Le royaume de Grenade ou sultanat de Grenade était un État musulman médiéval situé dans le sud de la péninsule Ibérique, avec pour capitale la ville de Grenade.
Le royaume est fondé en 1238 par Mohammed ben Nazar. Bien que son centre de pouvoir est initialement situé à Jaén, le monarque nasride transfère quelques années plus tard sa cour à Grenade, autour de laquelle il organise son nouvel État. Le royaume survit dans cette situation précaire grâce à sa position géographique favorable, tant pour la défense du territoire que pour le maintien du commerce.
Cependant, il perd progressivement du territoire au profit de la couronne de Castille jusqu'à sa disparition définitive après la guerre de Grenade, qui se déroule entre 1482 et 1492. Le royaume nasride de Grenade était le dernier État musulman de la péninsule Ibérique, l'ancien Al-Andalus. Son dernier sultan fut Mohammed XII (dit Boabdil le Jeune), renversé par les Rois catholiques et contraint de capituler le . Dès lors, il est définitivement intégré à la couronne de Castille sous le nom de royaume castillan de Grenade.
Histoire Origine et débuts À la suite de la défaite des Almohades à la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, la dynastie nasride, d'origine arabe, commence à s'imposer dans le sud-est d'Al-Andalus. Son fondateur, Mohammed ben Nazar, se proclame sultan en 1232. Il fut reconnu comme tel par les oligarchies de Guadix, Baza et Jaén, et annexa plus tard la taïfa de Malaga en 1238, ainsi qu'Almería. En 1234, il se déclare vassal de Cordoue, mais en 1236, Ferdinand III conquiert cette ville, et devient vassal du roi de Castille, ce qui lui permet de conserver son indépendance. En 1238, étend ses domaines en conquérant Grenade, mais en 1246, Ferdinand III lui prit Jaén pour consolider ses conquêtes dans la vallée du Guadalquivir, ce qui force à signer le pacte de Jaén, dans lequel il reconnaît le monarque castillan comme seigneur de ce territoire et est obligé de lui payer un tribut pour obtenir la paix pendant vingt ans.
vignette|L'expansion de l'émirat de Grenade en 1250. Suite aux conquêtes et au règne de Ferdinand III dans la vallée du Guadalquivir, plusieurs soulèvements mudéjars eurent lieu sous le règne de son fils, Alphonse X le Sage, notamment la révolte mudéjare de 1264 dans le royaume de Séville, ainsi que celle des Mudéjars du royaume de Murcie, tous deux récemment intégrés à la couronne de Castille. Malgré le soutien militaire grenadien, la majeure partie de la population mudéjare de la vallée du Guadalquivir est expulsée après la répression et se réfugie dans le royaume nasride. Une seconde révolte mudéjare d'envergure éclate dans la couronne d'Aragon (principalement dans le royaume de Valence) en 1276 (et dure jusqu'en 1304), au cours de laquelle la cavalerie grenadine intervient en soutien aux Mudéjars rebelles. À la mort de Ferdinand III en 1252, la Castille est le seul État à partager encore des frontières avec les musulmans, qui avaient été réduits aux massifs pénibétiques et à la côte de Barbate à Águilas, soit un territoire d'environ . La frontière entre les deux royaumes, connue sous le nom de frontière maure, s'étendait sur plus de .
Une période de prospérité Le statut de Grenade en tant que territoire tributaire et sa position géographique favorable, avec la Sierra Nevada comme barrière naturelle, ont contribué à la longévité du royaume nasride, permettant à ce petit émirat de prospérer comme plaque tournante du commerce entre l'Europe et le Maghreb. De fait, Grenade est une ville prospère durant la crise du qui ravage l'Europe. Grenade sert également de refuge aux musulmans fuyant la Reconquista. C'est à Grenade, durant cette période, que se produisit l'un des plus intenses épanouissements culturels de l'islam. Le complexe palatial de l'Alhambra, véritable univers à part entière composé de palais, de jardins, de fontaines et de bassins, en est peut-être le reflet le plus évident.
Malgré sa prospérité économique, les conflits politiques sont constants, et cette faiblesse est exploitée par les chrétiens, qui conquirent progressivement de petits territoires du royaume de Grenade. Cependant, certaines tentatives castillanes se soldent par des échecs retentissants, tels que la bataille de Moclín (1280), le désastre de la Vega de Grenade (1319) et la bataille de Guadix (1362). En retour, les armées nasrides lancent de nombreux raids sur les territoires chrétiens, avec des résultats mitigés : des défaites comme à Linuesa (1361) et des victoires comme à Algésiras (1369).. Entre 1351 et 1369, les Nasrides profitent de la guerre civile qui fait rage en Castille entre les prétendants au trône, Pierre et Henri II. Ce conflit, tout en épuisant la couronne de Castille, accorde au royaume nasride quelques années de paix durant lesquelles il peut maintenir sa stratégie étrangère sans ingérence des Castillans.
Avec l'ouverture de nouvelles routes commerciales directes entre le royaume de Portugal et l'Afrique à partir du , Grenade commence à perdre de son importance stratégique. L'union des couronnes de Castille et d'Aragon en 1469 aggrave sa situation, et elle ne peut résister à l'expansion chrétienne.
Déclin et chute finale La chute de Loja en 1486 marque le début de l'avancée chrétienne vers Grenade, qui culmine en 1492 avec la prise de la capitale.
Après cette période de splendeur, le royaume tombe sous la domination de divers souverains incapables de maintenir leur contrôle sur le territoire. Avec la fin de la guerre civile castillane vers 1480 et l'accession définitive d'Isabelle la Catholique au trône, les conditions nécessaires à la conquête totale de Grenade sont réunies pour la première fois en Castille, conditions favorisées par la crise politique et économique qui secoue le royaume nasride. Les guerres civiles de Grenade sont provoquées par des luttes intestines entre deux factions du pouvoir nasride : les partisans de l'émir Abu al-Hasan Ali et de son frère Mohammed az-Zaghall, et les partisans du fils de l'émir, Mohammed XII Boabdil. Ce dernier, capturé par les Castillans, signe une trêve avec Ferdinand confirmant sa vassalité, trêve qui est par la suite complétée par d'autres accords. À partir de 1484, les rois catholiques menèrent une longue et tenace série de sièges dans ce qui devient la guerre de Grenade, utilisant la nouvelle artillerie qui permet la capture progressive des forteresses de Grenade les unes après les autres.
Les troupes des couronnes castillane et aragonaise déferlent sur le royaume isolé, aboutissement du rêve longtemps caressé de la Reconquista. Après la perte de Malaga en 1487 et celle du territoire oriental (la Cora de Bayyana) en 1489, l'État de Grenade se trouve dans une situation désespérée. En 1491, le siège de Grenade est ordonné et la construction de Santa Fe, camp de base d'où les rois catholiques dirigent les opérations de siège. Le temps et l'approche conciliante de Boabdil jouent en faveur de la Castille, et la capitulation de Grenade a lieu le . Ainsi s'achèvent plus de 250 ans d'existence du royaume nasride.
Organisation territoriale Le royaume de Grenade est divisé en districts territoriaux et administratifs appelés tahas. La frontière entre le royaume de Grenade et les territoires de la couronne de Castille est connue sous le nom de Banda Morisca, d'où le nom de nombreuses villes d'Andalousie occidentale « de la Frontera », qui signifie « de la frontière [avec Grenade] ». Le royaume nasride souffre également d'un important problème de surpopulation. La capitale nasride, Grenade, devient l'une des villes les plus prospères d'Europe. Albaicín était un centre commercial et culturel de premier plan, comptant environ 165 000 habitants, et dont subsistent des ensembles urbains majeurs tels que l'Alhambra et le Généralife. Les artisans vivent dans l'Albaicín, tandis que le reste de la population occupait la plaine au sud, où se trouvent d’importantes industries, les douanes et la madrasa (l'Alhambra). De nombreux vestiges subsistent aujourd'hui, comme l'Alcaicería, le Corral del Carbón et le tracé des rues jusqu’à l'ancienne porte de Bibarrambla.
Parmi les autres villes importantes figurent Almería, Malaga, Loja, Guadix et Baza. La région des Alpujarras, bien que dépourvue de grandes villes, était densément peuplée et économiquement vitale pour le royaume.
Politique extérieure À ses débuts, le royaume de Grenade était un allié de la couronne de Castille, mais dut par la suite devenir un État tributaire pour préserver son indépendance. La monarchie survécut grâce à des concessions faites aux Castillans, à leur besoin de consolider leurs conquêtes et à des pactes avec les Mérinides. Cette situation difficile fut gérée grâce à la diplomatie et à l'habileté politique de certains rois nasrides. Durant une grande partie du , marquée par une longue histoire d'alliances et de trahisons, de défaites et de conquêtes. En 1305, les Nasrides conquièrent Ceuta, mais en 1309, les Mérinides la reconquièrent avec l'aide des Aragonais. En 1325, après l'assassinat de son père Ismaïl , Mohammed IV monte sur le trône de Grenade. En 1333, il s'empare d'Algésiras et de Gibraltar aux Castillans, bien qu'il ne peut profiter de ses succès militaires car il est assassiné la même année à l'âge de 18 ans, et son jeune frère Yusuf lui succède. En 1384, les Nasrides reconquièrent Ceuta, mais trois ans plus tard, ils la perdent à nouveau au profit du royaume de Fès.
La bataille du Río Salado en 1340 constitue un sérieux revers pour les Nasrides et les Mérinides, ces derniers n'intervenant plus jamais dans la péninsule Ibérique. Les rois nasrides perdent ainsi le soutien militaire de l'Afrique du Nord. Cependant, la défaite de Salado ne représente pas un revers majeur pour Grenade, qui reprend rapidement une politique de paiements et de vassalité envers la Castille. Après la splendeur de ces rois, notamment de Mohammed V, les luttes dynastiques marquent l'histoire du royaume, rendant son existence largement dépendante de la volonté des rois de Castille et de l'équilibre des pouvoirs avec les rois d'Aragon.
Armée L'armée grenadine est constituée essentiellement d'une cavalerie légère très mobile ainsi que d'une infanterie légère. Cependant, les territoires frontaliers du royaume sont parsemés de châteaux gardés par des guerriers de frontière (thagri) commandés par une élite de guerriers en armure, influencés par les chevaliers chrétiens et comparables à eux.
L'armée grenadine est ethniquement et culturellement mixte. Une grande partie des soldats sont recrutés localement par le biais du système des junds, qui consiste à enregistrer les familles ayant des obligations militaires et à les enrôler de force. De plus, les souverains nasrides encouragent les guerriers d'Afrique du Nord à immigrer dans le pays et à servir comme Ghazis. Ces immigrants sont principalement des Berbères zénètes et finissent par s'organiser en Volontaires de la Foi, une unité de facto autonome au sein de l'armée grenadine. Les Zénètes servent de cavalerie légère, ce qui donna naissance au terme espagnol jinete (dérivé du nom « Zénète »), désignant ce type de cavalerie légère. Ils participent aussi bien aux batailles cruciales qu'aux raids réguliers en territoire chrétien. Très mobiles sur le champ de bataille, ils sont armés de lances, de javelots et de petits boucliers ronds réputés pour leur flexibilité, et utilisent leurs propres tactiques caractéristiques. Ils servent parfois aussi comme auxiliaires dans les armées castillanes, envoyés par les rois nasrides pour soutenir leurs alliés. Ils sont recrutés et commandés par des membres exilés de la famille mérinide et installés au sein du royaume de Grenade. Leur commandant est connu sous le nom de cheikh al-ghuzāt (« chef des ghazis »), mais en 1374, Mohammed V supprime cette fonction en raison de leur ingérence politique ; ils sont alors commandés par un général nasride ou andalou.