Le Ballet royal du Cambodge, également appelé danse classique khmère (), est un art sacré des Khmers qui accompagne depuis plus de mille ans les cérémonies royales. Les Khmers offrent ainsi les danses aux génies et divinités en vue de prier les choses sacrées de venir chasser les malheurs de toutes sortes, afin d’avoir la paix et des pluies abondantes. On danse encore pour se divertir et oublier les fatigues d'une vie pénible..
Le répertoire classique comporte quatre types de personnages : Neang la femme, Neayrong l’homme, Yeak le géant et Sva le singe. Chacun possède ses couleurs, ses costumes, son maquillage et ses masques. Ses gestuelle complexe exigent des années de formation et sont accompagnées de musique cambodgienne.
Étymologie
Les noms occidentaux de cette tradition de danse font souvent référence à la cour royale; y compris la danse de la cour cambodgienne comme elle a été exécutée et maintenue par les préposés des palais royaux. En tant qu'art, il est formellement appelé le ballet royal du Cambodge (ou Royal ballet of Cambodia en anglais) par l'UNESCO, Cravath, Brandon, et d'autres encore dans le domaine académique.; bien que ce terme puisse également désigner le ballet royal en tant que corps de ballet, la Compagnie Nationale de Danse du Cambodge. Le terme de "danse classique khmère" est également utilisé à côté "Royal Ballet of Cambodia" dans les publications de l'UNESCO et par les auteurs mentionnés.
En Khmer, il est officiellement connu sous le nom Robam Preah Reach Trop (, lit. danses de la richesse royale) ou Lakhon Preah Reach Trop (, lit. théâtre de la richesse royale. Il est également appelé Lakhon Luong (, lit. le théâtre du roi)Fletcher 2001, . (laku est un mot dérivé du javanais qui signifie marcher). Pendant le régime de Lon Nol au Cambodge, la tradition de la danse était appelée Lakhon Kbach Boran Khmer (, lit. théâtre khmer de style ancien), un terme le coupant de son héritage royalSasagawa 2005, . vignette|centré|350px|Les danseuses du roi Sisowath lors d'une visite aux ruines d'Angkor Wat.
Les danseuses classiques khmers, dans leur ensemble, sont souvent appelés danseuses apsaras par les profanes; dans le sens moderne, cet usage serait incorrect dans la forme actuelle de la danse car l'apsara n'est qu'un type de caractère parmi d'autres dans le répertoire. Quoi qu'il en soit, l'affiliation romancée du Royal Ballet du Cambodge avec les apsaras et devatas des ruines d'Angkor persiste encore.
Légendes
La danse est intrinsèquement liée à la culture khmère et au Cambodge. D'ailleurs, selon une légende, le mariage d'un ermite indien, Kampu, avec une danseuse Apsara, Mera, fut nommé Kampumera, nom qui serait à Cambodge. Les enfants de cette union étaient les Khmers.
Selon un autre mythe, le Cambodge serait né du déploiement du Grand Nâga, gigantesque serpent formant le cosmos. Dans ses lents mouvements ondulants du corps et de la tête, la danse classique khmère reproduit donc les évolutions du reptile sacré
Histoire vignette|Photo historique d'une danseuse khmère.
Les origines de la danse classique khmère dans le style connu aujourd'hui sont disputées. Des chercheurs cambodgiens, tels que Pech Tum Kravel, ou le savant français George Groslier considèrent la danse classique khmère comme une tradition maintenue depuis la période d'AngkorSasagawa 2005. En effet, les premières traces écrites de danse sacrée au Cambodge datent du VIIe siècle, période durant laquelle les représentations faisaient partie intégrante des rites funéraires des roisBrandon 1967, . Tout au long du XXe siècle, les représentations des danseuses de temple étaient encore répandue dans les processions funéraires, comme celle du roi Sisowath Monivong. Néanmoins, cette tradition a perdu de l'ampleur au Cambodge au cours du XVe siècle lorsque le royaume siamois d'Ayutthaya a envahi Angkor. À la suite de la chute d'Angkor, les artisans, brahmanes et danseuses ont été emmenés de force à Ayutthaya.
D'autres chercheurs thaïlandais avancent que la danse classique khmère, telle qu'on la voit aujourd'hui, a été développée à partir de, ou du moins nettement influencée par les innovations de la danse classique siamoise au et que les formes précédentes de la danse cambodgienne étaient différentes de la forme actuelleBrandon 1967, pg. 20. L'accomplissement et l'influence de l'art et de la culture thaïlandaise, de l'Ayutthaya à la première période de Rattakosin, sur les pays voisins étaient évidents d'après les observations de James Low, un capitaine et savant britannique spécialiste de l'Asie du Sud-Est, au début de l'ère Rattanakosin: “Les Siamois ont atteint un degré de perfection considérable dans les expositions dramatiques - et sont à cet égard enviés par leurs voisins les Birmans, les Laosiens et Cambodgiens qui emploient tous des acteurs siamois quand ils le peuvent”. Selon James R. Brandon, le lakhon nai du Siam était, dans les années 1800, l'influence principale sur la danse de la cour cambodgienneBrandon pg. 64. Martin Banham mentionne également que des artistes thaïlandais furent amenés pour restructurer la tradition de danse de la cour royale du Cambodge pendant la même périodeBanham 1995. En effet, il y avait des artistes siamois dans la cour royale du Cambodge pendant tout le siècle selon les sources principales sur le ballet royal, les écrits de Groslier inclus; cela suggère un lien fort avec les danses de cour du Siam et ses influences. Sasagawa mentionne la reconnaissance par Groslier des interprètes siamois dans le ballet royal du Cambodge et mentionne également la revendication nationaliste de Norodom Sihanouk selon laquelle les Siamois enseignaient au Cambodge sa forme d'art perdue, qu'ils avaient préservée après avoir saccagé Angkor. Cependant, Sasagawa note également que les innovations siamoises (telles que l'histoire d’Inao, une adaptation de la version malaise de Panji) n'était pas présente dans la tradition de danse angkorienne.
Toutefois si les danses classiques thaïlandaise et khmère partagent de nombreuses similitudes, la danse classique laotienne en partage tout autant. Or à l'inverse de la Thaïlande, il est reconnu au Laos que la danse classique laotienne puise ses origines dans la danse classique khmère. Selon les légendes laotiennes concernant le premier souverain du Lan Xang, il est dit qu'en plus d'une importante armée de soldats khmers, le roi était accompagné de nombreuses danseuses de la cour d'AngkorRay, N. (2007). Vietnam, cambodia, laos and the greater mekong. Oakland, California: Lonely Planet Publishers.. Aujourd'hui, diverses troupes de danse-théâtre, principalement situées à Luang Prabang et Vientiane, continuent de maintenir la tradition des danses de cour classiques, ainsi que des théâtres et danses folkloriques d'influence khmère, préservant le patrimoine culturel de la régionLaos. (2001). Rubin, D., Pong C. S., Caturvedi, R., et al (ed.) World encyclopedia of contemporary theatre: Asia/Pacific. (Vol. III). New York, NY: Routlegde..
Périodes d'Angkor et pré-angkorienne vignette|Figures dansantes dans le style d'Angkor, siècle.
L'une des premières traces écrites de la danse sacrée au Cambodge date du période pendant laquelle les représentations étaient utilisées comme faisant partie intégrante du rite funéraire pour les rois. Au cours du siècle, l'utilisation des danseuses est toujours attestée dans les processions funéraires, comme pour celle du roi Sisowath Monivong.
Pendant la période d'Angkor, la danse était pratiquée rituellement dans les temples. Les danseuses du temple en sont même venues à être considérées comme des apsaras, qui servent à distraire les divinités, faisant aussi office de messagères pour eux comme auprès d'euxBecker 1998, . Des inscriptions sur pierre antiques décrivent des milliers de danseuses apsara assignées à des temples et se produisant lors de rites religieux comme pour le public.
La tradition des danseuses du temple a décliné au , lorsque le royaume siamois d'Ayutthaya a envahi Angkor. Quand Angkor tomba, ses artisans, brahmanes et danseuses furent emmenés en captivité à Ayutthaya.
Période post-angkorienne
Au siècle, le roi Ang Duong, qui avait passé 27 ans en tant que prince captif à la cour siamoise à Bangkok (le Grand Palais), restructura sa cour royale au Cambodge avec des styles classiques siamois de la période Rattanakosin. Des danseuses royales sous le patronage de la cour royale de Siam furent envoyées à la cour royale au Cambodge pour enseigner la danse classique thaïe aux Khmers durant cette période.
Période coloniale française vignette|Les danseuses kinnari du roi Sisowath à l'Exposition coloniale de Marseille de 1906.
À l'époque du protectorat français du Cambodge, comme pour la période précédente, il était de coutume pour les invités du palais royal de recevoir une représentation du ballet royal
Le Ballet royal du Cambodge se produisit pour la première fois hors du Cambodge en 1906 lors de l'Exposition coloniale de Marseille, alors qu’il accompagnait le roi Sisowath lors de sa visite en France sur la suggestion de George Bois, un représentant français à la cour du CambodgeJacobsen, .
Au cours de ce voyage, les danseuses attirèrent en particulier l’attention du sculpteur Auguste Rodin qui peignit alors une importante série d'aquarelles représentant les danseuses. Il écrira d'ailleurs à ce sujet:
« Je les ai contemplées en extase. Quand elles partirent, je fus dans l'ombre et le froid, je crus qu'elles emportaient la beauté du monde. »
George Groslier, directeur colonial français du Musée Sarraut de Phnom Penh (aujourd'hui Musée national), avait pour l'occasion «réinventé» de grandes parties du ballet à travers ses études sur les bas-reliefs d'Angkor VatFalser 2013.
Elle revinrent également une deuxième fois en France en 1937, pour l'Exposition universelle.
Après l'indépendance du Cambodge vignette|gauche|Norodom Bopha Devi en ; Danse de prospérité (1965). Notez les danseuses des rangs inférieurs (ou ) en position d’obéissance.
Au moment de indépendance, la reine Sisowath Kossamak devint la marraine du Ballet Royal du Cambodge. Sous la direction de la reine, plusieurs réformes furent apportées au ballet royal, y compris dans la chorégraphie. Les spectacles furent en particulier spectaculairement raccourcis, passant de spectacles durant toute la nuit à des spectacles longs d'environ une heure. Le prince Norodom Sihanouk a par ailleurs présenté les danses du ballet royal dans ses films.
La tradition de la danse classique khmère a subi un préjudice important pendant le régime des Khmers rouges au cours duquel de nombreux danseurs et danseuses furent mis à mort au cours du génocidejumpcut.com Cambodian Royal Court Dancing;. Retrieved July 21, 2007.. Sur les 300 danseuses présentes au Cambodge avant 1975, à peine 10 % ont survécu au génocide orchestré par Pol Pot et Kieu Samphan, pour la plupart en s'enfuyant à l'étranger. Les autres furent toutes déportées, le , dans les rizières, comme toute la population de Phnom Penh, rizières où elles succombèrent à la famine et aux exécutions massives.
vignette|Singe et sirène exécutant la Danse de la Sirène d'Or en 2016 à Phnom Penh.