Jacques-François Grout, seigneur de Saint-Georges, né le à Saint-Malo et tué le à bord du vaisseau Le Fortuné, qui se trouvait alors dans le canal de Mozambique, est un aristocrate et officier de marine français du .

Il se distingue dans la Marine royale pendant la guerre de Succession d'Autriche, en particulier lors de son fameux combat au large du cap Finisterre dans l'escadre du marquis de La Jonquière contre la flotte anglaise de l'amiral Anson.

Il commande à cette occasion , 74 canons, qui livre un combat aussi acharné que désespéré à toute l'escadre anglaise. Ce beau et puissant navire, sorti depuis peu des chantiers navals (1744) montre sa valeur et ne se rend qu'après huit heures de combat, ses munitions étant épuisées. Le chevalier de Saint-Georges, qui commande l’Invincible aurait fait tirer en chargeant les canons avec son argenterieAnecdote contée par ..

Il fait à nouveau la démonstration de sa bravoure lors de la guerre de Sept Ans au cours de laquelle il est chargé de protéger les îles de France et de Bourbon. Il parvient au grade de chef d'escadre des armées navales.

Biographie Origines et famille Jacques-François Grout de Saint-Georges descend de la famille Grout, qui a une origine commune avec celle de Grotius, en Hollande, dont le nom en français est Grout, et en hollandais Groot. Cette famille a donné des bourgmestres et des pensionnaires à la République des Provinces-Unies ; des ambassadeurs envoyés dans plusieurs cours de l'Europe et plusieurs savants et hommes de lettres.

Les historiens divergent quant à la date d'installation des Grout en France. Pour Viton de Saint-Allais, un des descendants de cette famille, Josselin Grout, passe de Hollande à Saint-Malo, en 1430, et s'y établit. Lorsque le roi , vint en Bretagne, en , il fait tenir en son nom, sur les fonts de baptême, par Galeas de Saint-Severin, Grand écuyer de France, le fils de Jean Grout, l'un des principaux habitants de Saint-Malo ; à cette occasion, le roi accorde plusieurs privilèges à la famille de Grout, et ajoute à l'écusson de ses armes trois fusées de gueules.

Pour Levot, Michaud et l'abbé Manet, l'arrivée des Grout serait plus tardive. Vers 1455, Dideric Groot (1425-?), bourgmestre de Delft, et grand-oncle du Grotius banni de Hollande à la suite d'une rébellion contre Maurice de Nassau, comte de Charolais alors stathouder, aurait trouvé un asile d'abord à Jersey, où il fait creuser le petit port de Grout-Ville (dont l'orthographe a évolué depuis en Grouville)Les historiens insistent cependant sur le fait que cette tradition est à prendre avec précaution, en effet, l'église paroissiale de Grouville était connue sous ce nom dès le 25 août 1322 jour où elle est consacrée., avant de venir s'établir dans la ville Saint-Malo. À noter que François Grout, sieur de Closneuf, était le commandant d'un des bateaux de la Compagnie française des mers orientales (1601).

Le père de Jacques-François Grout est procureur du roi en l'amirauté de Saint-Malo, et sa mère Anne-Françoise de La Haye. De cette union naissent cinq enfants : Bernard Grout, seigneur de Campaneux (-), dit « le commandeur Grout », brigadier des armées du roi, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, de l'ordre royal de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, mort sans alliance ; X. dit l'« abbé Grout », grand-vicaire de Saint-Omer ; Jacques-François Grout, seigneur de Saint-Georges ; Marie Thérèse Grout, épouse de Guillaume Magon du Clos-Doré, lieutenant-colonel garde côte de Cancale (fils de Nicolas Magon II de La Chipaudière) ; François-Nicolas Grout, seigneur de la Grassinais, capitaine-général garde-côte au département de Cancale, marié à Marie-Anne Gardin.

Carrière militaire dans la Marine royale Jeunesse et débuts au service de la Compagnie des Indes Jacques-François Grout naît à Saint-Malo, le , et est baptisé le 29 du même mois. Entré à l'âge de seize ans au service de la Compagnie française des Indes orientales, il navigue en sous-ordre sur les vaisseaux de cette compagnie entre 1720 et 1734, époque à laquelle il est appelé à les commander en chef.

Lors d'un voyage en compagnie de M. Danycan, à Canton, en Chine, lorsqu'un violent incendie éclate en cette ville. Apprenant le désastre les deux Malouins accourent aussitôt avec leur équipage; et parviennent à sauver la plus grande partie de cette cité. L'empereur ayant su ce qu'avaient fait en cette occasion les Français, leur envoie en remerciement, un pain d'or, un autre d'argent, et une certaine quantité de thé impérial, nommé ainsi parce qu'il était réservé pour l'usage particulier de la cour du souverain.

Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748)

Il revenait, en 1744, de son huitième voyage aux Indes ou à la Chine, lorsqu'il reçoit en route la nouvelle de la déclaration de guerre entre l'Angleterre et la France. Ayant relâché à Louisbourg sur l'île Royal, suivant ses instructions, il y trouve de nouveaux ordres lui demandant d'armer son vaisseau en guerre et d'escorter en France la flotte du Canada et des Indes, avec trois vaisseaux du roi et un de la Compagnie, aussi armé en guerre. Séparé par une tempête des vaisseaux de guerre deux jours seulement après son départ, Saint-Georges parvient le premier de tous en France sans que les flottes ou escadres anglaises qu'il lui avait fallu éviter ne lui causent de dommages.

Vers la fin de 1746, le roi ayant accordé à la compagnie trois vaisseaux de guerre pour escorter ceux qu'elle armait et pour soutenir ses établissements dans l'Inde, le ministre de la Marine Maurepas lui en donne le commandement en chef avec la commission de capitaine de vaisseau pour la campagne. Le , il est associé à l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, avec permission d'en porter la croix jusqu'au temps où il serait reçu chevalier ; ce qui n'avait pu lui être accordé à cette époque, par défaut de service.

Mission d'escorte dans l'Atlantique, mars-avril 1747 thumb|right|Pendant la guerre de Succession d'Autriche, la protection du commerce est l'une des missions essentielles de la marine française. Ces trois vaisseaux sont de 74 canons, Le Lys de 64 canons et Le Jason de 50 canons. Son armement terminé, non sans peine, il appareille le de la rade de Groix bien qu'à sa connaissance 5 vaisseaux de guerre anglais croisaient entre Penmarch et l'île de Sein. Malgré toutes les précautions qu'il avait prises depuis la veille pour les éviter, il aperçoit dès le lever du jour ces cinq vaisseaux au vent et venant droit à lui. Ayant promptement rallié son convoi, il serre le vent un moment vers l'ennemi et met en panne pour l'attendre sur une ligne formée par les trois vaisseaux de guerre et les vaisseaux de la Compagnie dans leurs intervalles. Les Anglais déconcertés par les manœuvres de Saint-Georges arrivent sur-le-champ vent arrière non pour l'attaquer comme il s'y attendait mais pour prendre à toutes voiles dans l'autre bord la route de l'Angleterre. Délivré de ce premier péril, Saint-Georges n'était pourtant pas hors de tout danger. Un jour de vent favorable lui était nécessaire pour s'y soustraire entièrement mais assailli dès le lendemain par une tempête qui dure jusqu'au , il perd la frégate La Légère qui est engloutie. Bravant tous les dangers, il se jette dans un canot et parvient à recueillir les matelots de La Légère qui tentaient de se soustraire à ce désastre soit en nageant soit en se soutenant sur des débris. Malgré tous ses efforts, des 120 hommes qui composaient l'équipage de La Légère, il ne réussit à en sauver que treize dont deux succombèrent en arrivant à son bord. Le naufrage a lieu le , Saint-Georges eut encore à lutter non seulement contre la tempête mais contre l'insubordination de ses capitaines qui voulaient relâcher. Le , pendant qu'il profitait d'un moment de calme pour réparer ses vaisseaux et ôter à ses capitaines tout prétexte de relâche les vigies signalèrent quelques vaisseaux ennemis qui semblaient observer la flotte et dont plusieurs même passent au milieu d'elle la nuit suivante. Ce surcroît de danger fait redoubler Saint-Georges de soins et d'attention pour ne pas perdre de vue un seul de ses vaisseaux et veiller à ce qu'ils ne s'écartent pas les uns des autres. Pour comble d'infortune au moment où il croyait, après huit jours de tempête, trouver des vents favorables qui lui auraient permis de profiter des légères réparations faites en grande hâte à quelques-uns de ses vaisseaux, la brise recommence à souffler avec force et est accompagnée le 6 et le d'un brouillard épais qui ne permettait de rien distinguer. Il doit alors se résoudre à tenir la même bordée de peur de perdre sa flotte dans l'obscurité et avec la seule perspective de relâcher à l'île d'Aix si le même temps continuait.

Il manœuvrait ainsi lorsque, le , à la pointe du jour il entend un grand bruit de canon sous le vent sans toutefois pouvoir rien découvrir, tant la brume et le brouillard étaient épais. Il arriva aussitôt au bruit et s'étant approché, il reconnait une frégate anglaise qui, à la faveur de l'obscurité, s'était glissée au milieu de la flotte et avait attaqué, à l'improviste, L'Auguste un vaisseau de la Compagnie, chargé d'une cargaison de près de 2 millions de livre. L'Auguste prenant cette frégate pour un des navires du convoi français s'était laissé surprendre et malgré tous les efforts du capitaine pour rassurer son équipage effrayé il allait infailliblement tomber au pouvoir de l'ennemi si Saint-Georges, tombant sur son adversaire, ne l'avait pas contraint à lâcher prise et à s'enfuir à toutes voiles. Pendant la chasse d'une lieue qu'il lui appuya L'Auguste qui avait reçu quatre boulets à sa ligne de flottaison, alla, escorté par un autre vaisseau, s'échouer dans l'Erdre, la rivière de Nantes. Réduit à huit vaisseaux et la brume ayant encore continué toute la journée et la nuit suivante, Saint-Georges se trouve embarrassé ses manœuvres l'ayant entrainé près d'une côte dont il redoutait l'approche, et dont la sonde ne révélait que trop la proximité. En effet, le à du matin, il se trouve à un quart de lieue des rochers de Belle-Île-en-Mer et il aurait fait naufrage sans un rayon de lumière qui, venant à propos, lui permet de découvrir le danger. Après avoir évité de peu les écueils, il va mouiller sur la rade sans pour ainsi dire la voir grâce à l'adresse de son pilote côtier. Il n'a alors plus que quatre vaisseaux, dont deux étaient très endommagés, les ayant pris leur parti dans la nuit sans doute par crainte de se perdre. Ayant acquis la certitude qu'aucun de ses vaisseaux n'avait relâché à Lorient, il se met en devoir d'aller à l'île d'Aix et chemin faisant il rencontre le Petit Chasseur, vaisseau de la Compagnie, entièrement abandonné voguant seul et n'ayant littéralement à bord autre chose qu'un chat.

Saint-Georges n'avait été devancé sur la rade de l'île d'Aix que par Le Jason et 3 autres vaisseaux de la Compagnie tous fort avariés.

Bataille du cap Finisterre, 14 mai 1747

thumb|right|250px|L’Invincible, démâté dans un port anglais. Le vaisseau de 74 canons n'a été saisi qu'après 8 heures de combat et l'épuisement de ses munitions.