Le grenier d'abondance est un ancien grenier à grains de la ville de Lyon (), dans le département français du Rhône, région Rhône-Alpes.
Achevé de construire en 1728 pour stocker les grains en prévention des famines, une partie en est rapidement louée à des marchands de grains puis une autre partie utilisée aussi comme salle d'armes puis arsenal. Vers 1775 le stockage des blés est abandonné et le bâtiment devient magasin d'artillerie, arsenal, puis caserne jusqu'en 1987. Depuis 1993 il est le siège de la Direction régionale des Affaires culturelles d'Auvergne-Rhône-Alpes et abrite le département danse du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon, installé en vis-à-vis de l'autre côté de la Saône.
Le bâtiment est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1987) ; sa façade ouest (côté Saône) et son escalier principal sont classés monuments historiques en 1990. Il fait partie du périmètre UNESCO (patrimoine mondial).
Situation Le grenier d'abondance se trouve dans le nord-ouest de la ville de Lyon au quai Saint-Vincent., en rive gauche (côté nord-est) de la Saône, presque en face du pont Kœnig.
thumb|left|320px|Plan de Lyon 1746 par Claude SéraucourtLes « Greniers de l’Abondance » sont le long rectangle sombre en bord de Saône, vers le haut à droite.
Situation historique À l’époque de sa construction, le grenier d'abondance jouxte les fortifications de la Croix-Rousse (dans le plan ci-dessus, la ligne en zigzag montant sur la droite) et la porte d'Halincourt construite sous le bastion Saint-Jean en 1639. Il est idéalement placé à l'entrée de la ville, en bordure de la voie d'eau qui transporte l'essentiel du blé récolté dans la plaine de la Bresse et le val de Saône.
Histoire Contexte Les famines. L'Aumône générale Avec les guerres, les lourds impôts et les épidémies, les famines. sont parmi les grands fléaux qui hantent le autant que le . Le problème d'approvisionnement régulier en grains, donc en pain, est récurrent et un acteur direct sur l'ordre - ou le désordre - social (voir par exemple la « guerre des farines » en 1775). Pour y remédier, une politique de stockage du grain est progressivement mise en place ; les grains sont mis en réserve dans des locaux dispersés alentour., parfois peu adaptés, loués à grand frais, certains achetés sur la rive droite de la Saône. : greniers, chambres, « bas », anciennes chapelles ou réfectoires des couvents., monastères, hôpitaux...
La famine de 1531, qui touche particulièrement le Lyonnais, amène à Lyon une politique de charité publique. L'Aumône générale est créée, avec huit recteurs, qui fournit du pain aux habitants les plus pauvres. Mais lorsque la disette devient générale, l'Aumône n'y suffit plus (les années 1565 à 1567 voient une disette sur tout le royaume).
Une longue gestation en deux temps Première mention, première structure Le consulat de Lyon mentionne pour la première fois la création d'un grenier public en . Puis survient l'hiver 1586-1587, si rude que les oliviers gèlent ; et la famine subséquente, commune à l'Île-de-France, la Normandie, le val de Loire et le pays Lyonnais. À Lyon, les édiles municipaux décident de nommer six notables comme intendants chargés de stocker des grains pour faire face aux disettes.
La Chambre d'abondance, son financement, son approvisionnement
Cette structure est remplacée en 1643 par une Chambre d'abondance permanente créée le , dirigée par un échevin, avec règlement et statuts homologués par Louis XIV.
La Chambre est financée par capital variable : chaque directeur, à son entrée en fonction, est tenu de fournir une cotisation qui lui est rendue à son départ, avec intérêts avoisinant 5 % du capital. Le consulat de Lyon verse à la Chambre une part équivalente et donne aussi sa garantie contre les pertes possibles : il paie le prix du grain si celui-ci est perdu par manque de soins ou autre cause, et il paie la différence de prix si les blés sont vendus moins chers que la Chambre ne les a achetés. Un inventaire est fait à chaque sortie de directeur ou d'intendant..
Les grains sont achetés le plus souvent en Provence, Languedoc et Beauce, mais aussi en Bourgogne, France-Comté et Champagne. Au , les sources d'approvisionnement s'éloignent, allant jusqu'en Italie et au pourtour de la Méditerranée.
Stockage de grain et baux multiples Le problème de stockage se pose. En 1652 onze greniers sont utilisés, éparpillés dans la ville. En 1667 une conjoncture favorable fait baisser les prix des grains.. La Chambre d'abondance, qui souhaite en faire profiter la ville, lance une campagne d'achats et acquiert . En 1670 le nombre de locaux loués avoisine la quarantaine ; ce sont des locations provisoires, qui durent seulement le temps d'écouler le grain stocké. Chaque début d'année, les directeurs et intendants de l'Abondance se réunissent pour répartir entre eux la charge de l'entretien. Chaque intendant est responsable d'un ou plusieurs greniers, dont il faut tourner les grains régulièrement pour éviter moisissures et autres causes de pertes..
Cette location discontinue et précaire des locaux de stockage entre dans une logique d'économie marchande : celle de pouvoir supprimer entièrement les charges de stockage en résiliant les baux lorsqu'il n'y a pas de grain à stocker. Mais la gestion des locations de locaux peut aussi prendre précédence sur la gestion des stocks. En exemple, lorsque le grain d'un grenier à la Platière est mis en vente deux choses sont mentionnées dans l'ordre de vente : le prix de mise en vente doit être inférieur au prix atteint par le blé sur le marché de la Grenettte, et le fait que le contrat de location est à son échéance - il n'est apparemment pas renouvelé. Le grain aurait-il été vendu s'il n'avait pas fallu résilier le contrat de location. ?
Cette lourdeur de gestion a un coût, qui s'ajoute à celui des locations. D'où l'idée de rationaliser le stockage en regroupant les grains en une seule place. Une autre raison y pousse : la recherche d'une maîtrise du marché des grains, ce qui demande un changement d'échelle car seules de grosses réserves permettent ce type d'action.
La recherche d'une maîtrise du marché des grains La logique marchande ne s'applique pas seulement à la location des locaux de stockage. Pour la Chambre d'abondance, la question avant toute autre est de maintenir l'équilibre entre les acteurs du marché (au sens moderne du mot), et dans cette perspective les consommateurs ne sont pas plus importants que les producteurs, les marchands, les boulangers et l'administration. C'est donc la conjoncture économique qui détermine les mouvements du grain de la Chambre d'abondance. Il s'agit de gérer les stocks de façon à ne pas saturer le marché ni déprécier la marchandise. Autrement dit, il ne faut pas avoir trop de stock, mais bien sûr il faut aussi acheter quand l'occasion est bonne - ce qui renvoie à la question de capacité de stockage, qui devient alors un élément essentiel de contrôle du marché.
Intérêts particuliers contradictoires, des investissements personnels à protéger
Mais à cette rationalisation évidente s'opposent les intérêts particuliers contradictoires. Ces locations sont de bons placements pour les propriétaires et nombre des lieux de stockage loués appartiennent à des membres de la Chambre ou à leurs collatéraux, qui s'assurent ainsi des revenus sans risques et pour certains très confortables ; tels pour la maison du conseiller Bouilloud (quartier Saint-Pierre), ou pour celle du président de la sénéchaussée de Sève (Saint-Clair) qui a de loin le loyer le plus élevé pour un seul local. Ainsi à la volonté de rationaliser le stockage de ces grains, s'oppose une force d'inertie qui souhaite conserver la situation en l’état ; et rien n’est construit. Par exemple le , le consulat de Lyon approuve le projet de faire construire un grenier pour regrouper en un seul lieu les réserves acquises par la Chambre d'abondance. L'archevêque offre de céder contre une pension annuelle un terrain à l’entrée nord de la ville, sur le quai de Bourgneuf entre la porte de Vaise et le couvent de l’Observance (en rive droite de la Saône) ; mais finalement aucun bâtiment n'est construit.
Années 1670 Grande et petite Abondances
En lieu et place de construction, sont acquises deux maisons : la Maison peinte, acquise par le consulat en 1672 d'Antoine Couvet de Montribloud, désignée par le nom de « Petite Abondance » ; et la Maison du cygne, achetée pour 20 000 livres en 1676, appelée « Grande Abondance ». (quoique M. Martinat inverse les noms, appelant « Grande Abondance » la maison peinte et « Petite Abondance » la maison du cygne.). La Chambre d'abondance commence à résilier les baux des greniers privés, mais ces procédures sont longues à réaliser et la Chambre ne réussit à concentrer les grains en réserve sur ces deux maisons qu'en 1678..
1720 construction décidée
En 1720 la Chambre d'abondance se trouve posséder de blé ; il semble que ce soit l'élément catalyseur qui amène la construction effective d'un grenier unique.
Dimensions Ses dimensions sont calculées pour stocker la consommation annuelle de la ville de Lyon, soit environ personnes à l'époque ; ce qui donne une capacité totale sur trois étages de plus de tonnes de grains ( de surface totale de stockage et tonnes sont cités, sans référence).
C'est un des derniers témoins des immenses greniers urbains conçus depuis l'Antiquité dans certaines villes particulièrement bien organisées.
Construction Le terrain
Cette parcelle étroite au pied d'une falaise rive gauche de Saône occupe l'espace dégagé par la carrière de Pierre-Aigle (granite, paragr. . ). Le terrain appartient à la ville depuis 1641. : c'est l'espace dégagé par les carrières qui a servi à construire les ponts de la Saône, des fondations et murailles de fossés et autres constructions. Entre rivière et falaise, le rocher derrière lui est le rocher de l'Aigle ; sous le nom de Pierre-Aigle, le consulat de Lyon concède en 1663 une partie du terrain comme champ d'entraînement à la compagnie des arquebusiers ou chevaliers de l’Arquebuse ; ces messieurs édifient une butte contre laquelle sont adossées leurs cibles, et cette partie du terrain devient la future place de la Butte.
Entre-temps l'actuel quai Saint-Vincent, à l'époque appelé quai Sainte-Marie-aux-chaînes., a été construit de 1618 à 1623 devant le bourg du même nom. Dans un premier temps, il stoppe à la hauteur du fort Saint-Jean à l'entrée du défilé de Pierre-Scise ; il est peu après prolongé vers le nord par le quai d’Halincourt.
thumb|center|380px|« La Veue de Lion descendat par la Saosne »« (La Vue de Lyon descendant par la Saône »)par Israël Sylvestre (1649-1650)Vue en rive gauche : le fort St-Jean à gauche ; l'emplacement du futur grenier d'abondance à sa droite ; le terrain Pierre-Aigle (dont la future place de la Butte) ; et le premier bâtiment du couvent Sainte-Marie-aux-chaînes, du nom de la chaîne portée par les bateaux pour barrer la Saône. En arrière-plan, le Bourgneuf sur la rive droite..
1722 Expulsion des arquebusiers En 1722, la construction du grenier entraîne l’expulsion des chevaliers de l’Arquebuse. Mais ces derniers récupèrent en 1735 la jouissance du terrain situé derrière le grenier, où ils créent un nouveau champ de tir .
Dates de construction, architecte / entrepreneurs Ce grenier est construit de 1722 à 1728. L'architecte voyer est Claude Bertaud de la Vaure, avec l'entrepreneur Étienne Fahy pour la plus grande partie des bâtiments et notamment pour l'obtention des matériaux ; et Claude Perrache mandaté pour s'occuper du bois de fermeture des baies et des charpentes. La Maison peinte ou « Petite Abondance » et la Maison du cygne ou « Grande Abondance », cessent d'être utilisées comme lieux de stockage des grains de la ville en 1728, lorsque le grenier du quai Saint-Vincent est mis en service.
Fonctionnement quotidien