Maurice Béjart, nom de scène de Maurice-Jean Berger, né le à Marseille (France) et mort le à Lausanne (Suisse), est un danseur et chorégraphe franco-suisse.
Fondateur et directeur de la compagnie Ballet du créée en 1960 à Bruxelles (puis transférée à Lausanne), Maurice Béjart est considéré comme l'un des principaux et des plus novateurs chorégraphes de danse moderne développant son langage chorégraphique tant sur les bases de la danse académique que sur les courants néoclassiques. Il mêle les univers musicaux, lyriques, théâtraux et chorégraphiques, mettant en valeur les qualités individuelles de ses solistes au sein de mouvements d'ensemble. Même s'il a eu beaucoup de détracteurs « Maurice Béjart Orbituary », The Times, date 23 novembre 2007., dont ses pairs qui le jugeaient trop classique ou tout du moins lui reprochaient de s'être arrêté dans ses recherches chorégraphiques pour satisfaire le plus grand nombreRosita Boisseau, « Maurice Béjart sous le regard de ses pairs », Le Monde, 26 mai 2005., il a néanmoins énormément contribué à la promotion de la danse moderne en France et en Belgique dans les années 1970, notamment grâce aux générations de chorégraphes qu'il a formées à l'École MudraRosita Boisseau, « Maurice Béjart, l'homme qui voulait amener le grand public à la danse », Le Monde, 22 novembre 2007..
Il a été membre de l'Académie des beaux-arts française (section des membres libres) de 1994 jusqu'à sa mort.
Biographie Famille et formation Maurice Jean Berger est le fils du philosophe Gaston Berger. Sa mère meurt lorsqu'il a sept ans. Il prend alors des cours de danse sur les conseils d'un médecin pour se fortifierRosita Boisseau, « Maurice Béjart, le colosse aux pieds agiles, est mort », Télérama, 22 novembre 2007. et rêve de devenir torero. Il fait parallèlement ses études secondaires et universitaires et obtient une licence de philosophie.
Après avoir assisté à un récital de Serge Lifar, il décide de se consacrer entièrement à la danse. Il entre à quatorze ans à l'Opéra de Marseille puis part en 1946 à ParisMaurice Béjart sur l'Encyclopædia Universalis. où il suit les cours de Lioubov Iegorova, de Rousanne Sarkissian au Studio Wacker et de Léo Staats. Il commence sa carrière de danseur à Vichy en 1946 et la poursuit auprès des danseuses Janine Charrat et Yvette Chauviré, puis avec Roland Petit à partir de 1948.
En hommage à Molière, il prend comme pseudonyme celui de l'épouse de ce dernier, Armande Béjartarticle du Dauphiné libéré du 23 novembre 2007.. En 1951, il collabore avec Birgit Cullberg et crée son premier ballet, L’Inconnu, à Stockholm, puis règle L'Oiseau de feu. En 1955, il crée Symphonie pour un homme seul sur une musique de Pierre Henry et Pierre Schaeffer, avec sa première compagnie fondée en 1953, les Ballets de l'Étoile, qui lui vaut les honneurs de la presse et du public.
La Belgique, le Ballet du et l'école Mudra En 1959, n'obtenant pas l'aide de l'État français pour établir sa troupe dans un théâtre, Maurice Béjart quitte la France pour la Belgique où il travaillera durant vingt-sept ans. À la demande de Maurice Huisman, alors directeur du Théâtre royal de la Monnaie, il crée en 1959 à Bruxelles sa plus célèbre chorégraphie, Le Sacre du printemps. Le contrat temporaire qui lie Béjart à La Monnaie va se transformer en un contrat de plusieurs années et entraîner la naissance du Ballet du en 1960. Maurice Béjart va parcourir le monde entier avec celui-ci et initier un vaste public de néophytes à la danse moderne.
L'année même de la création de la compagnie, Béjart monte avec la danseuse Duška Sifnios le Boléro de Maurice Ravel qui devient une de ses chorégraphies emblématiques. Après Tania Bari, Suzanne Farrell, Louba Dobrievic, Anouchka Babkine, Angèle Albrecht et Shonach Mirk, Jorge Donn reprendra le rôle, qui sera alors dansé indifféremment par un homme ou par une femme.
Dans les années 1960-1961, Maurice Béjart propose la création à Bruxelles, dans le cadre du Théâtre de la Monnaie et dans le prolongement du Conservatoire de danse, d'une école de danse pour les petits rats, intégrant, outre les cours de danse, la formation scolaire obligatoire et une éducation artistiqueLa Bibliothèque de la Gourmandise possède copie de ce document dans sa section Danse et chorégraphie.. Ce projet n'aboutira pas; plusieurs années plus tard, des options danse sont ajoutées à l'enseignement scolaire traditionnel, ce qui a donné les « humanités chorégraphiques ».
En 1964, Paris l'accueille avec Hector Berlioz pour La Damnation de Faust et deux ans plus tard Roméo et Juliette. En 1967, le Festival d'Avignon s'ouvre à la danse et invite Maurice Béjart et son Ballet du à se produire dans la cour d'honneur du palais des Papes. Béjart et sa troupe présentent une pièce majeure de son répertoire : la Messe pour le temps présent, sur une musique composée par Pierre Henry et Michel Colombier. La pièce est rejouée l'année suivante à Avignon et connaît un énorme succès.
En 1970, il fonde l'École Mudra à Bruxelles sous la direction artistique de Micha van Hoecke afin de dispenser des cours de danse à des jeunes talents dans cet art. Cet enseignement formera de nombreux danseurs et chorégraphes qui participeront activement à l'essor de la danse contemporaine en Europe. On peut par exemple citer Maguy Marin ou Anne Teresa De Keersmaeker. En 1977, il ouvre l'école Mudra-Afrique à Dakar, honorant ainsi la mémoire de son arrière-grand-mère sénégalaise Fatou Diagne, grand-mère du philosophe métis Gaston Berger, né à Saint-Louis-du-SénégalGaston BERGER, Maurice BEJART, " La mort subite, journal intime", Paris, Séguier, 1990, 240 pages .
Répertoire persan vignette|Maurice Béjart à Chiraz en 1971 avec Sussan Deyhim, Tom Crocker et Aida Amir Khanian. Durant des années 1970, Maurice Béjart s'investit dans le répertoire chorégraphique persan. Ses créations vont dès lors être présentées au Festival des arts de Chiraz-Persépolis et bénéficier du soutien de la Chahbanou Farah Pahlavi. De cette relation avec l'impératrice d'Iran naissent deux créations : Golestan, une commande du Festival créée en 1973, et Farah, une commande du Ballet du créée en 1976 a Bruxelles. Toutes les deux sont basées sur la musique traditionnelle iranienne. Golestan (« La roseraie »), s'inspire du chef-d'œuvre de Saadi, tandis que le second est un hommage à la Shahbanou. Pour la circonstance, Maurice Béjart travaille avec les musiciens iraniens du Centre de préservation et de propagation de musique iranienne, établi par la télévision nationale iranienne.
Influencé par son expérience iranienne, il se rapproche de l'islam chiite à la suite de sa rencontre avec Ostad Elahi« Béjart sur la religion, l'écriture, la liberté et l'amour », Le Monde, 16 mai 2003. et « se convertit » à cette religion en 1973 (il déclarera cependant en 2006 : « Maurice Béjart, mystique converti à l'islam par soif de spiritualité », La Libre Belgique, 22 novembre 2007.). Maurice Béjart reconnaît que cette expérience a joué un rôle déterminant dans sa carrière, tant d'un point de vue artistique que spirituel.
La Suisse, le Béjart Ballet Lausanne et l'école Mudra alt=Maurice Béjart en répétition|vignette|Maurice Béjart en répétition, Pli selon Pli, avec Rita Poelvoorde et Bertrand Pie, Bruxelles 1976. En 1986, il entre violemment en conflit avec le danseur Rudolf Noureev, alors directeur artistique du ballet de l'Opéra de Paris : le , à l'issue de la création de son ballet Arepo, Maurice Béjart, alors chorégraphe invité à l'Opéra de Paris, nomme Manuel Legris et Éric Vu-An danseurs étoiles, sans en avoir le droit. Rudolf Noureev contraint Maurice Béjart à faire marche arrière« La Guerre des étoiles », Le Nouvel Observateur, mars 1986..
En 1987, au terme d'un conflit ouvert avec le directeur de La Monnaie Gerard Mortier, Béjart, en pleine tournée à Léningrad, décide de quitter BruxellesMaurice Béjart : l'adieu à Bruxelles - Entretien avec Jacques De Decker en 1987. Sur le site www.bon-a-tirer.com, du 15 décembre 2007.. Comme la Fondation Philip Morris lui propose de venir s'installer en Suisse, à Lausanne où celle-ci est établie, Béjart dissout le Ballet du et fonde six semaines plus tard une nouvelle compagnie, le Béjart Ballet Lausanne.
En 1988, par le biais d'une visite officielle à son École Mudra à Bruxelles, puis par une nomination du chorégraphe comme Grand Officier de l'Ordre de la Couronne, le roi Baudouin de Belgique rend encore hommage à la réussite belge du créateur.
Un an après le départ de Maurice Béjart et la disparition du Ballet du , l'École Mudra ferme aussi ses portes. Mais en 1992, l'industriel Philippe Braunschweig (fondateur du prix de Lausanne) et la Fondation Philipp-Morris permettent à Béjart de rouvrir à Lausanne l'École-atelier Mudra, qui dispense depuis cette date une formation complète de danseur sur deux années. Elle est une des écoles les plus prestigieuses dans le milieu de la danse classique et contemporaine.
En 1998, il est condamné pour plagiat, son spectacle Le Presbytère contenant une scène copiée de La Chute d'Icare du chorégraphe belge Frédéric Flamand.
Avant sa mort, Maurice Béjart a créé la Fondation Maurice-Béjart, qu'il a instituée héritière par testament de tous ses biens et en particulier des droits d'auteur sur ses œuvres (chorégraphie, livres, etc.). Par la gestion et les revenus de ces droits, la Fondation Maurice Béjart réunit les moyens financiers destinés à remplir les buts qu'a définis Maurice Béjart, soit de : contribuer financièrement à la formation de danseurs peu fortunés dans des écoles professionnelles de danse et de ballet, soutenir financièrement des artistes des milieux de la danse et du ballet tombés dans le besoin, de contribuer financièrement à des productions dans le domaine du ballet et de la danse, soutenir des compagnies de danse et de financer des projets de recherche médicale au profit d'hôpitaux et universités dont les travaux pourraient concerner particulièrement les danseurs.
Demandes de naturalisation et mort Bien qu'il ait quitté définitivement la Belgique en 1987, il lui reste profondément attaché. Un peu plus d'un mois avant sa mort, il a formé le projet de demander la naturalisation belge« Le maître de la danse, Maurice Béjart, est décédé », RTL, novembre 2017.. À ce titre, Michel Robert révèle une lettre de Maurice Béjart destinée (mais jamais parvenue) au consulat de Belgique à Genève : « Maurice Béjart voulait devenir belge », Libération, 22 novembre 2007. Bien que souhaitant devenir belge à la suite de son attachement pour ce pays, Maurice Béjart est mort avant d'être naturalisé. Étant né à Marseille, il est de nationalité française bien qu'ayant passé une grande partie de sa vie en Belgique.. Bien qu'introduite auprès du Ministère des Affaires étrangères du Royaume de Belgique, cette demande de naturalisation fut éteinte par le décès du chorégraphe.
En revanche, Maurice Béjart a demandé et obtenu en 2007 – peu avant son décès – la nationalité suisse. En raison du titre de « bourgeois (citoyen) d'honneur » de la ville de Lausanne précédemment octroyé, l'assentiment de la Confédération et du canton de Vaud lui a ainsi conféré la nationalité suisse. Il conserve également la nationalité française.
Malade depuis plusieurs années, il est hospitalisé à l'hôpital universitaire de Lausanne (CHUV), en pour des affections cardiaques et rénales. Malgré tout, il suit les répétitions de son dernier spectacle Le tour du monde en 80 minutes, spectacle dont il ne verra pas la première. Il meurt dans la nuit du , entouré de ses danseurs. Incinéré, ses cendres seront dispersées à sa demande sur les plages d'Ostende en Belgique, son pays d'adoption.
Postérité