L'église du Cœur-Immaculé-de-Marie est une église située 23, rue de Verdun à Suresnes (Hauts-de-Seine), réalisée par l'architecte Édouard Bérard en 1907-1908.
Église Saint-Leufroy Histoire vignette|gauche|Suresnes vu depuis l'actuel bois de Boulogne au XIX siècle : clocher de l'église Saint-Leufroy à droite, mont Valérien en arrière plan. vignette|gauche|L'église Saint-Leufroy en 1905. vignette|gauche|Le clocher émerge du centre-ville historique (1905). L'actuelle église remplace l'ancienne église Saint-Leufroy comme principal lieu de culte catholique de Suresnes.
À l'origine, il s'agit d'une chapelle construite vers 910, par la suite transformée en église. À la tête d'une paroisse autonome à partir de 1070, elle ne dépend plus du diocèse de Nanterre et demeure sous l'autorité de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés jusqu'à la Révolution ; cette institution religieuse parisienne est en effet propriétaire des terres de Suresnes durant de nombreux siècles. En 1222, l'église reçoit une partie des reliques de Leufroy d'Évreux., un des vitraux de l'actuelle église rendant d'ailleurs hommage à cet épisode, en figurant des moines apportant la châsse de saint Leufroy. Au XIII siècle, sur l'autre rive de la Seine, Isabelle de France fonde l'abbaye royale de Longchamp, qui entretient des liens étroits avec Suresnes. Au XV siècle, des ermites s'installent au sommet du mont Valérien et au XVII siècle, un calvaire est installé au même endroit, donnant naissance à un célèbre pèlerinage qui conduit les dévots parisiens à traverser la Seine, puis Suresnes, afin de rejoindre le calvaire. En 1590, pendant les guerres de Religion, l'église Saint-Leufroy est détruite par les Huguenots. Restaurée puis agrandie, elle est cependant démolie en 1906 à cause de sa vétustéSuresnes, Cœur-immaculé-de-Marie, patrimoine-histoire.fr, consulté le 30 octobre 2018.« L'ancienne église », eglise-suresnes.org, consulté le 30 octobre 2018..
Bien que saint Leufroy reste saint patron de Suresnes, la nouvelle église est consacrée au Cœur-Immaculé-de-Marie ; un autel lui y était initialement dédié. À noter qu'à Suresnes existe une chapelle Saint-Leufroy construite en 1948.Chapelle Saint-Leufroy, patrimoine-religieux.fr, consulté le 30 octobre 2018. ; elle est située dans un autre quartier de la ville (République), 3 rue Chemin-Vert« Chapelle Saint-LeufroyChapelle Saint-Leufroy », eglise-suresnes.org, consulté le 27 janvier 2022..
Œuvres et mobilier de l'ancienne église
Après la loi de 1905 abolissant le Concordat, l'inventaire des biens de l'Église à Suresnes a lieu du 5 au . Dotée d'un clocher-porche de style roman datant des Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes, , t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 6. mais tellement remaniée au fil des siècles qu'elle n'avait guère d'intérêt artistique selon l'abbé Lebeuf, l'église Saint-Leufroy avait pourtant marqué la vie de générations de Suresnois du baptême à l'enterrement, en passant par le mariage ou l'enseignement, du temps ou le curé faisait office de maître d'école. Des poutres légères soutenaient la voûte. Il y avait six vitraux, dont deux figuraient les armes de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés d'une part et de la royauté d'autre part, baignant le chœur de lumière, tandis qu'un plus petit était dédié à saint Leufroy. Les sept chapelles qui entouraient la nef avaient durant des siècles été l'objet de la convoitise des bourgeois et des aristocrates de Suresnes, qui contre rémunération pouvaient les décorer voire y être inhumés. L'église bénéficiait aussi de dons et de revenus liés aux offices et à des maisons ou des terres qu'elle louait. Elle se trouvait sur un terrain d'environ six ares, la place de la Fouillée faisant office de parvis. Elle est déclarée en ruines et estimée à . Mis à part les objets du culte, il n'y a pas de biens de valeur, la quasi-totalité des statues étant par exemple en plâtre. L'église avait déjà été rayée de la liste des monuments historiques en 1886 mais 24 tableaux qu’elle conservait furent reclassés par la loi du Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes, , t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 32-33..
Le livre Patrimoine des Hauts-de-Seine, volume II, Guide des tableaux conservés dans les édifices publics et privés mentionne une liste de 27 tableaux conservés dans l'église Saint-Leufroy, déplorant qu'aucune des toiles n'ait pu être localisée par la suite. Il décompte de nombreuses copies anonymes, , comme La Vierge au chapelet d'après Bartolomé Esteban Murillo, L'Ange gardien d’après Domenico Fetti, Le Martyre de Saint-Étienne d'après Charles Le Brun, Saint François d'Assise, La Vierge et l'Enfant d'après Procaccini, La Vierge et l'enfant d'après Raphaël, Sainte Madeleine d'après Guido Reni et Le Mariage de la Vierge de Pierre Paul Rubens. L'église abritait aussi des tableaux anonymes comme L'Ascension, L'Assomption, Saint Jean ou Saint Leufroy, et enfin des œuvres originales comme Sainte Marguerite de Leroux (1699) et Saint Louis en prière, Le Christ en croix de Giovanni Rota d'après Philippe de Champaigne (1857), Le Saint Sacrement de Roches (1859), Les disciples d'Emmaüs de Nélie Jacquemart (1864), Saint Pierre attribué à Joseph-Marie Vien et La Descente de croix par Hubert, d'après RubensMarie Montfort et Gisèle Caumont (dir.), Patrimoine des Hauts-de-Seine : Volume II, guide des tableaux conservés dans les édifices publics et privés, Somogy, éditions d'art, conseil général des Hauts-de-Seine, 2006, p. 313..
On relève aussi un portrait de prêtre, peut-être le curé de Suresnes lors la Révolution française, Porchet ; il est donné en 1900 par l'abbé de la paroisse au docteur Gillard, qui l'expose dans le petit musée aménagé dans une salle de la mairie. Il y a enfin une peinture espagnole sur bois et un bas-relief du XV siècle, non estimés. Un marguillier rachète les objets du culte pour , la chaire et les orgues pour . L'argent récolté permet d'entretenir l'asile de personnes âgées de la commune. Le département réclame trois tableaux, alors que trois autres sont vendus à la mairie pour . Lors de cette dispersion, est saluée par le maire Victor Diederich, notoirement anticlérical.
Projet d'une nouvelle église L'état de délabrement de l'église est avancé ; vers 1850, le projet de la reconstruire avait déjà été envisagé. Elle appartient alors à la commune, étant antérieure au Concordat de 1802. De nécessaires travaux de rénovation n'avaient pas été effectués, alors qu'un incendie criminel avait touché la chapelle nord en 1904. S'en inquiétant, l'archevêque de Paris écrit au maire le pour constater qu'il était dangereux pour les fidèles de se rendre dans un bâtiment se trouvant dans un tel état, que la mairie n'était néanmoins pas légalement tenue d'entretenir. La fabrique n'a pour sa part pas les moyens de financer seule un éventuel chantier. L'autorité religieuse menace alors, devant le refus du conseil municipal, de cesser la célébration du culte dans cette église. Le , le conseil vote sa démolition. Le , le ministre Aristide Briand écrit pourtant au maire en lui conseillant de ne démolir mais la municipalité passe outre. Dans le contexte tendu de l'adoption de la loi, l'affaire fait polémique dans les grands journaux catholiques, envenimée encore plus par l'affaire des cloches de l'église.
Affaire du buste d'Émile Zola vignette|alt=Buste d'un homme au sein d'un monument en pierre.|Le monument à Émile Zola.
Après la guerre de 1870, il ne restait plus qu'une cloche. En 1897, le curé Combel en avait acquis quatre par souscription, qui devinrent, après la démolition de l'église, propriété de la commune, qui ne les destine pas à la nouvelle église. Le , le conseil municipal décide alors d'en fondre une et de réaliser un buste d'Émile Zola avec le bronze obtenu, sculptée par Émile Derré. Les autres cloches sont fondues et le matériau obtenu vendu afin d'entretenir la maison de retraite.
Inséré au sein d'un monument, le buste est installé sur la place Trarieux« Monument à Émile Zola – Suresnes », e-monumen.net, consulté le 17 septembre 2022.. Il donne lieu à une vive polémique, alors que la destruction de la vieille église avait déjà choqué des fidèles. L'inauguration a lieu le , avec la participation de Gustave Charpentier et du conservatoire de Mimi Pinson qu’il dirigeait. Le fils de l'écrivain, Jacques-Émile Zola, est présent. Le maire Victor Diederich, anticlérical, déclare lors de la cérémonie : Jean Prasteau, Voyage insolite dans la banlieue de Paris, Librairie académique Perrin, 1985, p. 105.. L'évènement est perturbé par quelques anti-dreyfusards, qui crient : . Un manifestant est même arrêté et, l'après-midi qui suit, des Camelots du roi essaient de renverser le buste. L'écrivain Léon Bloy s'insurge : Philippe Barthelet, Les écrivains et les Hauts-de-Seine, Cyrnéa éditions, 1994, p. 85.. Sur son socle est gravée une phrase d'Émile Zola écrite pendant l'affaire Dreyfus : Le patrimoine des communes des Hauts-de-Seine, Flohic éditions, 1994, p. 386.. En 1926, le maire Henri Sellier fait transférer le buste dans le square de la bibliothèque municipale. Il se trouve depuis 1992 dans le jardin du collège Émile-Zola, dans un quartier adjacent...
vignette|L'école Jules-Ferry et son beffroi sur une carte postale ancienne. À noter que la pendule située sur le clocher de l'ancienne église a pour sa part été sauvée et installée sur le beffroi de l'école primaire Jules-Ferry, chargée de sonner le début des coursLe patrimoine des communes des Hauts-de-Seine, Flohic éditions, 1994, p. 382..
Église du Cœur-Immaculé-de-Marie vignette|gauche|Plaque en hommage au curé Jules Marie Jossier qui fit ériger l'église. vignette|La nouvelle église vers 1910 (on devine un mur d'enceinte disparu depuis). vignette|Même vue de nos jours. vignette|Intérieur.
L'ancienne église se trouvait au niveau de l'actuelle allée Scheurer-Kestner, dans l'ancien quartier historique, rasé pour sa partie sud-ouest dans les années 1970 pour accueillir le centre commercial Suresnes 2 et des tours d'habitation. Les noms de quelques rues (« promenade Saint-Leufroy », « promenade de l'Abbaye », etc.) y rappellent l'histoire du site, dont les traces anciennes ont complètement disparu. L'église du Cœur-Immaculé-de-Marie est pour sa part édifiée plus au nord, rue de Verdun, à l'intersection avec la rue de Nanterre. C'est l'archevêque de Paris qui nomme l'abbé Jossier, jusque là vicaire à Puteaux, pour mener à bien le projet. Alors que le contexte de l'époque est marqué par un fort anticléricalisme, il lance une souscription, exaltant le thème de reconquête de la fierté catholique. La première pierre est posée le par le cardinal Richard et l'église est consacrée le par le cardinal Amette. Durant les travaux, la messe avait été célébrée dans une chapelle provisoire. Disparue depuis, une cité paroissiale est par ailleurs érigée sur le pourtour (école, salle des fêtes, patronage et presbytère), ceinturée par un mur. L'actuel presbytère a été construit dans les années 1980« L'église du CIM », eglise-suresnes.org, consulté le 30 octobre 2018..