thumb|La couronne vue de trois-quarts. La couronne du Saint-Empire est depuis le haut Moyen Âge la couronne des rois et empereurs du Saint-Empire romain germanique. Son origine n'est pas connue avec précision, mais à partir de l’avènement de Conrad II, la plupart des souverains germaniques l'ont ceinte. Avec le crucifix de l'Empire, l’épée impériale et la Sainte lance, cette couronne est le principal bijou des regalia du Saint-Empire.
Lors de la cérémonie du couronnement, l'archevêque de Mayence remettait solennellement au nouveau monarque le sceptre et l’orbe. Ainsi, la couronne (appelée métaphoriquement daz riche, le royaume) et le cabochon disparu qui l'ornait, appelé « Orphanus », devinrent le symbole du pouvoir des rois (ou empereurs) : un couronnement sans ces insignes était généralement considéré comme illégitime. La fonction religieuse du monarque est symbolisée par des miniatures gravées sur cette couronne.
Aujourd'hui, la couronne impériale est conservée avec les autres regalia dans le trésor impérial de Vienne, au château de la Hofburg.
Données matérielles Description La couronne impériale de Vienne possède une forme caractéristique : elle n’est pas circulaire, mais octogonale ; en guise de diadème, on trouve huit plaques arrondies à leur partie supérieure assujetties l’une à l'autre par des charnières. L'ensemble, raidi par deux anneaux de fer d’âge indéterminé retenant les plaques par des soudures à l’or, est parvenu jusqu’à nous en conservant une forme d’octogone quasi-régulier.
Son diamètre, mesuré entre la plaque frontale et la plaque cervicale, est de , et dans le sens de la largeur de . La plaque frontale, d’une largeur de et haute de , est la plus grande de toutes. Les autres panneaux sont de taille variable : les plaques historiées font environ de hauteur et de largeur. Les deux plaquettes pariétales mesurent dans le sens de la hauteur et de largeur. La plaque cervicale, comme la plaque frontale, est haute de mais large seulement de Données reprises d’après l'ouvrage de Gunther G. Wolf : Die Wiener Reichskrone, p. 20.. Le crucifix monté sur la couronne est haut de et large de ; il est enchâssé dans un logement qui manifestement ne lui était pas destiné, avec une fixation de fortuneD'après l'ouvrage de Hermann Fillitz: Die Insignien und Kleinodien des Heiligen Römischen Reiches, ..
Les plaques ornant la couronne sont d’or natif, serti de perles et de gemmes. Ces pierres sont fixées dans des logements exactement adaptés à leur taille ; les grosses perles sont enchâssées dans des rangs de perles plus petites, traversées par un fil d'or, ce qui fait qu'elles paraissent flotter librement, et reçoivent la lumière de tous côtés. Il y a au total et à peu près autant de grandes perles.
Outre les quatre plaques d’émail aux motifs d'inspiration byzantine (dites Bildplatten en allemand) représentant des scènes de l’Ancien Testament, à savoir l'effigie des rois David, Salomon, et Ézéchias avec le prophète Ésaïe, ainsi qu'une scène du Nouveau Testament (Jésus entouré de deux anges), la couronne comporte quatre plaques (dites Steinplatten) aux dessins programmatiques, qui alternent avec les plaques historiées.
Les rois David et Salomon tiennent des pièces d'étoffe avec une inscription latine. Pour le roi David, l'inscription est la suivante : « La force d’un roi est d’aimer la justice »Psaume 99(98), 4, et pour Salomon : « Crains le Seigneur et détourne-toi du Mal »Proverbes III, 7. Sur la troisième icône, le roi Ezechias reçoit du prophète Ésaïe la promesse de Dieu : « J’ajoute quinze années à tes jours »2 Rois, XX, 6. Sur la quatrième plaque, Jésus ressuscité trône au-dessus du globe terrestre, entouré de deux anges. On lit en lettres de vermillon sur fond d'or « per me reges regnant »Proverbes 8,15 : « C'est en mon nom que les rois gouvernent ».
Le crucifix au-dessus est une innovation du début du attribuée à Henri II, de même qu'un arc diamétral, ajout contemporain du règne de Conrad II. Cet arc vertical, typique des couronnes impériales, surmonte la couronne octogonale proprement dite et relie les deux plus grandes plaques, la frontale et la cervicale. Il est orné à sa partie supérieure d'une crête de huit plaquettes d'or en demi-disque.
Les perles serties sur cette crête forment une phrase qui explique l'attribution à Conrad II. On lit en effet sur le côté gauche : Chuonradus Dei Gratia et sur la face droite : Romanoru(m) Imperator Aug(ustus) (« Conrad par la grâce de Dieu auguste empereur des Romains »). Ce n'est sans doute pas un hasard si cet arc rappelle par sa forme le cimier des rois et généraux de l'Antiquité.
Il y avait sans doute à l'origine en lieu et place du crucifix et sur les plaques temporales des décorations en fleur de lis faites de trois perles chacune. Ces motifs ont sans doute été abandonnés car à cette époque les empereurs byzantins eux-mêmes ont remplacé les perles par des crucifix.
Ornements disparus thumb|Reconstitution de l'aspect originel de la couronne avant Conrad II. La couronne actuelle n’est plus qu’un vestige de la couronne originelle.
Tout d'abord, il y manque l’une des plus célèbres pierres précieuses du Moyen Âge, l’orphanus (en allemand Waise : « l'Orphelin »), qu’Albert le Grand a décriteCf. . vers 1250 ainsi :
Il s’agissait sans doute d'une grosse opale ou d’une escarboucle, donc d'une pierre de teinte blanc laiteux ou rouge vif. Elle était sertie dans la plaque frontale ou cervicale (ce point reste très débattu parmi les experts) et disparut sans doute au cours du , puisqu'elle est mentionnée pour la dernière fois dans l'inventaire de succession de l'empereur Charles IV (1350).
Quelques-unes des plaques présentent des déchirures, des traces de coup ou sont cassées. Il manque en plusieurs endroits des gemmes, des perles et des fils d'or. Par endroits, les perles et gemmes manquantes ont été remplacées, ce que l'on voit à l'ajustement approximatif de ces pierres dans leurs logements. Cela vaut surtout pour la plaque frontale, où se trouvait l’Orphanus sans aucun doute. Il a été remplacé par un étroit saphir, qui ne suffit pas non plus à remplir entièrement l'enchâssement, raison pour laquelle il est maintenu à sa partie haute.
La face interne des plaques montre les points d'ancrage de chaînettes (pendentifs), à droite et à gauche, et on les voit en effet représentées sur la péricope d’Henri IV. Weddige écrit à ce propos :
La coiffe de satin rouge à l'intérieur de la couronne date du . Au Moyen Âge, le monarque portait à la place une mitre, car le port de vêtements épiscopaux (paramentique) était un privilège papal dont l'empereur bénéficiait avec son couronnement.
Histoire de la couronne Fabrication On estime pour l'instant que la couronne du Saint-Empire a été fabriquée au plus tôt vers 960 pour l'avènement d’Otton et au plus tard pour l'avènement de Conrad II en 1027.
Depuis le début du , plusieurs chercheurs (Hermann Fillitz, Reinhart Staats, Gunther G. Wolf et Mechthild Schulze-Dörrlamm) se sont efforcés de dater plus précisément ce bijou. Son introduction a été attribuée, non seulement à presque tous les empereurs d’Otton à Conrad II, mais même au roi de Bourgogne Rodolphe III et au pape Benoît VIII. Diverses tentatives, comme celle, récente, de Hans-Martin Schaller, ont été faites pour repousser l'introduction de la couronne impériale au milieu du , sous le règne du premier Hohenstaufen, Conrad IIIHans Martin Schaller: Die Wiener Reichskrone – entstanden unter König Konrad III. In: Die Reichskleinodien: Herrschaftszeichen des Heiligen Römischen Reiches. Göppingen 1997, p. 58–105.
La couronne du Saint-Empire a vraisemblablement été fabriquée dans un atelier de Rhénanie au cours de la seconde moitié du . Le style et l'analyse des métaux orientent vers un atelier de Cologne ou d’Essen, bien que, compte tenu des particularités d'une fabrication nécessairement artisanale, on ne puisse écarter d'autres localisations : on a cité par exemple le monastère bénédictin de Reichenau, où, non loin des locaux de la chancellerie impériale, se trouvait un atelier de peinture et d'orfèvreries tout à fait capable de produire un tel bijou. Parmi les autres sites passés en revue dans la littérature, on trouve encore Constantinople, la Sicile, la Bourgogne, la Lorraine, Mayence ou Ratisbonne.
Premières évocations On relève chez le trouvère Walther von der Vogelweide les premières mentions écrites de ce qui, pour une majorité écrasante de chercheurs, est la couronne conservée aujourd'hui. Le poète évoque le diadème impérial dans deux strophes consacrées au couronnement de Philippe de Souabe le à Mayence, par l'archevêque bourguignon, Aymon de Briançon :
{| class="wikitable" width="90%" align="center" |+ | width="45%" | <poem style="margin-left: 2em; font-style: italic"> Die Krone ist älter als der König Philipp ist. Daran könnt Ihr alle gewiss ein Wunder erkennen, wie sie ihm der Schmied so passend gemacht hat. Sein kaiserliches Haupt passt so gut zu ihr, dass sie von rechts wegen niemand Edler trennen soll. Keines von beiden schwächt hier das andere Sie strahlen beide einander an, das edle Gestein gegen den jungen, angenehmen (herrlichen) Mann. Die Augenweide sehen die Fürsten gerne. Wer nun auch immer in Reichsfragen unschlüssig ist, der achte darauf, wem der Waise über seinem Nacken steht: der Stein ist aller Fürsten Leitstern.D'après le texte du manuscrit L 18,29 Der Kronenspruch : la lettre L fait référence à Karl Lachmann, premier éditeur moderne du texte de Walther, par son édition critique de 1827. Le nombre avant la virgule donne la page de cette édition, le chiffre après la virgule donne le n° du verset. </poem> | width="50%" | La couronne est plus ancienne que le roi Philippe. Aussi, comment ne pas s'émerveiller que l'orfèvre l'ait si bien apprêtée à son chef? Elle va si bien à cet auguste visage, Que rien de plus noble ne peut l'en séparer : Loin que l'une rabaisse l'autre Ils s'illuminent d'un éclat réciproque, La pierre précieuse et le jeune seigneur si courtois. Un spectacle dont les princes se délectent! Que celui qui doute de la politique du royaume, Voie de ses yeux qui est celui dont l’Orphanus couronne la nuque : Cette pierre, l'étoile qui tout prince guide...
Si Walther se fait le propagandiste du parti de Philippe, c'est que cette même année Othon IV a été élu roi et s'est fait couronner à Aix-la-Chapelle par l'archevêque Adolphe de Cologne ; seulement, quoique le lieu de ce couronnement et le prélat soient légitimes, les emblèmes royaux n'étaient que des imitations. Toutefois, à cette époque, le lieu du couronnement primait, en matière de légitimité, sur le fait de détenir les regalia, ce qui explique pourquoi le Minnesanger éprouve le besoin d’insister sur la légitimité que confère le port de la couronne. Ce n'est qu'à partir de 1247 que la conservation de la couronne est attestée.
On ne trouve de représentations tant soit peu réalistes de l'actuelle couronne qu'après 1355 : on la voit sur l'arbre généalogique de Charles IV, sujet d'une tapisserie du château fort de Karlstein aux environs de Prague, mais elle apparaissait déjà sur les monnaies des dernières années de règne l'empereur Barberousse (mort en 1190).
Comme au Moyen Âge la cour royale était itinérante, la couronne était alors conservée près des palais, donjons et monastères où le roi (ou empereur) séjournait. On trouvait ainsi une salle au trésor au Château de Harzburg, dans l’abbaye royale d'Hersfeld, au château fort de Hammerstein, de Trifels etc.
Vers 1368, Charles IV charge un maître praguois de fabriquer un fourreau de cuir pour la couronne. C’est le même maître qui avait préparé le fourreau de la couronne de Saint-Wenceslas. Et ce n'est finalement qu'à partir de ce moment qu'on est assuré que la couronne aujourd'hui conservée à Vienne est identique à celle mentionnée dans les évocations du trésor impérial.
Le trésor de Nuremberg thumb|Monstration des régalia à Nuremberg (bois gravé de 1487).