thumb|Carte de Mathis Zundten, 1565 (Gallica, BNF).
L'Estrée (du latin via strata lapide, voie couverte de pierres plates) est une ancienne route qui allait de Paris à Saint-Denis en suivant le parcours de la Nationale 1.
Situation et tracé thumb|Plan du terroir de St Denis en France et des paroisses de la Chapelle, d'Aubervilliers, de la Cour-neuve, de Stains, de Pierrefitte, de Villetaneuse, d'Epinay, et St. Ouën / par P. Loriot. Y figure un Chemin pavé de Saint-Denis.
Elle partait du centre de Paris, dans le quartier de la Cité, traversait la Plaine-Saint-Denis en ligne droite sur un plateau marnes et de calcaire, pour arriver à la Basilique. Sur son chemin, elle croisait trois sites liés à saint Denis et à son martyre ; ses reliques d'abord conservées au Pas-de-la-Chapelle, dans l'église Saint-Denis-de-la-Chapelle, furent transférées en 627, sous Clotaire II, dans une ancienne chapelle dédiée à saint Pierre, qui a donné naissance à l'actuelle basilique de Saint-Denis.
Il faut distinguer trois lieux : celui du martyr, au Lendit ; la première sépulture sur laquelle sainte Geneviève éleva une basilique au à Parisius ; la seconde à Catolacus à l’emplacement que le saint céphalophore aurait désigné et où son corps reposa après une translation de relique vers 627. Ces trois endroits sont situés sur le chemin qui du sud au nord unissait Paris à Saint-Denis et qu’au Moyen Âge on appela l'Estrée..
L'Estrée passait par un monticule appelé Montjoie dans lequel l'historienne Anne Lombard-Jourdan voit un élément d'un site culturel, économique et politique gaulois et dont l'abbaye de Saint-Denis sut récupérer le rayonnement et la sacralité à son profit et celui de la royauté franque puis française.
Ce chemin pavé était bordé de sept croix monumentales édifiées par Philippe III le Hardi aux endroits où il s'arrêta quand il ramena vers l'abbaye le corps de son père le roi Louis IX. Ces croix, situées à proximité du monticule appelé Montjoie, lieu du martyre supposé de saint Denis, furent à leur tour qualifiées de montjoies. La Montjoie fut arasée, mais elle a donné son nom à un lieu-dit puis à un quartier de la Plaine-Saint-Denis, ainsi qu'à la rue de la Montjoie « Montjoie et Saint-Denis! », Le centre de la Gaule aux origines de Paris et Saint-Denis, Anne Lombard-Jourdan, CNRS, 1989.
Une autre montjoie se trouvait au lieu-dit La Croix Penchée, au niveau du 143, avenue du Président-Wilson à La Plaine Saint-DenisAtlas du Patrimoine de la Seine-Saint-Denis, la Croix-Penchée, au croisement avec la route de Saint-Ouen à Saint-DenisLes funérailles princières en Europe, , Juliusz A. Chrocicki, Mark Hengerer, Gérard Sabatier, 2012, et qui marquait la limite entre l'oppidum de Paris et la plaine du LenditLombard-Jourdan Anne. Les foires de l'abbaye de Saint-Denis ; revue des données et révision des opinions admises, Bibliothèque de l'école des chartes, 1987, tome 145. pp. 273-338.. Son inclinaison est attribuée à un miracle survenu en 1274, lorsque celle qui était jusqu'ici dénommée la Croix aux Fins (Crux ad finesJourdan-Lombard Anne. Oppidum et banlieue : sur l'origine et les dimensions du territoire urbain. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. , N. 2, 1972. pp. 373-395.) s'inclina en signe de respect devant un calice contenant une hostie consacrée, dérobé en l'église Saint-Gervais et dissimulé à ses piedsBibliothèque de l'École des chartes, Volume 98, 1937. Cet endroit marquait la séparation entre les voiries et justices de Paris et Saint-Denis.
La voie croise ensuite l'ancien chemin du Landy qui allait de l'Église Saint-Ouen-le-Vieux, au bord de la Seine, à l'Église Notre-Dame-des-Vertus d'Aubervilliers.
Au niveau de la « rue des Moulins-Gémeaux » à Saint-Denis, après le franchissement du Croult (actuellement recouvert), elle rejoignait la Via Agrippa venant de Chalon-sur-Saône, et qui évitait Lutèce à cause des boucles de la SeinePARIS au . Elle se divisait à cet endroit appelé bourg de l'Estrée, en deux branchesLe magasin pittoresque, 1833 : L'une au Nord, rejoignant bientôt la Via Agrippa de Chalon-sur-Saône à la Mer du Nord via Pierrefitte, Sarcelles, Amiens ; L'autre, la Chaussée Jules César vers l'Ouest en direction d'Enghien, ErmontLa rue de Pontoise, Pierrelaye, Saint-Ouen-l'Aumône, Pontoise, RouenHistoire physique, civile et morale des environs de Paris, depuis les.., Jacques Antoine Dulaure, Jules Léonard Belin, 1838.
Elle fut réalignée de La ChapelleLe village, puis la commune de La Chapelle s'étendait sur un territoire plus vaste que l'actuel quartier de la Chapelle. Une partie de la Plaine Saint-Denis était ainsi située avant 1859 sur le territoire de La Chapelle. à Saint-Denis en 1724 sous Louis XV qui détermina son gabarit actuel en ordonnant que cette chaussée avec ses accotements auroit 18 toises de largeur et qu’il seroit fait de chaque côté une contre-allée plantée chacune de deux rangées d’arbres de 18 piedsmémoire vivante de La Plaine.
Historique et archéologie Suger rappelle la présence sur la route de l’Estrée entre Paris et Saint-Denis de deux colonnes de marbre se dressant près de cet endroit, et qu'il compare à celles d’Hercule à GadèsSuger, Vita Ludovico grossi, 27, éd. Lecoy de la Marche, p. 120.Elles étaient en place au et furent replacées sur la nouvelle route tracée par les ingénieurs de Louis XV en 1724.. Le principal jalon sur la route était une croix de pierre dite Crux ad Fines (croix aux limites) qui figure sur tous les plans de la Plaine Saint-Denis jusqu’à la Révolution ; limite des droits respectifs du roi et de l’abbaye, les cortèges royaux faisaient une pause en cet endroit et les rencontres avec les rois étrangers y avaient lieuPar exemple, la rencontre entre le roi de France Charles V et l'empereur Charles IV eut lieu entre Saint-Denis et le village de la chapelle, près de la Montjoie et de la Croix penchée ou aux fins, lieu traditionnel des réceptions solennelles...
Sur le plan de Paris et de ses environs de Mathis Zundten (1565), entre Paris et Saint-Denis, à l’endroit exact occupé par la Montjoie et sous le nom « Le Landi », sont figurés, à côté de deux croix, des colonnes et des blocs de pierre, vestiges de ruines antiquesÀ l’époque carolingienne puis capétienne, les textes mentionnent dans la Plaine des monuments et des pans de muraille : le Pilier, la Grande muraille, la Romaine ; au , des restes d’édifices antiques, comme des colonnes de marbre, servent au bornage des propriétés ou de la voirie : les nécessités de la culture, forcèrent au nettoyage des champs par extractions des pierres, les moines de saint Denis poussant en outre dans le sens de l’abolition de tout souvenir païen..
Le musée Carnavalet conserve en outre un tableau d'un peintre anonyme de la fin du représentant sainte Geneviève à proximité de l'Estrée, assise à l’intérieur d’un cercle de pierres dressées, attestant de la présence d'un véritable cromlech au Lendit et montrant ce qui pourrait être le PerronSainte-Geneviève gardant ses moutons, entre 1501 et 1600.
Sources historiques Elle est mentionnée dans la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'AntoninLes itinéraires de grand parcours en Seine-Saint-Denis, de l'Antiquité à l'époque moderne: état de la question, Claude Héron.
Son tracé est aisé à suivre sur la carte de Mathis Zundten de 1565Plan de Paris et de ses environs, Mathis Zundten, 1565, estampe Éditeur : Cum gratia et privilegio Imperiali zu Nurmberg bey Mathis Zundten. Gallica, Bibliothèque Nationale de France, où apparaissent aussi l'emplacement de la Foire du Lendit (C2), l'Église Saint-Denys de la Chapelle (C3), l'Église Saint-Laurent (Paris) (C4).
Son nom apparaît notamment dans l'église Saint-Denis-de-l'EstréeParoisse Saint-Denys de l'Estrée, proche de la route pavée menant à RouenUn athénien à Paris : saint Denys entre légende et archéologie…une ecclesia beati Dionysii quae Strata dicitur, qui n’était pas celle de La Chapelle, située comme nous l’avons vu sur la voie romaine, mais plutôt celle de l’Estrée, un peu plus au nord, à proximité de la Seine…, la toute proche église Saint-Martin de l'Estrée (Mentionnée pour la première fois en 994-996 dans la Vita Sancti Odilonis de Jotsaud de Cluny.)Saint-Martin de l'Estrée - Saint-Denis Atlas du patrimoine de Seine-Saint-Denis et dans les noms de plusieurs communes nommées Estrées tel Estrées-Saint-Denis.
Notes et références Notes
Références
Annexes Articles connexes Table de Peutinger Itinéraire d'Antonin
Liens externes La Montjoie dans le grand Paris , «Montjoie et Saint-Denis!», Le centre de la Gaule aux origines de Paris et Saint-Denis, Anne Lombard-Jourdan, CNRS, 1989
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