Le Conseil national syrien (CNS) est une autorité politique de transition créée le à l'occasion de la guerre civile syrienne, et lancée les et à Istanbul, en Turquie, pour coordonner tous les opposants à mener des opérations contre le régime de Bachar el-Assad, aussi bien en Syrie que dans des pays tiers.

Ce conseil, dominé par les sunnites, réunit plus de 30 groupes d'oppositionSyrie: l'opposition crée une Coalition nationale (TV), RIA Novosti, 11 novembre 2012 dont les Frères musulmans (qui y sont majoritairesBurhan Ghalioun reconduit à la tête du Conseil national syrien, Le Monde, 16 février 2012Syrie : les islamistes contrôlent-ils la révolution ?, Le Point, 23 juillet 2012Syrie : la lutte pour le pouvoir déchire l'opposition, Le Figaro, 8 novembre 2012), des libéraux mais aussi des partis kurdes et assyriens. Il est composé de 400 membres et son président est Georges SabraGeorges Sabra, ancien communiste de confession chrétienne, président du CNS, Libération, 9 novembre 2012.

Malgré sa reconnaissance par certains pays de la communauté internationale, le blocage au conseil de sécurité des Nations unies, avec les deux vétos de la Russie et de la Chine, n'a pas permis aux Casques bleus d'intervenir directement dans le conflit et de soutenir le Conseil national syrien.

Le , le CNS adhère à la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution dont il est la principale composanteSyrie : le principal groupe d'opposition refuse de participer à la conférence pour la paix, Le Monde, 13 octobre 2013.

Historique

Gestation et création de l'organisation

pour l'opposition syrienne et sur une autre base que celle du Comité national de coordination des forces de changement démocratique (CNCD), créé un peu plus tôt dans l'année : une première liste est dressée de Syriens s'opposant à Bachar el-Assad. Le , l'activiste Dhiyaeddin Darghmouch annonce sur Al Jazeera que 94 Syriens sont pressentis pour faire partie d'un "Conseil National Intérimaire", dont la présidence est proposée à Burhan Ghalioun. Mais les personnalités sollicitées s'abstiennent pour la plupart de donner leur accord à ce projetPlaidoyer pour le Conseil National Syrien, Ignace Leverrier, blog Le Monde, 27 octobre 2012. Ce n'est que le qu'un groupe d'universitaires et d'activistes annonce la création d'un "Conseil National Syrien" de 140 membres :

Le , au terme d'un premier congrès à Istanbul lancé à l'initiative des Frères musulmans, .

Une évolution tendue et mouvementée

Le , le ministre des Affaires étrangères syrien Walid al-Mouallem annonce que le régime prendra des mesures contre les pays qui reconnaîtront le CNS. Un jour plus tard, le Conseil national de transition libyen est la première autorité à reconnaître officiellement le CNS comme unique représentant du peuple syrien. La France lui apporte son soutien le .

Le , l'Armée syrienne libre reconnaît l'autorité du Conseil national syrienl'Armee syrienne libre reconnait l'autorite du conseil national syrien, blog lemonde.fr, 30 novembre 2011.

Le , le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah accuse le CNS de vouloir détruire la Syrie et déclare : "Le soi-disant Conseil national syrien, formé à Istanbul, et son leader Burhan Ghalioun (...) se font concurrence pour présenter leurs lettres de créance aux États-Unis et à Israël". Ces déclarations font suite aux dires de Burhan Ghalioun qui estimait que si la Syrie était dirigée par le CNS, les liens militaires avec l'Iran, le Hezbollah et le Hamas seraient coupésLe Hezbollah critique l'opposition syrienne, Le Figaro, 6 décembre 2011..

Le , le CNS tient un congrès à Tunis où il revendique la création d'une "zone tampon"Une intervention en Syrie n'est plus taboue, Le Figaro, 5 janvier 2012. Lors de ce congrès, la prolongation de deux mois du mandat exercé par le président Burhan Ghalioun crée un litige : celle-ci est imposée par les Frères musulmans, alors que certains membres issus du Courant national syrien et de la Déclaration de Damas demandent l'établissement d'un collège électoral qui désignerait le président sur la base d'un vote démocratiqueL'opposition syrienne: laïcs contre islamistes?, Thomas Pierret, blog Mediapart, 28 mars 2012.

Le , le CNS parachève un accord autour des principes d'une période de transition avec le mouvement d'opposition concurrent, le Comité national de coordination des forces de changement démocratique en Syrie (CNCD), mais il est finalement renié par le président du CNS Burhan Ghalioun, la frange islamiste du CNS n'ayant pas été consultée d'après l'universitaire Barah MikaïlSyrie : l'opposition en voie de décomposition ?, Le Point, 29 février 2012. Cet accord a également été dénoncé par des manifestants à HomsLe Conseil National Syrien à 100 jours : bilan et perspectives, Ignace Leverrier, blog Le Monde, 26 janvier 2012.

En , le CNS publie sur son site internet un rapport intitulé "Une zone de sécurité pour la Syrie", rédigé par le politologue Michael Weiss et produit par le Strategic Research and Communication Centre (un centre de réflexion londonien). Celui-ci préconise, dans l'hypothèse d'une libération d'une partie du territoire syrien, une « campagne de frappes aériennes préventives » contre le système de défense aérienne syrien, afin de permettre aux aviations occidentales de protéger la zone libérée, et ce en obtenant une autorisation de l'Assemblée générale des Nations unies (plutôt que du Conseil de sécurité). Mais selon Bassma Kodmani, il ne peut être considéré comme une déclaration officielle du mouvement et remplacer sa revendication d'une "zone tampon".

Le , une vingtaine de membres du CNS font sécession en critiquant notamment son mode de fonctionnement, et créent une organisation concurrente, le Groupe patriotique syrien, présidé par Haytham al-MalehDissensions au sein de l'opposition syrienne, Le Nouvel Observateur, 27 février 2012. Le fait que Burhan Ghalioun ait été réélu à Doha au Qatar le même mois avait déjà provoqué des critiques et des départs au sein du mouvementProfile: Syria's Burhan Ghalioun, Al Jazeera, 1er avril 2012.

En , le CNS subit une nouvelle défection : celle de son conseiller militaire, le général Akil Hachem. Celui-ci avance comme motif le refus par l'organisation d'une intervention militaire internationale en SyrieL'opposition syrienne minée par les divisions, Le Figaro, 6 mars 2012.

Le , le CNS annonce qu'il va verser des salaires aux membres de l'ASLSyrie : le CNS va payer l'Armée libre, Le Figaro, 1er avril 2012..

En , Burhan Ghalioun, président du mouvement depuis sa fondation mais démissionnaire en mai et critiqué pour de multiples raisons (notamment sa trop grande proximité avec les Frères musulmans et le manque de coordination entre le CNS et les militants sur le terrain), est remplacé à son poste par Abdel Basset SaydaSyrie: Burhan Ghalioun démissionne de son poste de président du Conseil national syrien, Radio France internationale, 24 mai 2012Syrie : Abdel Basset Sayda nouveau chef de l'opposition, Moscou refuse tout recours à la force, Le Point, 10 juin 2012.

Le , Bassma Kodmani, personnalité influente du CNS, annonce sa démission en déplorant le manque de crédibilité de l'organisation. Elle est suivie par d'autres membres qui expliquent leur décision « par des rivalités parmi les dirigeants et par l'insuffisance des actions entreprises dans un conflit armé qui dure depuis plus de 17 mois »« Syrie: Démission d'une figure du Conseil national », 20 Minutes, 28 août 2012.

Le président Abdel Basset Sayda a seulement appelé à installer une zone de non-survol au-dessus des zones frontalières syriennesSyrie: le président du CNS réclame une zone de non-survol dans les régions frontalières, Le Nouvel Observateur, 12 août 2012 et s'en tient donc à la position officielle du CNS depuis le congrès de Tunis.

Fin de l'année 2012 : élargissement et adhésion à la

Le , Georges Sabra, porte-parole du CNS, annonce une Assemblée générale de l'organisation à la fin du mois : celle-ci devrait alors accueillir au moins 5 ou 6 nouveaux groupes d'opposition (mais sans inclure des proches du Comité national de coordination pour le changement démocratique (CNCD), groupe rival du CNS) ; passer de moins de 300 membres à 400 ; et renouveler ses dirigeants en permettant à l'assemblée d'élire le secrétariat général, lui-même chargé d'élire le comité exécutif et le président. Le mandat du président Abdel Basset Sayda est également prolongé d'un moisSyrie: le CNS va s'élargir et se réformer, L'Orient-Le Jour, 2 septembre 2012.

Le , la Secrétaire d'État des États-Unis Hillary Clinton déclare : . Les responsables du CNS réagissent violemment à ces proposSyrie: le CNS s'en prend à Washington, les rebelles coupent la route du Nord, Le Parisien, 2 novembre 2012. Dans le même temps, des délégués du CNS, des chefs de l'Armée syrienne libre ainsi que d'autres groupes rebelles s'engagent à s'unir derrière un gouvernement provisoireHillary Clinton demande une refonte de l'opposition en Syrie, Le Nouvel Observateur, 31 octobre 2012.

Le , le CNS réuni à Doha s'élargit à 13 nouveaux groupes d'opposition ainsi que des indépendants, soit l'équivalent de 200 nouveaux membres (pour un total de 400). Le , un nouveau secrétariat général de 40 membres est élu, où les membres appartenant aux Frères musulmans demeurent majoritaires.

Le , après avoir élu un nouveau bureau exécutif au sein duquel apparaissent trois nouveaux membresSyrie: le CNS indécis sur une initiative pour fédérer l'opposition, élit son chef, Le Parisien, 9 novembre 2012, le Secrétariat général (par 28 voix sur 41) élit un nouveau président en la personne de Georges Sabra, ancien communiste de confession chrétienne et ancien instituteur de 65 ans, qui remplace à ce poste Abdel Basset Sayda. Dans le même temps, les comités locaux de coordination quittent le mouvementSyrie : Georges Sabra élu président du Conseil national syrien, Le Monde, 9 novembre 2012.

Le , le CNS signe un accord avec d'autres organisations pour former la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution, un organisme devant représenter les intérêts de tous les opposants au régime de Bachar el-Assad et ayant pour objectif de former un gouvernement provisoire ou de transition qui agira sur tous les territoires syriens contrôlés par l'opposition. Cette signature intervient après des tensions dans les pourparlers, le CNS ayant menacé de ne pas rejoindre le mouvement, ce qui amena le premier ministre du Qatar Hamad ben Jassim Al Thani et le ministre des affaires étrangères des Émirats arabes unis à intervenir Syrian opposition agrees deal, chooses preacher as leader, Reuters, 11 novembre 2012. La coalition, dans laquelle le CNS a obtenu 22 des 60 sièges Syrian opposition groups reach unity deal, USA Today, 11 novembre 2012, refuse tout dialogue avec le régime syrien et reçoit dès sa création les critiques du Forum démocratique de Michel Kilo, qui estime qu'elle porte encore trop la marque du CNS. Selon le politologue Salam Kawakibi, ce dernier aurait réussi à prendre le contrôle de la nouvelle instance : L'opposition syrienne se rassemble, Le Figaro, 11 novembre 2012.

En , le CNS propose un plan de transition prévoyant la formation d’un gouvernement intérimaire dans les « zones libérées » et ayant la garantie d'être reconnu par la communauté internationaleLe CNS propose un cabinet intérimaire dans les « zones libérées », L'Orient-Le Jour, 10 janvier 2013.

En , le CNS indique qu'il ne participera pas à une deuxième conférence internationale sur la Syrie, dite « Genève 2 » : son chef, Georges Sabra, menace de se retirer de la coalition d'opposition au régime de Bachar Al-Assad si le Conseil y prenait part, sur le terrain en Syrie. D'après Le Monde, le CNS .

Fonctionnement et composition