L’Œ, en minuscule œ, est une ligature utilisée en latin médiéval et moderne, ainsi qu’en français, en anglais, en vieux norrois et dans plusieurs langues utilisant l’alphabet général des langues camerounaises comme le kom, le koonzime, le guemzek, le mbuko et le merey, ou des langues comme le mbandja ou le mono en République démocratique du Congo. Il est appelé en français o-e entrelacé, o e-dans-le-o, o e-dans-l’o., e-dans-l’o, o-e lié ou o-e collé. Dans le contexte anglophone, on peut l’appeler ethel ou œthel (du vieil anglais , terme aussi utilisé pour la rune ōthalan), mais plus souvent O-E ligature tout simplement. Dans l’ordre alphabétique français, le Œ est classé comme la suite d’un O et d’un E indépendants.
Linguistique En latin La ligature de o et e est utilisée depuis le Moyen Âge. La combinaison oe forme une diphtongue en latin classique, notée [] dans l’alphabet phonétique international, avant d’être monophtonguée en [eː] dès l’époque de l’Empire romain. Elle apparaît dans quelques mots maternels (par exemple foedus, foeteo, coepi, coetus, moenia), et elle représente « οι » (oi) dans les emprunts de mots grecs.
En français En français, dans les « mots héréditaires » Un mot héréditaire en français est donc un mot ancien dans la langue, qui vient des principales langues anciennes d'origine du français ou « langues mères », à savoir, entre autres, le gallo-roman, le francien, mais aussi l'ancien occitan, jusqu'au bas-latin et au latin. Et la graphie de ce mot a aussi évolué : elle présente souvent des particularités orthographiques. La définition citée est de Jean-Pierre Chambon (2010), dans « Pratique étymologique en domaine (gallo)roman et grammaire comparée-reconstruction. À propos du traitement des mots héréditaires dans le TLF et le FEW », définition qui est reprise dans : ., la combinaison œu se prononce [œ] (cœur, œuf) ou [ø] (nœud, œufs); œ se prononce [œ] dans le mot œil et ses dérivés.
Dans les emprunts provenant du grec (œsophage, Œdipe, œstrogène), œ se prononce [e] (voyelle mi-fermée antérieure non arrondie, beauté) ou [ɛ] (voyelle mi-ouverte antérieure non arrondie, cèpe), mais dans l’usage courant, la prononciation [ø] est devenue fréquente.
Une exception est le mot fœtus, qui vient du latin fētus et est écrit avec œ par une erreur étymologique.
Aussi œ se prononce [ø] ou [œ] dans certains mots venant des langues germaniques: œrsted, lœss.
Exemples de mots français contenant Classiquement prononcé [e], mais aujourd’hui souvent dit [ø] : Œdipe, cœlacanthe, cœlentéré, fœtus, , œdème, œdicnème, Œniadæ, œnochoé, œnologie, Œnone, œsophage, îles Phœnix (mais Phoenix (Arizona)) ; classiquement prononcé [ɛ], mais aujourd’hui souvent dit [œ] : œstrogène, œstrus ; digrammes prononcés [œ] : , cœur, , , , , , sœur, œil, œillet, œrsted (du nom du physicien danois Hans Christian Ørsted) ; digrammes prononcés [ø] : , , , .
Cacographies
Certains mots français comportent les lettres « o » et « e » non ligaturées et sont néanmoins parfois écrits avec un « œ » par erreur : coefficient, ; certaines locutions latines : nullius dioecesis, ou tout aussi bien nullius diœcesis ; l'oiseau mythologique Phénix était anciennement orthographié ; Loess est dérivé de l’allemand « Löss » (même sens, mot forgé au ), comme foehn l’est de l’allemand « Föhn ». Or c’est l’orthographe « lœss. » qui est retenue par les dictionnairesDictionnaire de l’Académie française, Le Petit Larousse 2005, Le Petit Robert, le Dictionnaire d’orthographe et expression écrite de Jouette, le Trésor de la langue française informatisé donnent tous uniquement l’orthographe « lœss ».. Il faut aussi éviter d'imposer la ligature dans des noms propres qui ne les prennent pas dans la langue d'origine, par exemple Goethe, , .
En anglais L’anglais transcrit par la ligature œ les emprunts au latin eux-mêmes dérivés de mots grecs comportant la diphtongue οι. Mais il fait de plus en plus appel dans ce cas à une graphie simplifiée par la lettre e, surtout aux États-Unis. Par exemple, on écrit aujourd’hui federal plutôt que fœderal en anglais britannique, tandis que l’anglais des États-Unis fait couramment usage de la graphie simplifiée diarrhea, là où l’on écrivait classiquement diarrhœa. Pour les mots qui ne sont pas passés à e, l'usage courant préfère aujourd’hui le digramme oe, suivi par les dictionnaires les plus récents.
En anglais, la prononciation de œ ou oe est généralement /iː/ en syllabe accentuée et /ɛ/ en syllabe non accentuée.
En vieux norrois La ligature œ est utilisée dans la graphie savante moderne du vieux norrois, pour représenter la voyelle longue /øː/, par opposition au caractère spécial ø, qui représente la voyelle brève /ø/.
En allemand On fait classiquement la distinction entre la notion de métaphonie (Umlaut) et de tréma, qui ont des fonctions et des origines différentes. L'ancien allemand était écrit avec l'alphabet gothique. À l'origine, le signe métaphonique était un e gothique placé au-dessus de la lettre ayant subi la métaphonie. Ce e gothique a été ensuite simplifié en une sorte de double accent aigu. Puis, le passage à l'alphabet latin, l'imprimerie et la disparition de la notion de tréma en allemand standard ont conjointement conduit au remplacement de ce double accent aigu par un double point, confondu avec le tréma françaisISO/CEI 8859-1. Il n'y a donc qu'un seul graphème ö sur les claviers d'ordinateurs. Dans l'écriture manuscrite, il n'est pas rare de voir le signe traditionnel remplacé par des doubles points ou des doubles ronds.
La ligature œ n'est pas utilisée en allemand moderne (hormis quelques mots empruntés du français: Œuvre utilisé dans le sens , Cœur comme un nombre d'une enseigne des cartes à jouer). Elle est cependant utilisée dans les textes en moyen haut-allemandPar exemple, la Chanson des Nibelungen.. Le graphème œ représente alors le phonème long, le graphème ö, le phonème bref. Quand le français utilise la ligature œ pour transcrire classiquement des mots d'emprunts au grec, l'allemand moderne utilise la lettre ö : comme dans Ösophagus ( ) et comme dans Östrogene ( ). L'allemand transcrit aussi parfois les mots empruntés au grec avec le graphème e (voire oe), c'est pourquoi on trouve fréquemment les graphies OesophagusSpeiseröhre ou EstrogeneEstrogene. Les mots d'emprunts au latin sont aussi écrits avec un ö, par exemple, föderal ( ). En allemand le mot Fetus de fetus a comme en français subi une hypercorrection car il est souvent mal transcrit Fötus. Rares sont ceux qui prononcent le mot Fetus.
Le digramme oe est toléré quand le graphème ö n'est pas disponible, par exemple dans l’édition, par absence de la touche correspondante sur un clavier informatique, ou bien dans les mots croisés. Ainsi, on écrira Gaeste au lieu de Gäste, Wueste au lieu de Wüste ou bien hoeren au lieu de hören. Ce digramme est cependant à éviter parce que son utilisation provoque des cacographies : le oe de certains mots correctement écrits comme soeben ( ), Poet ( ), ou poetisch ( ), n’est pas une métaphonie et se prononce ou , c'est-à-dire se prononce en deux syllabes différentes, la première avec et la seconde avec . À l’inverse, la graphie de certains noms, en particulier de certains noms de famille, est invariable.
Cette utilisation du « e » est courante lors des transcriptions des mots en alsacien et en francique lorrain. Par exemple, la flammekueche, le baeckeoffe ou le château du Haut-Koenigsbourg proviennent respectivement de l'allemand flammeküche, bäckeoffe et Hoh Königsburg. La tendance de la ligature est mitigée en Alsace-Moselle : les noms plus locaux (comme le nom de famille « Goerger ») tendent à dissocier les deux lettres, vraisemblablement pour la cohérence : la ligature « æ » est très rare en français (parfois utilisée pour des locutions latines comme « ex æquo »), et la ligature « ᵫ » n'est pas employée en français.
Alphabet phonétique international Le caractère œ représente dans l’alphabet phonétique international la voyelle moyenne inférieure antérieure arrondie, et la voyelle basse antérieure arrondie.
Représentation informatique et obtention Malgré sa nécessité dans l’orthographe du français, le caractère a par le passé souffert d’une mauvaise prise en charge informatique, qui se traduit encore aujourd’hui par la difficulté de le saisir. En fonction des systèmes d’exploitation, des dispositions de clavier et des programmes, il peut être obtenu soit directement par le clavier, soit par une méthode de saisie, soit par un code tapé sur le pavé numérique, soit encore par correction automatique.
Les dispositions de clavier AZERTY et QWERTZ fournies par Windows ne comportent pas le caractère . Les dispositions francophones plus complètes permettent de le saisir, en général via la combinaison de touches (ou sur le clavier canadien multilingue). En 2024, le clavier canadien multilingue reste la seule disposition pré-installée dans Windows qui permette de saisir sans passer par un code numérique.
À défaut, la seule façon de saisir dans Windows est d’employer un code numérique avec la touche Alt (voir le tableau ci-dessous).
+ Codages et saisies informatiques de l’e-dans-l’o Œ œ Jeux de caractères ISO 6937 234 (0xEA) 250 (0xFA) ISO/CEI 8859-15 (« latin-9 ») 188 (0xBC) 189 (0xBD) Windows-1252 140 (0x8C) 156 (0x9C) Unicode U+0152 U+0153 ↳ UTF-8 0xC5 0x92 0xC5 0x93 Langages informatiques HTML Œ œ XML ou SGML Œ ou Œ œ ou œ LaTeX \OE{} \oe{} Claviers BÉPO divers AZERTY étendus AZERTY normalisé AFNOR AZERTY sous Mac QWERTY canadien multilingue (Windows) code de composition (Linux/Xorg et apparentés) puis puis puis puis code Alt (Windows) +( puis puis puis ) +( puis puis puis ) Raccourcis claviers de certains logiciels Microsoft Word puis puis
Historique Alors que sur les machines à écrire mécaniques l’e-dans-l’o pouvait être obtenu grâce au demi-retour arrière, l’informatique tarde longtemps à le prendre en charge. Aucune variante nationale d’, norme de codage employée dans les années 1970 et 1980, n’a de place pour lui, alors même que se trouve dans les variantes danoise et norvégienne de cette norme.
, publié en 1983, est le premier jeu de caractères normalisé par l’ISO qui contienne . Cependant, cette norme a très peu de succès.
Trois ans plus tard, est écarté de la norme dite « Latin-1 », destinée à supplanter pléthore de standards nationaux pour les principales langues d’Europe de l’Ouest. Cette norme, qui inclut pourtant (pour les langues scandinaves), préfère attribuer incongrûment à des symboles mathématiques ( et ) les deux places prévues pour . À l’heure où l’informatique personnelle est en plein essor, la norme « Latin-1 » connait une large adoption, qui consacre la précarité du codage de l’e-dans-l’o et, par conséquent, son absence des claviers.
En 1990, le du système de typographie TeX, reprenant le contenu alphabétique de « Latin-1 » et « Latin-2 », juge nécessaires les caractères et les inclut donc aux positions qui leur étaient initialement dévolues dans « Latin-1 ». Il est alors possible de composer avec TeX des documents qui affichent l’e-dans-l’o .
À partir de 1992, les systèmes d’exploitation de Microsoft ( et successeurs) utilisent pour les pays occidentaux un codage nommé Windows-1252, une extension de « Latin-1 » qui y ajoute divers caractères manquants, dont . En raison de sa compatibilité avec « Latin-1 » et de la prééminence des systèmes Windows, ce codage devient répandu sur l’Internet naissant. À la même époque (depuis 1989), les ordinateurs Macintosh emploient, eux aussi, leur propre codage, nommé MacRoman, très différent de « Latin-1 », et qui comporte . Cependant, ni Windows-1252 ni MacRoman ne sont définis par un organisme de normalisation.