Le quai Président-Wilson est un quai du port de Nantes et une voie de circulation de la commune de Nantes, dans le département français de la Loire-Atlantique. Il est situé sur la rive sud et l'extrémité ouest de l'Île de Nantes, le long d'un des bras de la Loire baptisé « bras de Pirmil ». Géré par le Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire, il est aujourd'hui fermé au trafic fluvio-maritime de marchandises.
Situation et accès Le quai qui s'étend du boulevard Gustave-Roch au quai des Antilles, est bitumé et ouvert à la circulation automobile sur la partie situé à l'ouest du pont des Trois-Continents.
Sur son côté sud, le quai rencontre le débouché du pont des Trois-Continents, puis successivement sur son côté nord, le boulevard Simone-Veil, la rue du Sénégal, la rue de la Guyane, la rue de Saint-Domingue et le boulevard des Antilles.
Le quai Président-Wilson, soutenu par une succession d'arcades, est propice à l'installation de l'angélique des estuaires en grand nombre, grâce à l'accumulation de vases épaisses sur les poutrelles horizontales en bétonPanneau de présentation de l'Angélique des estuaires sur les bords de Loire à Nantes, consulté en juillet 2013.
Origine du nom Originellement baptisé quai de Pirmil, du nom du bras de Loire qui le borde, il est rebaptisé quai Président Wilson au lendemain de la Première Guerre mondiale en hommage au président américain Woodrow Wilson, instigateur de la création de Société des Nations en 1919 et à ce titre, lauréat du prix Nobel de la paix cette même année.
Historique Construit à partir de 1913 sur la rive sud de l'ancienne île Sainte-Anne puis agrandi en 1928 pour atteindre une longueur de 1557 mètres, il est alors un des plus grands quais de fond d'estuaire de France. En 1950, la construction du musoir permet son raccordement au quai des Antilles. Jusqu'à l'arrêt définitif de son activité en 2007, il permet d'importer les matières premières approvisionnant les industries implantées sur place, à savoir du sucre de canne brut destiné à être raffiné dans l'usine de Béghin-Say, des engrais chimiques (usine Timac), du métal fin (fer-blanc destiné à la fabrication d'ustensiles de cuisine et de boîtes de conserves)Patrimoine portuaire, une grue et un quai, panneau de présentation du quai consulté sur site le 15 octobre 2011 et d'exporter de la ferraille.
La cessation des activités portuaires du quai ont entrainé au début des années 2000, le déménagement des cinq grues Mofag qui s'y trouvaient alors, vers d'autres sites nantais du grand port maritime de Nantes-Saint-NazaireNantes : Le grand déménagement commence quai Wilson sur meretmarine.com.
Contexte du projet La fin du est marquée par le retour de la prospérité du port de Nantes, porté par la révolution industrielle et le commerce de la métropole avec ses colonies. Localement, plusieurs facteurs favorisent une importante reprise du commerce maritime : exploitation du canal de la Martinière à partir de 1892, creusement et correction du lit de l'estuaire de la Loire, application d'un nouveau tarif douanier, signature de nombreux traités de commerce, complémentarité croissante entre les ports de Nantes et de Saint-Nazaire, jusque-là concurrents
Ainsi, en retrouvant un accès facilité à la mer et en accueillant des navires ayant des tirants d'eau plus importants, le trafic du port passe de 450 000 tonneaux en 1894 à plus d'un million en 1906 et dépasse 2 millions en 1913. La Chambre de commerce et d'industrie de Nantes approuve en 1901 et 1903 un projet général d'aménagement de l'île Sainte-Anne et du bras de Pirmil pour y faciliter l'implantation d'industries à caractère portuaire. Des travaux d'aménagement sont entrepris sur la rive gauche du fleuve. Après l'effacement de l'île Lemaire en 1899, l'île Saint-Anne est amarrée à l'île de la Prairie au Duc en 1902 une fois les « boires » (bras morts de la Loire) comblés.
Port industriel, Nantes a besoin d'un outil performant et moderne pour poursuivre son développement économique et commercial. En 1913, les moyens du port sont devenus insuffisants face au progrès du trafic. La loi du déclare d'utilité publique un vaste programme d'aménagement portuaire. Ainsi, dans la continuité du quai des Antilles et relié à la gare de l'Etat implantée depuis 1884, on songe à construire un des plus longs quais de fond d'estuaire de France. Situé le long du bras de Pirmil, entre la pointe de l'île et le pont de Pornic, disposant de terre-pleins de plus de 50 mètres de large, il pourrait accueillir des navires de 7,60 m de tirant d'eau.
Première Guerre mondiale Le déclenchement de la Première Guerre mondiale et l'arrivée de l'armée anglaise puis de l'armée américaine précipitent les projets. Si à Saint-Nazaire, on multiplie les postes d'amarrage et les terrains nécessaires à la manutention de marchandises, à Nantes c'est surtout par l'extension donnée aux postes d'accostage qu'on surmonte les obstacles. Les travaux sont lancés simultanément à l'aval et à l'amont du bras de Pirmil en 1913. Malgré la pénurie de main-d'œuvre et de matériaux, sur les 1 800 mètres de quai prévus, 900 mètres sont achevés pendant la guerre. Dès 1917, les premiers navires américains débarquent aux postes 1 et 2. Début 1919, le quai de Pirmil (premier nom donné au quai), en béton armé, sur pieux ou sur voûtes fournit 8 postes pour grands navires de 120 mètres, équipés de grues à vapeur et d'appareils d'éclairage. Si le port de Nantes retrouve dès 1918 des chiffres proches de ceux de 1913 en termes de trafic, il se préoccupe dès la fin de la guerre de terminer les quais de Pirmil pour accroître ses moyens d'action et permettre l'accueil de grands navires. Au total, 1557 mètres sont construits. En 1920, 59 navires accostent sur les 900 mètres de quai disponibles sur le bras de Pirmil et y déchargent plus de 87 000 tonnes de marchandises.
Prévue dès 1913, la construction d'une forme de radoub en travers des quais de Pirmil d'une longueur de 170 mètres, d'une largeur de 24 avec 7,30 m de mouillage, est projetée ensuite sur l'île de Cheviré avant d'être remplacée par un dock flottant inauguré fin 1923. Au lendemain du premier conflit mondial, le quai de Pirmil est rebaptisé Quai Wilson en hommage au Président américain Woodrow Wilson.
Accéder au quai est une véritable expédition pendant de nombreuses années. Dès l'origine les communications s'effectuent soit à partir du ponton des Salorges, point de départ des navettes fluviales, les « Roquios », reliant entre autres le quai de la Fosse au ponton du quai des Antilles ou soit par le Pont transbordeur. Leurs arrêts respectifs en 1931 et 1954 obligent les nantais et surtout les dockers à traverser en barque ou à faire le grand tour par le pont Haudaudine et le pont de la Madeleine au nord ou le pont de Pirmil au sud (écroulé en 1924, détruit en 1944, il est à chaque fois reconstruit). Le pont Anne-de-Bretagne ne sera construit qu'en 1975. Les rues desservant le quai sont en activité depuis 1923. Accolées au quai des Antilles, les rues du Tonkin, de Guyane, de Saint-Domingue ou du Sénégal contribuent à donner au quai Wilson une coloration ultramarine et d'ouverture sur le monde.
Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, le quai Wilson accueille les soldats britanniques en 1939. Il devient zone militaire. Durant l'Occupation, l'ensemble du port nantais est réquisitionné par la Wehrmacht. Relativement épargné par les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 qui manquent leurs cibles, le port subit en revanche le saccage de ses infrastructures les 9, 10 et 11 . En effet, lors de son repli dans la poche de Saint-Nazaire, l'armée allemande détruit la majorité des infrastructures portuaires nantaises (3 km de quais minés, 60 grues et 80 % des hangars hors d'usage, tous les ponts détruits). Le quai Wilson est rendu inutilisable dans sa globalité. On dénombre 23 brèches tout le long du quai. Nantes est finalement libérée le .
Moins de 2 ans après la Libération de la France, le nombre de postes à quai utilisables du port de Nantes passe de 8 à 35 et 94 engins, dont 24 neufs, sont en activité. Si 12 brèches sont résorbées dès 1946, il faut attendre 1960 pour voir le Quai Wilson de nouveau entièrement opérationnel.
Les Trente Glorieuses Aidées des différentes grues installées sur le quai, les dockers chargent et déchargent les navires au gré des départs et arrivages. En 1966, la société Joseph Paris installe au poste à quai 01 de Wilson, la grue Titan grise dite Paris 01. Tout comme la grue Titan jaune sur les chantiers Dubigeon (1958), la grue Titan grise, propriété de la ville, est classée monument historique en 2005. En 1989, le quai dispose de 9 grues Caillard, 5 grues Mofag et 2 grues Paris de 10 à 15 T et de 30 à 60 T.
Les trafics vignette|droite|upright=1|Hangar 24, au pied du pont des Trois-Continents Placé en lisière de ville, l'ensemble des 13 postes à quai de Wilson est consacré dès sa création aux marchandises en vrac et aux marchandises diverses. Ainsi, durant un siècle de fonctionnement, les navires du monde entier accostent ou appareillent chargés de : charbon, phosphates, bois, vins, primeurs, ferrailles, tôles d'acier, voitures, matériels agricoles, rhum, cacao, sucre, mélasse, papier, etc.
À partir des années 1950, la ville reprend sa place de capitale du négoce, de l'industrie diversifiée et de port de répartition. Le port de Nantes gagne les têtes de ligne des cargos vers la Scandinavie, l'Afrique, Madagascar, les Antilles, La Réunion et le Canada. Les destinations traditionnelles de ces navires lui assurent à nouveau la prospérité. Il faut cependant attendre 1970 pour que le port de Nantes retrouve un trafic équivalent à celui d'avant guerre. Le quai Wilson joue un rôle prépondérant et structurant dans le retour à la prospérité du Port de Nantes.
Le hangar à primeurs (hangar 24) est construit en 1946 et étendu en 1958. Situés plus en aval, les postes 9 et 10 permettent le déchargement et le stockage sur parc de charbon et de phosphate. Les sacs d'ammonitrate sont manutentionnés et destinés à l'usine de conditionnement d'engrais Delafoy située en arrière du quai. Cette usine continue son activité jusqu'en 2013 sous le nom de Timac. Des camions du transporteur rezéen Paul Grandjouan évacuent la marchandise. Le parc à bois s'installe sur la zone de Cheviré en 1969. L'entreprise Chacqueneau, qui assure alors le transport, la manutention et le stockage du bois est la première à s'y installer. Deux trafics illustrent l'histoire et les activités du quai Wilson : le sucre et les primeurs.
Le sucre vignette|gauche|upright=1|Ancienne raffinerie de sucre Beghin-Say (blanche et bleue), devenue Tereos. La sucrerie Say achète en 1935 sur un terrain à la Compagnie Générale Transatlantique, situé en amont du quai et y érige la dernière raffinerie de sucre construite en France. Celle-ci entre en activité deux ans plus tard. On y alors produit 200 tonnes de sucre par jour. Elle traite uniquement du sucre de canne. On assiste alors au déchargement de sucre dont la lente manutention des sacs retarde les navires. À partir de 1966, les sucres bruts sont livrés en vrac comme les céréales ou les phosphates pour être raffinés, mis en forme et conditionnés.
En 1968, en rachetant sa dernière concurrente nantaise, la « raffinerie de Chantenay », la raffinerie Say reste la seule héritière de l'activité sucrière nantaise par rapport aux 11 raffineries qui existaient dans la ville à la veille de la Révolution française.
Au plus fort de son activité, la raffinerie emploie jusqu'à 600 personnes. Près de tonnes de sucre sortent de l'usine chaque année alors qu'à sa construction elle avait été dimensionnée pour tonnes. Le procédé de cristallisation des raffinés y est mis au point. Il utilise l'eau pompée en Loire.
Le , elle est détruite lors d’un bombardement dure la Seconde Guerre mondiale. Elle reprend ses activités en 1946.