La Reine de Saba () est un opéra en quatre actes et un prélude, de Károly Goldmark sur un livret en allemand de Salomon Hermann Mosenthal , créé le au Hofoper de Vienne.
La version révisée fut dirigée à Vienne par Gustav Mahler en 1901.
Historique L'intérêt de Karoly Goldmark pour le sujet de la reine de Saba, lui fut inspiré par son élève, la mezzo-soprano Caroline von Gomperz-Bettelheim, dont la beauté fut un jour comparée à celle de la reine de Saba par un ami de Goldmark. Bettelheim possédait une voix saisissante et le rôle fut écrit pour mettre en valeur sa vaste palette et ses talents dramatiques. Cependant, Bettelheim n'interpréta jamais le rôle, car l'opéra mit douze ans à être porté à la scène. Goldmark commença à travailler sur l'opéra en 1863, mais le premier livret de travail s'avéra inadapté. Le livret de Mosenthal fut fourni deux ans plus tard, mais Goldmark n'était pas satisfait de la fin heureuse. Après quelques délibérations, Goldmark réécrivit la fin de l'opéra pour terminer avec la mort tragique d'Assad.
Salomon Hermann Mosenthal écrit son livret en se plaçant le contexte historique de la visite de la reine de Saba à la cour du roi Salomon, rapportée dans la Bible hébraïque dans le Livre des Rois (1 Rois 1-11). Mais l'intrigue met en scène un triangle amoureux qui ne figure par dans les récits de la Bible, entre la reine de Saba, Assad (un ambassadeur à la cour de Salomon) et Sulamith (la fiancée d'Assad). A Vienne, où il est créé dans ce qui est aujourd'hui le Wiener Staatsoper, il remporte un grand succès.
Bien que composé pour une voix de mezzo-soprano, le rôle de la reine de Saba est attribué à la célèbre soprano dramatique Amalie Materna, qui crée également plusieurs rôles dans les opéras de Wagner. La Première fut un grand succès, en partie grâce à la capacité du directeur du théâtre à persuader Goldmark de faire des coupes importantes après la répétition générale. Des représentations dans de nombreuses villes européennes suivent, et l'œuvre devient particulièrement populaire en Italie pendant plusieurs décennies. Elle est ainsi jouée plus de 250 fois à la fin du XIXème siècle et au début du XXème.
L'oeuvre est créée aux USA, à New York, au Metropolitan Opera, le où elle est bien accueillie par la critique. Le New York Times souligne ainsi .
Par la suite et à partir des années 1990, elle reste rare mais est régulièrement reprise comme en témoignent les enregistrements de représentations qui permettent de découvrir l'ouvrage.
Argument Jérusalem et le désert environnant, 10e siècle avant J.-C.
Prélude (Vorspiel).
Acte 1 La grande salle du palais de Salomon
Sulamith, la fille du grand prêtre, attend avec impatience (Air : ) le retour à la cour de son fiancé, Assad, de sa mission diplomatique, afin qu'il puisse planifier l'arrivée de la reine de Saba à la cour du roi Salomon. Le couple doit se marier le lendemain.
À son retour au palais, Assad rencontre d'abord Sulamith qu'il repousse malgré ses engagements (Air : ). Puis Assad est reçu par Salomon et lui révèle qu'il est tombé amoureux d'une mystérieuse femme dans les forêts de cèdres du Liban et qu'il n'aime pas Sulamith (air : .
Salomon le rappelle à son devoir (air : . Assad y consent mais la reine de Saba arrive avec son entourage (Air des choeurs : ) . Alors qu'elle salue le roi, s'incline et lui offre mille présents, elle retire son voile (Air : .
Elle révèle ainsi à Assad qu'elle est en fait la mystérieuse femme qu'il a rencontrée lors de son voyage. À la grande confusion d'Assad, la reine fait semblant de ne pas le connaître. Assad, Sulamith, la Reine et Salomon entonnent quatre airs, en aparté, qui se font écho (Airs : Assad ; Sumamith : ; la Reine : ; la Reine : ). Puis la Reine proteste de l'empressement d'Assad en niant l'avoir déjà rencontré (Air : . Tout en invitant la Reine au repas préparé pour elle, Salomon conseille à Assad de respecter ses voeux (air : .
Acte 2 Le jardin du palais la nuit
La reine de Saba, toute enveloppée de voiles, sort du Palais pendant la fête en son honneur et se livre à un grand monologue mélancolique (Air : . Astaroth, son esclave, l'informe qu'Assad est à proximité et tente ensuite d'attirer Assad vers sa maîtresse avec un air séduisant ( Air : ). Assad et la reine s'engagent alors dans un dialogue fervent qui culmine dans un duo passionné et se termine par une étreinte (Airs : Assad : - la Reine : .
Le gardien du temple arrive à l'aube et perturbe leur duo amoureux en appelant les fils d'Israël à prier.
Le temple
La noce arrive et Assad et Sulamith sont sur le point de se marier devant l'Arche d'Alliance. Sulamith sacrifie deux colombes pour que Assa soit délivré de son envoûtement (Air : ). Assad prend l'anneau mais aperçoit la reine et le jette au sol, pris à nouveau par sa passion. La reine annonce qu'elle vient offrir un cadeau de mariage et Assad tente de lui arracher son voile puis la conjure de se prononcer sur sa démence mais elle prétend à nouveau ne pas le connaître. Il commet alors un anathème (Air : )ce qui provoque un tumulte qui met fin à la cérémonie de mariage. Assad est emmené en attente du jugement du roi Salomon tandis que la foule réclame sa mort.
Acte 3 La cour du roi Salomon
Les célébrations en l'honneur de la reine de Saba se poursuivent avec une représentation de la danse des abeilles des Almées ( Bienentanz der Almeen).
Inquiète pour le sort d'Assad, la reine demande à Salomon de lui accorder sa clémence (Air : . Il refuse malgré l'insistance de la reine et cette dernière le menace (Air : ). Puis elle part.
Sulamith, accompagnée de ses compagnes, entre dans la cour en annonçant son retrait du monde (air : . Elle aussi plaide pour que la vie d'Assad soit épargnée (Air : Toujours impassible, Salomon répond par une prophétie inquiétante sur le sort de Sulamith qui quitte le palais.
Acte 4 Dans les sables du désert
Assad a été banni par Salomon et exilé dans le désert. La reine de Saba le recherche pour tenter de le convaincre de revenir avec elle dans son royaume. Elle le trouve seul, non loin de la retraite de Sulamith, et tente de le séduire (Air : ). Il rejette ses avances et termine avec violence (air : ). Resté seul, il révèle ses regrets et son désir d'une mort qui pourrait racheter son offense contre Dieu (Air : . Une tempête de sable s'annonce, conformément à la prophétie de Salomon et fait disparaître la reine et sa suite, tandis qu'Assad prie pour le retour de Sulamith (Air : ). Sulamith le découvre presque mort, Il implore son pardon, qu'elle lui accorde juste avant de mourir à son tour dans ses bras (air des choeurs : ).
Rôles, tessitures et interprètes de la création RôlesTessitureDistribution de la Première le 10 mars 1875 (direction musicale : AssadténorGustav WalterLe roi SalomonbarytonJohann Nepomuk BeckLa reine de Sabamezzo-sopranoAmalie MaternaSulamithsopranoMarie WiltAstaroth, esclave de la ReinesopranoHermine von SiegstädtBaal-HananbarytonTheodor LayLe Grand-prêtrebasseHans von RokitanskyLe gardien du TemplebasseHans von Rokitansky
Analyse musicale La Reine de Saba adopte la forme musicale du Grand opéra, comprenant une distribution importante de grandes voix dramatiques, un orchestre de grande envergure, une référence historique importante, une orchestration qui s'inspire des couleurs locales du sujet - l'orient mais aussi les musiques juives d'origine- la place donnée aux choeurs et au ballet traditionnel.
Parmi les moments célèbres de l'opéra, il faut citer la courte aria d'Assad « Magische Töne » dans l'acte 2 et le duo final dans l'acte 4, qui montrent tous deux le lyrisme de Goldmark à son meilleur.
Bien que Goldmark n'ait jamais été un fervent adepte de Wagner, l'orchestration de la Reine de Saba n'est pas sans rappeler les effets de sa musique, notamment ceux de son Tristan und Isolde. Cela dit, Goldmark n'utilise jamais les fameux leitmotive et l'on peut également noter l'influence de Meyerbeer notamment dans le traitement du sujet religieux.
Tout ceci ne retire rien aux qualités particulières et personnelles de Goldmark qui a su mêler érotisme sensuel, exotisme et force de la religion de manière originale. A l'occasion d'une reprise au théâtre Erkel de Budapest, un critique souligne ainsi : .
Discographie
Intégrales
Die Königin von Saba - Enregistrement en direct d'une représentation de l'American Opera Society Orchestra dirigé par Reynald Giovaninetti avec Arley Reece en Assad et Alpha Floyd en Reine de Saba. Le CD comprend également des extraits d'un enregistrement studio fait à Vienne entre 1903 et 1909 avec Leo Slezak en Assad et Elsa Bland en the Queen of Sheba. Label: Gala - 1970. Die Königin von Saba - enregistrement studio, version intégrale, par le Hungarian State Opera, sous la direction de Ádám Fischer avec Siegfried Jerusalem en Assad et Klara Takács en Reine de Saba, ainsi que Magda Kalmár, Sándor Sólyom-Nagy, József Gergor - Label: Hungaroton - 1980. Die Königin von Saba - Intégrale enregistrée à l'opéra de Freiburg en juin et , avec Karoly Szemerdy, Jin Seok Lee, Irma Mihelic, Nuttaporn Thammathi, Kevin Moreno, Philharmonisches Orchester Freiburg, Fabrice Bollon CPO- 2016.
Extraits célèbres
Die Königin von Saba - aria "Magische Töne", Air d'Assad, extrait de l'acte 2, enregistré en 1967 par Nicolai Gedda avec l' orchestre de l'opéra de Bavière, Munich, sous la direction de Giuseppe Patanè. Label: EMI. 1967 Die Königin von Saba - aria "Magische Töne", air d'Assad, extrait de l'acte 2, enregistré en 2014 par Roberto Alagna, avec l'orchestre de Londres sous la direction d'Ivan Cassar - CD Ma vie est un opéra - Deutsche Grammophon Magische Töne - Album - avec l'air d'Assad, extrait de l'acte 2, enregistré en 2026 par Jonas Kaufmann, avec l'orchestre de l'Opéra d'Etat de Hongrie sous la direction de Dirk Kaftan - Sony Classical.
Notes et références
Liens externes
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