Philippe Mohlitz est le nom d'artiste d'Émile Philippe Magaudoux, graveur français né le à Saint-André-de-Cubzac.Bordeaux d’après Bénézit, 1999, p. 700, et BnF. (Gironde) et mort le à Bordeaux..

Biographie Originaire de Saint-André-de-Cubzac, Philippe Mohlitz grandit dans cette ville au nord de Bordeaux et s’intéresse au dessin très jeune. Il se forme à Paris de 1960 à 1965 dans l’atelier de celui qu’il revendiquait comme son maître, Jean Delpech, grand prix de Rome de gravure en 1948.. Il fait ses premières armes dans le dessin technique à l’Institut géographique national et chez Mobil Oil qui lui ont laissé l’amour du . Pour lui, , et l’une de ses premières œuvres publiques, Alice (1963), montre sa maîtrise en ce domaine.

Une exposition à Rueil-Malmaison en 1964 lui fait connaître le graveur Pierre Guastalla, membre du jury, qui le remarque et lui conseille d’apprendre la gravure. Il entre alors en dans l’atelier de Jean DelpechPhilippe Mohlitz sur le site consacré à Jean-Pierre Velly. , boulevard du Montparnasse, qui sera son maître, et où il restera cinq ans. Il se rend aussi dans d’autres ateliers parisiens où il côtoie des artistes comme Georges Rubel.

En 1967, il expose à la galerie Paul Prouté, rue de Seine, et fréquente la Société des peintres-graveurs français (fondée en 1889). Dès 1970, la société Les Impénitents le contacte pour illustrer Ville volante de Marcel Béalu. Cinq ans plus tard, il met en images pour deux sociétés de bibliophiles un poème composé fin par Samuel Taylor Coleridge, La Chanson du vieux marin, déjà gravé par Gustave Doré.

À partir de 1967, les expositions se succèdent partout en France (Antibes, Paris, Avignon, Dax, Fontainebleau, Bordeaux…) et à l’étranger (Hautervie, Stuttgart, Bruxelles, New York, Tokyo, Madrid, Los Angeles, Stockholm, Oslo, Helsinki…).

En 1971, il obtient le prix Florence Gould avant d’être admis à la Casa de Velázquez à Madrid, qui n’accueille que des artistes déjà confirmés.

En 2000, il reçoit le grand prix Léon Georges Baudry de gravure de la fondation Taylor.

L’œuvre de Philippe Mohlitz, reconnu à l'échelle internationale, est principalement composé de gravures, mais comporte aussi de nombreux dessins, des sculptures et des bijoux. Ses travaux sont présents dans de nombreuses collections privées du monde entier et dans plusieurs musées ou galeries (New York, Brooklyn, Philadelphie, Paris…). À Bordeaux, le cabinet des dessins et estampes de la ville abrite douze gravures dont cinq proviennent d’un don de l’artiste fait en 1978 et sept autres qui font partie d’une collection de Robert Coustet mise en dépôt au musée en 2005.

Mohlitz vivait à Bordeaux et y a travaillé jusqu’aux derniers jours de sa vie .

L'œuvre Technique Les préférences de Philippe Mohlitz vont au burin plutôt qu’à l’eau-forte en raison de la rigueur et la netteté du trait qui exclut le hasard. Il grave ses planches en suivant avec plus ou moins de fidélité ses dessins à la plumeBernard Letu, Mohlitz, dessins, Paris, 1977.. La technique qu'il utilise pour réaliser ses estampes est celle de la taille-douce sur cuivre comme les anciens :

Son travail, très minutieux dans sa réalisation, consiste à réaliser directement sur le métal un dessin à la pointe sèche, partiellement effaçable car celle-ci n’égratigne le métal qu’en surface, avant de reprendre chaque trait et de le creuser en dégageant des copeaux plus ou moins profonds avec des burins de différentes formes qui, après encrage, font apparaître des valeurs plus ou moins fortes allant du blanc au noir. Il n’y a pas de repentirs possibles car les erreurs sont quasiment irrattrapables.

Les tirages sous presse, de 100 exemplaires au maximum, sont faits par des professionnels sur des papiers de qualité parfois teintés : Arches, Rives, Hahnemühle, Moulin Richard de Bas voire Japon. Les formats vont de à .

Certaines gravures complexes peuvent demander jusqu’à six mois de travail. Pour les amateurs d’art sa finesse d’exécution fait qu’il

Influences Les sujets extrêmement variés choisis par Mohlitz lui donnent une place éminente dans l’histoire de la gravure où il apparaît souvent comme un chef de file du courant fantastique contemporain, du moins comme celui de l'école fantastique de Paris.

Il se définit lui-même comme un , ou un capable de représenter tout ce qui est figurable. Plantes, animaux, personnages, architectures ou machineries complexes sont montrés avec un réalisme puissant dans des situations imaginaires surprenantes. Cela explique que de multiples liens et affinités semblent traverser son œuvre très riche. Il se dit lui-même inspiré par des artistes comme

On peut également évoquer Jérôme Bosch, Pieter Brueghel l'Ancien, Giovanni Battista Piranesi, Jacques Callot, Francisco Goya, Rodolphe Bresdin, Odilon Redon, les surréalistes, Edgar Allan Poe, Franz Kafka,  Lewis Carroll dont il reprend souvent le personnage d’Alice, Edvard Munch, James Ensor ou, aujourd'hui, Érik DesmazièresQui a aussi étudié avec Jean Delpech. et Jean-Pierre Velly.

Un créateur libre Dans la préface du livre publié en 2010, Gravures et dessins 1965-2010, Maxime Préaud prévient d’emblée :

Tout semble dit sur ce personnage secret, voire ombrageux, sur lequel de très rares interviews ou documents ne jettent qu’une faible lumière en dépit d’une longue carrière de graveur, commencée en 1965 avec Vierge à la sarbacane. Mohlitz est un libre graveur comme d’autres sont libres-penseurs.

Christophe Loubes retrace brièvement ce cheminement dans un article intitulé « 50 ans d’indépendance »Christophe Loubes, « 50 ans d’indépendance », Sud-Ouest, 20 octobre 2015., lors d’une rétrospective de son œuvre que lui consacrait l’Atelier 109 à Bordeaux. Dans ce billet Mohlitz précise ce qui le caractérise :

On ne peut comprendre Philippe Mohlitz sans un humour qu’il applique d’abord à lui-même, mais pour connaître son travail, il n’y a pas d’autre moyen que de regarder en détail ses œuvres. Si l’artiste récuse toute interprétation psychologisante de son travail, car , il est néanmoins utile de s’efforcer d’en pénétrer les richesses :

Les thèmes

Son goût le porte vers des thèmes imaginaires ou fantastiques souvent représentés dans un style qui évoque la bande dessinée. Rien ne lui est étranger : religion, mythologie, art, érotisme, guerre, architectures variées, décombres et bric-à-brac, machineries sophistiquées, animaux divers, avions et navires en ruine, personnages bizarres et décalés, ciels chargées de nuées, paysages apaisés ou jungles farouches… 

Il n’illustre habituellement pas de sujets choisis à l’avance par d’autres, mais crée en revanche de toutes pièces des univers de fiction insolites et complexes, parfois angoissants, en dépit d'un humour décalé qui adoucit la force. Il faut parfois beaucoup de temps pour découvrir la richesse de son travail et l’on se perd souvent dans ses gravures, lui y compris (Planche où je me suis perdu, 1972).

Tout est mystère et dépaysement chez Mohlitz car les personnages et les situations, souvent absurdes ou voués à l’anéantissement, apparaissent dans des lieux étranges avec une temporalité incertaine qui emprunte librement aux différentes époques de l’histoire pour nous faire perdre nos repères habituels (Les Navigateurs, 1992).

Les architectures sont classiques (L'Église, 1975), mais peuvent être radicalement imaginaires (Fuite en Égypte, 1967 ; La Ligne, 1990). Et les machineries anciennes ou les navires en rade qu’il affectionne présentent un délabrement souvent inquiétant. La végétation elle-même, qui pourrait rassurer de prime abord au milieu des ruines ou des épaves, apparaît finalement menaçante telle une jungle indomptable qui étendrait partout son emprise, comme si en définitive le débordement de la vie était aussi dangereux que la mort (12 ans après, 1978).

Des raz-de-marée ou des animaux étranges surgissent de nulle part comme dans un cauchemar (L'Arrivée de l'iguane, 1974). Les poursuites infernales n’ont ni commencement ni fin (Cavalier poursuivi, 1970), les assauts sont dantesques, et les batailles, féroces (La Tour, 1978).

Dans cette gravure, qui est l’une des plus célèbres de l’artiste, une multitude de guerriers armés jusqu’aux dents montent à l’assaut de cet édifice qui touche le ciel telle une tour de Babel, affublés de képis, bicornes, casques ou même scaphandre, pendant que des civils hagards et désemparés sont aux prises avec cette soldatesque violente et confuse.

Dans d’autres travaux (Les Pilleurs d’épaves, 1977 ; Dogger Bank, 1975), ce sont peut-être aussi les guerres, ou les tempêtes, qui ont réussi à détruire en grande partie ces vaisseaux échoués dans d’obscurs cimetières marins parfois surplombés de nuées menaçantes :

Mais les personnages figurés par Mohlitz ne sont pas plus épargnés que les machineries qu’il aime représenter avec force détails. Sous son burin les hommes comme les femmes sont multiples, dont lui-même (Autoportrait pluriel, 1987). Dans Le Ministère de la Santé, 1977 une surveillante affublée d’une curieuse coiffe, sans doute la marque de son pouvoir, tient son petit monde de grabataires mâles à sa merci. Un malade à l’agonie, proche de la mort, a déjà son auréole de béatitude. Au-dessus de lui trône un portrait de saint qui ressemble à Mohlitz, mais un autre

Toutefois Françoise Garcia souligne que le monde de cet artiste

Car chaque estampe est une œuvre unique par sa conception comme son expression grâce aux nombreux points de vue dans l’espace et le temps qui se combinent et dialoguent librement entre eux. Certaines sont plus apaisées que d’autres même si souvent les oppositions entre les valeurs claires et sombres renforcent l’aspect surprenant de l’image pour créer chez le spectateur une « inquiétante étrangeté » qui le déloge de ses certitudes habituelles. Mais grâce à la poésie si présente dans son œuvre , les chaos potentiels peuvent s’adoucir comme par enchantement, ou se teinter d’humour noir comme celui qui transparaît dans l’une de ses plus surprenantes gravures, La Noce menacée (1978).

Dans celle-ci, le jeune couple en contrebas qui vient de se marier ne sait encore rien d’une créature démoniaque et lubrique embusquée derrière l’église qui pourrait entamer son innocence, mais que l’observateur mis en position de spectateur connaît déjà parce qu’il domine l’ensemble de la scène tel un démiurge, grâce à un sidérant effet de perspective plongée.

Les liens avec sa ville En dehors de ses périodes de formation, et malgré une carrière internationale, Philippe Mohlitz a principalement vécu et travaillé dans sa ville de Bordeaux à laquelle il est très attaché et où il exposait régulièrement, même si, dans les derniers temps, il a dû renoncer à la gravure pour se consacrer plutôt au dessin, .

Françoise Garcia rappelle dans son article que comme le montre son Paysage bordelais de 1980, et Le Lapin sur la ville, 1979, où le corps de cet animal écorché épouse de façon protectrice le plan de cette ville délimitée à l’autre extrémité par la Garonne et le port de la Lune qui sont les lieux emblématiques de la cité.

Peut-être est-il possible de faire le lien avec ce commentaire figurant dans le manuscrit du musée du Prado au sujet de la célèbre gravure des Caprichos de Francisco de Goya — Le sommeil de la raison engendre des monstres — qui révèle le sens profond de cette estampe : , ce qui prend aussi tout son sens pour Mohlitz.

Expositions

Publications ISBN figurant dans le livre et dans le catalogue de la BnF.

Carnet de dessins, Mader, 2012, 170 p., 85 reproductions de dessins

Livres illustrés Marcel Béalu, Ville volanteNotice bibliographique., burin de Kiyoshi Hasegawa, eaux-fortes de Philippe Mohlitz, Paris, Les Impénitents, 1970