vignette|Maquette présentée en 2008 de lAkademik Lomonosov.
La première centrale nucléaire flottante russe dénommée Akademik Lomonosov, est une centrale nucléaire construite par la Société d’État russe de l’énergie atomique Rosatom sur une grande barge flottante, qui peut être déplacée au moyen de deux remorqueurs. Elle a été couplée au réseau électrique en . La fourniture de chaleur au réseau de chauffage urbain de la ville de Pevek a débuté en . Elle alimente des villes portuaires, des entreprises industrielles, des plateformes gazières et pétrolières de la région russe de Tchoukotka, riche en minéraux.
Cette technologie, après un précédent américain, .
Précédent américain MH-1A/Sturgis La première centrale nucléaire flottante est la de s construite à partir de 1961 pour l'US Army et en service dans la zone du canal de Panama de 1968 à 1975).. Il s'agit d'un petit réacteur intégré au Sturgis, un ancien Liberty Ship américain de la Seconde Guerre mondiale ainsi reconverti en centrale nucléaire flottante remorquable jusqu'au canal de Panama où une pénurie d’eau avait bloqué la production hydroélectrique car l'eau était nécessaire aux éclusées.
Barge russe Akademik Lomonosov
Le premier et unique exemplaire russe de réacteur flottant est la barge géante Akademik Lomonosov (en hommage à Mikhaïl Lomonossov) d'un déplacement de s pour une longueur de et une largeur de , à fond plat, sans moyen de propulsion et devant être basée dans des eaux peu profondes. Son coût était estimé à 6 milliards de roubles (environ d'€).
Il utilise deux réacteurs nucléaires KLT40S dits flottants ayant chacun une capacité nette de conception de 32 mégawatts, d'une capacité brute de et d'une capacité thermique de ..
Sa construction pour l'Agence fédérale de l'énergie atomique (Rosatom) débute le au chantier naval Sevmash de Severodvinsk avant la décision en de la transférer au chantier naval de la Baltique de Saint-Pétersbourg. Les réacteurs sont livrés en mai et , et la structure flottante est lancée le .
Elle quitte le port de Saint-Pétersbourg huit ans plus tard (le ), puis chargée en combustible dans la région de Mourmansk et fin 2019 remplace la centrale nucléaire de Bilibino pour alimenter en électricité la région de la ville portuaire de Pevek où elle est amarrée, dans le district de Tchoukotka, à Chersky, en Yakoutie dans l'Extrême-Orient russe où elle remplace des centrales au charbon polluantes..Russia connects floating plant to grid, World Nuclear News, consulté le 09 janvier 2020..
La mise en service commercial de la centrale est prononcée deux ans plus tard, le , et l’alimentation du chauffage urbain de la ville débute en Akademik Lomonosov-2 PRIS AIEA, 4 septembre 2020.Akademik Lomonosov-1 PRIS AIEA, 4 septembre 2020.. Elle fournit environ 60 % de l’énergie de la région occidentale de Tchoukotka et de Chersky en Yakoutie.
L’Akademik Lomonosov produit 7 fois plus d'électricité que le MH-1A/Sturgis, mais avec des technologies jugées obsolètes et une fiabilité opérationnelle insatisfaisante d'après Nikitin et Andreyev en 2011Nikitin, A., & Andreyev, L. (2011). Floating nuclear power plants. Oslo: Bellona Foundation... Sa conformité au droit international est discutée, mais cette centrale est conforme aux politiques énergétiques et arctiques adoptées par la Russie, telles qu’elles sont décrites dans quatre documents, à savoir : la « Doctrine de la sécurité énergétique de la fédération de Russie » ; la « Stratégie énergétique 2035 de 2020 » ; la « Stratégie pour le développement de la zone arctique de la fédération de Russie et la garantie de la sécurité nationale pour la période allant jusqu’à 2035 » (ci-après la « Stratégie ») ; les « Fondements de la politique d’État de la fédération de Russie dans l’Arctique pour la période allant jusqu’en 2035 ».
Suites Dans le monde de nombreux projets de petits réacteurs modulaires sont à l'étude, dont certains pourraient équiper une nouvelle génération de centrales flottantes, plus petites mais éventuellement plus puissantes, avec des clients potentiels en Amérique latine, Asie et Afrique.
Rosatom envisage de construire quatre autres barges similaires pour soutenir les activités minières en Tchoukotka.
À la suite de la réussite de ce projet, la Corée du Sud a déclaré qu'elle envisage aussi la construction de centrales nucléaires flottantes.
En Norvège, pays qui ne dispose d'aucun réacteur nucléaire à ce jour mais qui est néanmoins l'un des pays les plus décarbonés, deux énergéticiens, Norsk Kjernekraft (qui développe des projets nucléaires à Bergen) et Ocean-Power AS (destiné à la production d'électricité offshore, basé à Ronglan), ont signé un pré-accord pour concevoir une centrale nucléaire flottante qui serait alimentée par de petits réacteurs modulaires de 200 à ., complémentaire aux énergies renouvelables éoliennes et solaires moins stables.
Inquiétudes géopolitiques Selon la chercheuse Tiziana Melchiorre de lAmsterdam Centre for European Law and Governance (Faculté de Droit de l'Université d'Amsterdam), ce type de technologie émergente, .
Rosatom estime en 2020 que l'installation est sûre, même en cas d’accident grave, car le fait que le réacteur soit amarré à un quai fixe, contrairement aux brise-glaces et sous-marins nucléaires, élimine les dangers liés à la propulsion et renforce sa stabilité opérationnelle.. Mais des observateurs occidentaux s'inquiètent de la vulnérabilité de cette centrale nucléaire à un éventuel accident : Greenpeace juge qu'il s'agit d'une menace environnementale majeure, qualifiée de « catastrophe imminente » et de « Tchernobyl flottant », en raison de la vulnérabilité de ce type d'unité nucléaire flottante (FNPP) aux phénomènes naturels extrêmes tels que les tsunamis et tempêtes qui pourraient entraîner des rejets radioactifs durables dans l’environnement arctique déjà menacé par l'exploitation pétrogazière et minière. Greenpeace s'inquiète aussi de la gestion à bord des déchets radioactifs, (ils y sont stockés douze ans), et sur la fréquence des rechargement de ce type de réacteur (tous les deux à trois ans)..
D'autres s'inquiètent du potentiel militaire caché d'une installation « hors-droit international ».. Bien qu’officiellement destinée à un usage civil (alimentation électrique et en chaleur de zones isolées), sa localisation stratégique en zone arctique pourrait répondre à l’objectif géopolitique de la Russie d'exploiter économiquement l’Arctique, y affirmer son statut de grande puissance (tant au niveau régional qu’international), et aussi soutenir des bases militaires ou des opérations secrètes terrestres, marines ou sous-marines (éventuels drones sous-marins). Certains experts la considèrent comme un possible .. Ces inquiétudes ont été exacerbées par le contexte de l'invasion militaire de l'Ukraine par la Russie et par l'annonce de la construction d'autres centrales de ce type.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Petit réacteur modulaire Akademik Lomonosov Liste des réacteurs nucléaires en Russie
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