La maltraitance ou le maltraitement est un mauvais traitement (occasionnel, durable ou répété) infligé à une personne (ou un groupe) que l’on traite avec violence, mépris, cruauté ou indignité. La maltraitance implique un rapport de pouvoir ou domination entre l'auteur et la victime, qui est ainsi souvent dépendante et sans défense. Lié à l'abus de pouvoir, la maltraitance a fréquemment des conséquences durables sur la santé non seulement physiologique mais aussi psychique des victimes, dues au traumatisme moral.
De plus, les formes de maltraitance durant l'enfance que sont les coups et violences, l'excision, ou les viols, ont bien souvent des conséquences majeures sur le développement des enfants et adolescents telles qu'étudiées par Daniel Schechter et Erica Willheim Schechter DS, Willheim E (2009) « The Effects of Violent Experience and Maltreatment on Infants and Young Children » CH Zeanah (Ed.) Handbook l'Infant Mental Health—3rd Edition. New York: Guilford Press, Inc. p. 197-214., ce qui se traduit à l'âge adulte dans des propensions inégales au bonheur ou aux souffrances, voire dans la reproduction de comportements violents, sur d'autres, ou sur soi-même Daniel Schechter, Erica Willheim « Disturbances of attachment and parental psychopathology in early childhood » Infant and Early Childhood Mental Health Issue Child and Adolescent Psychiatry Clinics of North America, 2009;18(3):665-87..
Droit Définition En France La maltraitance est définie par l'article L. 119-1 du Code de l'action sociale et des familles (CASF) issu de l'article 23 de la loi n° 2022-140 du relative à la protection des enfants. Elle répond à la réunion de trois critères cumulatifs : la victime est une personne en situation de vulnérabilité, l'acte de maltraitance consiste dans tout geste, toute parole, toute action ou tout défaut d'action qui compromet ou porte atteinte : à son développement, à ses droits, à ses besoins fondamentaux ou à sa santé, alors que l'auteur et la victime sont dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d'accompagnement.
Les situations de maltraitance peuvent être ponctuelles ou durables, intentionnelles ou non.
Leur origine peut être individuelle, collective ou institutionnelle.
Les violences et les négligences peuvent revêtir des formes multiples et associées au sein de ces situations.
Évaluation de la gravité de la maltraitance Pour mesurer la gravité des maltraitances, il est important d’analyser quelles peuvent être leurs conséquences. D'abord au niveau du groupe social ou familial dans lequel elles prennent place, les maltraitances peuvent jouer un rôle perturbateur majeur. Qu'un des membres du groupe en maltraite un autre avec la complicité tacite ou la passivité des autres membres entraîne toujours des sentiments lourds et ambivalents. La culpabilité s'y mêle avec le ressentiment à l'égard de l'agresseur comme de l'agressé à qui l'on peut reprocher de ne pas résister, voire d'avoir une relation spéciale avec son tortionnaireComme en témoigne par exemple l’ambiguïté des relations spéciales de la juive Hannah Arendt avec son maître et professeur antisémite Heidegger.
Ensuite, au niveau des individus, ces conséquences peuvent être de deux ordres : d'une part, des lésions et des atteintes physiques et, d'autre part, des réactions au niveau du psychisme. Par exemple, on observe souvent, chez les victimes, des sentiments d'impuissance et d'humiliation sans aucun rapport avec l'importance des atteintes corporelles. Mais dans d'autres cas, ces réactions sont ambivalentes et mêlent à la fois plaisir et souffrance. La complexité des modes d'intériorisation des situations de dépendance explique la grande variété des conséquences de la maltraitance : les violences physiques (coups, voire blessures exercées avec des armes) peuvent mettre les victimes dans des situations de prostration complète, mais elles peuvent aussi ne donner aucune suite si les personnes sont engagées dans un projet où elles visent à se dépasser ; les situations de privation (de nourriture, de soins, d'affection ou d'attention) peuvent conduire au désespoir et au refus de vivre mais, dans d'autres cas, elles peuvent ne pas entraîner de séquelles si une autorité a réussi à leur donner un sens ; la privation de ressources matérielles et d'argent pourra par exemple être ressentie comme des interdictions de jouir de l'existence ou, au contraire, pourra être comprise comme l'occasion inespérée de prouver au monde son élévation spirituelle ; les violences psychologiques auront des implications complètement différentes selon l'emprise de la personne maltraitante sur la victime : des insultes d'un supérieur hiérarchique ou d'un ascendant pourront s'imprimer durablement dans la conscience de la personne qui aura subi de telles paroles dévalorisantes, alors que le dénigrement et le refus de tendresse d'un conjoint ou d'un parent pourront être considérés dans un autre contexte comme des jeux ou des façons paradoxales de témoigner son intérêt ; les violences sexuelles (viol, agression et atteinte sexuelle, inceste), enfin, sont moins ambivalentes et conduisent le plus souvent à des sentiments d'humiliation, d'impuissance et de négation de soi pouvant aller jusqu'à la dépression et au suicide ; pourtant, dans certains cas, des femmes ont fait face à de telles expériences de maltraitance et les ont transformées en les considérant au niveau plus général de la situation du genre féminin ( King- Kong théorie de Virginie Despentes, par exemple, ou le livre d'Anne Delabre sur Clémentine Autain).
Pour analyser la gravité des maltraitances, il est nécessaire de distinguer les différentes formes qu’elles peuvent prendre selon l’âge des personnes concernées. Il faut d’abord montrer ci-dessous l’importance majeure qu’elles peuvent avoir sur le développement des enfants, et donc sur le bonheur ou la souffrance des adultes qu’ils vont devenir. Par ailleurs, dans d’autres pages de Wikipédia, sont analysées et détaillées 1° l’importance et la gravité de la maltraitance des enfants ainsi que les pistes pour les maîtriser et, 2° les différentes formes qui concernent la maltraitance des adultes : le bizutage dans les grandes écoles et dans l'armée, la maltraitance des conjointes et des conjoints, la souffrance des adultes handicapés maltraités, et la maltraitance des personnes âgées.
Une autre approche consiste à définir juridiquement ce qu’est un acte de maltraitance au sens de la loi n° 2002-2 du rénovant l’action sociale et médico-social. Dans cette approche proposée par l’avocat et chercheur Olivier Poinsot, il convient de distinguer les situations qui font naître une obligation de signalement au sens de l’article 434-3 du Code pénal (atteinte à l’intégrité physique ou morale de la personne) de celles dans lesquelles le non-respect d’un droit de la personne est caractérisé sans toutefois justifier la réalisation d’un signalement, voire des situations de non-qualité de l'accueil ou de l’accompagnement qui sont indépendantes de toute violation d’un droit.
Médecine
Psychologie et psychanalyse Mécanismes explicatifs Selon le psychosociologue et psychanalyste Gérard Mendel, avoir intériorisé durant sa jeunesse des modèles de comportement violent incite à considérer comme normal de telles attitudes brutales à l'âge adulte. À partir d'une autre démarche, le psychanalyse Jacques Dayan aboutit à un constat similaire : « les actes de maltraitance peuvent provoquer un traumatisme psychique qui engendre un syndrome de répétition. […] les mécanismes de défense associés peuvent perdurer jusqu’à l’âge adulte et sont à l’origine de la fréquente répétition psychique, souvent partielle et parfois inconsciente mais qui n’entraîne pas forcément une répétition agie de la maltraitance »"Entretien avec Jacques Dayan : Nous manquons d’études rigoureuses", École des parents, n° 11, 1997.
Alice Miller, chercheur sur l’enfance, suggère que la violence dans notre société, notamment les crimes, sont dus aux sévices et autres maltraitances subis dans l'enfance, toutefois que l'individu victime peut s'en sortir à l'aide d'un témoin secourable (lire l'œuvre d'Alice Miller afin d'en comprendre les contours et la portée) : « Les humiliations, les coups, les gifles, la tromperie, l’exploitation sexuelle, la moquerie, la négligence etc. sont des formes de maltraitances parce qu’ils blessent l’intégrité et la dignité de l’enfant, même si les effets ne sont pas visibles de suite. C’est à l’âge adulte que l’enfant maltraité jadis commencera à faire souffrir les autres. […] Les enfants battus apprennent très tôt la violence qu’ils utiliseront adultes en croyant à ce qu’on leur a dit : qu’ils ont mérité les punitions et qu’ils étaient battus « par amour ». Ils ne savent pas qu’en vérité la seule raison des punitions qu’ils ont subies était due au fait que leurs parents ont subi et appris la violence très tôt sans la remettre en cause. À leur tour, ils battent leurs enfants sans penser leur faire du mal ».
Prévention
Conséquences de la maltraitance Observations sur larges cohortes Selon les travaux que Georges Menahem (1992, 1994) a réalisés à partir de grandes enquêtes statistiques de l'Insee et de l'IRDES, les maltraitances connues durant l’enfance se traduisent dans des plus grandes fréquences à la fois des prises de risque et des troubles de santé à l’âge adulte. la séparation des parents a bien moins de conséquences négatives à l'âge adulte que la prolongation des situations de mésentente ou de conflit des parents qu'aurait eu à supporter l’enfant (67 % de plus de déclarations de maladies dans les cas de conflit parental sans séparation que dans les cas de séparation sans conflit, pour une liste de 28 maladies chroniques et pour des proportions comparables d'âge et de sexe) le grave manque affectif ou l’absence des parents supérieure à un an sont associées avec des prises de risque plus fréquentes et avec des dégradations plus probables de la santé (respectivement 49 % et 36 % de plus de maladies chroniques que la moyenne de la population) la maladie grave ou le handicap du père ou de la mère que l'enfant aurait dû supporter durant sa jeunesse correspond aussi avec des aggravations notables des risques d'accidents et de maladie (respectivement 26 % et 23 % davantage de maladies chroniques que la moyenne)
De même, des enquêtes portant sur les victimes de graves accidents de moto ou d'auto ont montré qu'ils avaient été l'objet de brutalités et de maltraitance au cours de leur enfance. (Voir notamment les études et le livre du docteur Jacqueline Cornet, les livres de Alice Miller ou les études sur le risque et l'accident de Anne Tursz).
D'autres exemples concernent la vulnérabilité aux situations d'exclusion sociale, sujet sur lequel de nombreuses enquêtes ont été conduites en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni : Les travaux de Jean-Marie Firdion et Maryse Marpsat (2000) montrent très clairement que le risque de s'engager dans une trajectoire de SDF est fortement accru par le fait d'avoir vécu des graves problèmes familiaux (mésentente ou violence des parents) durant sa jeunesse. Ces résultats sont confirmés également par les enquêtes de Maryse Esterle-Hedibel (1997) pour les itinéraires des jeunes s'engageant dans des bandes aux comportements violents. Les études de l'IRDES sur les personnes recourant aux services de soins gratuits montrent, par exemple, les liens entre maltraitance durant l'enfance, propension à se retrouver dans des situations précaires et plus forte fréquence des prises de risque en matière de santéSelon l'enquête Précalog analysée par Marc Collet, Georges Menahem et Hervé Picard], « Une personne sur deux en situation de précarité déclare avoir souffert de douleurs difficiles à supporter dans l’année précédant l’enquête. Pourtant, plus de la moitié