Le sadisme et le masochisme sont deux thèmes présents dans le septième art. Plutôt que de parler de sadomasochisme ou BDSM au cinéma, cet article sépare le sadisme du masochisme, ce qui permet de traiter l'ensemble des films, qu'ils abordent la seule thématique du sadisme, ou bien celle du masochisme, et sans qu'il soit forcément et uniquement question de jeux sexuels contractuels.
Distinction vignette|Bette Davis et Joan Crawford dans Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?. Traiter le sadisme et le masochisme au cinéma, n'est pas traiter uniquement le BDSM, dont le but est la quête du plaisir sexuel. Selon la pure tradition hollywoodienne le masochisme au cinéma est acceptable « s’il évacue toute notion de plaisir sexuel : s’il peut incarner l’exaltation du martyre dans le plus pur style judéo-chrétienMichel Etcheverry : Le Pouvoir de la victime. » De même qu'aucune censure ne frappera les films historiques au sadisme exacerbé. Films où l'on met en images des scènes de fouet à peine soutenables : Les Révoltés du Bounty. Ou encore, Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? qui met en scène un sadisme social terrifiant, à travers un couple sadique. et victime, incarné par deux sœurs.
En revanche, « que le héros vienne à succomber aux avances capiteuses de cet archétype hétaïrique qu’est la vamp, et celle-ci le conduira à l’humiliation et à la déchéance. »
L'énigme Marlon Brando gauche|vignette|Un Tramway nommé Désir. Tout au long de sa carrière, Marlon Brando a accumulé les rôles de personnages troubles ou ambigus, anti-héros ou au contraire pervers cruels et effrayants. Acteur aux mille facettes, il avait aussi « quelque chose de dangereux, comme un parfum noir qui émanait de lui. Détestable ? Non. Au contraire, séduisant, attirant. Il avait la beauté du diable. »François Forestier, Un si beau monstre, Albin Michel, 2012, . Si bien que certains ont pu parler de lui comme d'un « monstre », donnant l'impression que .
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Parmi ses incarnations de personnages humiliés, frappés : Viva Zapata ! (1952) d'Elia Kazan : Emiliano Zapata (Marlon Brando) est promené corde au cou comme un animal. Sur les quais (1954) d'Elia Kazan : dans ce film, qui reprend le « topos » de l'homme seul dressé contre une puissante organisation (un gang qui a la haute main sur un syndicat de dockers du port de New York), une scène de passage à tabac montre un Marlon Brando, « torturé et inspiréJean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 3, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, . », se faisant littéralement massacrer. La Vengeance aux deux visages (1961), film qu'il réalise et dans lequel il apparaît fouetté par son ancien ami, joué par Karl Malden.. Jean Tulard fait ce commentaire : « Brando ne donne pas dans la simplicité, c'est le moins qu'on puisse dire, mais il est si visiblement content de se faire martyriser devant la caméra qu'on est content pour lui. »Jean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 3, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, . La Poursuite impitoyable (1966) d'Arthur Penn : brutale scène de passage à tabac dont est victime le shérif incarné par Brando. L'Homme de la Sierra (The Appaloosa, 1966) de Sidney J. Furie : Marlon Brando est pendu.. Reflets dans un œil d'or (1967) de John Huston : Brando y joue le rôle d'un officier de l'armée qui refoule son homosexualité et est cravaché par Elizabeth Taylor. « Un film sur la folie et les déviations […] catalogue de perversions, de l'automutilation au fétichismeJean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 3, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, . ».
Personnages cruels ou sadiques : vignette|Un tramway nommé Désir. Un tramway nommé Désir (1951) est un film d’Elia Kazan. . Le Corrupteur (1971) de Michael Winner : dans une grande demeure bourgeoise, le domestique irlandais Quint, vulgaire, brutal, négligé et pervers, impose son autorité sur les occupants d'une grande demeure bourgeoise, et en particulier sur la jeune gouvernante qui se soumet totalement à sa domination, se faisant ligoter et fouetter. Jean Tulard souligne « l'atmosphère pesante et étouffante [du film] malgré les échappées dans la campagne anglaise et [la] présence écrasante de Marlon Brando. »Jean Tulard (sous la dir. de), Guide des films, vol. 1, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2005, . Missouri Breaks (1976) d'Arthur Penn : dans un face à face tendu avec Jack Nicholson, Brando campe un « régulateur » tueur de voleurs, aussi fantasque et impitoyable que pervers« Qui aurait pu se douter qu’un personnage aussi élégant et sentant bon l’eau de Cologne vingt-quatre heures par jour, était un parfait sadique, n’aimant rien de plus que de tuer à petit feu – comme un enfant méchant faisant fumer un crapaud. Est-il besoin de dire que Brando s’installe dans ce personnage comme dans une deuxième peau, lui conférant une stature qui commande le respect, autant que la peur. », « Marlon Brando, cowboy crépusculaire » par Robert Daudelin, Hors Champ, 14 avril 2010 . Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola : Brando y joue le rôle de l'effrayant et violent colonel Kurtz, génie du mal aussi séduisant qu'inquiétant, « souverain des ténèbres » qui, caché dans la jungle, règne par la terreur sur un groupe d'indigènes« L’apocalypse des systèmes de valeurs. Dilemmes moraux dans Au cœur des ténèbres et Apocalypse Now » par Toni Pape, Université de Montréal, septembre 2014 .
Masochisme
À propos de masochisme au cinéma Michel Etcheverry nous dit : « Ce penchant pour le supplice cinématographique constitue le versant respectable du fantasme masochiste masculin »
Un des personnages principaux est masochiste vignette|Eric Von Stroheim dans Folies de Femmes.Folies de femmes : (Foolish Wives, 1922) est un film américain réalisé par et avec Erich von Stroheim, dans lequel il se fait contraindre, corseter par Mae Busch. En 2008, le film est rentré dans le National Film Registry pour conservation à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis. La Grande Illusion est un film français de Jean Renoir sorti en 1937. Dans ce film Erich von Stroheim est sévèrement contraint dans une minerve, et à ce titre, il est cité par Jean Streff, qui cite à son tour Krafft-Ebing et le plaisir masochiste de la contrainte : « Il y a quelque temps on a observé à Berlin le cas d'un officier que l'on trouva mort, étroitement enserré dans un corset, et dont on peut admettre avec certitude qu'il mourut de cette façon, sans intention de se suiciderRichard von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis (1886), trad. édition allemande (1893), É. Laurent et S. Csapo, G. Carré, Paris, 1895.. » Ce film, considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma français et du cinéma mondialNomination aux Oscars en 1939, est animé par un point de vue humaniste et pacifiste, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard, 1950) : un film de Billy Wilder, avec William Holden, Gloria Swanson, Erich von Stroheim. Norma Desmond, interprétée par Gloria Swanson, fut une grande gloire du cinéma muet. Elle vit désormais enfermée dans une somptueuse demeure et continue à se conduire comme une idole. Elle a perdu son physique de jeune première, mais son caractère s'est durci : capricieuse, autoritaire, narcissique, dominant et manipulant son valet, etc. Elle aurait, selon Georges de Coulteray, « la gifle mondaine » Jeanne Moreau aux pieds d'Ettore Manni dans Mademoiselle de Tony Richardson (1966) : .. La Mort trouble (Férid Boughedir et Claude d'Anna, 1969). vignette|Laura Antonelli dans Malicia. Malicia (Malizia, Salvatore Samperi, 1973) : . Liza (La Cagna, 1972) Prête à tout pour séduire, quitte à tuer le chien du maître pour devenir sa chienne (cagna). . Histoire d'O (Just Jaeckin, 1975), inspiré du roman éponyme de Pauline Réage (1954) est .. L'esclave (1975) de Radley Metzger : un homme retrouve une amie de longue date, qui l'entraîne dans son monde sadomasochiste. Adaptation du roman L'image de Catherine Robbe-Grillet (publié sous le nom de plume Jeanne de Berg). Sick: The Life and Death of Bob Flanagan, Supermasochist (1997) est un film documentaire réalisé par Kirby Dick : Cahiers du cinéma, , juin 1998 Erik Lamens, . (2009). Le film retrace de façon romancée l'histoire authentique du juge Koen Aurousseau, qui accède aux désirs masochistes de sa femme Magda..
Un des personnages a subi des violences non consenties et bascule vers le masochisme charnel
Portier de nuit (1974) de Liliana Cavani avec Dirk Bogarde et Charlotte Rampling : une ancienne déportée retrouve son ancien bourreau SS, avec qui elle a eu une relation amoureuse, et renoue avec lui des rapports contractuels.. Le film suscita de nombreuses polémiques, en raison des flash-back dérangeants qui exposent la relation sadomasochiste entre Max et Lucia, totalement déconnectée de la réalité atroce de l'univers concentrationnaire. En particulier, Michel Foucault critique sévèrement cette vision sexualisée du nazisme, s'étonnant que tout un « imaginaire érotique de pacotille [soit] placé maintenant sous le signe du nazisme »Michel Foucault, « Anti-Rétro », entretiens avec P. Bonitzer et S. Toubiana, Cahiers du cinéma, , juillet-août 1974 ; repris dans Dits et Écrits, vol. I 1954-1975, Gallimard, coll. « Quarto », 2001, .. Attache-moi ! (1990) de Pedro Almodóvar avec Antonio Banderas et Victoria Abril. . Elle (2016) de Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert et Laurent Lafitte : .
Films contenant une ou plusieurs scènes BDSM Trans-Europ-Express (Alain Robbe-Grillet, 1967) : . Premier amour, version infernale (1968) de Susumu Hani : Shun, ciseleur en orfèvrerie, d'un caractère plutôt timide et docile, s'éprend de Nanami, employée dans un peep-show, jeune femme extravertie et anticonformiste. Très inhibé, le jeune homme refuse toute relation sexuelle. Les deux amants se contentent d'échanger leurs propres souvenirs d'adolescents. Mais, ils ne savent comment exprimer leurs sentiments et encore moins ce à quoi ils aspirent. . L'Amour à cheval (La Matriarca de Pasquale Festa Campanile, 1968) nous dépeint la vie d'une jeune veuve (Catherine Spaak) qui se décide à explorer de nombreuses facettes de l'érotisme, qui jusque-là lui étaient étrangères. Ces découvertes la conduiront entre autres dans des expériences sadomasochistes. Dans Le grand frisson de Mel Brooks (High Anxiety, 1977), l'infirmière Diesel (Cloris Leachman) entretient une relation BDSM avec son amant, qu'elle soumet à du bondage dans le placard de son logement de fonction... La Gueule de l'autre (1979) de Pierre Tchernia, avec Jean Poiret, Michel Serrault. Ce film grand public contient une scène fortement connotée BDSM, où Marie-Hélène Perrin, incarnée par Andréa Parisy, allongée sur le lit conjugal en tenue de cuir, implore son mari, interprété par Michel Serrault, lui aussi vêtu de cuir, d'être cruel envers elle. Pulp Fiction (1994) de Quentin Tarantino contient une scène très fugace montrant un esclave bardé de cuir et de clous recevant des ordres de celui qui lui sert de maître ; La Secrétaire : un film de Steven Shainberg (2002), avec James Spader, E. Edward Grey, Maggie Gyllenhaal et Lee Holloway. .. Dans En liberté ! de Pierre Salvadori (2018), une lieutenant de police cache dans un club BDSM un suspect qu'elle souhaite protéger..
Dominatrices Films où une ou plusieurs dominatrices sont mises en scène vignette|Ingrid van Bergen. L'actrice Ingrid van Bergen, dominatrice anti-nazis dans Trahison sur commande (George Seaton,1962). Dorothea (1973) de Peter Fleischmann. Une jeune fille de bonne famille s'initie au plaisir en prenant les chemins parmi les moins conventionnels. Maîtresse (1975) de Barbet Schroeder : une plongée dans l'univers d'une dominatrice professionnelle.