thumb|Deux code talkers en action en Australie en 1943. vignette|Monument dédié aux code talkers à Ocala.

Un ( « parleur de code ») est une personne qui parle en utilisant un langage codé.

Il est plus fréquemment utilisé pour décrire les Amérindiens qui ont servi dans le Corps des Marines des États-Unis dont la tâche principale était la transmission de messages tactiques codés. Ces hommes transmettaient ces messages via les téléphones ou radios militaires en utilisant des codes formels ou informels reposant sur leur langue maternelle. Leur service fut très précieux en améliorant la sécurité des communications de l'essentiel des opérations en ligne de front durant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais ne parvenant pas à les décrypter.

Cette histoire est fortement associée aux locuteurs Navajos spécialement recrutés pour le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale.. Néanmoins, outre les Navajos, il y avait aussi des Cherokees, Chactas, Lakotas, Mesquakies et Comanches. L'armée américaine utilisa d'abord les Chactas lors de la Première Guerre mondiale après que les Allemands eurent cassé son code.

L'histoire des Navajos engagés comme codeurs lors de la Seconde Guerre mondiale est notamment au cœur de l'intrigue du film Windtalkers : Les Messagers du vent (2002).

Chactas vignette|Choctaws codeurs. Pendant la Première Guerre mondiale, l'armée américaine utilise des Chactas pour ses communications chiffrées, ils sont plus rapides que les machines à coder..

Un commandant de compagnie de l'armée américaine, le capitaine Laurent, entendit Salomon Louis et Mitchell Bobb converser dans la langue Chacta. Il trouva huit hommes de la tribu chacta dans le bataillon. En tout, quatorze Amérindiens chactas de la d'infanterie de l'armée américaine furent formés pour l'utilisation de leur langue dans un cryptage. Ils ont aidé les Forces expéditionnaires américaines à gagner plusieurs batailles clés pendant l’offensive Meuse-Argonne, et lors de la dernière grande poussée allemande de la fin de la guerre. Moins de 24 heures après le début de l'usage de langue chacta, le cours de la bataille avait tourné. En moins de 72 heures, les Allemands battaient en retraite et les Alliés étaient de nouveau à l'attaque.

Cherokees

La première fois que des Amérindiens ont été utilisés dans l'armée américaine pour transmettre des messages pendant des combats, ce fut un groupe de soldats Cherokees de la d'infanterie américaine, servant aux côtés des Britanniques pendant la Seconde bataille de la Somme. Selon l'officier des transmissions de la division, cela eut lieu en . Leur unité était sous commandement britannique à l'époque Stanley, Captain John W. Personal Experience of a Battalion Commander and Brigade Signal Officer, 105th Field Signal Battalion in the Somme Offensive, September 29 – October 8, 1997. U.S. Army, 1932..

Comanches thumb|left| de la de communication. right|thumbnail|Table de codage du Comanche Hugh F. Foster Jr.

Adolf Hitler était au courant de l'utilisation fructueuse des pendant la Première Guerre mondiale. Il envoya une équipe d'une trentaine d'anthropologues pour apprendre les langues amérindiennes avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Mais il s'est avéré trop difficile pour eux d'apprendre les nombreuses langues et dialectes existants. Cependant, à cause des tentatives des anthropologues allemands d'apprendre les langues amérindiennes, l'armée américaine ne mit pas en œuvre de programme de à grande échelle sur le front européen. Néanmoins, quatorze Comanches « parlant le code » ont pris part au débarquement de Normandie, et ont continué à servir dans la d'infanterie au cours d'autres opérations européennes. Des Comanches de la de communication (4th Signal Company) ont compilé plus de 100 termes de code en utilisant des mots ou des phrases de leur langue. En utilisant une méthode de substitution similaire au Navajo, le mot de code comanche pour un char était « tortue. », celui du bombardier était « oiseau enceint », « machine à coudre » désignait une mitrailleuse. et Adolf Hitler est devenu « l'homme blanc fou. ». Deux comanches furent assignés à chaque régiment, les autres restèrent au siège de la d'infanterie. Peu après le débarquement sur Utah Beach le , les Comanches commencèrent à transmettre des messages. Certains furent blessés, mais aucun ne fut tué.

En 1989, les comanches Charles Chibitty, Roderick Red Elk, et Forrest Kassanavoid furent nommés chevaliers de l'Ordre national du Mérite par le gouvernement français Comanche Code Talker Charles Chibitty Dies..

Une délégation de 18 représentants de la nation comanche et de la CIVA (Comanche Indian Veteran Association) sera présente pour les festivités du du débarquement, notamment à Tilly-sur-Seulles lors du du livre de la bataille de Normandie le .

Le , pour la première fois depuis 70 ans, à l'initiative des musées de Utah Beach et de Tilly-sur-Seulles, une cérémonie en hommage aux code talkers comanches et plus largement à tous les Amérindiens ayant combattu pour la libération de l’Europe est organisée sur la plage d'Utah Beach.

Meskwakis

Des hommes de la tribu Meskwaki utilisèrent leur langue contre les Allemands en Afrique du Nord. Vingt-sept Meskwakis, soit 16 % de la population Meskwaki de l'Iowa à cette époque, se sont enrôlés dans l'armée américaine en .

Basques Le capitaine Frank D. Carranza eut l'idée d'utiliser la langue basque pour l'encodage en , en rencontrant environ 60 marines d'ascendance basque dans un camp de San Francisco Egon arretaz egunari, Xabier G. Argüello, El País, août 2004. Juan Hernani, La orden de desembarco en Guadalcanal se dió en vascuence para que no lo descubrieran los nipones, El Diario Vasco, 26 décembre 1952, citant le Revista General de Marina. Références bibliographiques sur Euskomedia. Mikel Rodríguez, Los vascos y la II Guerra Mundial, Euskonews & Media 301.. Ses supérieurs se méfièrent.

35 jésuites basques se trouvaient à Hiroshima, dirigés par Pedro Arrupe. En Chine et aux Philippines, il y avait une colonie de joueurs jai alai basques et il y avait des partisans basques en Asie. Les Basques américains furent gardés éloignés des zones de guerre, ils ont d'abord été utilisés dans des tests et dans la transmission des informations logistiques pour Hawaï et l'Australie. Le , les lieutenants Nemesio Aguirre, Fernández Bakaicoa et Juanna reçurent un message codé en basque de San Diego destiné à l'amiral Chester Nimitz, pour l'alerter de l'opération Apple ayant pour but de chasser les Japonais des îles Salomon. Ils traduisirent également la date du début de l'opération, le , pour l'attaque de Guadalcanal. Alors que la guerre s'étendait sur le Pacifique, il y avait une pénurie de bascophones et le programme Navajo préparé en parallèle, fut préféré.

En 2017, Pedro Oiarzabal et Guillermo Tabernilla publient une étude réfutant cette histoire. Selon eux, Carranza, Aguirre, Bakaicoa ou Juanna sont introuvables dans les archives nationales américaines ou celles de l'U.S. Army. Ils trouvèrent bien quelques Marines avec des patronymes basques, mais aucun affecté aux transmissions. Ils suggèrent que l'histoire de Carranza était une opération de l'OSS montée afin d'attirer la sympathie des services de renseignement américains auprès des nationalistes basques.

Navajos Alphabet Mot de code (anglais) Mot codé (navajo) Orthographe moderne A Ant Wol-la-chee B Bear Shush C Cat Moasi D Deer Be E Elk Dzeh F Fox Ma-e G Goat Klizzie H Horse Lin I Ice Tkin J Jackass Tkele-cho-gi K Kid Klizzie-yazzi L Lamb Dibeh-yazzi M Mouse Na-as-tso-si N Nut Nesh-chee O Owl Ne-ash-jah P Pig Bi-sodih Q Quiver Ca-yeilth R Rabbit Gah S Sheep Dibeh T Turkey Than-zie U Ute No-da-ih V Victor a-keh-di-glini W Weasel Gloe-ih X Cross Al-an-as-dzoh Y Yucca Tsah-as-zih Z Zinc Besh-do-gliz thumb|Lettre recommandant l'utilisation des Navajos, 1942, première page. thumb|Seconde page.

Philip Johnston, un ingénieur civil de Los Angeles., proposa l'utilisation du Navajo pour le Corps des Marines des États-Unis au début de la Seconde Guerre mondiale. Johnston, qui était un vétéran de la Première Guerre mondiale, grandit dans la réserve navajo du fait qu'il était le fils d'un missionnaire envoyé chez les Navajos. Il était l'un des rares non-Navajos qui parlaient leur langue couramment. Parce que le navajo a une grammaire complexe, il n'est que difficilement intelligible, même pour ceux qui comprennent des langues proches, de la famille na-dené. De plus, le navajo était à l'époque une langue non écrite. Johnston s'aperçut que le navajo répondait à l'exigence militaire pour créer un code indéchiffrable. Le navajo est parlé uniquement sur les terres navajos du Sud-Ouest américain, de plus sa syntaxe et ses sonorités, sans parler de ses dialectes, sont inintelligibles à quiconque ne possédant pas une grande connaissance de cette langue. On estime que lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, moins de 30 non-Navajos pouvaient comprendre la langue.

Au début de 1942, Johnston eut un entretien avec le général Clayton B. Vogel et le général commandant le Corps amphibie de la flotte du Pacifique. Johnston organisa des tests dans des conditions de combat simulés qui démontrèrent que les Navajos pouvaient coder, transmettre et décoder un message de trois lignes en anglais en 20 secondes, contre 30 minutes pour les machines de l'époque. L'idée fut acceptée, Vogel recommanda que les Marines recrutent 200 Navajos. Les 29 premières recrues navajos incorporèrent le camp d'entraînement en . Ce premier groupe créa ensuite le code navajo au camp Pendleton à Oceanside en Californie Navajo Code Talkers: World War II Fact Sheet sur Naval historical center.. Le code navajo fut officiellement développé et modélisé sur le même alphabet phonétique que celui de la marine et de l'armée américaine (le ), qui utilise des mots anglais entiers pour représenter des lettres (voir alphabet radio). Comme il fut constaté que dire lettre par lettre l'orthographe phonétique pour les termes militaires — en combat — mettait trop de temps, certains termes, concepts, tactiques et instruments de guerre ont eu des nomenclatures descriptives uniquement en navajo (le mot « pomme de terre » est utilisé pour se référer à une grenade à main, ou « tortue » à un char, par exemple). Plusieurs de ces mots-valises (comme , littéralement « va plus vite », se référant à des chaussures de course, « bâtons d'encre » pour stylos) sont entrés dans le vocabulaire du Corps des Marines et sont couramment utilisés aujourd'hui pour désigner les objets appropriés.

Un dictionnaire fut conçu pour enseigner les nombreux mots et concepts aux nouveaux initiés. Le texte était réservé pour le seul enseignement du code Navajo, et ne devait jamais être emporté sur le champ de bataille. « Ceux qui parlent le code » mémorisèrent toutes ces variations et pratiquaient l'utilisation rapide du code dans des conditions stressantes pendant la formation. Les non-initiés au navajo n'auraient eu aucune idée de ce que les messages de « ceux qui parlent le code » pouvaient signifier.

Les Navajos « qui parlent le code » furent félicités pour leur rapidité, compétence et précision pendant toute la guerre. Lors de la bataille d'Iwo Jima, le major Howard Connor, officier de transmissions de la des Marines, eut six navajos qui se relayèrent sans interruption pendant les deux premiers jours de la bataille. Ces six hommes envoyèrent et reçurent plus de 800 messages sans faire d'erreur. Connor déclara plus tard : « Sans les Navajos, les Marines n'auraient jamais pris Iwo Jima ».