Le Quatuor pour piano et cordes en la majeur op. 30 est une œuvre d'Ernest Chausson pour piano et trio à cordes en quatre mouvements. Composé en 1897 et dédié au pianiste Auguste Pierret, il est créé le à la Société nationale de musique avec le dédicataire au piano.

Présentation Contrairement au caractère romantique du Concert op. 21, le quatuor est écrit dans un style direct et clair tendant vers le classicisme, avec une forme générale solide qui continue la démarche commencée un an plus tôt avec les Quelques danses pour piano. L'œuvre conserve des éléments de forme cyclique héritée de César Franck, déjà notée dans le Trio et le Concert. Ainsi Antoine Goléa note que .

Selon Paul Dukas, . Il ajoute que, chez Chausson, .

Jean Gallois considère que le piano, en prêtant de solides harmonies aux œuvres de musique de chambre avec piano de Chausson, leur confère une .

Contexte En Chausson rentre à Veyrier où sont sa femme et ses enfants depuis le . Il a fait pendant un mois, dans le but de faire jouer Le Roi Arthus, un périple par Aix-la-Chapelle, Cassel, Leipzig et Prague.. N'ayant obtenu de réponse positive qu'à Prague, où Henri Lerolle lui déconseille cependant de faire jouer son opéra., il est quelque peu désillusionné. Cependant il se met aussitôt à composer deux nouvelles œuvres, la Pièce pour violoncelle et piano qui portera le numéro d'opus 39, et le Quatuor pour piano et cordes. Depuis les deux œuvres géniales de Mozart, cette formation de musique de chambre avait été relativement peu explorée au début du , mais revenait plus en vogue, notamment avec Fauré, Saint-Saëns, Lekeu, d'Indy. L'œuvre de Chausson se distingue par son allant et son énergie, soutenus par une architecture solide..

Dédicace Le quatuor avec piano est dédié à Auguste Pierret. Après une lecture de l'œuvre le à Bruxelles, dont Chausson exprime sa satisfaction dans une lettre à Henry Lerolle., c'est Auguste Pierret qui crée officiellement le quatuor en lors d'un concert de la Société nationale de musique avec Armand Parent au violon, Frédéric Denayer à l'alto et Charles Baretti au violoncelle, en même temps que le quatuor est joué à Liège par Juliette Folleville au piano avec des membres du quatuor Charlier..

Composition L'œuvre est commencée à Veyrier en , en même temps que la Pièce pour violoncelle et piano . Comme il l'écrit à Mathieu Crickboom le , Chausson commence par écrire le troisième mouvement, puis le second, terminé en août. Le mouvement sera écrit en septembre et le finale en .

Structure Animé à et Très calme à Simple et sans hâte à Finale : Animé à et

Durée d'exécution : trente huit minutes.

Analyse Selon Vincent d'Indy, l'œuvre, fortement architecturée autour d'éléments cycliques, écrite en la majeur, marque un point culminant dans l'œuvre de Chausson, où les doutes semblent avoir cédé la place à la confiance..

Animé Ce mouvement commence par un premier thème marqué et vigoureux, utilisant en majeur une succession présente dans le Choral de Prélude, Choral et Fugue de César Franck ou les cloches de Montsalvat de Parsifal., parenté dans laquelle, selon Ralph Scott Grover, on ne saurait voir une influence certaine de ces œuvres, étant donné la fréquence de ce type de succession..

thumb|center|upright=3|alt=Partition pour quatuor avec piano.|Ernest Chausson - Quatuor, ( mouvement, premières mesures)

Un second motif intervient dans le pont, joué par l'alto

avant l'exposé du deuxième thème proprement dit, thème cyclique qui réapparaîtra dans le finale. Ce thème en ut majeur fait entendre un rythme berceur et se rapproche d'un thème retrouvé dans un projet inachevé, datant de 1896, d'un second Concert, pour hautbois et alto solo avec piano et quatuor à cordes, retrouvé dans les carnets d'esquisse de la Chanson perpétuelle.

Après un développement très modulant la réexposition réintroduit les trois motifs principaux..

Très calme Le deuxième mouvement, de forme lied, expose une mélodie belle et triste (bien qu'en majeur, en ré bémol)., d'abord à l'alto puis reprise par le quatuor. La deuxième partie du lied mène, à partir d'une nouvelle phrase, à travers plusieurs modulations, à un développement passionné et dramatique, avant de conclure en ut dièse mineur (enharmonique de ré bémol).

Simple et sans hâte Le troisième mouvement, en ré mineur, est construit sur une phrase de quatre mesures évoquant une chanson traditionnelle. Un développement modulant, sur une seconde idée ne contrastant pas avec la première, précède le retour du premier motif, en majeur cette fois.. Brigitte François-Sappey souligne, au sujet de ce mouvement, la

Finale : Animé À , il commence par un mouvement perpétuel de doubles croches groupées alternativement par 2 ou par 6, donnant un rythme caractéristique ressemblant à celui de la Forlane des Quelques danses pour piano, composées un an plus tôt. Ce mouvement perpétuel est soutenu par des accords fortement scandés des cordes, puis les rôles s'inversent, avec de puissants accords au piano.

Apparaît ensuite une seconde idée dont Vincent d'Indy a montré qu'il s'agit du retour légèrement modifié du deuxième thème du premier mouvement. Après un développement du premier thème apparaît un retour solennel de la mélodie du second mouvement qui précède une réexposition se terminant par l'évocation triomphale des thèmes du premier et du second mouvement, et faisant de ce finale à la structure complexe une ingénieuse combinaison de forme sonate et de forme cyclique..

Postérité Le Quatuor est notamment joué en à la salle Gaveau, par le Quatuor Leske, composé de Karel Hoffmann, Josef Suk, et Hanuš Wihan. L'œuvre est alors déjà considérée comme . L'auteur souligne d'ailleurs que joue la partie d'alto qui ouvre le deuxième mouvement.

L'œuvre est très appréciée par les contemporains de Chausson. Dans une lettre du . Albéric Magnard écrit : . Pour Gustave Samazeuilh, le Quatuor avec piano demeure .

L'œuvre sera ensuite quasiment oubliée avant qu'on ne lui accorde sa place dans l'évolution de la musique de chambre française, soulignée par Brigitte François-Sappey : . Pour Antoine Goléa, .

Discographie Quatuor avec piano - André Prévin (piano), membres du quatuor Roth. Premier enregistrement (1958). (LP Society for Forgotten Music - SFM 1003) Quatuor avec piano - Richards Piano Quartet (1969). (Éditions de l'Oiseau-Lyre SOL 316) — avec le Quatuor avec piano de Bohuslav Martinů Quatuor avec piano - Gabriel Tacchino (piano), Quatuor Elyséen (1982). (LP Arion - ARN38652, CD Arion - ARN68795) Quatuor avec piano - « Les Musiciens » (Régis Pasquier, Bruno Pasquier, Roland Pidoux, Jean-Claude Pennetier) (1992). (LP Harmonia Mundi HM.1116) Quatuor avec piano - Quatuor Kandinsky (1998). (CD FNAC Music distrib. Musidisc) — avec le Quatuor à cordes op. 35 de Chausson et le quatuor avec piano de Guillaume Lekeu. Concert et Quatuor avec piano - Quatuor Chilingirian, Philippe Graffin (violon), Pascal Devoyon (piano) (1996) (CD Hyperion CDA66907) Quatuor avec piano - Ensemble Musique oblique (2005) (CD Alphée distrib. Intégral distribution) — avec le Quintette avec piano de César Franck. Quatuors avec piano, Quatuor Schumann (2006). (CD AEON 2005) — avec le Premier quatuor avec piano de Gabriel Fauré. Quatuor avec piano, Dalia Ouziel (Piano), Jerrold Rubenstein (violon), Daniel Rubenstein (alto), Alexander Dimitriev (violoncelle) (2007) (2 CD Talent DOM 3810 06 - DOM 3810 07) — avec Concert pour piano, violon et quatuor à cordes, avec le quatuor Sharon, Quatuor à cordes op.35 et Trio op.3. Quatuors avec piano, The Schubert Ensemble. (2016) (CD Chandos) avec le Quatuor pour piano et cordes de Saint-Saëns.

Références

Bibliographie Ouvrages généraux avant-propos de Gustave Samazeuilh . . Vincent d'Indy, « Ernest Chausson », dans . Adélaïde de Place, « Ernest Chausson », dans ,

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Monographies , , .

Articles

Liens externes

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