Juana Romani, née Giovanna Carolina Carlesimo, le à Velletri, et morte le à Suresnes, France, est une modèle et une artiste peintre italienne, active en France.

Biographie

Elle est la fille de Hjacintho (Giacinto) Carlesimo di Casa Alvieri et de Maria Anna Schiavo.

En 1876 ou 1877, sa mère devient la maîtresse de Temistocle Romani, fils d'un propriétaire terrien de Velletri. Après plusieurs années de liaison, Maria Anna et Temistocle décident de partir avec la petite fille pour Paris..

La famille s'établit au 56, boulevard du Montparnasse. Les secteurs des rues Vavin, Notre-Dame des Champs, de la Grande-Chaumière, du Maine et alentours, sont alors le fief de dizaines de familles italiennes, émigrées de la Terre des Labours, une province située au sud de la campagne romaine. Vers 1890, cette diaspora compte plus de 600 modèles qui posent dans tous les ateliers et les écoles d'art de Paris. La famille Romani est pauvre et Maria Anna et sa fille (sous le prénom de Giovanna ou de Jeanne) travaillent comme modèles.

Cependant, Filippo Colarossi s'intéresse rapidement au talent de cette jeune fille, à tel point qu'il l'invite pour dessiner au sein de l'Académie Colarossi dont il est le directeur.

Vers l'âge de 19 ans, elle décide de se consacrer exclusivement à la peinture et prend alors le pseudonyme de Juana Romani. Émancipée de son statut de modèle, elle obtient une notoriété peu égalée parmi les artistes femmes de cette époque. Sa carrière est fulgurante et elle devient (entre 1895-1904) la peintre à la mode du tout Paris fortuné de la Belle Époque.

Mais, à partir de 1904 Juana Romani commence à manifester des signes d'hallucinations paranoïaques, pages 90-94.. Le décès de Jean-Jacques Henner en 1905 l'affecte beaucoup et, en , elle est internée à l'asile des aliénés d'Ivry-sur-Seine. Sa mère meurt en 1909 et Ferdinand Roybet est alors nommé administrateur de ses biens. Malgré des rémissions temporaires., Juana Romani tombe rapidement dans l'oubli.

Son dernier internement a lieu à la maison de santé de Suresnes, où elle meurt le . Elle est inhumée au cimetière dit « Voltaire » de Suresnes ( division - allée D - tombe)..

Sur sa pierre tombale, sont inscrites ses dates de naissance et de décès. Un portrait-médaillon, réalisé quelques années plus tôt par Victor Peter (1840-1918), orne sa tombe.

Le modèle À partir de 1882, elle entretient ses premières relations dans le milieu artistique, en tant que modèle, avec le sculpteur Alexandre Falguière et surtout les peintres Jean-Jacques Henner, Victor Prouvé, Raphaël Collin, Carolus-Duran et Ferdinand Roybet.

Elle pose pour la sculpture Nymphe Chasseresse qu'Alexandre Falguière présente au Salon de 1884. L'une de ses variantes, en marbre, est aujourd'hui conservée au musée des Augustins à Toulouse.

Juana Romani et Jean-Jacques Henner

Elle est surnommée « l'Italienne » par Henner, qui l'avait fait poser de juillet à , puis d'avril à , de février à et de février à . Henner aime et peint les rousses.

Exceptionnellement, il existe un témoignage direct de Henner sur son modèle, Carolina Carlesi, grâce à une série publiée d'entretiens avec Émile Durand-Gréville. par ce dernier en 1925 :

vignette|Jean-Jacques Henner - La liseuse.|alt=|270x270px

et

À propos de La Liseuse :

La jeune Giovanna quitte le monde des modèles et devient, en 1887, son élève dans le cadre de l’« Atelier des Dames » qu’il dirige avec Carolus-Duran, destiné aux femmes, qui n'ont pas accès à l'enseignement de l'École des Beaux-Arts jusqu'en 1900. Juana garde des relations amicales avec Henner, comme en témoignent des cartes postales et de petits mots qu'elle lui envoyait.

Juana Romani et Ferdinand Roybet

Ferdinand Roybet fait poser Anna Maria Romani et sa fille Giovanna pour la première fois en 1885. Anna Maria est le modèle pour la servante au centre du tableau La Main chaude de 1885. Giovanna (devenue Juana) est le modèle de la servante rieuse dans la version de 1894. Elle est également la servante au centre du tableau Conversation galante.

Leur relation se transforme en un lien intime et ils ont une vie maritale, bien que Roybet soit marié, au 24 rue du Mont-Thabor (Paris, ), page 46.

En 1892, Roybet décide de faire son retour au Salon après vingt-cinq années d’absence. Deux portraits sont présentés, mais c’est celui de Juana Romani qui recueille tous les éloges.

Elle n’est pas travestie comme un modèle, mais bien présentée comme son élève, une élégante parisienne, à qui il dédicace sa composition.

Cette mise en abyme n’échappe pas aux contemporains : « Mlle Juana Romani, non contente d’être héroïne de Roybet, a tenu à être représentée aussi par ses propres œuvres. Rendons-en grâce à la charmante artiste et complimentons-la une fois de plus sur sa Manuela et sa Bianca Capello »Louis Cardon, Les Salons de 1892. Champs-Élysées, Champ de Mars, les Pastellistes, Blanc et Noir, l’Union libérale, Paris, Georges Petit, 1892, ..

Outre l’officialisation de leur relation, Juana Romani cherche à dépasser l’image d’une Manette Salomon, un modèle devenu maîtresse. Elle reste toutefois l’élève mais elle devient peintre. Exposés tous deux à la Société des Artistes français, leurs tableaux figurent régulièrement dans la presse illustrée. Il n’est pas rare de retrouver dans le même numéro de L’Art français ou de L’Illustration, leurs œuvres conjointement reproduitespar exemple, dans le numéro de L’Illustration , Noël 1905, figurent Homme au manteau rouge de Roybet et Desdémone de Romani..

Parallèlement à cette stratégie commune, Juana profite du carnet d’adresses de Ferdinand Roybet pour rencontrer des critiques, écrivains, mécènes et le Tout-Paris fortuné :

Angelo Mariani, dont les appuis profitent à Juana quand son talent seul ne suffit pas. En 1901 elle invita les frères Lumière à Velletri, et ils firent don à la ville d'un projecteur, qui a facilité l'ouverture d'un des premiers cinémas en Italie. En 1901 elle fait don de 5000 lires pour la fondation d'un prix annuel à l'école d'Art de Velletri. Quatre ans plus tard il était renommé officiellement Scuola d'Arte Juana Romani, un nom porté jusqu'en 2011.

Juana Romani et Armand Silvestre

Le poète, homme de lettres et critique Armand Silvestre lui voue une véritable vénération. Il compose des poèmes inspirés par ses tableaux et consacre des critiques élogieuses à son égard. Par exemple, dans l'Album Mariani, publié en 1896 il écrit :

Dans Paris-Noël de 1892 Armand Silvestre lui dédicace un poème, illustré par le tableau Femme à la rose.

À son tour, Juana lui a dédicacé son tableau Giovanella, exposé au Salon des Artistes français en 1893.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’en 1892, Silvestre est nommé inspecteur des beaux-arts et, qu’à ce titre, il a pu jouer un rôle dans l’acquisition par l’État de deux tableaux, Primavera en 1895 (aujourd'hui au Musée des beaux-arts d'Orléans) et Salomé en 1898 (aujourd'hui au Musée d'Orsay).

Juana Romani et les médias

Les journaux nationaux publiaient chaque année des informations sommaires sur le Salon des artistes français et des revues spécialisées des critiques de certains tableaux exposés. Mais, en plus, il existait des revues de mode, de culture générale, qui publiaient des gravures ou photographies des tableaux. Certains œuvres de Juana figurent parmi ces publications, ce qui permet de les dater et de leur donner un titre.

Le la revue Art français : revue artistique hebdomadaire publie sur sa couverture le tableau Bianca Capello. En 1893 L'Œuvre d'ArtL'Œuvre d'Art : publie une reproduction de Giovanella. Revue Paris-Noël publie à sept reprises (1892, 1893, 1894, 1895, 1897, 1900 et 1901), soit un portrait, soit un tableau de Juana sur sa couverture.

L'infante de Juana Romani paru dans la revue La Famille N° 800 du Portrait de Mlle. May Gibson dans L'écho de Paris-Salon, L'art en France de Charles Yriarte, 1895 Fior d'Alpe dans Le Panorama Salon 1896, éditeur Ludovic Baschet et dans Le Monde moderne, vol. 3, 1896. Cocorico, numéro spéciale N°51, 1901. publie une gravure de son tableau Infante et un petit texte de Juana :

Le , le magazine Femina la remarque parmi sept artistes femmes présentes au Salon.

Juana Romani et la publicité

Le sponsoring de personnalités en vue (sportifs, acteurs, artistes etc.) a débuté vers la fin du . Il prenait la forme, soit de cartes d'images, distribuées avec un produit de la marque et destinées à être collés dans un album, soit d'albums publicitaires où les personnalités vantaient les mérites de la marque.

Le plus connu du premier type a été réalisé par l'enseigne Félix Potin et les trois Collections Félix Potin, ou plus de 1500 personnalité figurent entre 1898 et 1925. Juana Romani figure dans la deuxième série.

Les Albums Mariani, dont il existe quatorze volumes, étaient tirés en un grand nombre d'exemplaires (environ par volume). Juana Romani figure dans deux de ces albums.

Angelo Mariani est un industriel de la boisson (Vins Mariani, un mélange de vin, extraits de feuilles de Coca, précurseur de Coca-cola) et de produits dérivées (des bonbons à la cocaïne par exemple !).

On constate qu'en 1896, Juana s'est mise en scène avec plusieurs bouteilles de vin Mariani à la coca et une branche de cet arbuste. À cela, elle a ajouté une petite phrase :

Pour les parfums Lentéric : Le Tintoret a fait le miracle de Saint-Marc ; Lentéric a fait le miracle du parfum exquis la Féria On trouve Juana dans la deuxième collection de Félix Potin. Un album pour la société Lefranc, fournisseurs de produits pour artistes : La couleur, pour un peintre, c'est ce qu'il y a de plus difficile - mais c'est la matière la plus précieuse quand l'on sait s'en servir. Sur une autre (non-identifiée) collection d'images.

Ceci implique clairement que Juana Romani, à la fin de , était une « Personnalité » reconnue.

Juana Romani la peintre

Vers 1887, Juana cesse de poser comme modèle afin de se consacrer exclusivement à son propre art. Elle peignait, au début, sous son nom : Carolina Carlesimo di Casalvieri, mais également signe Veliterna Romains Juana. En 1888 elle adopte définitivement le pseudonyme Juana Romani.

Entre 1888 et 1892 Juana se transforme : au début elle était la modèle de..., puis l'élève de..., puis maitresse/épouse de... et enfin l'artiste talentueuse, Juana Romani.

À vingt-et-un ans, elle commence sa carrière artistique « professionnelle » en présentant au Salon des Artistes français de 1888 une aquarelle représentant La gitane. Carolus-Duran, qui encadre l’atelier qu’elle fréquente, l’a explicitement soutenue en demandant à son collègue Jean-Jacques Henner d’infléchir les membres du jury en sa faveurLettre de Carolus-Duran à Henner, Paris, 25 mars 1888, archives musée Henner : « Mon cher ami, Je te remercie de ce que tu veux bien faire pour mes recommandés et puisque tu as la gentillesse de te charger d’appuyer nos amies, voici encore le nom que je te recommande chaudement et spécialement : Juana Carlesimo (notre Juana Romani). Je te serais reconnaissant de faire tout ton possible pour la faire accepter et avec un bon numéro si c’est possible. Recommande-la à Lefebvre et tous les membres que tu pourras car je ne peux assister aux premières séances de sélection. En cas d’échec, Tâche, je te prie, à la révision de faire reprendre son portrait Gitane – nº 2177 – Je compte sur toi et te serre affectueusement la main. Carolus-Duran ».

Elle expose régulièrement au Salon de la Société des artistes français de 1888 à 1904. Selon le Catalogue illustré du Salon des artistes françaisCatalogues illustrés du Salon des artistes français : , les tableaux exposés par Juana sont :