Annappes est une ancienne commune du département français du Nord (Hauts-de-France), située sur la Marque à l'est de Lille et au sud de Roubaix.
Correspondant probablement au domaine royal dAsnapio à l'époque carolingienne, c'est par la suite une seigneurie, puis un comté.
La commune, créée en 1790, fusionne en 1970 avec celles d’Ascq et de Flers-lez-Lille pour former la commune nouvelle de Villeneuve-d'Ascq, qui fait partie de l'unité urbaine de Lille.
Toponymie
Mentions anciennes du nom d'Annapes en latin de l'époque de Charlemagne (roi des Francs de 768 à 800, empereur de 800 à 814) mentionne Asnapio, forme du nom exprimé en latinProbablement au cas ablatif., langue des documents écrits à cette époque et durant la plus grande partie du Moyen Âge.
Le nom du village varie au cours des siècles suivants dans différents document écrits en latin : Anaspis (testament de saint Éverard, 837) ; Asnapia (titre de fondation de Saint-Pierre de Lille, 1046, 1066) ; Asnappia (concession au chapitre Saint-Pierre de Lille, 1110) ; Hanapia (cartulaire de Mont-Saint-Martin, 1158) ; Annapia (cartulaire de l'abbaye de Loos, 1176) ; Ansnapia (charte de Philippe-Auguste, 1202) ; Anapia (1248), Hanapa (1275), Anaspia (1280)
Mention anciennes en langue d'oïl et variations orthographiques ultérieures Il apparait en langue d'oïl à partir de la fin du : Asnapie (Taillar, recueil d'actes romans, 1197) ; Anaspie (cartulaire de l'abbaye de Loos, 1235) ; Annappes (cartulaire de l'abbaye de Lille, 1274) ; Asnapes (1277) ; Anape (1283) ; Anapps (cartulaire de Flines, 1286)Appendice, Quelques notes historiques sur les communes voisines, Annappes, pages 273 à 279, Essai de l'histoire d'Ascq et de ses environs, Pierre Delebart, Imprimerie R. Boulonnais, Ascq, 1952..
On trouve l'orthographe « Anappes », avec un seul « n », sur plusieurs cartes anciennes du comté de FlandreCartes du Comté de Flandre - Site généalogique de Vincent Boez.. On trouve aussi fréquemment « Annapes » (avec un seul « p »),
Étymologie L'origine de « Annapes » n'a pas été établie avec certitude.
Théodore Leuridan (1860-1933), dans une notice sur AnnappesVoir la section Bibliographie pour les références., envisage les hypothèses suivantes : asnapis, mot formé du radical goth ap, contraction de ahva (« eau », cf. aqua en latin) ; un mot signifiant en celtique (notamment en gaulois) « (situé) à une courbure de rivière » ; contraction d'une formule latine ad Menapios, indiquant qu'Annappes était située à l'extrémité du territoire des Nerviens près du pays des Ménapiens.
Albert Dauzat et Charles Rostaing (Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France) pensent que ce nom vient d'un mot germanique hanap (« chanvre »).
Héraldique
Géographie Annapes est aujourd'hui un quartier de Villeneuve d'Ascq, mais ce quartier est moins étendu que ne l'était la commune d'Annapes.
Limites de l'ancienne commune D'une superficie de 22,6 km², le territoire de la commune d'Annappes constitue la plus grande partie de celui de Villeneuve-d'Ascq (27,4 km²).
Il avait la forme d'un nœud papillon, incluant, outre le quartier actuel d'Annappes, les quartiers Brigode, Cité scientifique, Hôtel-de-Ville, Pont-de-Bois, Résidence, Poste, Triolo, ainsi que la moitié est des quartiers Cousinerie et RecueilFusion des communes Ascq, Annappes et Flers - Nord actualités télé, 5 février 1970, Jacky Davin, Office national de radiodiffusion télévision française Lille, site de l'Ina ..
Délimitation du quartier actuel Le quartier d'Annappes est délimité au nord par l'avenue du Bois, la rue Anne-Joseph-du-Bourg, les allées du Socque, du Val-Saint-Jean, de la Sologne, de la Seigneurie ; la rue de la Justice et la rue du 8-Mai-1945 à l'est ; la rue de Lille au sud et le boulevard du Breucq à l'ouest.
Quartiers limitrophes
Histoire Préhistoire
Dans les années 1980, on a trouvé dans le parc de l'actuelle école Saint-Adrien un fragment de hache polie en silex, datant selon les estimations d'environ avant notre ère. Plusieurs haches de ce genre ont été découvertes aux alentours de Lille, notamment dans les alluvions de la Deûle. Les historiens les attribuent à des populations employant encore un outillage de pierre, mais déjà adonnées à l'élevage et à l'agriculture.
Des fouilles effectuées en 2017 par l'Institut national de recherches archéologiques préventives, sur la place de la République, que les premiers phénomènes d'occupation du sol datent de la . Des vestiges de la fin de la Tène indiquent en effet qu’un espace consacré à la culture ou à la pâture se trouvait à cet endroit..
Cependant, il n'y a aucune preuve que l'homme se soit sédentarisé à cet endroit. En effet les archéologues n'ont retrouvé de traces d'occupation humaine qu'à la fin de l'indépendance de la Gaule, notamment des balles de fronde au niveau du centre Marc-Sautelet.
Haut Moyen Âge : le domaine d'Asnapio Le capitulaire De Villis (vers 800) et le fisc d'Annappes Annappes est au haut Moyen Âge le site d'un domaine royal appelé Asnapio, connu de façon assez détaillée grâce à une annexe (Brevium exempla) du capitulaire De Villis. Lors de la venue de Charlemagne pour l'inauguration de l'abbatiale de Saint-Riquier en 800, des agents royaux dressent un inventaire du domaine dAsnapio, probablement Annappes. La description est tellement minutieuse qu'elle est ensuite reprise comme exemple dans le capitulaire, qui est une sorte de manuel de gestion des domaines appartenant au roi (puis empereur), appelés « fiscs » (en latin fisci).
Selon ce cartulaire, Ascq, Flers et Gruson sont des dépendances du fisc d'AnnappesPierre Delebart, « Ascq sous Charlemagne en l'an 800 », Partie 1, Chapitre 2, pages 13 à 16 de Essai de l'histoire d'Ascq et de ses environs, Ascq, Imprimerie Boulonnais, 1952..
Le domaine comporte une partie exploitée directement au nom du roi (par un régisseur et des esclaves), et une partie (les manses) exploitée par des paysans autonomes qui paient des redevances (cens), généralement en nature. Les paysans sont à cette époque ou bien libres (ingenui) ou bien esclaves (servi)À partir du , les paysans sont presque tous servi, mais le mot servus signifie désormais « serf », et non plus « esclave »..
Description du domaine Les envoyés royaux disent avoir trouvé dans ces trois villages 5 moulins, 4 brasseries, 2 ponts (il s'agit probablement des ponts d'Hempenpont et de Pont-à-Tression) et 4 jardins.
L'inventaire mentionne des réserves importantes : des milliers de muidsLe muid est une mesure de volume ; un muid représente un volume important (un muid = 12 setiers = 144 boisseaux), mais sa mesure varie selon les époques, les lieux et même les produits mesurés. d'épeautre et d'orge, des centaines de muids d'avoine, de seigle et de froment, quantité de fèves et de pois ; 1005 porcs salés (dont 155 provenant du cens), de fromages, de la bière, du sel, du beurre, du miel (dont 3 muids provenant du cens).
À Tréola (auj. Triolo), ils indiquent la présence de 1250 muids de vin (750 provenant des vignes du domaine et 500 du cens) ;
Les arbres cultivés dans le fisc sont des poiriers, des pommiers, des néfliers, des pêchers, des noisetiers, des noyers, des mûriers, des cognassiers, des pruniers et des cerisiers.
On trouve aussi des plantes diverses : lis, lis, costus, menthe, persil, rue, ache, livèche, sauche (sauge), sarriette, sabine, porreau (poireau), aulx, tanaisie, menstratum, coriandre, échalotes, oignons, choux, choux-raves, bétoine ; le fisc de Tréola contient de plus les plantes suivantes : bette, auroue, népéta, sclarea, tournesol, aigremoine, mauves, guimauves, cerfeuil, brittoles.
En ce qui concerne le cheptel, on y trouve : 51 juments, 3 étalons, 10 poulains, 2 ânes ; 16 bœufs, 50 vaches ayant vêlé, 20 génisses, 3 taureaux, 38 veaux ; 260 porcs, 100 porcelets, 5 verrats ; 150 brebis, 120 moutons, 200 agneaux ; 30 chèvres, 3 boucs, 30 chevreaux; 30 oies, 80 poulets, 22 paons.
Le domaine fournit des chevaux pour la cavalerie du roi.
Le domaine d'Annappes après Charlemagne (814-881) Le domaine d'Annappes, avec ses dépendances d'Ascq et Flers, passe à sa mort (814) à son fils Louis le Pieux. En 836, Louis le Pieux le cède en dot à sa fille Gisèle, lors de son mariage avec Évrard de Frioul. Ce couple noble fondera l'abbaye de Cysoing. Leur second fils, le marquis Bérenger (par la suite roi des Lombards, puis empereur), hérite d'Annappes et de ses dépendances, sauf Gruson.
En 863, le domaine, avec ses dépendances d'Ascq et Flers, entre dans le domaine des comtes de Flandres (devenus héréditaires au cours du ) par le biais d'une descendante d'Évrard de Frioul, Clémence de Bourgogne, qui épouse Robert II de FlandreAppendice, Quelques notes historiques sur les communes voisines, Flers, pages 288 et 289, Essai de l'histoire d'Ascq et de ses environs, Pierre Delebart, Imprimerie R. Boulonnais, Ascq, 1952.. À cette date, le comté de Flandre ne fait plus partie de l'Empire, partagé en trois par le traité de Verdun (843), mais de la Francie occidentale de Charles le Chauve.
En 881, les Normands pillent le domaine depuis le camp qu'ils ont établi à Courtrai. C'est la dernière mention textuelle de ce domaine.
Moyen Âge : une possession des comtes de Flandre Le domaine d'Annapes sous les comtes de Flandre Au , le comte de Flandre, installé à Lille, accapare le territoire d'Annappes. Tous les villageois sont désormais soumis au pouvoir comtal. Le comte désigne un maire, un officier comtal, pour administrer le domaine d'Annappes. En 1066, Baudouin V de Flandre donne, par la charte de dotation à la collégiale Saint-Pierre de Lille, les deux tiers des revenus de l'église d'Annappes. Cependant, on ne sait pas s'il y a un lien entre cette église et l'actuelle église Saint-Sébastien d'Annappes. À cette époque, Annappes entretient des relations étroites avec ses voisins, les villages d'Ascq et de Flers.
En 1110, l'autel d'Annappes et de Lesquin est concédé au chapitre Saint-Pierre de Lille par Baudri, évêque de Noyon et Tournai. En 1144, le pape Célestin II conforme cette donation par une bulle. Au , de nombreuses abbayes ont des biens à Annappes.
Le comte Baudouin IX démembre une partie de son domaine de la mairie d'Annappes pour donner un fief à Gilbert de Bourghelles ; celui-ci y crée, vers 1200, son manoir, la maison forte de Quiquempois. Gilbert, marié à la veuve du châtelain de Lille, assure cette fonction militaire au début du . Lors du départ du comte pour la croisade, Gilbert de Bourghelles, seigneur de Quiquempois est l'un des quatre bailli-procurateurs du comté de Flandre. Après la disparition de Baudouin IX, devenu empereur de Constantinople, en 1205, le seigneur de Quiquempois joue un rôle éminent auprès des héritières du comté. En 1214, c'est lui qui conseille le nouveau comte de Flandre, Ferrand de Portugal.
Le comte dote les établissements religieux de certaines de ses terres. C'est ainsi que l'hôpital Saint-Sauveur possède une grande ferme à blé à Annappes au . C'est à cette époque que les Le Preudhomme, bourgeois lillois, récupèrent la mairie comtale d'Annappes, et que l'échevinage (conseil municipal) se charge de définir des règlements communs aux trois villages d'Annappes, Ascq et Flers.
En 1264, Gauthier d'Asnapes vend à la comtesse de Flandre Marguerite de Constantinople plusieurs parties de terre de Villers dans le dîmage d'Annappes et d'Ascq.
Au , le fief vicomtier de la mairie d'Annappes chargé de de relief comprend : un manoir avec 21 cens et 3 quarterons de prés, bois et eaux, tenant au cimetière de l'église ; 8 bonniers de terre de labour ; 14 hôtes ; 4 chapons ; 2 poules et 7 havots un tiers de blé. Il possède aussi 6 hommages parmi lesquels La Tour à Marcq-en-Barœul ; le fief Halluin à Ascq et un fief vicomtier appartient aux religieuses de l'hôpital Saint-Sauveur de Lille.