vignette|Sefer Torah.
Les pharisiens constituent un groupe religieux et politique de Juifs fervents apparu pendant la même période que les sadducéens et les esséniens en Judée lors de la période hasmonéenne vers le milieu du , en réponse à l'hellénisation voulue par les autorités d'alors. Initiateur de la Torah orale et préfigurant le rabbinisme, ce courant s'inscrit dans le judaïsme du Second Temple, dont il influence l'évolution. S'étant éteint vers la fin du , il est connu des historiens à travers différentes sources. Les études renouvelées depuis la fin du ont souligné la difficulté de cerner la complexité de ce courant, appelé « pharisaïsme » ou parfois « pharisianisme ».
Étymologie Le terme français « pharisien » est l'adaptation de Phariseus ou Fairiseu emprunté au latin chrétien du Nouveau Testament « Pharisaeus », qui est lui-même la translittération du grec .. La plus ancienne attestation du terme remonte à la seconde moitié du , vers 56-58.. Elle figure dans l'Épître aux Philippiens, où Paul de Tarse se présente comme un « pharisien quant à la Loi ».. L'origine du mot demeure obscure et a donné lieu à de nombreuses interprétations.
La forme grecque « pharisaioi » provient de l'intensif de la racine verbale פָּרַשׁ, prš, qui signifie à l'origine « séparer » et « expliquer », les deux acceptions n'étant pas exclusives même si la notion de séparation est essentielleDans la Lettre halakhique (4Q 397, 7-8a) figure : « nous nous sommes séparés de la majorité du peuple » ; cité par .. Si la forme grecque provient plutôt de la forme araméenne pěrîšayyā′., c'est la forme hébraïque פְּרוּשִׁים, pěrûšîm — parfois pěrûšîn — qui est utilisée par la littérature rabbinique pour désigner les pharisiens bien que cet usage soit débattu : si les pěrûšîm semblent bien parfois désigner les pharisaioi de Josèphe ou des textes néotestamentaires, il est cependant difficile de déterminer si et quand il faut traduire perûšîm par « pharisiens » car il peut également signifier les « hérétiques »Ainsi, dans T.Ber. 3.25, pěrûšîm semble signifier mînîm ; ou encore les « séparés » voire « séparatistes »Pour certains chercheurs, le terme perûšîm est peut-être plutôt utilisé dans le sens de « séparés », « abstinents » ou « ascètes », plutôt que pour désigner le groupe des pharisiens ; au sujet de ce débat, ; Lester L. Grabbe, Judaic Religion in the Second Temple Period : Belief and Practice from the Exile to Yavneh, Routledge, 2000 , 185-199., se référant alors à des Juifs sectaires s'étant coupés du courant majoritaire du judaïsme par l'excès de leur piété et de leur ascétisme.
Dans le Talmud, les descendants rabbiniques des pharisiens — s'il s'agit bien d'eux. — n'utilisent pas l'appellation de Flavius Josèphe et se désignent comme les « sages d'Israël » ou encore des 'haverîm, « compagnons » ou « associés », bien que là encore, l'assimilation des 'haverîm aux pharisiens soit contestée.
En tout état de cause, et au vu de l'incertitude qui persiste sur les explications étymologiques, il semble préférable de ne pas se fonder sur celles-ci pour élaborer une compréhension historique du mouvement..
Historiographie L'étude du mouvement pharisien a longtemps été l'apanage d'approches confessionnelles biaisées. soit, du côté judaïque, apologétiques, soit, du côté chrétien, polémiques, sans que soient prises en compte des données chronologiques, avant que des travaux ne s'y intéressent depuis les années 1970 sous un angle plus scientifique. Depuis l'application stricte de critères d'historicité aux sources et l'attitude plus sceptique des exégètes à leur égard, les informations considérées comme fiables sur le mouvement pharisien se sont fortement réduites ; ainsi ces progrès exégétiques ont rendu les contours du mouvement plus flous et moins certains. Il convient désormais d'examiner séparément chacune de ces sources en tenant compte de l'époque et du contexte singulier de leur rédaction.
Les points de convergence entre des sources aussi variées et aux intérêts divergents constituent un argument favorable au moins à l'établissement de l'historicité du pharisianisme. dont il faut admettre que nous connaissons en définitive peu de choses, pour un groupe aussi nodal dans les tentatives de reconstitution du judaïsme de la période du Second Temple..
Il existe trois sources principales concernant le mouvement pharisien ; chacune pose des problèmes. Chronologiquement, il s'agit des écrits néotestamentairescertaines épîtres pauliniennes, les quatre Évangiles canoniques et les Actes des Apôtres. des premiers croyants en Jésus de Nazareth, rédigés en grec dans les années 50 à 100 de notre ère, des œuvres de l'historiographe juif Flavius Josèphe, écrites en grec à la fin du premier siècle et qui constituent la source principale, ainsi que de la littérature rabbinique, plus particulièrement de la Mishna et de la Tosefta, datées des années 200 à 220. Plus récemment, une partie significative de la recherche contemporaine a rangé certains manuscrits de la mer Morte au nombre des sources, où est mentionné un groupe dénommé « chercheurs d'allègement » ou « de choses flatteuses » qui serait à identifier aux pharisiens..
Flavius Josèphe vignette|Buste dit de Flavius Josèphe, Ny Carlsberg Glyptotek.Flavius Josèphe est ainsi la source principale sur ce qu'il décrit comme une / , une « école de pensée » ou « école philosophique ». parmi d'autres, aux côtés des sadducéens, des esséniens et de la « quatrième philosophie », sans donner d'informations particulières ou de repères chronologiques sur leur origine. Il affirme qu'à l'époque d'Hérode, parmi une population évaluée à d'habitants, les pharisiens sont « au nombre de plus de six mille ». ; sans doute s'agit-il là des seuls havérim, les « maîtres-pharisiens » organisés en confréries..
Puisant dans des sources antérieures, ou rapportant des évènements dont il a été le témoin., Josèphe livre des éléments sur les / de manière incidente. dans quatorze passages isolés au milieu de ses Antiquités, de sa Guerre et de son Autobiographie. Neuf d'entre eux se penchent délibérément sur leurs croyances et sur leurs activités, dans des formulations souvent ambiguës, voire contradictoires, à la différence de ses avis tranchés, élogieux, concernant les Esséniens et négatifs concernant les Sadducéens. Même s'il affirme, dans son autobiographieAutobiographie, 2, 9-12., avoir testé sincèrement les trois principales écoles philosophiques dans sa jeunesse., son attachement aux pharisiens ne transparaît pas dans ses œuvres historiques. Ces ambiguïtés nourrissent un débat dans la recherche contemporaine quant au degré d'antipathie, de sympathie ou de neutralité de Josèphe vis-à-vis de ce mouvementPour les différentes approches, voir .. Il convient ainsi de tenir compte des éventuels préjugés de Josèphe lors de l'évaluation de son témoignage.
Nouveau Testament vignette|droite|Le Christ et les Pharisiens, par Jacob Jordaens. C'est dans la littérature néotestamentaire que se trouvent les plus anciennes attestations du terme « pharisien ». La première, datée des environs de 56-58, figure dans l'Épître aux Philippiens. dont l'auteur est Paul de Tarse. Les occurrences suivantes figurent dans l'évangile selon Marc, composé vers 70, où le terme revient à douze reprises et où le terme « sadducéen » apparaît également pour la première fois.. Les deux auteurs s'adressent à des communautés constituées essentiellement de non-juifs vivant hors de Palestine, et les tensions existant au premier siècle entre les tenants de Jésus de Nazareth et ceux du judaïsme traditionnel empêchent de considérer ces sources comme historiquement neutres ou objectives..
Dans l'unique mention du mot par Paul de Tarse, dans un texte fortement polémique à l'encontre des Juifs et de certains judéo-chrétiens, Paul se présente comme un « pharisien quant à la Loi » ce qui n'éclaire pas sur le mouvement, et permet de postuler, à travers les épîtres, quelle était la nature du pharisianisme de l'auteur.. Les quatre évangiles offrent plus de matériaux que Paul et sont fortement marqués par la polémique entre la première génération de chrétiens et les pharisiens, particulièrement mordante dans les évangiles selon Matthieu et selon Jean, plus tardifs que celui selon Marc. L'auteur de l'évangile selon Luc et des Actes semble moins vindicatif. Il nourrit probablement son projet théologique plutôt qu'un souci de restitution historienne de la période antérieure à 70.
Littérature rabbinique La reconstruction des pharisiens par l'exégèse juive s'est longtemps appuyée sur des textes d'époques différentes : la Mishna (début du ) et la Tosephta (fin du ), le Talmud de Jérusalem (), le Talmud de Babylone () ainsi que sur une variété de midrashim rabbiniques.. Cette approche a, par exemple, souvent assimilé « les sages » ou « les scribes » aux pharisiens comme un présupposé non discuté., quand elle n'a pas tout simplement assimilé la littérature rabbinique elle-même à de la littérature pharisienne.. Ces pétitions de principe sont désormais rejetées par l'exégèse contemporaine, qui a attiré l'attention sur la prudence nécessaire pour utiliser des sources aussi éloignées dans le temps, dont l'attribution demeure difficile et qui posent des problèmes, le moindre étant de savoir quand la littérature rabbinique parle précisément du courant nommé « pharisaioi », tant chez Flavius Josèphe que dans le Nouveau Testament.
vignette|Document de Damas, 4Q271 (4QDf).
Les rabbins utilisent en effet le plus souvent le terme de « 'hakhamîm » pour désigner leurs prédécesseurs, parfois ils désignent des individus précis ou, de manière allusive, font mention de groupes anonymes. Ces écrits emploient également la forme pěrûšîm, souvent assimilée aux pharisaioi, dont la signification peut varier. Ce terme semble décrire les pharisiens au moins dans les passages où il est opposé au terme șaddûqîm, qui semble correspondre aux « sadducéens » de Josèphe et du Nouveau TestamentIl faut rester prudent dans la mesure où certains textes rabbiniques semblent avoir substitué le terme șaddûqîm à celui de mînîm, signifiant « hérétiques » ; cf. ., disparus avec les évènements des années 70. Ces passages concernent surtout différentes questions de pureté, une question de droit civil et un débat sur le libellé d'une lettre de divorce.. Enfin, les éléments rapportés par la littérature rabbinique instruisent essentiellement sur leur fonctionnement interne et n'offrent aucun témoignage sur la vie et ni sur les évènements extérieurs à leur propre cercle..
Manuscrits de la mer Morte La recherche contemporaine s'accorde largement pour déceler la mention des pharisiens — bien qu'ils n'y soient pas explicitement cités — dans différents documents de la mer Morte : le Document de Damas (Q265-73, 5Q12, et 6Q15), le Rouleau des Hymnes (1QH) le Pesher d'Isaïe (4Q162) et le Pesher de Nahum (4QpNah).
Ils y apparaissent comme un groupe, dont une partie au moins réside à Jérusalem., entré en conflit avec la communauté qumranienne (ou Yahad) à l'époque d'Alexandre Jannée. Ils y sont repris sous le sobriquet dôrešê halaqôt dont différentes traductions sont proposées : « chercheurs d'allègement », « de choses flatteuses » ou « de petites choses », ou encore « hommes de relâchement ». dans le sens de « ceux qui déduisent de fausses lois par leurs interprétations ».. Ces passages polémiques entretiennent essentiellement des reproches du Yahad à l'encontre des pharisiens accusés de trahison politique, de se livrer à des exposés faciles de la Torah ainsi qu'à des recherches vides de sens, de rejeter les prescriptions légales révélées à Israël à Qumrân, de rejeter la Torah du « Maître de Justice » et de rompre l'alliance en suivant l'« Homme du Mensonge ». Au-delà de cette somme d'invectives, de reproches et de la dénonciation d'une halakha trop lâche, le Yahad demeure muet sur le fond du conflit, et ne permet pas d'en tirer grand chose concernant l'enseignement des pharisiens.