Catherine Thompson Hogarth (['kæθrin 'tɒmsən 'həʊgɑːθ]) dite « Kate » (['keit]) (Édimbourg., - Londres, ) a été l'épouse de l'écrivain anglais Charles Dickens., avec lequel elle a eu dix enfants..

Catherine et Charles ont vécu vingt-deux ans sous le régime matrimonial avant que ne s'officialise leur séparation. Sur son lit de mort en 1879, soit neuf ans après le décès de son mari, Catherine a confié les lettres qu'elle avait reçues de lui à sa fille Kate (Katey), avec pour mission de les déposer au British Museum, publié en complément de la biographie de John Forster., afin, a-t-elle ajouté, que ().. Ainsi, grâce à elle, alors que Dickens a détruit beaucoup de ses documents personnels, une partie de la correspondance privée du romancier se trouve au British Museum, encore que d'autres lettres soient conservées dans diverses bibliothèques, en particulier à la New York Public Library..

Catherine et Charles Dickens ont souvent voyagé ensemble, en Grande-Bretagne, en Écosse en particulier, ou en Europe (France, Suisse et Italie). Mrs Dickens a également accompagné son mari aux États-Unis lors de son premier séjour en 1842.

Si les premières années du mariage ont été heureuses, la mésentente s'est peu à peu instaurée et s'est accentuée au fil du temps ; elle a été portée à son comble en 1858, après la rencontre de Dickens avec la jeune actrice Ellen Ternan, dont il a fait, bien qu'il l'ait toujours nié, sa maîtresse. Cette liaison, gardée clandestine, s'est poursuivie, comme l'a montré Claire Tomalin, jusqu'à la mort du romancier en 1870.. La séparation entre Catherine et Charles a été douloureuse, Mrs Dickens devant quitter sans retour le foyer familial avec l'aîné de ses enfants, Charles Dickens Jr (Charley), le seul ayant accepté de la suivre.

Si la critique a longtemps présenté Catherine Hogarth Dickens comme une personne fade et insignifiante, les travaux récents, ceux de Michael Slater et Claire Tomalin en particulier (cités en bibliographie), la révèlent bien différente : enjouée, éprise de culture, mais totalement dominée par la personnalité de son mari. Un ouvrage de Lillian Nayder s’inscrit dans cette même veine, montrant au travers de Catherine ...

Années de jeunesse

Catherine Thompson Hogarth est la fille aînée de George Hogarth (1783-1870) et Georgina Thompson (1793-1863). Son père, avocat à Édimbourg, a été conseiller juridique de l'écrivain Walter Scott pour lequel le jeune Dickens a éprouvé une grande admiration. ; il est aussi un critique musical violoncelliste et compositeur, qui collabore à la revue Edinburgh Courant. Abandonnant le droit en 1830, il se fait journaliste et crée le Halifax Guardian, puis il déménage à Londres en 1834 où il devient le critique musical du Morning Chronicle, périodique auquel Dickens, sous le pseudonyme de Boz, confiera une vingtaine d'écrits. Une année plus tard, George Hogarth prend la direction de lEvening Chronicle dont il sera le rédacteur en chef pendant vingt ans.. Le jeune Dickens, alors âgé de 24 ans, fréquente assidûment cette famille dont les trois filles, Catherine, Mary Scott et Georgina, sont bientôt appelées à jouer un rôle très important dans sa vie.

Catherine, l'aînée, qui a 20 ans, bonne musicienne et à l'aise dans la langue française, est décrite comme (), d'une disposition douce et aimable, mais aussi plutôt placide et délicate, à la différence de sa sœur Mary Scott (1820-1837), intellectuellement plus active et avec laquelle Dickens noue de très fort liens d'amitié, ou encore de la benjamine de la famille, Georgina (1827-1917), posée, efficace et au tempérament inflexible.. En 1846, Dickens écrit une histoire d'amour, La Bataille de la vie (The Battle of Life), quatrième partie d'un ensemble intitulé Noël, dans laquelle le personnage principal, Alfred Heathfield, aime deux sœurs, Grace et Marion, ce qui, d'après certains critiques, semble évoquer le propre cas de l'auteur..

Le mariage avec Charles Dickens 1835 : Les fiançailles thumb|upright=1.4|Facsimile : certificat de mariage de Charles et Catherine, exposé dans l'église St Luke's (ouest), Chelsea.Young, Pleasant, Cheerful, Tidy, Bustling, Quiet (Jeune, agréable, gaie, soigneuse, active, tranquille), tel est le titre que donne Dinah Birch à son compte-rendu du livre de Lillian Nayder, The Other Dickens, consacré à Catherine Hogarth, .. Les adjectifs sont empruntés au texte commenté et décrivent la jeune fille que Charles Dickens s'apprête à épouser, les fiançailles ayant été célébrées en 1835. André Maurois en brosse un portrait quelque peu différent : Cette dernière remarque témoigne sans doute de l'influence que joue encore la phrénologie ou ses dérivés sur André Maurois en 1834. ; il parle aussi des « caprices » de la jeune Catherine et, plus grave, juge qu'à travers ses lettres se perçoit une personne .. Qualités, défauts, les avis diffèrent : toujours est-il que les lettres de Dickens, commençant par Dearest Kate, ne sont pas passionnéesDickens gratifie pourtant Catherine de tendres petits noms : Dearest mouse, Darling Tatie, Dearest darling pig ; il la réprimande aussi pour ses accès de « bouderie », ce qu'il appelle sa cossness., à la différence de celles qu'il adressait à son premier amour, Maria Beadnell, et il n'en proclame pas moins dès le départ que l’union ne sera pas égalitaire. Catherine jouira, en échange de sa soumission, d’un foyer stable et de toutes les responsabilités domestiques permettant à une épouse d’occuper son temps. Dickens voit en elle une source de réconfort et de repos, une personne vers qui il pourra se tourner . Dans un premier temps, Catherine proteste, se plaignant du carriérisme obsessionnel de son promis, mais Dickens, qui, Maurois le concède, se montre sévère et exigeant, ne veut rien entendre, répondant qu'elle ()Charles Dickens, Lettre à Catherine Hogarth du 21 février 1836.Cité par ., et qu’il rompra leurs fiançailles si elle persiste dans son . Catherine finit par rendre les armes.

Catherine Hogarth et Charles Dickens se marient donc le en l'église St. Luke's de Chelsea, chapitre rédigé par Michael Allen.. Le mariage est célébré dans la discrétion ; avec « ses airs de fillette »Paragraphe adapté de ., la jeune Catherine fait une mariée modeste. Un invité la trouve . Les jeunes mariés passent leur lune de miel à Chalk, à l'extrême est de Gravesend dans le Kent, pas très loin de Chatham, avant de rejoindre le logement de célibataire dont dispose Dickens à Furnival's Inns, puis de s'installer à Bloomsbury, au centre-nord de Londres. C'est la forge de Chalk que Dickens a prise comme modèle pour l'atelier où travaille Joe Gargery, le bienveillant oncle de Pip dans Les Grandes Espérances, et c'est là qu'il a écrit les premières livraisons de ses Pickwick Papers...

1836-1842 : Les premières années

Le mariage est raisonnablement heureux pendant ses premières années, encore que, outre son besoin obsessionnel de domination, Dickens fasse subir à sa jeune épouse la pression de ses nouveaux engagements professionnels et que les enfants ne tardent pas à arriver : Charles neuf mois après le mariage, Mary l'année suivante et Kate en 1839.

Charles et Catherine Dickens changent plusieurs fois de résidence au fil des années et selon les saisons, s'installant le plus souvent près du Strand et sur le côté nord d'Oxford Street, avec deux escapades vers la tranquillité de Hampstead.. L'une de ces demeures les plus célèbres est le 48 Doughty Street, aujourd'hui le musée Charles Dickens, où la famille a résidé de 1837 à 1839, et où le romancier a rédigé ses premiers grands ouvrages et reçu nombre d'amis écrivains. Les vacances se passent souvent dans la grande bâtisse de Broadstairs, appelée Bleak House après la publication du roman du même nomCe nom, Bleak House, a été donné à la maison par ses nouveaux propriétaires après la publication du roman, en hommage à l'éminent écrivain qui les y avait précédés.., sur l'île de Thanet, à l'extrême pointe du Kent, le long de l'estuaire de la Tamise. En 1838, une année après le couronnement de la reine Victoria, Dickens publie son troisième roman, Nicholas Nickleby, dont la conclusion est une vision de bonheur conjugal au travers des deux héros que le sort a réunis, Nicholas Nickleby et Madeline Bray, s'aimant à jamais dans une campagne idyllique avec plusieurs enfants., miroir, selon Jane Smiley, de la vie rêvée de l'auteur et promesse espérée de celle qu'il mène à cette époque...

C'est pourtant au terme de ces années d'activité fébrile que commencent à poindre les premières difficultés conjugales. L'une d'elles, paradoxalement, naît d'un drame familial.

Drame familial : la mort de Mary Hogarth Le couple s'est d'abord installé en location dans Furnival’s Inn à Holborn, le logement de Dickens avant son mariage, où il héberge la jeune sœur de Catherine, Mary Scott Hogarth (1820-1837), ()Michael Slater, "Hogarth, Mary Scott", The Oxford Reader's Companion to Dickens, éd. Paul Schlicke, Oxford, Oxford University Press, 1999, .. Dickens, alors âgé de 25 ans, se prend d'une véritable idolâtrie pour cette adolescente d'à peine 17, qui, d'après Fred Kaplan, devient (..

Mais survient un drame : le 6 mai 1837, Charles, Catherine et Mary vont au St. James's Theatre pour la représentation d'une farce que Dickens a écrite : Is She His Wife?, or, Something Singular! ; à leur retour, raconte Dickens, Charles Dickens, Lettre à Richard Jones, 31 mai 1837.. En proie au plus grand chagrin, Dickens ôte du doigt de Mary une bague qu'il portera jusqu'à la fin de sa vie. C'est la seule fois où il n'a pu écrire et a ainsi manqué la livraison de deux de ses publications, en l'occurrence celles d'''Oliver Twist et de Pickwick Papers.. , a-t-il confié à son ami Richard Jones.. Il rédige l'épitaphe qui figure gravée sur la pierre tombale : (., et il est généralement admis qu'il s'est servi de la jeune fille comme modèle pour Rose Maylie dans Oliver Twist, la petite Nell (little Nell) dans Le Magasin d'antiquités et Agnes dans David Copperfield. Exactement huit mois après cette mort, le , naît la première des filles de la famille, et tout naturellement, Dickens, qui impose ses choix à sa femme, la prénomme « Mary »...

Un deuil devenu encombrant Certes, Catherine elle aussi pleure la mort de sa jeune sœur ; dans une lettre citée par Michael Slater, elle écrit : ()..

Pour autant, à nouveau enceinte, elle commence à ressentir une certaine amertume envers son mari qui garde trop obstinément le deuil de Mary dont il rêve chaque nuit mois après mois. En 1842, soit cinq ans après sa disparition, il écrit à John Forster qu'elle reste pour lui ()Charles Dickens, Lettre à John Forster du 29 janvier 1842, cité par et .. Le ménage s'est transporté au ., et les grossesses se suivent sans répitSi Mrs Dickens a donné naissance à dix enfants, elle a connu une vingtaine de grossesses dont la moitié se sont mal terminées...

1842-1858 : L'avènement des difficultés Les responsabilités conjugales thumb|upright=0.9|Catherine Hogarth Dickens vers 1847, par Daniel Maclise.