Gabriel Jean Raymond Séailles-Ransan, né le à Paris et mort le à Barbizon, est un historien de la philosophie français.
Militant laïque et socialiste, comme son ami Jules Lagneau, il fut à l'origine de la création de l’Union pour l'Action moraleCf. Alain, Souvenirs sur Jules Lagneau, éd. Gallimard, 1926., qui préfigure la Ligue des droits de l'Homme. Ses écrits sur l'esthétique, inspirés du kantisme, ont connu une certaine faveur au début du . Il a aussi laissé une œuvre qui fait autorité dans le domaine de la morale et de la sociologie.
Biographie Gabriel Séailles, fils de Jean François Séailles-Ransan, docteur en médecine, originaire de Vic-Fezensac (Gers) et de Jeanne Léonie Nadaud, étudie à l’École normale supérieure dès 1872, et est reçu premier de l'agrégation de philosophie en 1875. Il enseigne dans les lycées de Laval (1875), Brest (1876) et Douai (1876) puis fait un séjour à LeipzigCf. . pour étudier avec Lachelier l'épistémologie enseignée par Wilhelm Wundt ; il a laissé de ce séjour, outre un journal de voyage, un article sur l'éducation en Allemagne..
En 1883, il devient père d'un garçon prénommé Jean Charles (1883-1967). Le , il soutient et fait valider ses deux thèses de doctorat ès lettres, à la Faculté de Parishttps://eslettres.bis-sorbonne.fr/notice/Doctorant/5767, consulté le 8 janvier 2024. . La première, en français, consiste en un essai sur le génie dans l'artGabriel Séailles, Essai sur le génie dans l'art, Paris, G.Baillière, 1883, 313 p., URL : https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001103824640/IMG00000001, consulté le 8 janvier 2024. . La deuxième, en latin, s'intéresse à l'éthique cartésienneGabriel Séailles, Quid de ethica Cartesius senserit, Paris, G.Baillière, 1883, 77 p., URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k78013p, consulté le 8 janvier 2024.. Devenu docteur, il participe à de très nombreuses soutenances de thèses de doctorat ès lettres, en qualité de membre du jury.
Après avoir donné des cours au lycée Henri IV en 1883 puis au lycée Jeanson de Sailly en 1884, il devint maître de conférences de philosophie à la Faculté des lettres de Paris. Au sein de cette université, il fut également directeur des conférences de philosophie en 1893 puis détint de 1898 à 1913 la chaire d'histoire de la philosophie, succédant à Paul JanetD'après .. C'était avant tout un libre-penseur, sympathisant socialiste qui se battit contre l’ingérence cléricale dans les affaires de l'État. Témoin en faveur d'Émile Zola, admirateur de Jean Jaurès, il fut un ardent défenseur d'Alfred Dreyfus. Il fut aussi à l'origine des Universités populaires, et compte parmi les fondateurs en 1898 de la Ligue des droits de l’Homme. Il militait pour une société laïque, solidaire et juste, fondée sur le travail, au sein de laquelle tout citoyen pourrait se réaliser. Il a collaboré au cours de sa carrière avec de nombreux journaux tels que L'ère nouvelle, La Dépêche de Toulouse, Le Progrès de Lyon, le Populaire de Nantes, et les Cahiers des droits de l'homme.
Gabriel Séailles analysa avec perspicacité l’impressionnisme, la peinture de paysage et de portrait. Il composa diverses monographies sur les artistes de son temps et quelques essais sur l’esthétique inspirés des idées de Kant. Son œuvre comme son engagement ont profondément marqué les esprits de son temps, et sa postérité s'étend des lettres aux arts et à la philosophie, de Proust à Luigi Pirandello, de Basch à Bergson, de Croce à Le Corbusier. Le génie de l’artiste : « puissance réglée, capricieuse et féconde, capable de toutes les métamorphosesG. Séailles, « Le génie dans l'Art », Introduction, p. . » - n'est pas vu comme une force surhumaine, mais consiste selon Séailles en un ensemble de forces physiques, intellectuelles et spirituelles qui, partant de la sensation, l'élaborent et l’organisent et finalement la transforment en images par lesquelles l’artiste exprime ses propres sentiments.
Luigi Pirandello fut particulièrement influencé par Gabriel Séailles, dont il reprend intégralement des passages entiers dans ses propres écrits, sans d'ailleurs toujours le citerF. Orsini, Pirandello e l’Europa, Cosenza 2001, :
Il est inhumé au cimetière de Barbizon, aux côtés de son épouse l'artiste peintre Octavie Charles Paul SéaillesLeur tombe est à peine visible, juste signalée par une minuscule plaque presque illisible, posée sur le sol près d'un bosquet sur le côté droit du cimetière, et un peu plus loin la tombe de son beau-fils : le journaliste et homme d'affaires Charles Paix-Séailles (1879-1921), qui dirigea Le Bonnet rouge
La municipalité de Barbizon a donné son nom à une rue de la commune. Le collège de Vic-Fezensac dans le Gers porte également son nom.
Publications Essai sur le génie dans l'art (thèse de doctorat ès lettres), 1883 Quid de Ethica Cartensis senserit (thèse de doctorat ès lettres), 1883 Alfred Dehodencq : Histoire d'un coloriste, Paris, P. Ollendorff, 1885 Avec Paul Janet, Histoire de la philosophie. Les problèmes et les écoles, Paris 1887 Léonard de Vinci. Essai de biographie psychologique, Paris 1892, édition revue et augmentée 1905, prix Marcelin Guérin de l'Académie française en 1893. Renan. Essai de biographie psychologique, Paris 1898 Watteau, Paris 1901 Eugène Carrière, l'homme et l'artiste. Essai de biographie psychologique, Paris, Édouard Pelletan, 1901 Les affirmations de la conscience moderne, Paris 1903 Réédition Théolib Paris 2014 Éducation ou révolution, Paris 1904 Réédition Théolib Paris 2014 La Philosophie de Charles RenouvierClassic Encyclopedia, éd. Félix Alcan, Paris 1905 La guerre et la République, Paris, A. Michel, 1917. La Paix Blanche, éd. Berger-Levrault, Paris, 1918. 23 p. La philosophie de Jules Lachelier, éd. Félix Alcan, Paris 1920 (172 p.) La philosophie du travail, Paris (posth., 1923) L’origine et les destinées de l’art, Paris (posth., 1925)
Notes et références
Bibliographie Célestin Bouglé, « Autour de la philosophie du travail. Le testament de Gabriel Séailles », Revue de Métaphysique et de Morale, 1925. I. Benrubi, Le sources et les courants de la philosophie contemporaine en France, Paris, 1933. Claudio Vicentini, L'estetica di Pirandello, Milan, Mursia, 1970.
Iconographie Les portraits de Séailles le représentent avec sa femme Octavie Paul (1855-1944) et sa fille Andrée (1891-1980). Eugène Carrière, Séailles et sa fille Andrée, 1893, musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg
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