vignette|alt=Miniature de laboureurs devant un château.|Le château fort, ici le Louvre, est l'une des constructions caractéristiques de la fin du Moyen Âge, remplaçant la motte castrale (Les Très Riches Heures du duc de Berry) au .|371x371px vignette|alt=Crucifix en or incrusté de pierres précieuses|Croix de procession germanique du ; la religion chrétienne était un élément central de la société médiévale.|347x347px vignette|alt=Enluminure représentant le labour d'un champ avec une charrue tirée par deux bœufs. À l'arrière-plan, des paysans coupent des ceps de vigne.|Labour dans Les Très Riches Heures du duc de Berry ; l'agriculture était la base de l'économie du Moyen Âge, tandis que la paysannerie formait la majorité du , l'un des trois ordres de la société médiévale avec le clergé et la noblesse.|280x280px

Le Moyen Âge est une période de l'histoire de l'Europe, s'étendant du début du , qui débute avec le déclin de l'Empire romain d'Occident et se termine par la Renaissance et les grandes découvertes. Située entre l'Antiquité et les Temps modernes, la période est souvent subdivisée entre le haut Moyen Âge (), le Moyen Âge central () et le Moyen Âge tardif ().

La dépopulation, la désurbanisation et les migrations de l'Antiquité tardive se poursuivent durant le haut Moyen Âge et les envahisseurs ou migrants barbares fondent de nouveaux royaumes sur les territoires de l'ancien Empire romain d'Occident. La période est marquée par de profonds changements sociaux et politiques ; la rupture avec l'Antiquité classique n'est cependant pas complète. La partie orientale de l'Empire romain survit aux bouleversements géopolitiques de la période et reste une puissance de premier plan sous le nom d'Empire byzantin. Il perd cependant une grande partie de ses territoires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord au profit des califats musulmans au . À l'ouest, la plupart des royaumes incorporèrent de nombreuses institutions romaines, tandis que l'expansion du christianisme fut marquée par la construction de nombreux monastères. Sous la dynastie carolingienne, les Francs établissent un empire couvrant la plus grande partie de l'Occident chrétien au avant de décliner du fait des tensions internes et des attaques Vikings au nord, hongroises à l'est et sarrasines au sud.

Après l'an mille, durant le Moyen Âge central, la population européenne augmente fortement grâce à des innovations techniques, qui permettent un accroissement des rendements agricoles. La société se réorganise selon les systèmes de la seigneurie, l'organisation des paysans en communautés cultivant la terre pour le compte des nobles, et de la féodalité, la structure politique par laquelle les chevaliers et la basse-noblesse servaient dans l'armée de leur suzerain en échange du droit d'exploiter leurs fiefs. Cette dernière institution connaît un déclin à la fin du Moyen Âge du fait des efforts de centralisation menés par les différents souverains dont l'autorité se renforce aux dépens de celle des seigneurs locaux. Les croisades, lancées pour la première fois au sont des expéditions militaires menées au nom de la foi catholique ; elles sont principalement destinées à reprendre le contrôle de la Terre sainte aux musulmans, mais visent également les croyances jugées hérétiques en Europe. La vie intellectuelle est marquée par la scolastique cherchant à concilier la foi et la raison et par l'apparition d'universités dans les grandes villes. La philosophie de Thomas d'Aquin, les peintures de Giotto, la poésie de Dante et de Chaucer, les récits de Marco Polo et l'architecture des grandes cathédrales gothiques comme celle de Chartres sont parmi les plus grandes réalisations de cette période.

Le Moyen Âge tardif est marqué par des famines, la peste noire et les guerres qui réduisent fortement la population de l'Europe occidentale tandis que l'Église catholique traverse de profondes crises politiques. Les changements culturels et technologiques de la période transforment néanmoins la société européenne et ouvrent la voie à la Renaissance et à l'époque moderne.

Définition

Le Moyen Âge est une période historique de l'histoire de l'Europe délimitée par l'Antiquité et l'époque moderne. Les auteurs médiévaux divisaient l'Histoire en périodes inspirées de la Bible comme les « six âges du monde » et considéraient que leur époque était la dernière avant la fin du monde. Lorsqu'ils évoquaient la période dans laquelle ils vivaient, ils la qualifiaient de « moderne ». Dans les années 1330, l'humaniste et poète Pétrarque qualifiait l'époque pré-chrétienne dantiqua (« ancienne ») et la période chrétienne de nova (« nouvelle »). Le Florentin Leonardo Bruni fut le premier historien à utiliser un découpage en trois périodes dans son de 1442 car il considérait que le développement de l'Italie l'avait fait changer d'époque par rapport à celle de Pétrarque. L'expression de « Moyen Âge » apparut pour la première fois en latin en 1469 sous la forme de (« saison intermédiaire ») dans l'avant-propos de l'Éloge de Nicolas de Cues par Giovanni Andrea Bussi puis de (« moyen âge ») en 1604. La division en trois périodes de l'histoire fut popularisée au par Christoph Cellarius et est depuis devenue la norme.vignette|Schéma chronologique des quatre époques de l'Histoire selon les historiens français.|gauche

La date admise le plus communément pour le point de départ du Moyen Âge est l'année 476, quand le dernier empereur romain d'Occident fut déposé, et celle-ci fut proposée pour la première fois par Bruni. La fin du Moyen Âge est généralement située à la fin du mais selon le contexte, la date exacte peut varier. On peut par exemple citer la chute de Constantinople en 1453, le premier voyage de Christophe Colomb en 1492 ou le début de la Réforme protestante en 1517. Les historiens français utilisent souvent la fin de la guerre de Cent Ans en 1453 pour marquer le terme de la période tandis qu'en Grande-Bretagne et en Espagne, c'est respectivement la bataille de Bosworth en 1485Voir par exemple le titre de l'ouvrage de , et la prise de Grenade en 1492 qui sont plus fréquemment mentionnées. Ces dates symboliques ne marquent pas à elles seules un changement d'époque et l'historiographie contemporaine considère que la période de la Renaissance allant du début du au milieu du marque la transition du Moyen Âge à l'époque moderne. De la même manière, il n'y eut pas de passage brutal de l'Antiquité au Moyen Âge mais un processus assez long appelé Antiquité tardive s'étendant de la fin du au milieu du . Une définition plus large est donnée par Jacques Le Goff, défenseur d'un « long Moyen Âge » occidental qui s'étendrait du (l'installation du christianisme) au (la révolution industrielle en Grande-Bretagne et la Révolution française), contestant l'idée que la Renaissance aurait mis fin à la culture médiévaleJacques Le Goff : "Le Moyen Âge est une époque pleine de rires !", lexpress.fr, Jacques Le Goff : l'éclaireur du Moyen Âge, bibliobs.nouvelobs.com, 16 août 2010.

Le Moyen Âge est lui-même subdivisé en trois parties : le haut Moyen Âge de la fin du à la fin du , le Moyen Âge central ou classique du début du à la fin du et le bas Moyen Âge ou Moyen Âge tardif du début du à la fin du .

Fin de l'Empire romain en Occident

vignette|alt=Sculpture située au coin d'un bâtiment aux murs en marbre représentant quatre hommes portant des toges et des épées. Les statues sont quasiment identiques et regroupées par deux.|Statue des quatre tétrarques réalisée vers 300 et se trouvant aujourd'hui à Venise.|280x280px L'Empire romain atteignit son extension territoriale maximale au mais il perdit progressivement le contrôle de ses territoires frontaliers durant les deux siècles qui suivirent. Les problèmes économiques et les pressions extérieures provoquèrent une grave crise politique au durant laquelle les empereurs accédaient au pouvoir par la force et en étaient rapidement chassés. Les dépenses militaires augmentèrent fortement notamment du fait des guerres contre les Sassanides en Orient. La taille de l'armée doubla mais sa composition vit la disparition progressive de l'infanterie lourde au profit de la cavalerie et de l'infanterie légère tandis que les légions furent remplacés par des unités plus petites. Cet accroissement des dépenses militaires entraîna une augmentation des impôts et un appauvrissement des classes inférieures comme les décurions.

Pour faire face à ces difficultés, l'empereur Dioclétien () décida en 286 de diviser administrativement l'Empire en deux moitiés, l'une orientale et l'autre occidentale qui furent à leur tour subdivisées en deux. Chacune de ces quatre régions possédait un empereur qui formaient la Tétrarchie. Malgré cette gouvernance quadruple, il ne s'agissait pas d'un éclatement de l'Empire et les zones correspondaient plus à des zones d'influence ou à des théâtres militaires qu'à des entités indépendantes. Après une guerre civile, () réunifia l'Empire en 324 mais il fut contraint de réinstaurer une tétrarchie peu avant sa mort. Il décida de faire de Byzance qu'il renomma Constantinople la nouvelle capitale de l'Empire. Grâce aux réformes de Dioclétien, la bureaucratie et la défense de l'Empire fut améliorée mais elles ne résolurent pas les problèmes structurels qu'il connaissait dont notamment une imposition excessive, une démographie déclinante et les agressions extérieures. La situation politique resta instable tout au long du et l'affaiblissement de la défense des frontières causées par les luttes de pouvoir entre empereurs permit à des « tribus barbares » de s'implanter au sein de l'Empire. La société romaine s'éloigna de plus en plus de ce qu'elle était durant la avec un écart grandissant entre riches et pauvres et un déclin des petites villes. Une autre évolution importante de la période fut la conversion de l'Empire au christianisme qui devint religion officielle en 381. Cette christianisation ne se fit pas sans difficultés et fut marquée par de nombreuses persécutions et l'opposition entre les différents courants théologiques.

En 376, les Ostrogoths, qui fuyaient l'avancée des Huns, furent autorisés par l'empereur Valens () à s'installer dans la province romaine de Thrace dans les Balkans. La gestion par les Romains de leur implantation et de leur admission en tant que peuple fédéré fut calamiteuse et les Ostrogoths se mirent à piller la région. Alors qu'il tentait de ramener l'ordre, Valens fut tué lors de la bataille d'Andrinople en 378 et les Ostrogoths s'implantèrent de manière autonome au sein de l'Empire. En 400, les Wisigoths envahirent l'Empire d'Occident et pillèrent Rome en 410. D'autres peuples firent de même et les « invasions barbares » virent la migration de nombreuses populations essentiellement germaniques dans toute l'Europe. Les Francs, les Alamans et les Burgondes s'installèrent dans le nord de la Gaule, les Angles, les Saxons et les Jutes s'implantèrent en Grande-Bretagne tandis que les Wisigoths et les Vandales fondèrent respectivement des royaumes en Hispanie et en Afrique du Nord. Ces mouvements de population étaient en partie causés par l'avancée vers l'ouest des Huns qui, menés par Attila (), pillèrent les Balkans en 442 et 447, la Gaule en 451 et l'Italie en 452. Les Huns restèrent menaçants jusqu'en 453 quand l'Empire hunnique s'effondra à la mort de son chef. Ces invasions bouleversèrent profondément la nature culturelle, politique et démographique de l'Empire romain d'Occident.