Gustavo Francisco Petro Urrego, né le à Ciénaga de Oro, est un homme d'État colombien, président de la république du au 7 août 2026.
Ancien militant du mouvement de guérilla urbaine M-19, diplômé en études du développement (1996) de l’université catholique de Louvain en Belgique, il est maire de la capitale, Bogota, entre 2012 et 2015. Après sa défaite au second tour de l'élection présidentielle de 2018, il devient sénateur. De confession catholique, ses idéaux politiques sont influencés par la théologie de la libération.
Il brigue à nouveau la présidence du pays lors de l'élection de 2022, avec la militante écologiste Francia Márquez pour colistière. Il l'emporte au second tour avec 50,4 % des voix face à Rodolfo Hernández. Il devient ainsi le premier président colombien à être issu de la gauche.
Au cours de son mandat, qu'il achève en 2026 avec un niveau d'approbation supérieur à 50 %, il fait adopter plusieurs réformes majeures dans les domaines des retraites, de la santé, de l'éducation et du droit du travail. Sur le plan environnemental, il a instauré un moratoire sur les nouveaux projets d'extraction fossile, interdit la fracturation hydraulique et renforcé la protection de l'Amazonie, tout en affichant son ambition de sortir progressivement de la dépendance pétrolière. Une réforme agraire a permis la redistribution de terres à des paysans, le salaire minimum a fortement augmenté tandis que la pauvreté, la malnutrition et le chômage ont reculé. Les relations extérieures ont été marquées par des conflits diplomatiques avec les États-Unis. Il lui a été reproché une gestion instable marquée par des remaniements ministériels réccurents, une augmentation de la dette publique et l'échec de sa politique de « paix totale » avec les groupes armés illégaux, qui en auraient tiré profit pour se renforcer.
Situation personnelle
Enfance Issu d'une famille modeste, Gustavo Petro grandit dans la municipalité de Ciénaga de Oro, près de la côte caribéenne, dans une maison de type bahareque (construction traditionnelle en bois et en terre) au toit de palme. Sa famille et lui déménagent lorsque son père obtient un poste d'instituteur à Zipaquirá, une ville ouvrière connue pour ses mines de sel située dans le centre de la Colombie.
Il étudie dans la même école publique — dirigée par des prêtres franquistes — où avait étudié Gabriel García Márquez au début des années 1940, lequel fut à l'époque expulsé en tant que « communiste ». Petro affirme que son engagement politique est né de deux événements fondamentaux : le coup d'État de 1973 au Chili contre Salvador Allende et la lecture de García Márquez. À l’adolescence, il crée avec des camarades de classe un journal de dénonciation sociale appelé Carta al pueblo et un centre culturel Gabriel García Márquez. Il y rencontre des ouvriers, des syndicalistes ainsi que des prêtres de gauche sensibles à la théologie de la libération, ce qui contribue à sa formation politique.
Engagement dans la guérilla du M-19 vignette|gauche|Drapeau du M-19. Convaincu que la lutte de guérilla peut changer le système politique et économique de la Colombie, il intègre à l'âge de 17 ans le Mouvement du 19 avril (M-19), une guérilla de sensibilité bolivarienne, socialiste et démocratique. Il emploie pendant sa clandestinité le pseudonyme d'Aureliano, personnage du roman Cent Ans de solitude.
Parallèlement à son engagement clandestin, il suit des études d’économie à Bogotá. Avec le M-19, il mène la saisie d'un terrain pour y loger 400 familles pauvres victimes de déplacement forcé par des groupes paramilitaires, puis contribue à la construction de ce qui deviendra le quartier Bolívar 83. Il entre par la suite entièrement dans la clandestinité et devient un proche de Carlos Pizarro, l'un des principaux commandants du M-19, et insiste avec lui sur la nécessité d'une solution politique négociée au conflit armé colombien et sur la transition vers une Assemblée constituante. Arrêté par l'armée en 1985, il est torturé pendant dix jours dans les écuries de la XIII brigade, puis emprisonné.
Un accord de paix est signé en 1990 entre le gouvernement et plusieurs guérillas, dont le M-19. Celui-ci constitue le parti politique Alliance démocratique M-19 et la liste qu'il présente aux élections de l'Assemblée nationale constituante en 1991 prend la première place. Carlos Pizarro, candidat du parti à l'élection présidentielle de 1990 dont il comptait parmi les favoris, est cependant assassiné.
Famille Avec Verónica Alcocer, il donne naissance à Sofía Petro.
Parcours politique
Premiers mandats parlementaires Il est membre de la Chambre des représentants de 1991 à 1994 et de 1998 à 2006. Il est ensuite sénateur de 2006 à 2010. Sujet à de fréquentes menaces de mort, il est contraint à quatre années d'exil à partir de 1994 après l'interception de communications radio dans lesquelles le chef du bureau du procureur général demandait au commandant paramilitaire Carlos Castaño de l'assassiner.
Économiste de formation, il est membre du parti de gauche Pôle démocratique alternatif de 2005 à 2010, avant de créer le Mouvement progressiste en 2011.
Parlementaire, il dénonce la « parapolitique », les relations entre des élus de la majorité présidentielle et les milices paramilitaires qui les aident à se faire réélire en se débarrassant de leurs adversaires. Il contribue également à faire médiatiser le scandale des faux positifs (exécutions de milliers de civils par l’armée afin de les présenter en guérilleros tués au combat). Enfin, il s'en prend au DAS, les services secrets colombiens, accusé d’être utilisé par le président Álvaro Uribe pour neutraliser ses adversaires politiques.
Il est candidat à l'élection présidentielle en 2010 mais échoue dès le premier tour avec un peu plus de 9 % des voix.
Maire de Bogotá Le , Gustavo Petro remporte la victoire à l'élection municipale de Bogota avec 32,16 % des suffrages. Il prend ses fonctions le . Il est le premier ex-guérillero à occuper un poste d'une telle importance en Colombie.
Le programme de son mouvement Bogotá Humana consistait à combattre la pauvreté et les inégalités au moyen de politiques publiques pour les plus pauvres, de protéger l'environnement et de lutter contre le changement climatique, renforcer la participation citoyenne aux décisions, et lutter contre la corruption structurelle alors que le maire précédent et son frère sénateur s'étaient enrichis en octroyant des marchés publics à des entreprises en échange de pots-de-vin. Son programme est cependant très mal reçu par les classes dirigeantes traditionnelles ; avant même son investiture, plusieurs médias demandaient sa démission.
Les politiques sociales mises en œuvre et l’amélioration des services publics accélèrent la diminution de la pauvreté ; pendant son administration, près d'un demi-million de personnes sont sorties de la pauvreté. La mortalité infantile chute et le taux d'homicide atteint un niveau historiquement bas. C'est le résultat d'une combinaison de politiques publiques (approvisionnement minimal en eau potable pour chaque famille, programme de santé préventive dans les quartiers pauvres, jardins d'enfants, renforcement de l'enseignement public, centres de jeunesse pour l'éducation artistique, tarifs de transport préférentiels pour les personnes modestes). Il s'engage sur les thèmes de l’égalité des genres et du respect des droits des minorités sexuelles. Il essaie de mettre fin à la pratique de la corrida mais se heurte à la Cour constitutionnelle.
vignette|gauche|Manifestation contre la destitution de Gustavo Petro.
En 2012, il s'oppose aux conseillers municipaux de droite au sujet de la responsabilité du ramassage des ordures, dont il souhaite déposséder des entreprises privées accusées de se comporter en « mafia », pour la transférer à une entreprise publique. Le désaccord génère en décembre d’importantes difficultés dans le ramassage des ordures. En , une pétition officielle est déposée par un parlementaire de la majorité gouvernementale de droite afin d'organiser un référendum pour révoquer Petro de sa fonction de maire.
Le , il est destitué de son poste de maire par le procureur général Alejandro Ordoñez, proche du gouvernement et déjà responsable de la destitution de plus de 800 maires, pour cause de « violation des principes constitutionnels de la concurrence », et interdit d'exercer toute fonction publique pendant une durée de 15 ans. Gustavo Petro fait appel de cette décision, mais celle-ci est confirmée le par le Conseil d'État. Malgré une injonction de la Commission interaméricaine des droits de l'homme, le président Juan Manuel Santos entérine la destitution le lendemain et nomme son ministre du Travail Rafael Pardo comme maire intérimaire. Cependant, le Tribunal supérieur de Bogotá ordonne au président Santos de rétablir Petro dans ses fonctions le suivant.
Élection présidentielle de 2018 Sa candidature pour l'élection présidentielle colombienne de 2018 est enregistrée le . Gustavo Petro défend notamment la gratuité de l’enseignement, le respect des accords de paix avec les FARC et un système économique plus respectueux de l’environnement.
Le , son véhicule est ciblé par des tirs, ce qui est interprété comme une tentative d'assassinat. L'éventualité d'un assassinat de Gustavo Petro est sérieusement envisagée par ses partisans dans un pays où cinq candidats présidentiels ont été tués depuis la fin du et 282 militants syndicaux ou communautaires tués entre et .
Les grands médias colombiens lui sont hostiles et le présentent comme un « populiste » qui voudrait faire de la Colombie « un nouveau Venezuela ». Au contraire, il est apprécié chez les jeunes et les classes populaires.
Au second tour, il recueille 41,8 %, douze points derrière le candidat de droite, Iván Duque.. Ce score correspond cependant à une percée de la gauche.
Après l'élection, il est menacé de mort par le groupe paramilitaire Águilas Negras.
Élection présidentielle de 2022 vignette|Logo du Pacte historique. Pour l'élection présidentielle de 2022, Gustavo Petro est pré-candidat des partis Colombia Humana, de l'Union patriotique et du Parti communiste colombien., qui composent la coalition Pacto Histórico, afin d'élire un candidat unique lors de la consultation interpartis qui s'est tenu le , en même temps que les élections législatives. Il remporte cette consultation avec 80,5 % des suffrages et choisit Francia Márquez, militante afro-colombienne des droits humains et de l'environnement, comme colistière pour l'élection présidentielle à venir..
Parmi les points essentiels de son programme, il propose une réforme agraire destinée à rendre sa productivité à d’hectares de terres pour mettre fin au « narco-latifundisme », l’arrêt de toute nouvelle exploration pétrolière dans le but de sevrer le pays de sa dépendance aux industries extractives et des combustibles fossiles, des investissements dans l’éducation publique et la recherche, des infrastructures pour l’accès à l’eau ainsi que le développement du réseau ferroviaire, une réforme fiscale et une réforme du système de santé, lequel est largement privatisé.. Petro a déclaré que la poursuite du néolibéralisme colombien finira par et a proposé une augmentation des impôts pour les Colombiens les plus riches. Il a également indiqué qu'il soutiendrait le procès du président Iván Duque pour les violences commises par les forces de sécurité lors des manifestations de 2021, qui ont fait une soixantaine de morts parmi les manifestants. En , il a déclaré que son premier acte en tant que président serait de déclarer l'état d'urgence économique pour lutter contre la faim généralisée.. Il défend des propositions progressistes sur la question des droits des femmes et des LGBTQ.. Il a aussi annoncé qu'il rétablirait les relations diplomatiques avec le Venezuela..