vignette|364x364px|La libye La politique en Libye est très instable, depuis la guerre civile qui a renversé la Jamahiriya arabe libyenne de Mouammar Kadhafi en . Le Conseil national de transition (CNT), reconnu comme l'autorité étatique en Libye lors de la chute de Kadhafi, a cédé en 2012 la place à une assemblée librement élue, le Congrès général national. Le nouveau régime s'avère cependant incapable de mettre en place des institutions stables, alors que les différentes milices issues de la révolution continuent de s'arroger un pouvoir de fait et que le pays reste en proie à la violence. À partir de 2014, deux gouvernements, l'un se réclamant toujours du Congrès général national et l'autre de la Chambre des représentants élue en juin de la même année, se disputent la légitimité ; la Libye sombre dans une nouvelle guerre civile. Un gouvernement d'union nationale est formé en avec le soutien de l'ONU et tente ensuite d'imposer son autorité.

Historique Avant l'indépendance

La Libye n'accède au statut d'État indépendant qu'en 1951 (avec une population d'environ un million d'habitants, pour sept millions vers 2025) : avant cette date, le pays est successivement un territoire de l'Empire ottoman, puis une colonie du royaume d'Italie. Sous les Ottomans, le gouvernement de la régence de Tripoli est assuré par un pacha, assisté d'un divan (conseil de gouvernement) composé d'officiers expérimentés. Les Janissaires et les dynasties locales exercent une forte influencePierre Pinta, La Libye, Karthala, 2006, pages 208-209.

En 1771, Ahmad, chef de la famille Karamanli, s'empare du pouvoir avec le soutien d'un mouvement populaire et du divan de Tripoli; il finit par être reconnu par le gouvernement de Constantinople. La famille Karamanli gouverne le territoire de l'actuelle Libye avec une grande autonomie, jusqu'en 1835, date à laquelle l'Empire ottoman dépose la dynastie et reprend le contrôle direct de la régence. L'administration est réorganisée, sous les ordres d'un Wali, lui-même aidé d'un commandant des troupes, d'un intendant aux finances, et de cinq responsables de Sandjaks sous les ordres directs de l'administration centrale. Le gouvernement ottoman doit cependant affronter l'opposition de divers mouvements tribaux et religieux, dont celui de la confrérie de la famille Al-Sanoussi.

En 1911, la régence est conquise par les troupes italiennes au cours de la guerre italo-turque. La Tripolitaine et la Cyrénaïque sont décrétées parties intégrantes du royaume d'Italie. Dans les années suivantes, les Italiens hésitent quant au statut de la Libye italienne : deux protectorats autonomes, la République de Tripolitaine et l'Émirat de Cyrénaïque (ce dernier étant sous l'autorité des Sanussi), sont proclamés en son sein en 1918 et 1919, mais dès 1922, les Italiens reprennent le contrôle direct des territoires libyens. Dans les années 1920, Benito Mussolini renforce l'orientation coloniale du régime; les indigènes reçoivent en 1927 un nouveau statut, celui de la « citoyenneté italienne libyque ».

Italo Balbo, nommé en 1934 gouverneur général, réorganise la Libye italienne en la dotant d'une administration unifiée et en relançant l'implantation de colons. Les villages coloniaux sont chacun dotés d'une Casa del fascio (Maison du faisceau), représentation locale du Parti national fasciste, le parti unique alors au pouvoir en ItalieFrançois Burgat et André Laronde (2003), p.46-48.

Formation de l'État libyen Après l'éviction des Italiens durant la Seconde Guerre mondiale, le territoire de la Libye est divisée en deux parties : l'une (Tripolitaine et Cyrénaïque) administrée par les Britanniques et l'autre (Fezzan) par les Français. Divers partis politiques se forment sur le territoire libyen, principalement en Cyrénaïque. En novembre 1947, l'émir Idris, chef de la famille Sanussi, rangé aux côtés des Alliés durant la guerre, revient définitivement se fixer en Cyrénaïque ; il ordonne rapidement aux deux partis politiques existant en Cyrénaïque, le Front national et le Comité Omar al-Muktar, de fusionner au sein d'un parti unique, le Congrès national, officiellement fondé le . En Tripolitaine, divers partis politiques s'organisent et doivent se décider sur le futur avenir national de la Libye : soit un mandat international confié à l'Italie, ancienne puissance coloniale, soit une monarchie confiée à l'émir Idris, soit une nouvelle République Tripolitaine. La première solution est rejetée par la population, son annonce provoquant des manifestations de rue à Tripoli, tandis que la seconde a les faveurs des occupants britanniquesFrançois Burgat et André Laronde (2003), p.52-53. Le , l'émir Idris proclame l'indépendance de l'Émirat de Cyrénaïque, recevant ensuite le soutien des Britanniques.

Le de la même année, l'Assemblée générale des Nations unies vote une résolution stipulant que la Libye devra devenir un État unifié, indépendant et souverain avant le Mahmoud Azmi, La question de Libye, Politique étrangère, année 1949, volume 14, n°6François Burgat et André Laronde (2003), p.52.

Après un processus laborieux, un comité préparatoire de 21 membres (7 pour chaque région du pays) est formé le et chargé de baliser le terrain pour former une Assemblée nationale. Celle-ci se réunit en novembre et offre la couronne de Libye à Idris, les étapes suivantes étant la formation d'un gouvernement et la rédaction d'une constitution. Le , le premier gouvernement libyen, présidé par Mahmud al-Muntasser, est formé avec l'accord du roi. La constitution, espère la proclamation d'un royaume fédéral, est adoptée le Constitution libyenne de 1951, site de l'université de Perpignan. Le roi, dont la personne est inviolable et irresponsable, nomme les ministres. Le parlement se compose de deux chambres; la Chambre des députés, composée de 35 représentants de la Tripolitaine, 15 de la Cyrénaïque et 5 du Fezzan et le Sénat, dont les 24 membres sont pour moitié élus et pour moitié nommés par le roi. Chacune des trois provinces dispose d'un vali nommé par le roi, d'une assemblée législative et d'un conseil exécutif de 8 ministres. Une cour suprême fédérale arbitre les conflits entre les wilayas et le pouvoir fédéral. Le , l'indépendance du Royaume uni de Libye est officiellement proclaméeFrançois Burgat et André Laronde (2003), p.54-55.

Période monarchique

L'unité nationale de la Libye demeure cependant très imparfaite, du fait des divisions entre provinces. Le , la première visite à Tripoli du futur roi Idris n'a déclenché que peu d'enthousiasme dans la population. Deux mois après l'indépendance de la Libye, le pays doit affronter une crise politique sérieuse : lors de ses premières élections libres et multipartites, le . Le Congrès national tripolitain, dirigé par Béchir Saadawi, remporte en effet les élections à Tripoli, mais partout ailleurs la victoire revient aux candidats gouvernementaux. L'opposition crie alors à la fraude et des manifestations tournent à l'émeute : si les troubles ne sont que superficiels, le gouvernement en profite pour expulser Béchir Saadawi, privant ainsi la Libye d'une figure politique d'envergure, et pour dissoudre tous les partis politiquesFrançois Burgat et André Laronde (2003), p.55Quels partis pour la Libye d’après Kadhafi?, Slate Afrique, 28 septembre 2011.

Désormais dépourvue de réelle vie politique intérieure, la monarchie libyenne est de surcroît troublée par un problème dynastique. Le , un cousin du roi, Cherif Muhi el-Din, assassine le conseiller royal Ibrahim Chelhi. Le meurtrier est condamné à mort et exécuté : cet épisode a de lourdes conséquences politiques, car le roi prive de droits dynastiques toute une partie de la famille royale, jugée trop liée au condamné. Le souverain, vieillissant et sans héritier direct, délaisse progressivement Benghazi pour s'installer à Tobrouk, qu'il ne quitte plus qu'à de rares occasions. Si la personne du roi, homme pieux et sans affectation, demeure respectée, le poids politique de la famille royale et son emprise sur la vie politique s'en trouvent réduits. Un malaise s'installe entre Idris et ses plus fidèles soutiens en CyrénaïqueFrançois Burgat et André Laronde (2003), p.56-57.

En 1959, l'économie de la Libye est bouleversée par la découverte de puits de pétrole. Il apparaît alors nécessaire, pour répartir les nouvelles richesses pétrolières, d'unifier le pays en mettant un terme au fédéralisme. C'est d'autant plus souhaitable qu'au début des années 1960, malgré les ressources tirées du , les inégalités sociales demeurent fortes en Libye et le mécontentement s'accroît, entretenu par les partisans des Frères musulmans, du Parti Baas ou du nassérisme. Une grève générale a lieu le , entraînant une série d'arrestations et de condamnations. Le , une nouvelle Constitution est promulguée : la structure fédérale est abandonnée, le pays prenant le nouveau nom de royaume de LibyeConstitution libyenne de 1963, site de l'université de Perpignan. Les assemblées et les gouvernements provinciaux disparaissent, et les vali deviennent de simples préfets. La réforme vise à moderniser l'administration économique du pays, ainsi qu'à réduire le poids politique des Tripolitains, qui demeurent considérés avec méfiance par le gouvernement royalFrançois Burgat et André Laronde (2003), p.56-58. Le gouvernement s'appuie sur les idées du nationalisme arabe pour renforcer l'unité nationale du pays. L'adoption d'une nouvelle administration centralisée ne change cependant pas les structures sociales de la Libye dont la vie politique, faute de partis politiques, demeure centrée sur les structures familiales et tribales.

Le facteur tribal demeure notamment le principal facteur de désignation des responsables, primant sur la compétence et le mérite. Par le terme , les Libyens désignent un groupe se reconnaissant dans l'appartenance commune à un ancêtre éponyme, dont ils descendent par une filiation fondée sur l'ascendance paternelle. La tribu, en tant que groupe, constitue un espace de solidarité et de médiation. Le représentant du groupe, qui porte le titre de cheikh, appartient généralement à une famille qui se transmet le titre de père en fils et dispose d'un rôle de représentation et d'une autorité morale. Sur le plan politique, il est l'interlocuteur privilégié du pouvoir central. Cette structure tribale, particulièrement forte en Cyrénaïque, est l'héritière du mode de vie des bédouins, mais n'a plus grand-chose de commun avec la société antérieure à la colonisation italienne, alors marquée par le nomadisme. Pilier de tous les pouvoirs centraux pour administrer le pays, les tribus sont, depuis le , essentiellement urbaines. Sous la monarchie, les représentants des tribus de Cyrénaïque tiennent une place prépondérante au sein du pouvoir central, surclassant les tribus de Tripolitaine dont le poids démographique est pourtant supérieur. Cette inégalité contribue à susciter la rancœur des Tripolitains envers la monarchie.

Le gouvernement tente de remédier au mécontentement par une série de grands travaux, mais les tensions sociales demeurent vives et sont particulièrement soulignées par l'agitation populaire au moment de la guerre des Six JoursFrançois Burgat et André Laronde (2003), p.58.

Le régime de Kadhafi