Irène (ou Irina) Aleksandrovna OvtchinnikovaOn trouve plusieurs variantes pour l'orthographe du nom d'Irène : Ovtchinnikova, Outchinnikova, Ovtchinnikowa, Ovtchinnikov ou Ovtchinnikoff, ce dernier étant celui inscrit à l'état-civil français. (en russe : Ирина Александровна Овчинникова), par ses mariages successifs marquiseLa famille de Monléon ne possède pas le titre régulier de marquis et le porte uniquement par courtoisie, comme le peuvent les familles de noblesse authentique : se référer à l'ouvrage de Régis Valette intitulé Catalogue de la noblesse française subsistante, édition 2002, page 140. de Monléon, Mrs. Sloden puis princesse de Grèce, est née (officiellement) le (ou le ) à Saint-Pétersbourg, en Russie, et morte le à Paris, en France. Épouse du prince Pierre, qu'elle a largement secondé dans ses recherches anthropologiques, c'est une Russe blanche entrée dans la famille royale de Grèce.

Petite-fille de l'orfèvre des Romanov Pavel Ovtchinnikov, Irène fuit la révolution russe avec l'aide du diplomate Jehan de Monléon, qu'elle épouse à son arrivée en France. Cependant, après quelques années, le couple divorce et Irène se remarie, en 1932, à un marchand d'art britannique du nom de Louis (Lewis) Sloden.. Cette nouvelle union fait toutefois long feu et Irène divorce à nouveau en 1936. Un an plus tôt, la jeune femme a en effet rencontré le prince Pierre de Grèce, dont elle est devenue la maîtresse. Leur relation est passionnelle et le prince ne tarde pas à présenter sa compagne à sa mère, Marie Bonaparte. Cette dernière n'approuve pas la relation de son fils avec une femme mariée, mais elle refuse d'intervenir dans sa relation. Au fil du temps, Irène exerce un ascendant de plus en plus grand sur Pierre et ce dernier renonce aux opportunités qui s'ouvrent à lui en Grèce après la restauration de la monarchie.

En 1937, Irène part avec Pierre pour un long voyage en Asie. Le prince effectue en effet des études d'anthropologie et il désire entrer en contact avec des populations indigènes. Le couple profite par ailleurs de cette expédition pour se marier civilement à Madras, en , ce qui déclenche l'ire de la famille royale de Grèce. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ramène le couple en Europe, où Pierre ne tarde pas à rallier l'armée grecque. Rejetée par sa belle-famille, qui voit en elle une intrigante, Irène doit, quant à elle, s'installer en Turquie après l'invasion de la France par l'Allemagne nazie. Le couple se retrouve, malgré tout, en 1941, date à laquelle il se marie religieusement en Palestine. Il s'installe ensuite en Égypte, où Pierre représente le gouvernement en exil tandis qu'Irène s'investit auprès de la Croix Rouge. Après la guerre, le couple reste persona non grata en Grèce et il reprend ses occupations anthropologiques. De 1950 à 1957, les deux époux s'installent dans l'Himalaya, où ils étudient les réfugiés tibétains qui fuient l'invasion de leur pays par l'armée chinoise. Irène aide alors son époux à établir les notices biographiques de femmes tibétaines et fonde, par ailleurs, plusieurs orphelinats dans la région du Bengale. En 1956, Irène contracte la tuberculose, ce qui l'oblige à rester plusieurs semaines alitée. Dans les mêmes moments, le couple subit les pressions des autorités indiennes, qui soupçonnent Pierre d'être un espion.

De retour en Europe en 1957, Irène et Pierre partagent leur existence entre le Royaume-Uni, le Danemark et la France. Le couple subissant toujours l'ostracisme de la famille royale de Grèce, Irène reste en effet interdite de séjour dans le pays de son époux. Au fil des années, les relations du couple se distendent et, tandis que Pierre refait sa vie à Copenhague, Irène déménage à Hong Kong, dans un appartement peuplé de nombreux animaux. Le prince meurt finalement en 1980 et son épouse lui survit jusqu'en 1990. Oubliée de sa belle-famille, elle passe ses dernières années à Paris, où elle connaît une existence assez retirée. À sa mort, elle est enterrée au côté son époux, dans le domaine de Lille Bernstorff, au Danemark.

Famille Irène est la fille de l'orfèvre russe Alexandre Ovtchinnikov et de son épouse, Lydia JouriaryD'après Michel Huberty, « Jouriary » est le nom de jeune fille qui apparaît sur l'acte de mariage d'Irène et de Monléon. Cependant, l'acte précise également que Lydia est, à cette époque, remariée à un certain « Basile Yacovlev ». Pour d'autres auteurs, la mère d'Irène porte le nom de « Zourlo » ou de « Zomilo ». . (Jouriary qui serait un patronyme d'origine grecque ou libanaise). Par son père, Irène est donc une descendante du fondateur de la , l'orfèvre Pavel Akimovitch Ovtchinnikov (1830-1888).

Le ., elle épouse, à Nice, alors âgée de seulement 15 ansSon acte de mariage avec Jehan de Monléon indique cependant qu'elle est née le dix neuf septembre mil neuf cent et serait donc âgée de 19 ans., le marquis français Jehan de Monléon (1885-1950), fils du marquis Paul de Monléon et de son épouse Marie Anna Louise Carré-Kérisouët. Cependant, l'union d'Irène et de Jehan aboutit à un divorce prononcé le . Le , la jeune femme se remarie à Londres au marchand d'art britannique Lewis Sloden (1892-1961). Ce second mariage se termine également par une séparation, en décembre 1936..

Le , Irène s'unit civilement, à Madras, en Inde, au prince Pierre de Grèce (1908-1980), lui-même fils du prince Georges de Grèce (1869-1957), ancien haut-commissaire de la Crète autonome, et de son épouse la princesse française Marie Bonaparte (1882-1962). Conclu sans l'autorisation du roi Georges II de Grèce, le mariage d'Irène et de Pierre est une union inégale qui prive le prince de ses droits dynastiques grecs et danois. Malgré les protestations de sa famille, Pierre confirme sa décision d'épouser Irène en se mariant religieusement avec elle dans une église orthodoxe de Jérusalem, en Palestine mandataire, le .

Des trois mariages d'Irène ne naît aucun enfant.

Biographie De la Russie à la France Fille de l’orfèvre et argentier des Romanov Alexandre Ovtchinnikov, Irène grandit vraisemblablement à Saint-Pétersbourg, en Russie. Peu de choses nous sont parvenues sur son enfance et même sa date de naissance est incertaineOfficiellement, Irène est née le et c’est cette date qui est aujourd’hui inscrite sur sa tombe, à Lille Bernstorff. Cependant, d’autres dates de naissances lui sont données par différents auteurs : Ricardo Mateos Sainz de Medrano la fait naître le ; Daryl Lundy donne le ou le (The Peerage). Quant à Célia Bertin, elle évoque les doutes de Marie Bonaparte concernant l’âge de sa bru., tant il est probable qu’elle s’est efforcée de la garder secrète. Cependant, elle a certainement connu l’aisance matérielle dans son enfance puisque la , fondée par son aïeul Pavel Ovtchinnikov, jouissait, au début du , d’une réputation similaire à celle de FabergéSelon le site de l’Hôtel Drouot : . Voir cette page de l'Hôtel Drouot..

La jeune fille quitte la capitale impériale lorsque éclate la révolution russe, en 1917. Elle trouve alors refuge avec sa mère en Crimée, où elle noue une relation amoureuse avec le diplomate français Jehan de MonléonCertains auteurs, comme Ricardo Mateos Sainz de Medrano, appellent le premier époux d’Irène « Jean de Mauléon ».. Protégée par son amant, elle gagne ensuite l’Hexagone, où le couple se marie. Après quelques années, toutefois, leur relation se dégrade et ils finissent par se séparer en 1930. Quelque temps après, en 1932, Irène se remarie avec le propriétaire d'une galerie d'art à Londres et ancien danseur professionnel britannique, nommé Louis (Lewis) Sloden, avant de s’éloigner également de lui...

Rencontre avec le prince Pierre À l’été 1935, Irène est encore mariée à Lewis Sloden quand elle fait la connaissance du prince Pierre de Grèce. Âgé de vingt-sept ans, le jeune homme est le cousin de l'ancien roi des Hellènes Georges IIDéposé en 1923, Georges II est rappelé sur le trône peu après la rencontre d'Irène et de Pierre. mais il a grandi en France, pays de sa famille maternelle. Rapidement, Irène et Pierre développent une relation amoureuse et le prince, toujours à la recherche de l'approbation de sa mère, ne tarde pas à lui présenter sa maîtresse. En dépit de ses idées avancées, Marie Bonaparte regarde d'un mauvais œil l'idylle de son fils : elle craint en effet l’influence que l'exilée russe semble exercer sur lui et la suspecte d’être plus vieille que les trente ans qu’elle affiche..

De fait, la relation de Pierre avec celle que sa famille surnomme bientôt dédaigneusement « la Russe » amène des changements importants dans la vie de celui-ci. Il rompt ainsi avec tout une partie de son passé et met fin à l'analyse qu'il avait entreprise, sans l'avoir terminée. Le jeune homme s'éloigne par ailleurs de sa famille : il se brouille temporairement avec sa mère et sa sœur Eugénie tandis qu'il se cache du prince Georges, qui désapprouverait immanquablement sa liaison avec une roturière, mariée qui plus est. Surtout, Pierre renonce aux opportunités qui s'ouvrent à lui en Grèce après la restauration de Georges II en . Lorsqu'elle apprend le possible départ de son amant pour Athènes, Irène menace en effet de se suicider, ce qui fait dire à Marie Bonaparte qu'elle est ..

Une relation de plus en plus étroite S'il est peut-être exagéré par ses ennemis, l'ascendant qu'exerce Irène sur le prince de Grèce est bien réel. Pierre lui dévoile ainsi tous les secrets de sa famille et il fait siennes toutes les critiques qu'Irène adresse aux Oldenbourg. Malgré tout, la jeune femme sait aussi se montrer conciliante avec la famille de Pierre. Sur les conseils de Marie Bonaparte, elle accepte ainsi de se faire analyser par Barbara Lantos, mais à la condition expresse que la princesse s'acquitte du prix des séances..

En , Irène obtient enfin son divorce d’avec Lewis Sloden et son amant met immédiatement fin au séjour qu'il effectue alors en Grèce pour la rejoindre à Paris. Partagé entre ses devoirs princiers et son amour pour « la Russe », le jeune homme craint de faire aussi mauvaise figure que le roi Édouard VIII du Royaume-Uni, dont il désapprouve la conduite. Mais, au grand dam de sa famille, il choisit malgré tout de poursuivre sa liaison avec Irène..

Départ en Asie et troisième mariage thumb|Sur cette carte de l'Inde apparaissent en rouge les principales régions visitées par Pierre et Irène. En , Irène accompagne Pierre pour un long voyage anthropologique qui les conduit en Syrie, en Iran puis aux Indes.. Arrivés par voie terrestre dans ce qui constitue aujourd’hui le Pakistan (début 1938), ils entreprennent successivement des recherches dans les régions de Lahore, de Kulu, de Leh et de Srinagar. L'hiver himalayen approchant, le couple gagne ensuite l'Inde du Sud, où il passe plusieurs semaines auprès du peuple toda, sur le plateau des Nilgiris, avant de séjourner à Madras, à Kalimpong, près de la frontière tibétaine, et dans l'île de Ceylan..

Pendant leur passage à Madras, en , Pierre prend la décision d’officialiser sa liaison avec Irène en l’épousant civilement au consulat de Danemark. Connaissant les sentiments de sa famille vis-à-vis de la jeune femme mais voulant peut-être profiter des bouleversements occasionnés par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il ne prend la peine d’avertir ni la cour grecque, ni ses parents de son mariage. C'est donc à travers la presse que les Oldenbourg sont mis au courant de l'événement, quelques semaines plus tard. Scandalisé par l'attitude de son fils, qui a délibérément omis de lui demander son autorisation et celle du roi Georges II avant de se marier, le prince Georges renie Pierre et refuse désormais tout contact avec lui. Quant à la princesse Marie, elle se montre déçue par la lâcheté de son fils mais refuse de rompre avec lui et continue à lui verser régulièrement de l'argent...

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale