vignette|La tombe de Frédéric Chopin au cimetière du Père-Lachaise, décorée aux couleurs polonaises. La diaspora polonaise en France est constituée par l'ensemble des personnes nées sur le territoire de la Pologne (historique et actuelle) ainsi que de leurs descendants, se disant Polonais et vivant sur le territoire français. Les Polonais désignent leur communauté par le terme latin de Polonia.. Les Polonais en France forment l'une des plus grandes communautés de la diaspora polonaise d'Europe. Plus d'un million de personnes d'origine polonaise vivent en France., concentré dans le Nord et le Pas-de-Calais (notamment l'ancien bassin minier autour de Lens et Valenciennes, ainsi que l'agglomération de Lille) et en Île-de-France.

L'histoire de la Polonia française remonte au début du , à l'époque où l'État polonais était dépecé et rayé de la carte de l'Europe par les pays voisins (Russie, Prusse et Autriche). La première grande vague d'immigration polonaise en France est politique. Elle suit l’échec de l’insurrection nationale de 1830 et pose les bases d’une présence et d’institutions polonaises qui perdurent jusqu’à nos jours. Adam Mickiewicz et Frédéric Chopin appartiennent à cette première vague patriote.

L'histoire de l'immigration polonaise en France vignette|La plus vieille horloge publique de Paris surmontée des couronnes de France et de Pologne, royaumes d’Henri III.

La situation et le nombre des Polonais en France ont évolué au cours des siècles, notamment en fonction de la situation politique en Pologne. En effet, de nombreux mouvements migratoires des Polonais ont été induits par les répressions : d'abord de la part des occupants russes, prussiens et autrichiens qui se sont partagé ce pays au , puis du régime communiste instauré en Pologne après la Seconde Guerre mondiale. À ces vagues d'exilés politiques s'ajoute l’émigration économique, la plus importante numériquement, à la suite de la Première Guerre mondiale.

Les alliances royales La Pologne et la France ont depuis longtemps entretenu des relations politiques amicales. Elles remontent au , à l’élection en 1573 par la noblesse polonaise de Henri de Valois comme le premier monarque démocratiquement choisi de la république des Deux Nations (Pologne-Lituanie).

Par la suite, les alliances politiques nouées entre des rois de France et de Pologne sont renforcées par des mariages. Ainsi, en 1646 la princesse française Louise-Marie de Gonzague épouse le roi de Pologne Władysław IV Waza, puis, après sa mort subite en 1648, son frère Jan Kazimierz Waza. Une dame de sa suite, Marie-Casimire-Louise de La Grange d'Arquien, deviendra reine de Pologne à son tour, en épousant en 1665 le futur roi Jan III Sobieski, le grand vainqueur de la bataille de Vienne de 1683. vignette|Tombeau du roi Jan Kazimierz à Paris (abbatiale de Saint-Germain-des-Prés). Après son abdication en 1668, Jan Kazimierz Waza se retire au pays de son épouse et devient abbé commendataire des abbayes de Saint-Germain-des-Prés à Paris, de la Trinité à Fécamp et de Saint-Martin à Nevers où il meurt en 1672. La beau mausolée de ce roi, l'œuvre des frères Gaspard et Balthazar Marsy où le souverain est sculpté en présentant à Dieu son sceptre et sa couronne, peut toujours être admiré dans l'église Saint-Germain-des-Prés.

En 1725, Marie Leszczyńska, fille du roi détrôné de Pologne Stanislas Leszczyński, épouse le roi de France Louis XV. Le couple aura dix enfants dont le futur père de Louis XVI. Cependant, à cette époque le royaume de Pologne a déjà perdu de sa superbe ce qui permettra à Élisabeth-Charlotte d'Orléans, duchesse de Lorraine et de Bar, commenter ainsi ce mariage : En effet, déchu de son trône, le roi Stanisław Leszczyński se réfugie en France d'abord de 1725 à 1733, puis de nouveau à partir de 1734 après la guerre de Succession de Pologne. vignette|La fontaine de Neptune sur la place Stanislas à Nancy. Le beau-père de Louis XV, devenu duc de Lorraine et de Bar à titre viager (la duc légitime échangeant ses états contre la Toscane et la couronne impériale), termine ses jours à Lunéville en 1766, en ayant su se faire apprécier de ses sujets Lorrains et Barrois grâce à son action culturelle et au développement des arts. L'ancien roi polonais arrive en France accompagné de nombreux courtisans et d'hommes de confiance dont Franciszek Maximilian Ossoliński à qui Stanisław Leszczyński confie la charge de l’administration de ses duchés. En 1750, il fonde l’académie Stanislas (sous le nom de Société royale des Sciences et Belles-Lettres de Nancy) qui bientôt compte parmi ses étudiants 160 Polonais dont certains s’installent en France et y font carrière comme qui devient maréchal.. Avec son architecte Emmanuel Héré, Stanisław Leszczyński embellit Nancy en créant la place royale (actuelle place Stanislas) - classée au patrimoine mondial de l’UNESCO..

Légions polonaises au service de la France révolutionnaire et du Premier Empire

Pendant la Révolution française et le Premier Empire, (de 1789 à 1815), plusieurs milliers de Polonais servent au sein des troupes françaises. Ce sont des volontaires qui se battent dans l'espoir que la jeune République française – dont les valeurs vont dans le même sens que la Constitution polonaise du 3 mai 1791. – rétablisse la souveraineté de la Pologne. Malgré une résistance farouche, le royaume de Pologne disparaît de la carte de l'Europe, partagée entre les Russes, les Prussiens et les Autrichiens, trois États avec lesquels la France sera en guerre pendant vingt ans.

Dans ce contexte, Napoléon Bonaparte apparaît comme le dernier monarque européen à s'être associé aux Polonais dans leur lutte pour l'indépendance. La confiance en son efficacité détermine l'esprit des légions polonaises dont le chant Mazurka de Dąbrowski composé en 1797 et qui est jusqu'à nos jours l'hymne national polonais, contient ces paroles significatives . La bataille de Somosierra et la charge folle des chevau-légers polonais qui a ouvert à Napoléon le chemin vers Madrid demeure pour les Polonais le symbole du courage, de l’héroïsme et de la loyauté de leurs soldats.

La promesse de l'Empereur de reconstituer le royaume de Pologne suscite une grande espérance chez les Polonais. En 1807, après avoir battu ses ennemis lors de la campagne de Prusse et de Pologne, Napoléon crée, au traité de Tilsit, le grand-duché de Varsovie. Mais cet État éphémère disparaît après la campagne de Russie (1812). Les légions polonaises constituent alors la force étrangère la plus importante de la Grande Armée avec dont sous le commandement du prince et le neveu du dernier roi de Pologne, Józef Poniatowski. La retraite de Moscou entraînera la mort de 70 % de leurs effectifs..

Des restes des unités polonaises participent encore à la campagne d'Allemagne (1813) pendant laquelle le maréchal Poniatowski trouve la mort lors de la bataille de Leipzig. Les derniers Polonais à servir Napoléon sont ceux du régiment de lanciers de la Garde, dont un escadron fait partie de la petite garnison de l'île d'Elbe et charge une dernière fois à Waterloo.

Sur l'Arc de triomphe de Paris figurent les noms (souvent mal orthographiés) de six Polonais de l'état-major de la Grande Armée : Józef Sułkowski, Józef Poniatowski, Karol Kniaziewicz, Józef Chłopicki, Józef Zajączek et Jan Henryk Dąbrowski, ainsi que les noms des batailles qui ont eu lieu sur la terre polonaise : Pultusk (1806), Dantzig (Gdańsk,1807), Ostrołęka (1807).

Le souvenir de Napoléon reste très vivant en Pologne. La légende napoléonienne a inspiré l'épopée nationale Messire Thadée d'Adam Mickiewicz (une œuvre cardinale pour la culture et la littérature polonaises) ainsi que de nombreux tableaux dont ceux des peintres soldats January Suchodolski et Piotr Michałowski.

Émigration politique des années 1831-1870 dite Grande Émigration

Après la chute de Napoléon, la plupart des Polonais servant dans l'armée française quittent la France pour rentrer chez eux. Parmi ceux qui y restent par obligation, on trouve Leonard Chodźko, historien et géographe, fervent défenseur de la cause polonaise, ou Józef Hoëne-Wronski, philosophe et mathématicien.

Les Polonais continuent de se battre pour leur indépendance tout au long du . Après l'échec de l'insurrection de novembre 1830, à la fin de l'année 1831 et au début de 1832, près de Polonais, pour la plupart des militaires condamnés à l'exil, émigrent en France qui leur donne asile. Le souvenir de la lutte commune est encore vif et le peuple français accueille ces exilés avec enthousiasme et sympathie. Cette grande vague migratoire appelée Grande Émigration pose les bases d'une présence et d’institutions polonaises en France qui perdurent jusqu’à nos jours, telles que la Bibliothèque polonaise, la Société historique et littéraire polonaise la Librairie polonaise, l'École polonaise des Batignolles, l'Œuvre de Saint-Casimir, la Mission polonaise ou la nécropole polonaise de Montmorency.

Cette émigration concerne principalement la noblesse et l'élite intellectuelle (militaires, hommes politiques, musiciens, scientifiques et écrivains) obligées de fuir leur pays occupé par l'Empire russe, le royaume de Prusse et l'empire d'Autriche pour éviter des répressions. Francophone et francophile, cette vague migratoire est à l'origine d’une vie culturelle et intellectuelle intense et tisse de multiples liens avec les milieux littéraires et artistiques français. Associations, écoles polonaises, bibliothèques, imprimeries, librairies et paroisses voient le jour. Cette activité patriotique et diplomatique rappelle aux pays d’Europe occidentale l'actualité de la question polonaise.

Les vagues suivantes de départ vers la France découlent des nouvelles insurrections polonaises : la révolution de 1848 (lors du Printemps des peuples) et l'insurrection de 1863. On estime à environ le nombre de Polonais qui émigrent en France entre 1831 et 1870 avec pour rêve et projet de retrouver un jour leur patrie perdue enfin libérée.. Tous les soulèvements polonais sont très durement réprimés notamment par les armées russes. La suppression presque complète de l’autonomie polonaise après 1864 s'accompagne d’exécutions, de déportations et de confiscations auxquelles se rajoute une politique de russification de la Pologne. Nombre des réfugiés polonais arrivés en France participeront ensuite, dans les rangs de l'Armée française, à la guerre de 1870 et à la Commune de Paris.

Parmi ces 400 à 500 Polonais de la Commune, il convient de distinguer les généraux Jarosław Dąbrowski et Walery Wróblewski ainsi que Florian Trawiński, conservateur au Louvre, à qui l’on doit le sauvetage des collections lors de l’incendie provoqué par les communards.

Cependant la participation polonaise à la Commune de Paris est mal perçue par les autorités françaises et marque le début du rapprochement entre la France et la Russie qui relègue la question polonaise au second plan.

Fin du Une nouvelle vague d’immigration polonaise arrive en France vers la fin du . Elle est composée d’artistes, d’étudiants et d’intellectuels. Aux côtés de sa plus illustre représentante Marie Skłodowska devenue Madame Curie, il convient de nommer le financier et inventeur Jan Józef Baranowski, l’homme politique Zygmunt Krzyżanowski (dit Sigismond Lacroix), le cofondateur du journal Le Temps Karol-Edmund Chojecki, l’ingénieur agronome et explorateur Jan Dybowski ou l’agronome et inventeur Pierre Skawinski.

Les artistes polonais en France