Andreï Roublev ou André Roublev (en ), deuxième long métrage d'Andreï Tarkovski, est un film historique et dramatique soviétique en noir et blanc et en couleur tourné en 1966 et sorti en 1969, sur un scénario de Tarkovski et d'Andreï Kontchalovski avec Anatoli Solonitsyne et Ivan Lapikov dans les rôles principaux.

Source du film Le moine et peintre d'icônes russe Andreï Roublev a vécu environ de 1360 à 1430, une période marquée par les invasions des Tatars et le sectarisme religieux entrant en conflit avec la doctrine orthodoxe. Le film n'est pas biographique, mais pose des questions sur l'essence de l'art et le sens de la foi. En cette époque de grande violence, il est difficile pour Roublev d'avoir foi dans sa mission artistique.

Synopsis Le film, découpé en un prologue, huit tableaux et un épilogue, évoque la vie d'Andreï Roublev, moine et peintre itinérant d'icônes et les difficultés de la création artistique dans la Russie tourmentée du , entre 1400 et 1423.

Prologue

Un homme nommé Yefim prépare un ballon à air chaud près d'un petit village et parvient à s'envoler, suspendu à des cordes, avant d’atterrir en catastropheTarkovski transpose à l'époque de Roublev la soi-disant invention de Furvin Kriakutnoï, un Russe du début du qui aurait imaginé le ballon à air chaud plus de cinquante ans avant les frères Montgolfier et qui se serait envolé près de Kostroma.. La scène du film de l'envol est filmée à l'église de l'Intercession-de-la-Vierge sur la Nerl située à Bogolioubovo. Le ballon survole les prairies qui entourent cette église mais également le couvent de l'Intercession à Souzdal Youri Belov, Souzdal dans le rôle principal, Moskva, "Algoritm", 2006, (Юрий Белов, "В главной роли Суздаль") .

L'histrion (été 1400) Pendant que des trombes d'eau s'abattent sur un village et pour passer le temps, un skomorokhLes skomorokhs étaient des amuseurs publics, à la fois musiciens, acteurs, chanteurs, danseurs qui furent persécutés à partir du lorsque l'Église a vigoureusement propagé sa conception de vie ascétique. amuse la galerie en se moquant des boyards, dans une pièce commune où tous les habitants sont réunis. Lorsque trois moines peintres d'icônes, Andréï, Kirill et Daniil, demandent l'hospitalité, le temps de la durée de l'orage, le silence se fait. À la suite de la dénonciation de Kirill, des hommes à cheval arrivent, demandent à l'histrion de sortir de l'abri, l'assomment contre un arbre et l'emmènent. Les trois moines reprennent leur route car la pluie a cessé.

Théophane le Grec (été 1405 - été 1406) thumb|Théophane le Grec, La Transfiguration, vers 1403, détrempe sur bois,Moscou, galerie Tretiakov. Kirill rend visite au vieux peintre Théophane dit le Grec. Après avoir brièvement fait l'éloge du peintre Andreï Roublev, Kirill tente de convaincre Théophane de l'accepter lui dans son atelier pour réaliser des fresques dans l'église cathédrale de la Sainte-Annonciation à Moscou.

Au monastère Andronikov, les moines reçoivent un émissaire de Théophane priant Andreï de se rendre à Moscou pour y peindre à la cathédrale de l'Annonciation. Kirill, jaloux, quitte la vie monacale pour le monde séculier. Andreï, accompagné du jeune apprenti Foma, part pour Moscou.

La Passion selon Andreï Marchant dans les bois, Andreï et Foma discutent des défauts de l'apprenti, Foma est préoccupé par les aspects pratiques du travail, comment perfectionner le bleu azur, une couleur instableDifficile à fabriquer, la couleur bleue a longtemps été écartée. Ce n'est qu'à partir du que la Vierge se vêtira de bleu, que les cieux seront peints de cette couleur, alors qu'ils étaient auparavant en feuille d'or, ou en noir, en rouge, ou en blanc et que le bleu accède au rang de couleur divine, en symbolisant la fidélité, la chasteté, la loyauté, la justice et la foi..

Andreï rejoint Théophane, ils ont une conversation sur les berges d'un ruisseau où le Grec disserte sur les vices et la méchanceté des hommes.

Suit une reconstitution de la Crucifixion du Christ jouée alors qu'Andreï exprime sa foi.

La Fête (1408) Lors d'une promenade nocturne, la veille du jour d'Ivan KupalaLe jour d'Ivan Kupala est la fête de Jean le Baptiste dans certains pays d'Europe centrale et orientale, tenue lors du solstice d'été, l’équivalent de la Fête de la Saint-Jean. , Andreï rencontre un groupe de païens nus dont le rituel festif et sensuel l'attire. Des païens le capturent et l'attachent en croix au poteau d'une grange, le menacent de noyade. Marfa, une jeune femme vêtue seulement d'un manteau, s'approche d'Andréï, laisse choir son vêtement, embrasse Andréï puis le libère.

Le lendemain, alors qu'Andréï a rejoint ses compagnons et traverse le fleuve en barque, des soldats arrivent et s'en prennent aux païens. Marfa s'enfuit et nageant, passe près du bateau d'Andréï qui détourne les yeux de honte.

Le Jugement dernier (été 1408) thumb|right|Vladimir, cathédrale de l'Assomption. Andreï et Daniil décorent une église à Vladimir, mais le travail n'avance pas, Andreï doute de lui-même. Le peintre confie à Daniil que cette tâche le dégoûte et qu'il est incapable de peindre un sujet tel que Le Jugement dernier, car il se refuse à terrifier les gens. Il pense qu'il a perdu la liberté d'esprit nécessaire à un artiste. Il se souvient du temps où il peignait pour le Grand Prince qui fit crever les yeux des artisans afin de les empêcher de reproduire les œuvres qu'ils venaient de créer. Comme le flashback se termine, Durochka, une sourde-muette simple d'esprit, entre dans l'église.

Deuxième partie Le Sac (automne 1408) Alors que le grand-prince Vassili de Russie est en Lituanie, son frèreLe frère de Vassili de Russie coupable du sac de Vladimir est soit Vassili II de Russie, soit Iouri IV de Russie, à la tête d'une bande de Tatars, dévaste la ville de Vladimir. Les Tatars pillent, incendient, assassinent, un cheval tombe d'un escalier transpercé par une lance, une vache brûleUne polémique existe au sujet de la vache en feu : des témoins oculaires affirment que Tarkovski a fait mettre le feu à une vache vivante, alors que le cinéaste prétend que l'animal était recouvert d'amiante. Les Tatars pénètrent dans l'église où les gens se sont réfugiés, Andreï empêche le viol de Durochka en tuant son agresseur, un Russe. Secoué par cet évènement, Andreï décide d'abandonner la peinture et fait vœu de silence.

Le Silence (hiver 1412) thumb|Le monastère Andronikov en 1882 Andreï est revenu au monastère Andronikov. Il garde le silence, ne peint plus et garde Durochka sous sa protection auprès de lui.

Après plusieurs années en dehors de toute vie monacale, Kirill se présente au monastère et prie le père supérieur de le réintégrer. Sa demande est acceptée, mais en pénitence il doit recopier quinze fois les Écritures. C'est l'hiver, accompagné d'une période de disette. Des Tatars s'arrêtent au monastère. Durochka, affamée, à la vue de la viande que les Tatars jettent aux chiens, s'arrache à la protection d'Andreï et part avec les cavaliers.

La Cloche (printemps 1423 - printemps 1424) À proximité de Souzdal, une bourgade dévastée par la peste ne demande qu'à renaître et, pour ses habitants, cette renaissance passe par la fonte d'une cloche. Mais le maître-fondeur de cloches est mort, son fils Boriska se charge de la fonte de l'impressionnante cloche. Il dirige l'équipe avec maîtrise, sachant que s'il échoue, il sera sévèrement châtié La scène de la cloche fondue par Boriska est filmée à proximité des murs d'enceinte au sud du Monastère du Sauveur-Saint-Euthyme au bord du ravin qui descend vers la Kamenka et vers le Couvent de l'Intercession (Souzdal) Youri Belov, op. cit., (Юрий Белов, "В главной роли Суздаль") . Lorsque le battant de la cloche est mis en branle et donne un son parfait, Boriska tombe en pleurs et avoue dans les bras de Roublev que son père « cette charogne » ne lui avait pas transmis le moindre secret de fabrication. Devant tant de foi, Roublev rompt son vœu de silence, auquel il s'est astreint pendant une dizaine d'années, et promet de se remettre à peindre.

Épilogue Les derniers plans, en couleurs, montrent des icônes de Roublev et de ses contemporains, comme le Christ pantocrator, Grégoire de Nazianze, La Transfiguration, Le Sauveur de Zvenigorod et l'Icône de la Trinité. Des images de quatre chevaux broutant sous la pluie dans des pâturages terminent la dernière partie du film.

Icônes reprises dans le film

Fiche technique Titre : Andreï Roublev ("Андрей Рублёв" ) Réalisation : Andreï Tarkovski Scénario : Andreï Kontchalovski, Andreï Tarkovski Production : Tamara Ogorodnikova Musique : Viatcheslav Ovtchinnikov Photographie : Vadim Ioussov Montage : Ludmila Feiginova, O. Shevkunenko et Tatiana Yegoricheva Son : Inna Zelentsova Décors : Evgueni Tchernïaev Conseillers techniques : Vladimir Pachouto, Saveli Iamchtchikov, Maria Mertsalova (costumes historiques) Pays de production : Union soviétique Sociétés de production : Mosfilm, Tvorcheskoe Obedinienie Pisateley i Kinorabotnikov Sociétés de distribution : Mosfilm (), Cifrovoy Element (, DVD, Blu-Ray), Baba Yaga Distribution (), Potemkine Films (), MK2 (, DVD, Blu-Ray) Budget : roubles Langue : russe Format : Noir et blanc et couleur - 2,35:1 - Mono - Durée : 180 minutes (copie standard internationale), 205 minutes (sortie URSS en 1969) ; autres exploitations russes : 145, 165 et 186 minutes Dates de sortie : Union soviétique : (Moscou, première) (sortie limitée) (sortie nationale) 1988 (director's cut) France : (festival de Cannes) (sortie nationale) (version restaurée) (version restaurée DVD, Blu-Ray)

Distribution Anatoli Solonitsyne : Andreï Roublev Ivan Lapikov : le moine Kirill Nikolaï Grinko : le moine Daniil Tcherny (Daniel le Noir) Nikolaï Sergueïev : le peintre Théophane le Grec Irma Raush : Durochka, l'innocente sourde-muette Nikolaï Bourliaïev : Boriska, le jeune fondeur de cloche Youri Nazarov : le Grand Prince / son frère Youri Nikouline : le moine Patrike Rolan Bykov : le skomorokh (bouffon) Nikolaï Grabbe : Stepan, centurion du grand-duc Mikhaïl Kononov : Foma, l'apprenti Stepan Krylov : le chef des fondeurs de cloche Bolot Beishenaliev : le khan Tatar Nellie Sneguina : Marfa, la païenne Igor Donskoy : le Christ Irina Mirochnitchenko : Marie-Madeleine Ivan Ryzhov : le vieux maître (non crédité, voix)

Production Dates de tournage Andreï Roublev a été tourné d'avril à et d'avril à .

Lieux de tournage Andreï Roublev a été tourné principalement dans les villes de Vladimir, Souzdal, Pskov, Izborsk et Petchory ainsi que sur les rives de la Nerl, une rivière près de Vladimir.

Le Jugement dernier a été tourné à l'intérieur de la cathédrale de l'Assomption à Vladimir.

Autour du film Andreï Roublev : Tarkovski écrit

La perte du manuscrit Dans ses Mémoires, Tarkovski écrit à la date du : Cet épisode, situé vraisemblablement entre 1963 et 1965, a profondément marqué Andreï Tarkovski.

La censure soviétique Malgré la liberté qu'a eue Tarkovski pour tourner, son deuxième film, une fois terminé, subit la censure soviétique. Il n'est finalement montré au Festival de Cannes qu’en 1969, amputé de vingt minutes par les autorités soviétiques, au dernier jour des projections, à du matin, ce qui limitera auprès du public l’impact de cette œuvre de trois heures. Malgré l'obtention du prix FIPRESCI, qui permet la diffusion du film à l'étranger, il est néanmoins interdit par les autorités soviétiques jusqu'en Le film est projeté dans plusieurs salles en Union soviétique à partir du 10 décembre 1971 (Cinéma 72, , , 5).

Projection pour Léonid Brejnev