vignette|droite|alt=Couverture de l'ouvrage Les Deux Sources.|Ultime ouvrage (1932) des 4 principaux. : Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), Matière et mémoire (1896), L'Évolution créatrice (1907). Les « Deux Sources » de Bergson chez Joseph Malègue, rend compte de ce que ce livre de philosophie est l' de son deuxième et dernier roman Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut.
L'influence de Bergson est déjà visible dans le premier, Augustin ou Le Maître est là. Pierres noires est une trilogie inachevée avec deux « récits dans le récit ».Ces œuvres se situent d'abord en Auvergne.
Contre Bergson, Émile Durkheim juge religion et pratiquants ordinaires » (les Classes moyennes du Salut), enfermés dans de purs mécanismes sociologiques. Bergson admet cette pression sociale comme source de la religion et ses effets, mais en décèle une autre, l'expérience mystique. Elle suscite de rares êtres, réels, historiques, supérieurs aux concepts (chose rare en philosophie) : les saints ou mystiques. À même, dans l'Univers et l'Histoire, de libérer les Classes moyennes du Salut à travers la communion des saints.
Dans Pierres noires, Félicien joue ce rôle à l'égard des personnages du roman. Un monde (Moeller) qu' Augustin, un , une du Salut universel. Philosophie (Bergson), sociologie (Durkheim) s'y nouent comme dans Les Deux Sources de la morale et de la religion (en abrégé Les Deux Sources), sans en altérer le romanesque. Réussite selon beaucoup malgré l'inachèvement de l'œuvre, échec selon d'autres.
Malègue et Les Deux Sources de la morale et de la religion
vignette|droite|Ville haute de Saint-Flour des élites anciennes et cléricales (mais de religion statique comme celles d'en-bas) , dans Pierres noires, élites en déclin social. Celles d'en-bas noyées dans la brume. Selon Jean Lebrec (1922-2013), ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, dans les nouvelles de Malègue depuis 1903, appel et rayonnement du saint jouent . Or, Bergson fonde
Pour lui, Malègue anticipe aussi sur ce que Bergson dira d'une sorte de vérification de la réalité de Dieu à travers l'expérience mystique avant que celui-ci en 1932, dans Les Deux Sources, , selon Lebrec, est L'action se déroule d'abord à Peyrenère, petite cité fictive d'Auvergne (quelque ressemblance avec Saint-Flour).
Pour Marceau, Malègue, dans Les Deux Sources, a vu que Bergson distingue « religion statique » et « religion dynamique » : Le premier incarne la religion statique (Vaton), celle des classes moyennes du Salut, le second (Félicien) la religion dynamique, celle des saints. Ce sont les titres des deux chapitres au centre des Deux Sources . thumb|Ville basse, début inspirant le Peyrenère de Pierres noires. Topologie et sociologie : en bas élites laïques en ascension, (industrie, commerce) Classes moyennes du Salut, comme en-haut. Malègue exploite, dans Les Deux Sources, une rare philosophie dont Fontaine remarque qu' Henri Gouhier la juge fondée sur des êtres réels ne projetant matière première romanesque : des Tel, au centre de Pierres noires, Félicien.
Pour Zofia litwinowicz, auteure de la plus importante étude sur Malègue depuis LebrecL'Homme nouveau du 20 août 2025 : , Bergson est la Malègue définit les Classes moyennes du Salut dans Les Deux Sources.
La morale close c'est l'effet de ce qui pousse Et la morale ouverte, c'est celle des saints. L'édition critique des Deux Sources montre que Durkheim est maintes fois mis à contribution ou critique.
Bergson et Durkheim dans Pierres noires et Les Deux Sources. « récit dans le récit »
vignette|gauche|alt=Carte des taux annuels de suicide principalement en Allemagne avec les différences entre länder catholiques et protestants.| Planche III dans Le Suicide. Taux réguliers de suicides par an, dans les Länder allemands (et en Danemark et Suisse). Ils différant selon qu'ils sont à dominante catholique (taux plus bas, teinte claire), ou protestante (taux élevés, teinte foncée). Non en fonction de ces religions en soi, mais du type de sociétés qu'elles induisent : poids du social dans cet acte individuel ou privé. Les différences de taux par territoires sont tranchées. Sans dégradés de celles-ci aux limites de chacun. Le social détermine l'individuel. Les « classes moyennes du Salut » dans le roman, en sont la traduction littéraire. Professeur de sociologie à l'École normale pour instituteurs de Savenay, Malègue va faire de La Révolution le chapitre « sociologique » de Pierres noires. Le s'amenuisant selon Claude Barthe, cela peut moins intéresser le public. Mais pour lui, l'oubli de Malègue est injusteClaude Barthe dans Joseph Malègue et le « roman d'idées »dans Les Romanciers et le catholicisme (Claude Barthe dir.), Éditions de Paris, Versaillez, 2004, , . Nous aurons dans ce paragraphe le premier « récit dans le récit » inspiré de Dirkheim. Malègue se sert de Durkheim et Bergson pour décrire les Classes moyennes du Salut Marceau commente Malègue à propos de l' Il pense que c'est plus tard que le narrateur-héros du Livre I de Pierres noires (deux-tiers du roman tel qu'inachevé), Jean Paul Vaton, comprendra Il sera alors frappé par ce que lui fait dire Malègue : C'est une idée de Durkheim selon Litwinowicz. Il l'illustre dans Le Suicide, acte en apparence, « le plus individuel que l’on puisse imaginer, » pourtant imprégné de social.
Litwinowicz a lu les notes aux archives Malègue sur Durkheim et Le Suicide. Pour elle, le suicide, chez Durkheim, Elles sont chiffrées et sourcées : cette mort violente donne lieu à enquête judiciaire en tout pays. Nous serions entièrement déterminés (voir ci-contre).
Selon Marceau, Bergson va forger sa pensée des chrétiens d'habitude, les Classes moyennes du Salut (mot de Malègue), sur sa propre vision de l'intelligence et sur la vision de Durkheim concernant le rôle exclusivement social de la religion . La foi de Malègue sera confrontée alors à une pensée affirmant Qui s'élabore selon éliminant liberté et foi. Pourtant Malègue s'en inspire pour donner aux chrétiens d'habitude, ce , leur appellation romanesque : « Classes moyennes du Salut ». C'est ce religieux que Bergson appelle « statique », analogue dans Les Deux Sources à la pesée durkheimienne
Cette religion ainsi vécue est aussi, dans Les Deux Sources, comme le remarque Brigitte Sitbon-Peillon, qui a longuement comparé Bergson et Durkheim, , donc au déterminisme. Pour Marceau, l'individu est entièrement déterminé par la société chez Durkheim : Bergson ne s'en tient pas à ce déterminisme des sociétés chez Durkheim qu'il voit fermées. Il lui oppose l'ouverture que va y opérer la liberté des mystiques ou des saints. Dans Pierres noires , celle de Félicien.
Les Classes moyennes du Salut prisonnères du social. Premier « récit dans le récit »
vignette|gauche|Émile Durkheim vers 1917. Durkheim est l'adversaire de Bergson. Mais Malègue retient de Durkheim les rigidités déterministes des sociétés, notamment religieuses, dans lesquelles elles s'établissent, cependant parfois trop, édulcorant la foi qui dégénère alors en religion statique. C'sst la religion des Classes moyennes du Salut. Bergson ne nie pas l'origine sociale de ce type de religion. Mais il en existe une autre, celle des mystiques et des saints qui a sa source ailleurs, dans l'expérience mystique. Les Classes moyennes du Salut sont le mieux décrites, selon Lebrec, dans une fictive Relation des temps révolutionnaires qu'on peut lire dans La Révolution, une nouvelle indépendante, insérée sous ce titre en un chapitre de Pierres noires dont, pour Lebrec, il est Malègue laisse à la nouvelle. Personnage de Pierres noires, André Plazenat, enseigne le droit à Paris. Il écrit chez lui à Peyrenère (la petite cité imaginaire du roman, mélange de La Tour-d'Auvergne, Saint-Flour, Besse-en-Chandesse), qu'on lui envoie copie d'un texte : dans la fiction, une archive familiale manuscrite datant de la Révolution française, intitulée : Relation écrite en sa prison de Feurs par M. Henri Casimir de Montcel, ci-devant président du Présidial de Riom en Auvergne.
Dans une prison de l'an II à Feurs (dont ils ne sortiront qu'exécutés), Henri et son cousin l'abbé Le Hennin devisent. écrit Litwinowicz. L'abbé parle des cadres sociaux rendant possible la vie religieuse, mais qui l'engluent dans le médiocre, sans liberté ni foi authentiques. Pour ceux-là, seuls des évènements extrêmes peuvent libérer la foi vraie.
Ces Classes moyennes du Salut, ce sont Ces femmes et hommes sont, sociologiquement, parqués dans de grands corps, métiers, Royaumes, Églises. Ce que pense Durkheim. Marceau voit ces chrétiens encadrés Pour l’abbé, il leur reste cependant au moment de la mort Il arrive aussi que ces cadres qui enferment cèdent et que l'un de leurs membres (des classes moyennes). C'est le cas de l'instituteur M. le Maître , renvoyé à un poste de début, à deux ans de la retaite (il n'a pas respecté la neutralité de l'enseignement) : séparé assez loin des siens, et, de plus, les découvrant tout heureux de ne pas devoir le suivre. Il en meurt. Il n'hésite pas un instant, à l'agonie, à l'invite du prêtre à son chevet, à pardonner, en saint, au responsable de son drame. Bergson se situe au-delà du déterminisme et cela se répercute dans Pierres noires. vignette|gauche|Jean-Paul Sartre à Venise, en 1967.« Nous sommes tous chrétiens » (cité par É. Poulat, dans Modernistica, Nouvelles éditions latines, Paris, 1982, ). Il l'entend au sens culturel comme le montre Zofia Litwinowicz qui fait de cette citation une citation qui peut éclairer ce que Malègue entend par Classes moyennes du Salut et l'ensemble de Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut et qui permet par contraste, de comprendre la « religion dynamique »
Bergson : Religion statique, et dynamique. Classes moyennes du salut Au chapitre IV « Malègue réaliste-sociologue » de la Partie I de son ouvrage, Litwinowicz analyse ce que Malègue dit du comportement religieux des habitants de Peyrenère, dans Pierres noires ou les notes du romancier dans ses archives : leur « christianitude ». Elle emprunte ce mot à Émile Poulat. il désigne Et elle cite Jean-Paul Sartre disant qu'au plan culturel : « Nous sommes tous chrétiens » .
Elle ajoute : La nature lutte contre l'intelligence. Qui A : la religion statique les sacralise (en tabous), effrayant de les enfreindre. Qui B détourne de l'action : la religion statique conforte par la superstition. Qui C décourage : la religion statique rassure par l'idée de survie finale. Cette religion, dans l'espèce humaine, nourrit les institutions qui fonctionnent
Ce type de religion chez Malègue est en outre celle de gens qui
Marceau cite Malègue : Mais ces effets de sécurisation de la vie et de dépassement vers la société, cette fois ouverte, s'obtiennent d'une autre source : il s'agit de l'expérience mystique, qui rompt avec la religion « statique » et dont le mélange avec elle donne lieu à ce mixte qu'est la « religion dynamique ».
vignette|Simone Weil pendant la guerre d'Espagne en (1936). Chez cette mystique chrétienne hors Église, comme chez Malègue, mystique et souffrance s'associent. Elle explique son expérience mystique de 1937:
Pour Marceau, Malègue dans son roman fait de la religion statique la religion des —celle de Jean-Paul Vaton. Il entrevoit ». Il Malègue Et va se placer ainsi au-delà de déterminisme et clôture sociétale.
Au-delà du déterminisme « statique », les mystiques Pour Marceau, au-delà de Durkheim, il y a chez Bergson les mystiques ou les saints, libérés des déterminismes, ouverts à l'amour de l'humanité entière qui entraînent les autres hommes à leur suite par :
Ils proposent aux classes moyennes, écrit Malègue, un saut , qui permet de s'évader des déterminismes. Ce qui peut inciter à ce « saut » c'est, par exemple, Le chapitre-nouvelle La Révolution annonce celui de Félicien qu'il subira comme missionnaire en Chine .