Au moment de la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783), les Britanniques ont engagé environ . Un tiers de ces soldats étrangers étaient basés dans la Province de Québec (1763-1791). Commandés par le général Friedrich Adolf Riedesel, ils sont intervenus contre les colons révoltés des treize colonies, principalement au début de la guerre, et ont passé sept hivers parmi la population canadienne. Plus de d'entre eux s'y sont finalement établis. Leur apport démographique et culturel y est aujourd'hui reconnu à titre d'événement historique national.
thumb|Soldats hessois, illustration du .
Contexte Le terme « mercenaire » est devenu récemment péjoratif, mais à l'époque où la notion de patrie n'avait pas la rigueur d'aujourd'hui, il n'avait pas cette connotation péjorative. Les nobles, dont les armes étaient le métier, allaient couramment se former durant leur carrière, là où il y avait guerre, au service de tel ou tel prince ou État ; il n'y avait à cela aucune honte, bien au contraire : on revenait avec un grade ou du prestige. Haldimand était un mercenaire.
Débarrassées au Nord d'une menace de tous les instants, après la défaite française de 1760, les colonies du Sud devaient néanmoins faire les frais de la guerre de la Conquête. En effet, la dette nationale avait considérablement augmenté depuis celle-ci et la mère patrie n'était plus en mesure d'en assumer seule le lourd fardeau. Aussi exigeait-elle des coloniaux, par voie d'impôt, leur part des dépenses engagées.
Durant les années qui suivirent, le Parlement anglais vota une série de lois les Actes intolérables, qui soulevèrent le mécontentement général et provoquèrent la tenue d'un premier Congrès général à Philadelphie, le . Bien qu'il en résultât une Déclaration des droits qui niait l'autorité du roi anglais dans les affaires américaines, « No Taxation without Representation », le Congrès tenta un dernier rapprochement avec la Couronne anglaise et lui offrit la négociation. Cependant, n'avait que faire d'une négociation et était fermement décidé à en finir par la force. Aussi fit-il déambuler dans les rues de Boston la petite armée provocatrice du général Gage.
Puisque le Congrès américain voyait d'un très bon œil l'appui des Canadiens à sa cause, il fut décidé de leur adresser un message dont la résolution finale fut adoptée le . Maladroitement synchronisé toutefois, l'envoi de ce dernier suivit de quelques jours à peine la dénonciation américaine du « Quebec Act », ce qui fit dire à l'historien François-Xavier Garneau : « Le langage n'aurait été que fanatique si ceux qui le tinrent eussent été sérieux, il était insensé et puéril dans la bouche d'hommes qui songeaient alors à inviter les Canadiens à embrasser leur cause. »
Origine des mercenaires allemands À l'époque de la révolution américaine (1775-1783), le Saint-Empire romain germanique est composé d'une multitude d'États disproportionnés aussi bien en population (± 20 millions d'habitants) qu'en territoires (plusieurs centaines). Ces territoires se définissent comme principautés, électorats, duchés, langraviats, évêchés, abbayes, seigneuries ou encore villes libres qui sont dirigées tantôt par des laïcs, tantôt par des ecclésiastiques d'appartenance protestantes ou catholiques. La Diète d'Empire, assemblée de ces États a à sa tête un empereur.
Chacun de ces États, aussi minuscule soit-il, a carte blanche en ce qui concerne les alliances, les ambassades et le droit de faire la guerre si cela, bien sûr, ne vient pas en contradiction directe avec l'Empire. C'est ainsi que le duché de Brunswick-Wolfenbüttel, le Comté de Hesse-Hanau, l'État d'Anhalt-Zerbst, le landgraviat de Hesse-Cassel, le margraviat d'Anspach-Bayreuth, la principauté de Waldeck et l'Électorat de Hanovre seront les principaux fournisseurs de soldats pour les troupes allemandes. Les quatre premiers sont ceux qui ont envoyé le plus d'hommes au Québec. Alors que dans les Colonies du Sud ont désignera ces soldats comme des (la Hesse-Cassel ayant contribué au plus grand nombre), au Québec ils seront désignés sous l'appellation de .
À l'exception de ceux pour qui une aventure en Amérique pouvait avoir un certain attrait, il semble que les volontaires ont été peu nombreux. Comme on l'avait fait cent ans auparavant pour grossir les rangs du régiment de Carignan-Salières, la ruse, la fraude, la force, l'enlèvement, sont utilisés lorsque la persuasion est insuffisante. .
Tel n'est pas le cas des soldats réguliers, des officiers et des hauts gradés, pour qui une campagne militaire à l'étranger signifiait un dérivatif à la monotone vie de garnison et des opportunités d'avancement plus rapide. Pour plusieurs, la permission d'amener femme et enfants a probablement facilité la décision à prendre ; plus d'une centaine d'épouses ont ainsi accompagné leur mari au Québec. Ajoutons que, parmi les recrues, il y a une forte proportion d'étrangers. Ils proviennent principalement des États germaniques voisins, mais aussi des pays européens limitrophes.
, avait lancé George III, poussé par l'enjeu d'instaurer une monarchie totale dans son royaume ; puis il avait ajouté qu'il se ferait respecter par les armes. Néanmoins, cette force annoncée par le roi, l'Angleterre ne la possède tout simplement pas. L'armée britannique de 1775 ne comporte en effet qu'un peu plus de répartis à travers le globe.
En Amérique, les rapports du major général Guy Carleton démontrent qu'il ne dispose plus que de 850 hommes. Ceux du général Thomas Gage, à Boston, indiquent qu'il ne peut compter que sur dans des circonstances qui en nécessiteraient à elles seules . George III, qui est d'ascendance allemande par George , son arrière-grand-père, lequel succéda à Anne Stuart en vertu de l'« Act of Settlement » en ligne protestante, est également électeur du Hanovre, un des nombreux États allemands de l'Empire germanique. Il envoie donc cinq régiments de Hanovriens à Minorque et Gibraltar, soit , prendre la relève de quelques-unes de ses troupes régulières anglaises. Puis, il fait appel à par voie de recrutement ; toutefois cette approche n'obtient pas le succès escompté, puisque seules 250 nouvelles recrues répondent à cet appel. Or, dans la situation du roi, cela ne représente que fort peu d'hommes.
Quant à la levée de nouvelles recrues anglaises, Londres préfère n'y point songer, puisqu'elle se révélerait très coûteuse et difficilement réalisable dans de si courts délais. De plus, l'on sait fort bien que bon nombre d'Anglais répugnent à l'idée de combattre leurs frères d'Amérique et qu'une conscription risquerait d'entraîner de sérieux problèmes internes. L'Angleterre doit donc faire appel à une aide extérieure. De telles sollicitations ont déjà porté leurs fruits dans le passé.
George III se tourne alors vers la Hollande ; les alliés prêts à louer des mercenaires se font de plus en plus rares, d'autant plus que ce pays a déjà une dette morale envers les Anglais, comme le fait remarquer l'ambassadeur à La Haye, Joseph Yorke. Toutefois, les Hollandais ne sont guère plus sympathiques à la cause du roi George ; même le plus illustre homme d'État hollandais de cette époque, le délégué de l'Overijsel, le baron von der Capellan, soutient Néanmoins, dans la crainte d'offenser , on lui offre très adroitement une brigade, mais à l'unique condition que celle-ci ne combatte pas hors des frontières européennes. Le roi refuse.
Il ne reste donc à l'Angleterre même si les négociations s'annoncent plus longues et difficiles en raison du nombre de traités à conclure, qu'à prêter encore une fois une oreille attentive aux princes allemands. D'autant plus qu'aux lendemains des affrontements de Breed's Hill et Bunker Hill (), quatre princes allemands, flairant la bonne affaire, ont déjà offert « l'ardeur et le sang de leurs sujets ». Il s'agit du comte Wilhelm de Hesse-Hanau, cousin de George III, du margrave d'Ansbach-Bayreuth, Karl Alexandre, neveu de Frédéric « le Grand » de Prusse, du prince Friedrich de Waldeck, ainsi que du prince Frédéric-Auguste d'Anhalt-Zerbst, frère de la grande Catherine de Russie, dont l'offre généreuse allait dorénavant être scrupuleusement étudiée.
L’arrivée sur le sol canadien
Début , en partance de Portsmouth, Angleterre, une flotte d'une trentaine de navires fait voile vers Québec. Elle transporte et 77 épouses commandés par le major général Friedrich Adolphus von Riedesel. Un navire devance les autres et parvient à destination le . Un détachement est immédiatement dirigé vers Trois-Rivières, où il prend part aux escarmouches avec les Américains les 8 et . Le gros des troupes arrive en rade de Québec le .
Près d'un millier de soldats sont affectés à la consolidation des fortifications de Québec. Les restants sont transportés par navires à Verchères, d'où ils entreprennent une marche jusqu'à La Prairie. C'est à cet endroit que Riedesel établit son quartier général. D'autres régiments arriveront d'Europe en août et septembre de la même année. Il y aura donc près de au pays à ce moment. Au cours des années suivantes, viendront compenser les pertes (tués au combat, prisonniers, déserteurs, décédés), de sorte que leur nombre moyen au Québec durant la période de la révolution se situera aux environs de , et à près de durant les dernières années.
L'arrivée à Québec en de 600 soldats de la principauté d'Anhalt-Zerbst mérite d'être mentionnée. Ces militaires arrivent ici sans que le gouverneur Carleton n'en ait été officiellement informé. Avant de les autoriser à mettre pied à terre, il exige que leur quartier-maître retourne à Londres rechercher les papiers nécessaires à leur débarquement trois mois plus tard !
Rôle dans les campagnes militaires La première campagne à laquelle les Allemands participent avec les troupes anglaises est celle de l'automne 1776. Le seul engagement qui a lieu est le combat naval du lac Champlain où les canonniers de Hanau concourent à la destruction de la flotte américaine. La seconde campagne, toujours en sol américain, a lieu à l'été et l'automne 1777. Le général anglais John Burgoyne commande une armée d'environ , dont sous Friedrich Adolf Riedesel.
Commencée sous de bons auspices avec la prise de Ticonderoga (le fort Carillon de Montcalm), cette campagne se transforme en défaites successives pour se terminer en désastre à Saratoga. Plusieurs milliers de soldats anglais et allemands sont faits prisonniers, dont les généraux Burgoyne et Riedesel et de nombreux officiers.
Hormis deux expéditions mineures en sol américain en 1781, aucune autre campagne ne sera entreprise à partir du Canada entre 1778 et 1783. À la suite d'échanges de prisonniers, bon nombre des mercenaires reviendront graduellement au pays, dont le général Riedesel en .
Rôle hors des campagnes militaires
Nombreux ont été les soldats affectés à des travaux d'ordre militaire. Ainsi, ils ont travaillé à la réfection des murs de Québec et à la construction des fortifications de l'Île-aux-Noix. À l'été 1780, le régiment d'Anhalt-Zerbst était assigné à la construction de la citadelle temporaire sur les « Cove Fields », et les vestiges existent encore près du kiosque de la Promenade des gouverneurs. Pour un bon nombre d'entre eux, leur participation à cette guerre n'aura consisté qu'à tenir garnison au pays, libérant ainsi des militaires britanniques pour d'autres théâtres d'opération. Enfin, une autre tâche aura été d'agir à titre de policiers et d'agents de contre-espionnage, particulièrement dans la région du Richelieu où les sympathisants aux rebelles américains étaient plus nombreux qu'ailleurs.
Hivernement au pays