Gertrud Bäumer, née le à Hohenlimburg, commune de Hagen, et morte le dans l’ à Gadderbaum, commune de Bielefeld (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), est une enseignante, écrivaine, journaliste, militante féministe et femme politique allemande, députée de 1919 à 1932. Elle est une des figures les plus importantes du mouvement des femmes bourgeoises allemandes à la fin du et début du . Elle joue un rôle important dans la Fédération des associations de femmes allemandes (, BDF), fondée en 1893 comme organisation parapluie des associations de femmes en Allemagne.
Cette spiritualité va l'accompagner tout au long de sa vie et influencer son féminisme..
Féministe de la mouvance conservatrice, elle utilise son influence au sein du BDF pour s'opposer aux féministes radicales qui demandent l'émancipation sexuelle et la légalisation de l'avortement.
Biographie Jeunesse et formation Gertrud Bäumer est issue d'une famille de pasteurs. Ses parents sont le pasteur et enseignant Emil Bäumer (1845–1883) et Carole Schede (1850-1929). Son arrière-grand père, Wilhelm Bäumer (1783–1848), était pasteur à Bodelschwingh près de Lütgendortmund. Faisant campagne pour la constitution presbytérienne, il était en lien avec le théologien et philosophe Friedrich Schleiermacher (1768–1834)..
Lorsque son père meurt, Gertrud Bäumer, âgée de dix ans, ses deux frères et sœurs et sa mère vont vivre chez sa grand mère. Dans ses mémoires, Gertrud Bäumer décrit le vide dans la vie de sa mère et sa dépendance économique vis-à-vis de ses proches comme une expérience douloureuse mais instructive. Elle décide, très tôt d'avoir un métier. « Je voulais - et devais pour des raisons économiques - devenir enseignante »..
Elle fréquente la «» à Halle puis le séminaire d'enseignants de Magdebourg. À partir de 1894, elle enseigne dans les écoles élémentaires de Halberstadt, Kamen et Magdebourg et peut ainsi soutenir financièrement sa mère. Peu de temps après, par l'intermédiaire d'un collègue plus âgé, elle prend contact avec l'Association générale des professeurs d'allemand (, ADLV) et en rencontre la présidente Helene Lange..
En 1898, elle déménage à Berlin pour passer l'examen de professeur principal, condition préalable à l'admission aux études supérieures. À cette époque, en Prusse, les femmes n'ont accès aux études supérieures qu'avec l'autorisation expresse de professeurs. L'inscription des femmes n'a été officiellement approuvée qu'en 1908. A Berlin, elle suit aussi les conférences du lycée Victoria fondé par Georgina Archer..
Contrairement aux hommes de sa famille, Gertrud Bäumer ne bénéficie d'aucune bourse et doit financer elle-même ses études, entre autres en publiant des articles pour le mouvement féministe. À l'université de Berlin, elle suit des cours de théologie, d'études germaniques, de philologie et d'économie et devient, en 1904, la première femme en Allemagne à obtenir un doctorat.
Le mouvement des femmes Comme beaucoup de femmes de l'époque, Gertrud Bäumer adhère par l'entremise de son travail d'enseignante au mouvement féministe, alors bourgeois, conçu initialement comme un mouvement d'éducation des femmes. À Berlin, elle devient l'assistante d'Helene Lange, considérée comme la leader incontestée du mouvement des enseignantes mais dont une maladie oculaire limite les activités. Elle travaille avec elle de 1908 jusqu'à la mort d'Helene Lange en 1930 ; elle est aussi sa compagne.
Entre 1916 et 1921, Gertrud Bäumer est la rédactrice en chef adjointe de (La Femme) puis sa rédactrice en chef jusqu'en 1944Marianne Walle, « Allemagne, 1915. Le féminisme à l'épreuve de la guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2005/3 (), .. Elle contribue aussi à l'hebdomadaire de Friedrich Naumann .
Bund Deutscher Frauenvereine thumb|Bureau exécutif du congrès de 1912 du BDF à Berlin. Debout, depuis la gauche : Elisabeth Altmann-Gottheiner, Martha Voss-Zietz, Alice Bensheimer et Anna Pappritz. Assises, depuis la gauche : , Gertrud Bäumer et Alice Salomon.
Gertrud Bäumer entre rapidement au conseil d'administration de la Fédération des associations féminines allemandes (, BDF). En 1910, elle succède à Marie Stritt au poste de présidente et reste à la tête de la Fédération pendant neuf ans, jusqu'en 1919, mais son influence perdure encore durant plus de vingt ans, à travers ses articles dans le journal ..
Sous sa présidence, le BDF évolue vers plus de conservatisme, tendance renforcée par l'arrivée d'associations de femmes à caractère religieux, comme la Ligue allemande des femmes évangéliques (). Les organisations de femmes de la classe moyenne libérale de gauche lui reprochent d'être trop traditionaliste. En outre, le BFD a également retiré son soutien aux féministes radicales qui militent en faveur de l'émancipation sexuelle et de la légalisation de l'avortement. Gertrud Bäumer considère l'avortement comme un crime et les contraceptifs comme immoraux. Selon elle, la légalisation de l'avortement détruiraient « l'instinct maternel » des Allemandes et contribuerait à la dégénérescence physique et morale du peuple allemand, . Alors que les idées de Gertrud Bäumer progressent au sein de la Fédération, le début de la Première guerre mondiale met fin aux dernières traces d'un féminisme plus radical.
La Première guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, Gertrud Bäumer fonde, avec Hedwig Heyl, le Service national des femmes (, NFD), sous l'égide du BDF, afin de mobiliser les femmes volontaires dans l'effort de guerre. Le NFD fournit des vivres aux familles dans le besoin, donne des conseils nutritionnels aux femmes au foyer et propose des cours de cuisine. Il aide les veuves et leurs enfants, organise des garderies pour les travailleuses des industries de guerre et aide les femmes enceintes. En outre, le NFD fournit des services éducatifs, d'emploi et juridiques aux femmes et aux adolescents..
À l'origine, ce sont les femmes de la mouvance radicale qui ont l'idée d'un service national des femmes, le considérant comme un moyen de démontrer que les femmes pouvaient soutenir l'effort de guerre avec autant de zèle que les hommes qui étaient au combat ; l'objectif final est de prouver l'aptitude des femmes au droit de vote. En revanche, Gertrud Bäumer - qui reconnaît que le Service n'aurait « pas été possible sans le travail préalable effectué par le mouvement des femmes allemandes » - veut que le service des femmes démontre que les femmes allemandes placent « l'intérêt de la patrie » avant tout.
Elle publie (Chronique de la patrie), une sorte de journal de dix à quinze pages pour . Le titre paraît de à et raconte l'activité du NFD. Il s'agit d'une adaptation de la (Chronique de la guerre), que publie Friedrich Naumann dans le journal sur la mobilisation des hommes sur le front.
En 1917, avec Marie Baum, elle prend en charge le développement et la gestion (jusqu'en 1920) de l'École sociale des femmes et de l'Institut pédagogique social à Hambourg (), une des premières écoles à former des travailleuses sociales en Allemagne. L’école de Hambourg suit le modèle de la toute première école de travail social pour femmes fondée en 1908 à Berlin par la féministe et réformatrice sociale Alice Salomon (1872-1948)..
Le mouvement pacifiste En avril-, pacifistes issues de douze pays participent au congrès international des femmes réuni à La Haye. Il se tient à l'initiative de l'Américaine Jane Addams et d'associations féministes et pacifistes américaines et hollandaises. Lors du congrès est créé le Comité international des femmes pour la paix permanente, afin de protester contre la Première Guerre mondiale. En effet, le congrès est une scission du mouvement féministe international, alors que la majorité des féministes de l'époque font le choix de soutenir leur gouvernement national et l'effort de guerre qui en découleÉvelyne Morin-Rotureau, Combats de femmes 1914-1918, 2004, ., souvent en espérant que cet engagement jouera à la fin du conflit pour qu'elles obtiennent le droit de vote. Au contraire, les femmes réunies à La Haye choisissent de faire prévaloir leurs idéaux pacifistes et la coopération internationale sur leurs intérêts nationaux. Elles débattent aussi des moyens qui permettront d'empêcher les guerres futures ; selon elles, le suffrage féminin serait le moyen le plus puissant, les femmes pouvant s'impliquer pour résoudre les conflits avant qu'ils ne débouchent sur une guerre..
Anita Augspurg, Lida Gustava Heymann, et Elise von Schlumberger se rendent au congrès de La Haye. Elles demandent l’arrêt immédiat des hostilités et l’ouverture de négociations pour la paix. Le (BDF), dirigé par Gertrud Bäumer, boycotte le congrès, désavoue la minorité radicale et pacifiste des féministes pacifistes et exclut les trois femmes pour leur attitude « non patriotique ».
Lorsqu'elles font le tour des pays en guerre pour essayer de les rallier à la cause de la paix et d'accepter des négociations, Gertrud Bäumer les accuse d'« affaiblir l'Allemagne » en désarmant les Allemands « dans un monde rempli d'armes ». À la fin de la guerre, elle critique également le traité de Versailles, que l'Allemagne a été obligée de signer ; elle considère que le document « chevauche le sang allemand ».
En 1915, un autre congrès international des femmes est organisé, cette fois par le mouvement socialiste via l'Internationale socialiste des femmes. Il se tient à Berne du 16 au , à l'initiative de l'Allemande Clara Zetkin. Gertrud Bäumer écrit : « la Conférence de Berne est une conférence corporatiste de femmes qui ne sont mandatées par personne, trahissent l’ordre et les règles des associations et des partis auxquels elles adhèrent et veulent s’occuper des problèmes de haute responsabilité… Nous avons déjà eu le triste exemple de la Conférence de La Haye ! »..
La lutte pour l'obtention du suffrage féminin en Allemagne cesse en 1918, quand les femmes allemandes obtiennent le droit de vote. À ce moment-là Gertrud Bäumer s'engage en politique.
La politique Politiquement, Gertrud Bäumer s'identifie au libéralisme social de Friedrich Naumann, un homme politique influent qui œuvre à la droitisation du libéralisme allemand, avec qui elle travaille étroitement et qui est un peu son mentor intellectuel. À partir de 1912, elle est responsable de la rédaction de la section culture de son magazine , fondé en 1894. Après sa mort, en 1919, elle en devient temporairement la rédactrice en chef. Elle y soutient que le mouvement féministe doit soutenir les objectifs de la nation allemande, en particulier sa politique étrangère agressive et qu'il doit aussi œuvrer à minimiser les conflits sociaux et de classe..
Lorsqu'en 1908 la loi prussienne sur les associations est modifiée de façon à rendre possible l'adhésion des femmes aux partis politiques, Gertrud Bäumer et Hélène Lange rejoignent l'Association libérale (), dans laquelle Friedrich Naumann est également actif depuis 1903. De cette association naîtra le Parti populaire progressiste en 1910.
En 1919, elle quitte Hambourg et retourne à Berlin, démissionne du BDF pour se consacrer à la politique nationale, ce qu'elle décrit comme un geste patriotique plutôt que féministe.
Elle fonde le Parti démocrate allemand (DDP) avec Friedrich Naumann et d'autres et en est la vice-présidente de 1920 à 1930..
Les femmes allemandes participent pour la première fois à un scrutin lors des élections du et Gertrud Bäumer devient l'une des premières femmes élues au Parlement. Elle est députée de l'Assemblée nationale (1919-1920) puis du Reichstag (1920-1932) pour le Parti libéral démocrate. Elle ne se représente pas aux élections de 1932.
De 1920 à 1933, elle est conseillère au ministère de l'Intérieur du Reich, où elle est responsable des départements de la protection de la jeunesse et des écoles.
En 1919, elle rejoint la Ligue contre l'antisémitisme () et, de 1926 à 1933, elle est déléguée du gouvernement du Reich à la Société des Nations à Genève.
L'écriture