Léglise Saint-Martin de Saint-Martin-de-Sescas est une église catholique, consulté le octobre 2011. située dans le département français de la Gironde, dans la commune de Saint-Martin-de-Sescas, en France.
Localisation L'église se trouve au cœur du village, le long de la route départementale D1113 (ancienne RN 113).
Historique Fondé en 1108 par Bertrand de Baslade, évêque de Bazas, le prieuré de Sescas avait le double statut de prioral et paroissial. Vers 1115, le prieuré échut aux moines de l'abbaye de La Sauve-Majeure.
La structure de l'édifice était modeste : une nef unique, une abside semi-circulaire et un clocher-mur. Le chœur est voûté en berceau plein cintre et le sanctuaire en cul-de-four. Par contre, le décor sculpté était somptueux : un portail de type saintongeais exposé au sud nous est parvenu intact. À l'intérieur, se trouvent dix chapiteaux sculptés et, dans le programme secondaire, cinquante modillons figurés.
Au total, il reste plus de 500 ornements, dont 130 sont des sujets figurés. Le prieuré était moyennement riche et une partie du portail et des tailloirs de l'arc triomphal sont restés à l'état d'ébauche, sans doute en raison d'un manque d'argent pour payer les artisans.
Le plus surprenant est, qu'avec une telle quantité de sculptures, l'église est totalement dépourvue du moindre thème religieux ! Il y a ni symbole chrétien explicite, ni référence biblique précise et tous les sujets, à l'intérieur comme à l'extérieur, sont profanes. Les églises romanes avec un décor uniquement profane sont rares. Un exemple situé à une dizaine de kilomètres est l'église Saint-Seurin de Gabarnac.
La seule trace de la religion chrétienne dans l'église est un chrisme scellé dans le mur occidental à 2 mètres du sol, préservé en limite de l'ajout du clocher au .
Le dessinde L. Drouyn, Monographie de St Martin de Sescas, Revue de l'Art Chrétien, 1857, . de Léo Drouyn, datant de 1857, montre une grande croix monogrammatique ligaturée à un petit x et sommée d'un A, ce qui induit la lecture latine .
Les églises voisines de Saint-Maixant et de Saint-Macaire possédaient de semblables chrismes.
Au l'église, comme beaucoup d'autres en Gironde, a subi des modifications importantes : un voûtement néo-gothique de la nef, le remplacement du clocher-pignon par un clocher à flèche et la destruction, en 1874, du porche qui protégeait le portail. Depuis cette date, l'exposition du portail à l'action des éléments en a accéléré l’érosion. Il y a des différences notables entre la description de Léo Drouyn (1857) et l'état du portail aujourd'hui.
Le portail roman est classé au titre des monuments historiques par arrêté du ; l'église, quant à elle, a été inscrite par arrêté du .
L'iconographie romane
La sculpture romane est répartie en trois zones. À l'extérieur, au niveau du portail qui accueille les fidèles par des modillons sur la façade sud et autour du chevet et à l'intérieur, dans la partie réservée aux officiants (chœur, presbytérium et abside).
Le fait que l'église était d'abord un prieuré, donc réservé essentiellement aux moines, motive peut-être le décor profane. En principe, les moines n'avaient pas besoin de rappels de nature religieuse. Par contre, des rappels contre les tentations de ce bas monde et les risques pour leur salut étaient nécessaires. En effet, dans beaucoup d'églises paroissiales romanes, on trouve autour du sanctuaire des chapiteaux portant des symboles profanes de mise en garde destinés au clergé.
Ici, le souci d'édification morale des commanditaires était partout le même : dénoncer les libations de vin, la musique populaire et la danse, les fêtes teintées de paganisme, les orgies campagnardes, la Femme, la pédophilie, l'homosexualité... Tous sont des pièges du démon qui donnent du plaisir mais qui entraînent la mort de l'âme. Cela passait soit par l'imagerie directe et sans équivoque, soit par la suggestion et l'allusion ou l'animalisation des sujets déviants, c'est-à-dire par leur satanisation.
L'iconographie extérieure
Le portail vignette|droite Le portail s'ouvre au sud, sous cinq arcades qui, à part la plus étroite, retombent chacune sur une colonne de chaque côté. Deux petites arcades aveugles accompagnent, à droite et à gauche, les grandes archivoltes du portail. Elles retombent, d'un côté sur une colonne accouplée à celle qui sert d’appui à l'arc le plus large et, du côté opposé, l'arcade s'appuie sur une colonne unique.
La hauteur des portes aveugles est de 2,94 m ; celle de la grande arcade 5,50 m et celle de la porte 3,20 m.
La réalisation de ce portail, avec douze colonnes et cinq voussures, par un petit prieuré moyennement riche était un tour de force. Il y a quelques indices d'un problème de financement : la troisième voussure est partiellement vierge et le début ouest de la cinquième est resté à l'état d'ébauche.
Les voussures Chaque arc est composé de deux parties : de l’arc proprement dit formé d’une suite de claveaux, et, au-dessus, d’un cordon ou archivolte qui encadre les claveaux ; les arcs et les archivoltes sont couverts de sculptures de formes très variées. vignette|gauche vignette|droite
Premier arc (intérieur) : Sur l’archivolte, des étoiles, et sur l’arc, des chevrons opposés et un tore empâtant l’angle.
Deuxième arc : Sur l’archivolte, des oiseaux contournés s’entrelacent dans des tiges et se becquettent. Sur l’angle de l’arc, un tore, et sur la face, de larges feuilles rondes.
Troisième arc : Sur l’archivolte, sont sculptés trente-quatre lièvres se dirigeant vers le haut de l’arcade, de telle sorte que les deux les plus élevés se rencontrent. Il y en a dix-huit à gauche et seize à droite.
Quatrième arc : L’archivolte est ornée d’un entrelacs en forme de huit ; sur l’angle de l’arc, se trouve un tore d’où partent des tiges droites… De chaque côté de ces tiges, s’épanouissent trois branches recourbées en crosses. Il y a un arbre pour chaque claveau.
Cinquième arc : L’archivolte du plus grand arc est ornée de boutons radiés. Sur l’angle de l’arc, sont sculptés seize personnages, tous debout et de face, mais dont les mains ont des poses différentes. Leurs habillements varient également quelque peu. Chacun de ces personnages est séparé de l’autre par une console qui n’est qu’un simple plateau de pierre, perlé ou non.
L'archivolte de la cinquième voussure
Il y a deux séries ascendantes de huit personnages. Les figures ont été taillées in situ. Chaque personnage est sculpté dans trois claveaux : le premier, la tête jusqu'au milieu du torse, le deuxième, le bas du torse jusqu'aux cuisses et le troisième, les jambes. Nous décomptons six atlantes et dix autres individus, de gestuelles et d'aspects vestimentaires individualisés. L'érosion et l’absence de repères culturels ne permettent pas leur identification. Cependant, les quelques indications symboliques utilisées en Aquitaine romane nous autorisent à conclure que ces personnages sont « peu recommandables » et qu'ils sont des représentations des péchés capitaux, Avarice, Gourmandise, Luxure et Vanité.
Nous commençons notre description par le bas de l'arc.
Série occidentale
: Les deux hommes sont en tunique courte. Chacun fait la gestuelle « en miroir » de l'autre. Drouyn pensait qu'ils tenaient l'escarcelle d'un avare contre la poitrine. Le feuillage rayonnant derrière leurs têtes était utilisé pour attirer l'attention sur des créatures sataniques. On trouve le même style de feuillage derrière la tête des femmes de la série orientale du modillon du chevet.
: Un homme nu exhibe son sexe avec la main gauche. Sur ses épaules, deux oiseaux griffus picorent sa longue chevelure, symbole de la Vanité. Les oiseaux symbolisent la tentation de la chair et l'homme incarne un luxurieux.
: L'homme est un atlante à bliaud court. Il tire la langue et ses bras tendus soutiennent un tore.
: Trois atlantes se suivent. L'outrance vestimentaire des personnages est symbole de la Vanité et, pour le , un serpent s'enroule autour de ses jambes depuis la cheville jusqu'à l'aine, symbole des tourments du démon de la chair. Le fait le lien avec la série orientale, les têtes et les mains des deux meneurs sont unies.
Série orientale
: Les sculptures représentent deux femmes. La première, aujourd'hui défigurée, était assise, la main gauche élevée et la droite tenant une fleur, selon la description de Drouyn. La femme semble être mariée (elle porte une guimpe) et est lourdement habillée. Elle a soulevé sa robe jusqu'aux genoux et semble danser. La danse était sévèrement condamnée par le clergé comme étant le préliminaire de la Luxure et derrière leurs têtes on retrouve le feuillage rayonnant signalant une créature satanique.
: L'homme indique, avec la main droite, sa bouche grande ouverte et, avec la main gauche, il touche son ventre. Il peut représenter le vice de la Gourmandise.
: L'homme porte une jaquette. Sa main gauche touche sa tempe (ou ses cheveux) et sa main droite caresse sa barbe. Ces deux gestes sont symboles des vices de la Vanité et la Luxure.
: Ces sculptures sont érodées. Les trois hommes portent une jaquette courte et se tiennent debout, les pieds bien parallèles. On devine leurs gestes : le replie son bras gauche sur son ventre ; le laisse pendre ses bras, flottant dans des manches évasées ; le joint ses bras.
: L'homme est montré de dos, assis sur ses talons, mais avec la tête inversée. Les « hommes invertis » se trouvent souvent sur les modillons des églises romanes. Ici, il y a un autre exemple à l'intérieur de l'église, sur le cordon du sanctuaire. La représentation est toujours pour la dénonciation de l'homosexualité.
Les chapiteaux du portail Il y a douze chapiteaux sculptés, dont sept sont historiés : quatre dans l'ébrasement occidental et trois dans l'ébrasement oriental. Ils sont alignés sous une frise alternant tailloirs et impostes, sur laquelle se déroulent des rinceaux à flabelles, palmettes et crossettes.
Aux deux extrémités du portail, se retrouvent deux aspects fondamentaux du péché de la luxure : l'homosexualité et l'adultère/fornication. Les deux vices ayant été, aux et s, la préoccupation majeure des artisans de la réforme des mœurs du clergé.
Ébrasement occidental
Pédophilie et homosexualité Sur la corbeille, se trouvent quatre personnages et trois animaux. Malgré l'érosion de la face extérieure, le scénario est très compréhensible. L'intrigue se développe autour du dé central de la face principale : un masque animal à oreilles de chat, vomissant des sarments. Il était usuel de montrer un masque cracheur, symbole de l'enfer et de Satan, dont les paroles contaminaient tout l'entourage.
Le cortège commence avec un jeune homme en tunique courte, serrée à la taille. Contre son épaule il tient un gros oiseau. Sa main gauche s'accroche au bras d'un homme adulte. Son mentor le précède et, entre le pouce et l'index de sa main gauche, il dénoue le cordon de sa tunique. Sa main droite s'avance vers le cordon de la tunique du garçon. Le démon a bien pris possession du présumé guide qui dégueule un rinceau empoisonné, qui plaque le bras du jeune homme (vilains gestes) et lui enrobe la tête (vilaines pensées).
Au milieu de la corbeille, est perché un grand volatile qui a relevé sa tête pour picorer les rinceaux empoisonnés du démon. Son rôle symbolique est d'insister sur l'animalisation qui guette l'homme qui se tourne vers Satan. Sur l'autre face, il y a deux hommes enlacés, bras dessus, bras dessous. L'homme à droite est un ecclésiastique (abbé ou évêque, car il semble repousser sa crosse). Le séducteur est un homme barbu, avec le physique d'un athlète. Il a des pieds griffus et est donc maléfique. Avec sa main gauche, il tient son « ami » par le cou et, de sa main droite, touche le démon.
La représentation des ébats masculins était fréquente dans les sculptures romanes, parfois très crues comme à l'abbaye de La Sauve-Majeure. Ici la pédophilie et l'homosexualité sont évoquées avec délicatesse.
Deux bêtes adossées et oiseaux