Kabgayi est une localité du Rwanda dépendant de Gitarama située dans la Province du Sud, près de Gitarama, à 40 kilomètres au sud-ouest de Kigali. C'est un haut-lieu du catholicisme, archevêché de 1959 à 1976, qui abrite la cathédrale Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception construite en 1923Cathedral Basilica of Our Lady Kabgayi, Rwanda, sur GCatholic et un musée. Géographie La ville se situe au milieu du plateau central du Rwanda à une altitude de 1 800 mètres. Elle jouit d'un climat doux et tempéré avec deux saisons des pluies.

Le sol des environs est relativement sableux. Les environs sont habités par des populations agricoles qui traditionnellement étaient divisées en Tutsis (15 % de la population, essentiellement pasteurs et guerriers) et Hutus (85 % de la population essentiellement laboureurs). Histoire Les débuts La mission a été fondée du temps de l'administration coloniale allemande par les missionnaires catholiques de la Société des missionnaires d'Afrique (Pères blancs) en qui obtiennent 120 hectares de terres de la part du roi Musinga. Elle dépend alors du vicariat apostolique du Victoria Nyanza méridional dirigé par l'Alsacien, Jean-Joseph Hirth (1854-1931)Aylward Shorter, Les Pères Blancs au temps de la conquête coloniale: Histoire des Missionnaires d'Afrique (1892-1914), Paris, éditions Karthala, 2011, ., qui se retire à Kabgayi à partir de 1921. Les missionnaires s'engagent dans un grand programme de constructions, d'abord de maisons, puis de l'église et de la mission en elle-même, ce qui requiert la formation d'un grand nombre d'ouvriers, d'artisans et de personnel de service Jan Linden, Church and Revolution in Rwanda, Manchester University Press, , 1977 .. Cette demande de main-d'œuvre cause une certaine tension avec le conseil du roi tribal. En réponse, les autorités coloniales allemandes informent les missionnaires qu'ils doivent obtenir l'autorisation du roi et qu'elles-mêmes ne sauraient s'impliquer dans une aide quelconque Alison des Forges,, Defeat Is the Only Bad News: Rwanda under Musinga, 1896–1931, University of Wisconsin Press, 2011, .

Bientôt, la mission s'installe à tel point que le roi Musinga, qui est confronté à des rivalités internes, demande en Alison des Forges, , . En , les missionnaires commencent à construire une école pour les fils de chefs tutsis, qu'ils considèrent comme représentants de l'élite naturelle locale. Cependant lorsqu'un paysan hutu passe devant la justice locale à propos d'un conflit avec son propriétaire hutsi, les missionnaires prennent sa défense et se voient opposer la censure des autorités coloniales Alison des Forges, , . Même s'ils ouvrent progressivement leurs écoles aux hutus, ils favorisent prioritairement l'éducation des Tutsis Jan Linden, , .

Le , Hirth devient le premier vicaire apostolique de Kivu (nouveau territoire détaché du vicariat apostolique précédent) dont dépend Kabgayi. Il fonde le Petit Séminaire Saint-Léon en 1913Histoire du Petit Séminaire Saint-Léon de Kabgayi, site consulté le 11 avril 2013. Certains étudiants à l'origine - qui avaient été formés à la mission de (au Tanganyika) - parlaient mieux latin que quelques-uns des vieux prêtres Jan Linden, , . Hirth s'établit définitivement à Kabgayi et collabore avec les séminaristes, même après sa retraite en 1921, jusqu'à la fin de sa vie. La Belgique est victorieuse en avril- des Troupes de protection de l'Afrique orientale allemande et succède ainsi à l'Allemagne, comme puissance coloniale. Il y a catholiques à Kabgayi en 1921Aylward Shorter, , .

La ville devient à l'époque du Ruanda-Urundi le siège du nouveau vicariat apostolique du Ruanda érigé en 1922 avec un Père blanc français de Lorraine, Léon-Paul Classe, à sa tête. Il fait construire la cathédrale Notre-Dame-de l'Immaculée-Conception en 1923 et s'occupe du Grand Séminaire Saint-Charles-Borromée ouvert en 1913Aperçu historique de l'Église catholique au Rwanda . C'est en 1928 qu'entre au Petit Séminaire Saint-Léon Alexis Kagamé, futur historien rwandais. C'est en 1932 qu'ouvre la première imprimerie du pays à la mission, qui commence à publier le premier journal local, Kinyamateka en 1933. Les voies de communications s'améliorent, ainsi en 1938 une piste relie Kabgayi à Rubengera à l'ouest.

Les années précédant l'indépendance Le mandat colonial de la Belgique cesse en 1946 et deux territoires sont formés, le Ruanda et le Burundi, qui sont confiés par les Nations unies à l'administration belge. Le premier évêque originaire du pays, Aloys Bigirumwami, est consacré en 1952. En février, le vicariat apostolique du Ruanda est renommé en vicariat apostolique de Kabgayi, érigé en archidiocèse en par Jean XXIII. Le son archevêque, André Perraudin (1914-2003), déclare dans un mandement de Carême: « dans notre Ruanda, les différences et les inégalités sociales sont pour une grande partie liées aux différences de races, en ce sens que les richesses d'une part et le pouvoir politique et même judiciaire d'autre part, sont en réalité en proportion considérable entre les mains des gens d'une même race ». En clair, même si l'archevêque s'en défend dans ses écrits futurs, c'est une justification morale pour que l'ethnie tutsie cède la place à la majorité hutue. Des massacres de Tutsis ont lieu donc à la fin de l'annéeJacques Morel, La France au cœur du génocide des Tutsi, , 2010, . Consulté le 11 avril 2013. Le contexte des années 1950 est d'une part une certaine élite tutsie qui revendique l'indépendance et conteste le monopole des missionnaires sur l'enseignement (qui l'avaient pourtant formée) et d'autre part l'administration belge qui s'appuie désormais sur les Hutus. Les missionnaires suivent le mouvement et parfois l'accompagnent sous prétexte d' et de . La monarchie tutsie est renversée en 1959. C'est le début de la . Des pogroms massifs ont lieu contre les Tutsis jusqu'en 1965, dans un contexte sociopolitique favorable aux Hutus et un contexte ecclésial ouvert à la théologie de la libérationCe sont également les années du Concile Vatican II.

Après l'indépendance L'indépendance est proclamée le à Gitamara, juste au nord de Kabgayi par le Congrès National Ruandais, dominé par les Hutus, et l'indépendance est accordée par la Belgique le . Le premier président du pays, Grégoire Kayibanda, formé par la mission de Kabgayi et ancien secrétaire de Perraudin est d'ethnie Hutu. Des prêtres de la congrégation des Joséphites sont assassinés en 1973 ce qui donne le signal à de nouveaux meurtres. Le président et l'archevêque n'interviennent pas Christian Scherrer, Genocide and Crisis in Central Afica: Conflict Roots, Mass Violence, and Regional War, Greenwood Publishing Group, 2002, .

En , l'archidiocèse est rétrogradé en diocèse au profit de territoires attribués au nouvel archidiocèse de Kigali. Un petit nombre de prêtres s'élèvent contre la domination excessive de la , à laquelle collabore l'archevêque Hutu de Kigali, Vincent Nsengiyumva (il sera assassiné par des rebelles tutsis en 1994).

Jean-Paul II visite le Rwanda en 1990 prônant la réconciliation, et l'urgence de réduire la pauvreté. Thaddée Nsengiyumva, évêque de Kabgayi d'ethnie Hutu, publie une lettre pastorale en 1991 demandant la réconciliation entre les deux ethnies et critiquant les assassinats politiques Scott Peterson, Me Against My Brother: At War in Somalia, Sudan and Rwanda, Routledge. ., 2001, . Il sera lui-même assassiné par des soldats du FPR en 1994. Kabgayi pendant le génocide Des extrémistes Hutu s'emparent du pouvoir en prenant le prétexte de la mort du président Hutu Juvénal Habyarimana et de son homologue burundais dans un accident d'avion provoqué par un tir de missiles. C'est le signal d'un génocide à l'encontre des Tutsis et des Hutus modérés. Des réfugiés tutsis fuient le pays et commencent aussi à affluer à Kabgayi à la mi-avril. Ils sont à la fin du mois de mai, vivant dans des conditions misérables. Le Vatican demande au Conseil de sécurité de créer une pour les sauver du massacre Paul Lewis, ( 1994), "Vatican Asks U.N. for 'Safe Area' in Rwanda". The New York Times, mais les milices Hutu poursuivent leurs meurtres systématiques, d'autant plus que des tutsis du Front patriotique rwandais commencent à répliquer en envoyant des troupes à partir de l'Ouganda pour s'emparer du pouvoir à leur tour, provoquant aussi des exactions. Les observateurs de l'ONU sur place à Kabgayi ne voient quant à eux aucune exaction de la part des milices Hutu et estiment que les réfugiés tutsis et Hutu modérés ne sont qu' par les milicesPaul Lewis(June 12, 1994), « June 5–10: New Atrocities in Africa; Three Bishops and 10 Priests Are Slaughtered in Rwanda As Tribal Killings Go On ». The New York Times. Consulté le 11 avril 2013… Les Interahamwe massacrent les réfugiés en s'enfuyant devant l'avancée du Front patriotique rwandais qui s'empare de la ville début juin. Nsengiyumva est assassiné le par quatre soldats du FPR, sous prétexte de coalition avec le pouvoir précédent, ainsi que l'archevêque de Kigali et l'évêque de Byumba, Joseph Ruzindana et dix prêtres à Gakurazo au sud de la ville. Le pape s'élève contre ces meurtres Lewis, article cité. Ces quatre soldats furent condamnés par la justice du nouveau pouvoir FPR rwandaisLe procès «exemplaire» de l’assassinat des évêques et des membres du clergé catholiques à Kabgayi (Gitarama) le 5 juin 1994 Université de Paris 1 documents du livre d'André Guichaoua.

Aujourd'hui

Un mémorial du génocide a été érigé à proximité de l'hôpital, mais c'est seulement en qu'un rapport a révélé l'ampleur des massacres perpétrés à Kabgayi Philip Briggs et Janice Booth, Rwanda, Bradt Travel Guides, 2010 ( éd.), . Un programme de réconciliation est lancé en 1994 auprès de la jeunesse par les Catholic Relief Services américains.

Kabgayi possède un petit musée d'artisanat local de différentes périodes.

Kabgayi abrite également un grand séminaire, le cycle de Philosophie fondé en 1989, une université catholique privée (actuellement appelée Institut Catholique de Kabgayi (ICK)Université catholique de Kabgayi qui a ouvert ses portes en 2002, une école de formation d'infirmières et de sages-femmes, Sainte-Élisabeth, et plusieurs écoles primaires et secondaires, ainsi qu'un hôpital.

Notes et références

Voir aussi Diocèse de Kabgayi Liste des archevêques et évêques de Kabgayi Léon-Paul Classe, vicaire apostolique du Ruanda. André Perraudin, archevêque de Kabgayi.

Sources

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