Philip Kearny, Jr. ( – ) est un officier de l'Armée de terre des États-Unis célèbre pour ses actions durant la guerre américano-mexicaine et la guerre de Sécession. Il est mort au combat lors de la bataille de Chantilly, un affrontement sanglant tout près des murs de Washington, qui arrête la poussée confédérée et marque la fin de la campagne de Virginie Septentrionale.
Débuts Kearny est né à New York dans une famille prééminente. En effet son père, Philip Kearny Sr, un financier qui dirigeait son agence de change et sortait de Harvard, était un des cofondateurs du New York Stock Exchange (la bourse de New York), et sa mère, Susan Watts, était la fille de John Watts, qui fut le dernier royal recorderLe royal recorder, titre de prestige accordé par le roi, était le plus haut magistrat judiciaire du district. de New York et possédait des navires, des usines, des banques et des immeubles de rapport. Les parents de Kearny moururent jeunes, et il fut élevé par son grand-père.
Très tôt, Kearny a une préférence pour la carrière militaire. Cependant son tuteur lui fait faire des études de droit : le jeune homme sort du Columbia College (université Columbia) avec son diplôme de droit en 1833.
En 1836, à la mort de son grand-père, Kearny se trouve à la tête d'une fortune de plus d'un million de dollars et décide de se consacrer à sa vocation. Il obtient un poste de sous-lieutenant au US Dragoons, dont le colonel était son oncle Stephen W. Kearny et dont le général était Jefferson Davis. Le régiment est posté sur La Frontière, à l'Ouest.
En 1839, Kearny est envoyé en France pour y étudier les méthodes de combat de la cavalerie française. Il séjourne à l'école de cavalerie de Saumur, et prend part à la guerre en Algérie avec les Chasseurs d'Afrique. Il charge à la façon des chasseurs (pistolet et sabre en mains, rênes tenues dans les dents), et acquiert le surnom de « Kearny le Magnifique ». Il participe en tant qu'aide de camp honoraire d'Henri d'Orléans, à l'expédition des Portes de Fer. Fort de son expérience, Kearny, de retour aux États-Unis fin 1840, rédige un manuel pour la cavalerie.
Il est ensuite nommé aide de camp du général Alexander Macomb (1782 - 1841), et à la mort de Macomb, après quelques mois de garnison à Carlisle (Pennsylvanie), Kearny devient aide de camp du général Winfield Scott. Il retourne aussi sur la frontier : il participe à l'expédition vers la Passe Sud de l'Oregon Trail en 1845.
Guerre américano-mexicaine thumb|Après la bataille de Churubusco (), le capitaine Kearny dut être amputé du bras gauche. Cette peinture de Carl Nebel montre d'ailleurs l'arrière de la ligne de front, là où les blessés et les morts sont nombreux.|gauche
En 1846, Kearny, qui faute d'action venait de démissionner, reprend du service un mois plus tard quand la guerre avec le Mexique éclate. On le charge de recruter une compagnie de cavaliers pour le 1st Dragoons à Terre Haute (Indiana), et il forme la compagnie F sans ménager ses propres deniers : ses hommes montent 120 chevaux gris pommelé, tous semblables, qu'il a payés lui-même. Sa compagnie, d'abord cantonnée sur le Río Grande, devient vite la garde personnelle du général Winfield Scott, commandant en chef du corps expéditionnaire des États-Unis au Mexique. Kearny est nommé capitaine en .
vignette|upright|Philip Kearny. Le manteau cache le bras amputé ; la barbiche « à l'impériale » et le petit shako étaient à la mode chez les militaires, même hors de France, dans la seconde moitié du .
Kearny et ses cavaliers participent à la bataille de Contreras et, le lendemain, à la bataille de Churubusco, tout près de Mexico. À Churubusco, Kearny, qui conduit une charge audacieuse, est blessé au bras gauche par la mitraille, et doit être amputé. Sa réputation grandit : Scott dit de lui qu'il est , Kearny reprend sa place au régiment, et il est même le premier à franchir les portes de Mexico quand les Américains y pénètrent.
Démission et enrôlement en France Après la guerre, Kearny travaille à New York dans le service de recrutement de l'armée ; il reçoit une épée d'honneur offerte par le Union Club of the City of New York (un club social qui se targue d'être le créé aux États-Unis) et est nommé major.
En 1851, il participe à une expédition contre les Amérindiens de la tribu de Rogue River (Oregon). Il s'est marié en 1842, mais son couple périclite ; par ailleurs, il est mécontent de la lenteur avec laquelle sa carrière progresse, et il démissionne de l'armée ().
Kearny voyage alors, et fait le tour du monde : Chine, Ceylan, France. À Paris il entame une liaison avec Agnes Maxwell, une New-yorkaise, mais ne peut l'épouser : sa femme légitime refuse le divorce. En 1854, Kearny a un accident de cheval, et Agnes vient habiter chez lui pour le soigner. Mais, devant la réprobation de la bonne société new-yorkaise, qui est choquée par ce concubinage, Kearny et sa compagne décident de déménager. Ils habiteront dans le New Jersey, de l'autre côté de la rivière Passaic, que Bellegrove, leur nouvelle résidence, domine ; elle est en fait peu éloignée de Newark, le berceau de la famille Kearny. En 1858, la femme de Kearny accepte de divorcer.
Kearny et sa nouvelle épouse vivent alors à Paris. En 1859, Kearny rejoint les chasseurs d'Afrique, et participe en Italie à la guerre contre l'Autriche. Lors de la bataille de Solférino, il charge avec la cavalerie de la Garde Impériale, qui, sous le général Louis-Michel Morris (qu'il avait connu aux Chasseurs d'Afrique), enfonce le centre autrichien. Pour cette action, il reçoit la Légion d'honneurIl est nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret signé de l'Empereur Napoléon III en date du en qualité de « major » de l'armée des États-Unis d'Amérique. Le texte ne comporte aucune raison de la citation www.culture.gouv.fr (il est le premier Américain à recevoir cette distinction) et la Médaille commémorative de la campagne d'Italie (1859).
Guerre de Sécession En 1861, à la déclaration de guerre, Kearny est nommé brigadier general. L'US Army avait hésité à le reprendre en service actif, mais le désastre de la première bataille de Bull Run démontra largement l'utilité d'officiers d'expérience, fussent-ils mutilés de guerre dans l'armée de l'Union. Kearny entraîne au combat la First New Jersey Brigade et son action est si efficace que cette brigade d'infanterie se comportera superbement plus tard, en particulier lors de la bataille de Glendale.
Kearny, que George McClellan, le général en chef de l'armée du Potomac (nordiste) a nommé (malgré ses réticences à quitter ses soldats du New Jersey) à la tête de la du Corps d'armée le , conduit en personne ses hommes au combat : bataille de Williamsburg (), bataille de Fair Oaks. À Williamsburg, alors que la contre-attaque des confédérés de James Longstreet va déborder le flanc gauche des Unionistes, Kearny accourt avec sa brigade et mène ses hommes à l'assaut : il leur crie : Il charge en tête, épée au poing, rênes aux dents, et crie : thumb|Statue de bronze de Kearny au Capitole de Washington D.C.voir http://www.aoc.gov/cc/art/nsh/kearny.cfm.|gauche Pendant la campagne de la Péninsule, celui que les ennemis ont surnommé « One-armed devil« Diable manchot ». Avant l'apparition des machines à sous (surnommées one-armed bandits, « bandits manchots »), ce surnom ne pouvait prêter à équivoque » obtient le respect de tous, soldats comme officiers, par son courage, et il s'oppose souvent à George McClellan, ; il refuse en particulier d'obéir aux ordres, qu'il pense injustifiés, de faire retraite. Ainsi, après la bataille de Malvern Hill, une victoire unioniste, McClellan donne à ses troupes l'ordre de reculer, et Kearny proclame :
C'est pendant l'été 1862 que Kearny a l'idée de créer le premier insigne de corps : un morceau de tissu rouge arboré sur la casquette, qui permettait aux soldats de se reconnaître comme membres de la même unité. Le badge fut très volontiers adopté par les hommes et se répandit dans les autres unités. Joseph Hooker en reprit l'idée, qui fut généralisée à tous les corps d'armée par le général Daniel Butterfield, avant que l'insigne ne soit finalement porté sur la manche.
Kearny est promu major-general le Warner, . Eicher, , écrit qu'il s'agit d'une promotion posthume, antidatée de juillet, mais plusieurs récits de la bataille de Chantilly désignent Kearny comme « le maj.-gen. Kearny »., mais sa joie est ternie par la mort de son fils Archibald, né en 1861. Selon le capitaine G.W. Wilson, de l'état-major du général Hiram Gregory Berry, lorsqu'il prend connaissance de sa nomination, il s'indigne et considère comme une insulte la date pour lui et sa division. Il aurait préféré qu'elle soit datée d'une bataille à laquelle sa division a pris part.
Mort thumb|Kearny ne mourut pas lors d'une charge, mais lors d'une reconnaissance. Moins stéréotypée que les lithos de Currier and Ives, cette image présente néanmoins les classiques invraisemblances patriotiques. Kearny, rênes au dents, est cependant bien représenté, de même que l'orage et les soldats gris dépenaillés, aux grands feutres mous, qui rechargent frénétiquement leur fusil. L'un d'eux vise Kearny, pendant qu'un de leurs officiers décharge son revolver sur les soldats nordistes. Fin , lors de la seconde bataille de Bull Run, l'Armée de Virginie (unioniste) commandée par John Pope est presque mise en déroute par l'Armée de Virginie du Nord (sudiste) dirigée par Robert Lee. Les nordistes reculent vers Washington, et à Chantilly (comté de Fairfax, nord de la Virginie), à quelques milles seulement de leur capitale, livrent un combat de retardement pour échapper à la manœuvre d'encerclement lancée par Stonewall Jackson.
La bataille de Chantilly se déroule le dans des conditions épouvantables. Les soldats épuisés par les combats des jours précédents se livrent un corps à corps dans la boue, souvent à l'arme blanche car un orage terrible rend inutilisables beaucoup d'armes à feu.
Dans l'après-midi John Pope a donné à Kearny l'ordre d'aller assister Isaac Stevens. Sous les éclairs et une pluie diluvienne, Kearny veut aller reconnaître une brèche dans la ligne sudiste ; un de ses officiers le met en garde, et il lui répond : Quand Kearny tombe sur une escouade de sudistes qui l'entoure et lui crie de se rendre, il fait volter son cheval pour s'enfuirHeros von Borcke décrit dans son livre comment il a eu recours plusieurs fois à cette manœuvre, parfois alors qu'il était en compagnie de Jeb Stuart. Il est en reconnaissance dans une forêt et quand il se voit soudain entouré par des fantassins ennemis qui le mettent en joue et lui crient de se rendre, il assène une grande claque sur l'encolure de son cheval tout en l'éperonnant ; la bête pirouette et fonce dans le sous-bois, emportant son cavalier couché sur l'encolure, pendant que les balles sifflent autour d'eux. Un excellent cavalier monté sur un cheval plein de feu peut ainsi essayer d'échapper à une mort misérable et presque certaine dans les camps de prisonniers (voir l'article Henry Wirz).. Une balle l'atteint et le tue.
L'article « Notre marche contre Pope » paru dans le magazine Century en , James Longstreet décrit ainsi l'événement :
vignette|upright|Statue de Philip Kearny au cimetière national d'Arlington.|gauche
À la nuit, le major général confédéré A.P. Hillqui sera lui aussi tué lors d'une reconnaissance, le , 7 jours avant la reddition de Lee et la fin de la guerre. va reconnaître le corps avec une lanterne et s'exclame :
Un autre maor général unioniste, Isaac Stevens, fut tué à Ox Hill le même jour, alors qu'il contre-attaquait, drapeau en main, à la tête de ses Cameron Highlanders.