un arrangement complexe de charges explosives : une petite à l'avant pour enflammer le carburant et une charge principale à l'arrière pour projeter le carburant vers l’avant. Une découverte importante fut faite par la suite : ajouter des copeaux d’alliage de magnésium (des résidus de tournage) à la charge principale à l'arrière du fût permettait d’obtenir un allumage fiable sans avoir la nécessité d'une charge d'allumage séparée et son câblage associé. L'alliage composé d'environ 90 % de magnésium et de 10 % d'aluminium était, à l'époque, connu sous le nom commercial d'« Elektron ».
Différentes conceptions La conception originale britannique de la fougasse incendiaire comprenait trois variantes principales : la fougasse de sécurité, le demigasse et la sauteuse de haie (). Elles utilisaient toutes le même fût et des charges explosives pré-préparés similaires. Quelques détails de la construction étaient différents ainsi que la quantité d'ammonal utilisée pour la charge propulsive .
Fougasse de sécurité thumb|left|Schéma d'installation d'une fougasse de sécurité
La forme la plus commune de la fougasse incendiaire était la fougasse de sécurité qui était construite comme suit : un baril de mélange incendiaire était placé à l'horizontale en position basse avec une extrémité circulaire pointant vers la cible, l'avant. Une section de tuyau de poêle ou de drainage était placée verticalement contre la face arrière du fût, son extrémité bloquée à quelques centimètres au-dessus du fond du contenant. Le sol reconstitué permettait de dissimuler l’arme, ne laissant apparaître que le disque avant du fût et le dessus du tuyau, muni d'un bouchon lâche pour empêcher l'eau d'entrer. L’avant recevait un camouflage léger Imperial War Museum. Film WOY35: Flame Fougasse & Barrel Flame Traps..
thumb|Schéma de la charge explosive de la fougasse
La charge principale était préparée avec un détonateur électrique déclenché dans une amorce liée avec un ruban isolant à trois ou quatre cartouches d'ammonal. Cet assemblage était placé dans un sac en caoutchouc spongieux qui était, à son tour, placé à l'intérieur d'une boîte de cacao remplie de de copeaux de tournage d’alliage de magnésium ; les fils électriques passaient à travers un petit trou dans le couvercle de la boîte qui, ensuite, était bien ajusté . Les charges principales étaient conservées dans le lieu de stockage et ne devaient être mises en place que lorsque l'arrivée de l’ennemi était imminente. Puis, la boîte de cacao était descendue dans le tuyau à l'arrière de la fougasse. De la terre sèche était ensuite tassée au-dessus, avant que la boîte ne soit connectée à un poste de tir distant d’environ . La mise à feu nécessitait seulement le courant délivré par une batterie de .
Le soldat Harold Wimshurst se souvient plus tard :
La conception de la fougasse de sécurité avait l'avantage que, sans la charge principale, l'engin était suffisamment sûr pour qu'il n'y ait pas besoin d'un gardien. Banks signale que l’installation de la charge seulement lorsque le danger était relativement proche était une mesure de sécurité pour protéger le public contre les accidents. L’ammonal utilisé pour la charge propulsive principale était un explosif industriel bon marché qui était hygroscopique et qui devenait dangereux quand il absorbait l'humidité. Même si la charge était emballée dans un sac en caoutchouc dans une boîte en fer blanc et scellé avec du ruban isolant, ce n'aurait pas été sûr de la stocker pendant longtemps dans les conditions d’humidité d'une installation de fougasse incendiaire .
Les fougasses incendiaires étaient camouflées avec une couverture de matériaux légers tels que des filets – tout camouflage plus lourd aurait affecté la portée de l’arme. Elles pouvaient facilement être dissimulées dans les haies ou les talus d'un chemin creux à la vue d'un poste de tir bien caché. Elles étaient placées là où un véhicule serait obligé de s'arrêter, ou au moins ralentir. Leur fonctionnement provoquerait des blessures horribles et instantanées à tout homme sans protection pris dans le jet de flamme ardent, et causerait l’arrêt d’un moteur de véhicule dans les sept secondes, simplement par privation d'oxygène.
Le soldat britannique Fred Lord Hilton MM raconta plus tard :
Demigasse thumb|left|Schéma d'installation d'une demigasse
Le demigasse était une variante de la fougasse incendiaire. C'était un fût contenant un mélange de produits pétroliers couché sur le côté. Une charge dans une boîte en fer blanc de cacao était placée dans un trou peu profond juste en dessous d'une des nervures du fût. Lors de la détonation, le fût se rompait et se retournait, déversant son contenu sur une superficie d'environ . Abandonné sur le bas côté des routes, à l'air libre et sans aucun camouflage autre que pour les fils de tir, il était impossible de la distinguer des barils de goudron couramment utilisés dans la réparation des routes. On espérait qu’en plus des dommages causés par l'arme elle-même, l'expérience conduirait l'ennemi à considérer tout baril innocent en bordure de route avec la plus grande prudence .
Sauteuse de haie
Une autre variante de la fougasse-flamme fut la « sauteuse de haies ». C’était un fût rempli d’un mélange de produits pétroliers, disposé debout avec une boîte de fer blanc de cacao. Elle contenait deux amorces et une seule charge d’ammonal, lesquelles étaient disposées dans un trou de de profondeur situé au-dessous du fût et légèrement décentré par rapport à celui-ci. Lors du tir, le fût était projeté à de haut et à environ en avant, bondissant au-dessus de la haie ou du mur derrière lequel il avait été dissimulé. Il était difficile de définir correctement la charge propulsive, mais elle avait le grand avantage d'être installée rapidement et d’être facile à dissimuler .
Le membre de la , William Leslie Frost, se souvient, plus tard, avoir observé une sauteuse de haie en action :
Une autre variante de la sauteuse de haie fut conçue pour St Margaret's Bay, dans laquelle les fûts auraient été poussés et auraient roulé jusqu’à la falaise.
Déploiement Environ incendiaires furent distribuées ; la grande majorité furent installées dans , surtout dans le sud de l'Angleterre et un peu plus tard dans en Écosse. Certains fûts furent gardés en réserve tandis que d'autres furent déployés sur les sites pétroliers afin de détruire les dépôts d'essence dans un bref laps de temps. Une batterie était composée de un à quatorze fûts. Les batteries constituées de quatre fûts furent les installations les plus courantes, et étaient le minimum recommandé . Lorsque c'était possible, la moitié des fûts dans une batterie devaient contenir le mélange 40 %/60 % et l’autre moitié le mélange collant « 5B ».
Une batterie devait dans l'idéal être installée près d'endroits où les véhicules ralentissent, par exemple un virage, une pente raide ou un barrage routier.
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