thumb|Giovanni Paolo Panini, Un capriccio de ruines classiques avec Diogène jetant sa coupe (vers 1730) : le philosophe grec est mis en scène dans un décor fictif constitué d'un amalgame de ruines antiques : colonnes, arcades, bas-reliefs, statues... Un capriccio, ou caprice architectural, est, en peinture, la représentation d'un paysage imaginaire ou partiellement imaginaire, combinant des bâtiments, des ruines et autres éléments architecturaux de façon fictive et souvent fantastique, parfois avec staffage. Le capriccio, d'origine italienne, se rencontre essentiellement vers le , où il s'oppose au registre des vedute, genre pictural basé sur la représentation de paysages urbains réels.

Étymologie Le terme est un emprunt à l'italien (prononcé , au pluriel , ), signifiant « caprice ». En français, il est prononcé ou et son pluriel suit éventuellement la graphie italienne « capricci » ou est francisé en « capriccios ». Il est parfois francisé en « caprice » ou « fantaisie ».

On rencontre également l'expression « » (« vue composée »).

Histoire vignette|Fantaisie architecturale avec deux archesViviano Codazzi, 1647Palais Pitti, Florence Origine Chez l'historien d'art italien Giorgio Vasari (1511-1574), le terme fait référence aux traits de fantaisie déroutante témoignant de l'originalité d'un peintre. Parlant de Filippino Lippi, il souligne les « » (les « étranges caprices que celui-ci exprime dans ses tableaux »). Raffaello Borghini (Il Riposo, 1584) marque une distinction entre une inspiration puisée chez autrui et celle intrinsèque à l'artiste : .

Dès le Viviano Codazzi, à Rome, réalise des peintures d'architecture, qui représentent des ruines imaginaires, comme on peut le voir dans ses Fantaisies architecturales du Palais Pitti.

Vers la fin du , Philippe Baldinucci (Vocabolario dell'arte del disegno, 1681) définit finalement le comme œuvre née de l'imagination spontanée du peintre (). Le sens de caprice devient métonymique en renvoyant à l'œuvre même, non à l'idée fantasque qui l'a produite.

Âge d'or thumb|Michele Marieschi, Capriccio con edificio gotico ed obelisco (1741). Au , le terme prend le sens particulier de paysage fictif chez les peintres de vedute. Dans les années 1720, Marco Ricci (1676-1730) dessine de nombreux tableaux et estampes mettant en scène des paysages avec ruines et staffage. À Rome, Giovanni Paolo Panini (1691-1765) se fait précurseur du mouvement néo-classique avec ses vues qui dépeignent la ville et des scènes de ruines antiques, auxquelles sont intégrés des détails non existants mais contribuant à l'atmosphère évoquée. À Venise le genre des est surtout apprécié par les Vénitiens eux-mêmes, amusés par le jeu ingénieux du peintre avec l'architecture. Dans les années 1740, Canaletto publie une série d'estampes de , les .

Michele Marieschi (1710-1743) se prête aux libertés du capriccio avec la représentation de l'escalier d'une cour intérieure de palais. Il se fonde sur au moins treize versions de motifs inspirées de dessins de décors de théâtre dessinés par Marco Ricci pour donner à sa composition une perspective théâtrale. Son Capriccio con edificio gotico ed obelisco (1741) montre une Venise fantasmée, avec un portique gothique et un obélisque pointant sur un môle, et en second plan, des reliefs de collines et de montagnes où s'adossent maisons en bordure d'eau.

Bernardo Bellotto, Leonardo Coccorante, Gennaro Greco, Vincenzo Greco, Francesco Guardi, Antonio Joli, , Francesco Zuccarelli peignent également des caprices.

Usage ultérieur thumb|Giovanni Battista Piranesi, Les Prisons imaginaires ( édition, 1761 ; planche XIII : Le Puits). Les Capricci, séries d'eaux-fortes de Giambattista Tiepolo (1743), réduisent les éléments architecturaux à des morceaux de statuaires classiques et de ruines, parmi lesquels de petits groupes – soldats, philosophes, jeunes personnes – conduisent leurs affaires. Aucun titre individuel n'expliquent ces œuvres. Une série ultérieure est appelée Scherzi di fantasia, « Dessins fantastiques ».

La série de 80 estampes de Francisco de Goya, Los caprichos, et le dernier ensemble de ses Désastres de la guerre qu'il nomme (« caprices emphatiques »), reprennent le format des groupes de personnages initié par Tiepolo, placés dans la vie espagnole contemporaine, pour produire une succession de satires et de commentaires sur son absurdité, seulement partiellement expliqués par leur titre court.

Parmi les exemples ultérieurs, on peut citer A Tribute to Sir Christopher Wren (v. 1838) et A Professor's Dream de Charles Robert Cockerell, et Public and Private Buildings Executed by Sir John Soane de Joseph Gandy (1818). L'artiste contemporain Carl Laubin a peint plusieurs capriccios modernes en hommage à ces œuvres.

Annexes

Liens internes Védutisme

Liens externes Capriccio, genre pictural, Encyclopaedia Universalis Les veduti, ou vues de Venise au (Vera Lewijse, )

Références

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