La bataille de Smara est livrée entre les 5 et pendant la guerre du Sahara occidental à Smara. Les forces armées royales du Maroc repoussent une importante attaque du Front Polisario sur la ville.
Mouvement politique réclamant l'indépendance du Sahara occidental, le Front Polisario prend les armes dès 1975 contre les voisins mauritaniens et marocains qui s'allient et se partagent le territoire à la suite de la marche verte et des accords de Madrid. Concentrant leurs efforts sur le maillon faible de cette alliance, à savoir la Mauritanie jusqu'à sa neutralisation dans le conflit en 1978, les indépendantistes vont lancer une offensive meurtrière à l'encontre du Maroc à partir de 1979, le poussant à abandonner plusieurs localités dans l'est du territoire.
Smara, ville sainte et seconde agglomération du Sahara occidental, est d'une importance capitale tant sur le plan politique que stratégique. La perte de cette ville serait une catastrophe pour le Maroc. Harcelée à de nombreuses reprises durant toute l'année, la ville est ceinturée d'importantes défenses avant la bataille.
Les colonnes polisariennes bombardent les positions marocaines dès la nuit du 5, puis lancent l'assaut sur Smara le lendemain et arrivent à pénétrer dans la ville par le sud-est. Les combats sont intenses, parfois au corps à corps. L'intervention de l'aviation marocaine, utilisant les tout nouveaux Mirage F1 achetés à la France, change l'issue du combat et provoque la retraite des polisariens.
Toutes les sources confirment qu'il s'agit de la bataille la plus violente menée depuis le début du conflit, les deux camps revendiquant chacun avoir tué plus de . Dans leur repli, les combattants du Polisario emmènent plus de sahraouis et font marocains.
Contexte Contexte historique La colonisation du Sahara occidental par l'Espagne débute en 1884, mais n'est confirmée qu'après la conférence de Berlin. Le territoire est habité par des tribus nomades d'origine arabo-berbère hostiles à la présence d'Européens. Dès 1885, le chef religieux maure Ma El Aïnin lance un appel à la guerre sainte contre les colonisateurs français et espagnols dans la région. Armé et financé par le Maroc contre la reconnaissance de la souveraineté de celui-ci sur le Sahara espagnol et la Mauritanie, il va mener la résistance jusqu'à sa mort le à Tiznit.
Un protectorat franco-espagnol est rapidement instauré sur le Maroc dès 1912. L'Espagne a enfin les mains libres pour renforcer son administration sur les territoires de Río de Oro et de Seguia el-Hamra, et contrôle également le nord du Maroc, le cap Juby et l’enclave d'Ifni. Le Maroc ne recouvre son indépendance qu'en 1956. Le protectorat français prend fin tandis que seule la zone nord du protectorat espagnol est restituée. Dès lors, sous l'impulsion de nationalistes tels que Allal El Fassi et son parti de l'Istiqlal, reconstituer l'intégrité territoriale avec l'idée d'un , regroupant la Mauritanie, une partie du Mali, une partie du Sahara algérien et le Sahara occidental devient un objectif primordial. Dès 1957, le Maroc finance et arme l'armée de libération nationale née dans le Rif et le Moyen Atlas entre 1953 et 1955. L'ALN déclenche la guerre d'Ifni et s'attaque à l'occupant espagnol à Ifni, au cap Juby et au Sahara occidental, et même français du côté de Tindouf et la Mauritanie. L'opération Écouvillon lancée le , conjointement par les armées françaises et espagnoles, finit par écraser les combattants de l'ALN qui sont repoussés vers le nord, tandis que du côté d'Ifni, tous les postes espagnols sont tombés aux mains des Marocains mis à part le chef-lieu Sidi Ifni. Le , des accords sont signés entre le gouvernement espagnol et le Maroc, et le cap Juby est rétrocédé au Maroc. Puis en 1969, c'est au tour de Sidi Ifni d'être abandonné au Maroc, conformément à la résolution 2072 de l'Organisation des Nations unies (1965), appelant à la décolonisation d'Ifni et du Sahara occidental. Cependant, l'Espagne refuse toujours de lâcher le Sahara occidental.
Le Front Polisario, qui voit le jour le à Zouerate en Mauritanie, mène ses premiers faits d'arme contre des garnisons espagnoles au Sahara. Entre-temps, le Maroc, qui revendique le Sahara occidental depuis la visite à M'Hamid El Ghizlane du défunt souverain Mohammed V en 1958, appelle toujours au départ des Espagnols tandis que la Mauritanie commence également à avoir des vues sur ce territoire. Le , l'avis consultatif de la Cour internationale de justice confirme l'existence de liens historiques entre les populations du Sahara occidental et le Maroc, ainsi que l'ensemble mauritanien. L'avis conclut cependant qu'ils ne sont pas de nature à empêcher un référendum d'autodétermination, en y rendant inapplicable la notion de . Quelques jours plus tard, le Roi du Maroc Hassan II, organise la marche verte (), qui se révèle être un véritable coup de poker débouchant sur le partage du territoire entre le Maroc et la Mauritanie, à la suite des accords de Madrid le . Entre-temps, sous les ordres d'Ahmed Dlimi, l'armée marocaine s'empare des localités de , Haouza, puis , et ont lieu les premiers affrontements entre Marocains et Sahraouis indépendantistes.. vignette|Partage de l'ex-Sahara espagnol entre la Mauritanie et le Maroc en janvier 1976.|alt=Carte du Sahara occidental. Le sud du pays, jusqu'à une ligne Dakhla-Bir , est contrôlé par la Mauritanie, la partie nord l'étant par le Maroc. Les troupes marocaines investissent Smara le , malgré le harcèlement du Polisario, puis Laâyoune le .. La Mauritanie s'empare du sud du Río de Oro. L'Algérie tente d'intervenir directement dans le conflit jusqu'aux événements d'Amgala début 1976. Le , le Polisario déclare l'indépendance de la république arabe sahraouie démocratique.. Les indépendantistes vont continuer le harcèlement à l'encontre de l'armée marocaine, mais vont concentrer leurs principales attaques sur la Mauritanie, beaucoup plus faible, et porter des coups dévastateurs à l'économie mauritanienne avec des raids permanents sur Zouerate, le poumon économique de la Mauritanie. Durant toute l'année 1977 et au premier semestre de 1978, les raids se multiplient jusqu'au renversement du régime de Moktar Ould Daddah le par un collectif favorable au Polisario mettant fin à la guerre. La seule cible des indépendantistes est désormais le Maroc.
Situation militaire difficile pour le Maroc vignette|Situation militaire au Sahara occidental début octobre 1979. Le Maroc a perdu le contrôle d'une grande partie de l'est du Sahara occidental.|alt=Carte du Sahara occidental. Les villes de l'ouest et du sud de la région sont contrôlées par le Maroc, celles de l'est par le Polisario. La ville de Mahbès, à l'est du Sahara et proche de l'Algérie, est toujours contrôlée par le Maroc, tandis que le Polisario contrôle Lebouirate dans le sud du territoire marocain non contesté. L'offensive Houari-Boumédiène, en mémoire du défunt président algérien Houari Boumédiène, principal soutien des indépendantistes, est lancée le par les combattants du Front Polisario. Leurs attaques contre les garnisons marocaines sont particulièrement meurtrières durant cette année 1979. Les indépendantistes n'hésitent plus à mobiliser de gros effectifs et un important matériel dans des assauts meurtriers en plein territoire marocain non contesté. Le Polisario considère ainsi être en droit d'attaquer le territoire marocain en réponse aux au Sahara occidental..
La bataille de Tan-Tan, qui mobilise et sahraouis, se révèle être un coup d'éclat politique du Polisario., et suscite chez la population marocaine et les politiciens marocains des interrogations sur les capacités et la stratégie des forces armées royales. D'autres raids meurtriers ont lieu durant le mois de juin sur Assa et Tan-Tan, toujours en plein territoire marocain..
Le , la Mauritanie déclare un cessez-le-feu unilatéral à l'encontre du Front Polisario à cause d'un putsch militaire qui a renversé l'ancien président Moktar Ould Daddah un an auparavant. La guerre trop coûteuse a plombé l’économie mauritanienne, poussant donc la Mauritanie à abandonner le sud du Río de Oro, qui est immédiatement annexé par le Maroc. L'armée marocaine investit ainsi la partie sud du Sahara et commence rapidement à sécuriser la zone. Or, les indépendantistes du Polisario sont aussi sur le coup. Le , les Sahraouis lancent une gigantesque attaque avec à et sur Bir Anzarane. L'attaque a pour but de permettre au Polisario l'accès au Río de Oro, et notamment Dakhla. Les polisariens sont repoussés au prix de lourdes pertes du côté marocain.. En représailles à l’annexion du Río de Oro, le Front Polisario lance une nouvelle série d'attaques meurtrières en territoire marocain non contesté. L'armée marocaine subit ainsi une cuisante défaite le à Lebouirate, où la base du groupe d'escadrons blindés est démantelée par les indépendantistes qui récupèrent une grande quantité de matériel militaire dont des blindés, et font de nombreux prisonniers. Près de participent à la bataille. Le , une attaque meurtrière est lancée par les indépendantistes sur Lemgat près de la place forte de Zag, et cause de lourdes pertes à l'armée marocaine..
La situation militaire est donc particulièrement difficile pour le Maroc qui n'arrive toujours pas à sécuriser son territoire face aux incursions des Sahraouis. Le Polisario utilise sa mobilité et sa connaissance du terrain pour attaquer garnisons et villes à l'aide de colonnes rapides. Les FAR ne peuvent se lancer à la poursuite des Sahraouis lorsqu'ils se replient dans leur sanctuaire de Tindouf en Algérie. L'armée marocaine souffre de sa dispersion dans un territoire grand comme la moitié de la France, réduisant sa capacité à se battre et à assurer la logistique. De nombreuses localités sont abandonnées au Polisario à cause du harcèlement continu et de la difficulté à les défendre et ravitailler : Farsia en , Haouza en , Bir Lahlou en , Tifariti fin , Amgala en , et en . Ces libérations, bien que ne s'accompagnant pas d'une occupation durable, confirment le recul du Maroc, qui ne contrôle plus que quelques agglomérations. Le , le ministre de la défense sahraoui Brahim Ghali laisse prévoir l'imminence de , mais la majorité des observateurs pensent alors que la future cible est Zag. Smara est harcelée à de nombreuses reprises durant cette année 1979. La ville subit plusieurs attaques durant le mois de mai, ainsi que le , et les et .
Importance de Smara vignette|droite|Zaouiat Cheikh Ma El Ainine à Smara.|alt=Un bâtiment en pierre sèche, avec une coupole blanche au sommet et des parements blancs, notamment autour d'une porte d'entrée.
La ville revêt une double importance : stratégique et politique. Smara est la ville sainte du Sahara occidental, et elle a été fondée par le cheikh Ma El Aïnin, célèbre personnage dans l'histoire de la région, connu pour avoir mené la guerre sainte contre les colonisateurs. Le Maroc tient en partie sa thèse de la marocanité du Sahara occidental sur le personnage du cheikh Ma El Aïnin, celui-ci ayant accepté l'aide du royaume pour mener la lutte contre les troupes françaises en échange de la reconnaissance de la souveraineté de celui-ci sur le Sahara occidental et la Mauritanie. La ville est située au centre de la province de Seguia el-Hamra, à environ à l'est de Laâyoune, et à environ à l'ouest de la frontière avec l'Algérie.. Smara se situe donc à un carrefour où se croisent les voies du désert qui, d'est en ouest vont de Tindouf à Laâyoune, et, du nord au sud, du Maroc vers Bir Moghreïn et Atar, en Mauritanie. Elle fait aussi partie du Laâyoune-Smara-Boukraa où se trouvent les riches mines de phosphate de Boukraa et la plus longue bande transporteuse du monde () qui achemine la production de phosphate des mines jusqu'au port de la ville de Laâyoune..