Michel Jazy, né le à Oignies (Pas-de-Calais) et mort le à Dax (Landes), est un athlète français. Mesurant pour , spécialiste de la course de demi-fond, il est licencié tout d'abord au Club olympique de Billancourt (CO Billancourt) puis au Club athlétique de Montreuil 93 (CA Montreuil) de 1956 à 1968.
Il a amélioré , et , sur des distances variant du au mais il est aussi célèbre pour sa longue rivalité avec Michel Bernard, bien que ce dernier l'ait aidé à battre certains records du monde et soit à l'origine de la médaille d'argent de Jazy lors des Jeux olympiques de Rome en 1960. Outre cette médaille, il remporte deux titres européens, à Belgrade en 1962 sur 1 500 mètres puis à Budapest en 1966 sur .
Michel Jazy a marqué le sport français des années 1960 et ses tentatives de record du monde ont même eu droit à des retransmissions télévisées. Sa rivalité avec Michel Bernard éteinte, Jazy se trouve un nouveau rival, après une déception aux Jeux de Tokyo, en la personne de Ron Clarke : l'émulation qui naquit de cette rivalité lui a permis de battre quatre records du monde, cinq d'Europe et neuf de France durant le seul mois de .
Biographie Jeunesse Michel Jazy nait le à Oignies, de parents polonaisSes origines polonaises expliquent la variante Michal employée alors qu'il était enfant et sa naturalisation tardive., dans la rue où viendra au monde Guy Drut quatorze ans plus tard. Son grand-père, ouvrier agricole, fuit la Pologne dévastée après la Première Guerre mondiale et, suivant les rumeurs d'embauche dans les mines du Nord de la France, s'installe à Oignies avec sa femme et sa fille, près de la fosse 1 des mines d'Ostricourt dans laquelle il travaille par la suite.. Peu après la naissance de Michel, sa mère doit aller travailler dans une brasserie lilloise, à ; son père, mineur, n'est pas disponible non plus pour l'élever, la tâche incombe alors à sa grand-mère, Baboucha. Il s'oppose souvent à son instituteur qui le frappe en réponse et les marques laissées par les coups forment des zébrures ; par ailleurs, Michel Jazy joue beaucoup au football et est toujours dans les derniers à quitter le terrain.
Pendant toute son enfance, Michel Jazy a une très bonne santé, courant même pieds nus ; comme il n'use pas ses souliers, sa grand-mère lui permet de jouer tant qu'il le veut. Il rate même parfois le déjeuner ou le dîner pour jouer au football mais, en 1946, peu après la Seconde Guerre mondiale, il découvre la course à pied à travers une course organisée pour la ducasse. Comme il n'a que dix ans, on lui interdit d'y participer mais il parvient néanmoins à prendre le départ avec la petite centaine de concurrents adultes tout en gardant ses sabots de bois, qu'il enlève plus loin. Il termine de la course et remporte les 5 francs donnés en guise de récompense pour la participation. À cette époque, il trouve que la et il préfère le football, considérant comme des , bien qu'il n'envisage pas une carrière footballistique.
À douze ans Michel Jazy perd son père emporté par la silicose ; c'est à cette époque qu'il prend la résolution de ne pas devenir mineur, malgré ses résultats scolaires décevants. Entre-temps, sa mère est partie travailler à Paris et Michel n'entretient plus qu'une relation épistolaire avec elle. Il continue la pratique du football auquel il consacre la quasi-totalité de son temps libre mais reste mauvais à l'école, toujours battu par son instituteur. Ses relations avec ce dernier sont telles que celui-ci lui refuse l'autorisation de se présenter au certificat d'études primaires. Vexé mais toutefois inscrit, Michel Jazy décide à trois semaines de l'épreuve de travailler à l'insu des autres, sacrifiant ainsi quelques matchs ; faute de temps, il ne révise qu'un gros tiers du programme. La chance lui sourit cependant et il est reçu dans les premiers, ravissant ses grands-parents qui, en retour, le laissent faire ce qu'il veut, quitte à jouer six heures au football par jour. À Paris, sa mère, remariée depuis peu et ayant trouvé un logement, lui demande de venir habiter avec elle car elle aimerait bien le faire travailler.
Carrière sportive Débuts en athlétisme thumb|upright=0.8|Michel Jazy rencontre Emil Zátopek, en 1951, grâce à son mentor Alain Mimoun. Une fois à Paris, Michel Jazy, qui vit rue Rodier, découvre la vie de la ville qu'il et de ses habitants ; moqué pour son accent du Nord alors qu'il considère l'accent parisien comme étant lui aussi particulier, Michel Jazy regrette rapidement Oignies.. Il achète très vite un ballon et rejoint un groupe de jeunes Parisiens eux aussi footballeurs dans un patronage de la Fédération sportive de France, l'Association sportive du centre de Paris, fondé en 1942 par l'abbé Dumail et Robert Pringarbe. Deux mois après son arrivée, Michel Jazy commence à travailler dans une imprimerie, après des recherches de sa mère, notamment auprès de L'Équipe ; un an plus tard il est embauché comme groom-liftier. Il ressent à cette époque un besoin très fort de se dépenser, il monte par exemple la butte du Sacré-Cœur à pied, alors que ses amis prennent le funiculaire. C'est alors qu'un de ses amis, Gérard Marzin, décide de faire pratiquer au groupe de la course à pied un dimanche matin pour le à Meudon ; finalement, les désistements sont nombreux et seul Michel Jazy vient à la course. Le terrain étant boueux, Marzin lui donne des pointes. Jazy remporte finalement cette course de qualification et la finale le dimanche suivant. Le journal Paris-Presse consacre un article à cette victoire, ce qui décide Michel Jazy à s'inscrire au club de Marzin, le Club olympique de Billancourt.
Michel Jazy change de travail et retourne dans une imprimerie comme typographe. Au CO Billancourt, il rencontre René Frassinelli qui devient son entraîneur. En 1953, alors qu'il a dix-sept ans, il remporte le titre de champion d'Île-de-France cadet de cross-country, ce qui le qualifie pour le championnat de France. Sa passion pour l'athlétisme est alors si forte que sa seconde place derrière le Marocain Lahcen BenaissaEn 1953, le Maroc est alors encore un protectorat français et à ce titre, les Marocains sont considérés comme Français et peuvent participer aux championnats de France. le déçoit. Cette défaite écorne la fierté de Jazy qui veut tout arrêter mais grâce à Frassinelli, qui convainc sa mère que l'athlétisme est un bon sport, il continue tout de même. Il s'entraîne alors deux fois par semaine et conclut son année par un titre de champion de France cadet du 1 000 mètres en . Ce titre est néanmoins considéré comme parce que Jazy n'est toujours pas naturalisé français, sa mère attend d'avoir un peu d'argent et craint par la même occasion la conscription, bien que tentée par le bataillon de Joinville.
1955 - 1956 : un junior au sommet En 1955, Michel Jazy remporte son premier titre de champion de France junior sur .. Malgré son âge, il participe aux championnats de France seniors sur mais est éliminé par Michel Bernard, qu'il rencontre pour la première fois, dès les séries..
Lors des championnats de France de 1956, Michel Jazy accroche son premier titre, à seulement vingt ans, sur 1 500 mètres avec un temps de , devançant Michel Bernard pour la première fois de sa carrière. Au moment de sa retraite, il déclare que cette course était la dixième plus belle qu'il ait jamais courue.. Cependant, il considère que sa sélection qui en résulte est imméritée et que Bernard aurait été un meilleur choix.. Les Jeux olympiques de 1956 se déroulent à Melbourne fin novembre et début décembre.. Durant le voyage Alain Mimoun le et lui donne des conseils de toute sorte, de la manière de choisir ses pointes à celle d'entretenir sa dentition. Mimoun s'entraîne également avec Jazy, ce qui permet à ce dernier de rencontrer Volodymyr Kuts, Emil Zátopek, Gordon Pirie ou encore Stanislav Jungwirth. Le à a lieu la première série du hommes à laquelle participe Jazy, ainsi que Jungwirth, István Rózsavölgyi et le champion olympique en titre, Joseph Barthel ; alors que seuls les quatre premiers sont qualifiés pour la finale, Jazy termine septième en ou , selon les sources. Il voit ensuite Mimoun remporter le marathon des Jeux malgré ses trente-six ans. Jazy participe aussi à un canular fait à la presse française, canular prétendant que Maurice Sillon aurait sauté à l'entraînement, soit autant que le record du monde du saut en hauteur.
1957 - 1960 : premiers records, deuxièmes Jeux vignette|upright=0.8|Michel Jazy vice-champion olympique sur m, en 1960 à Rome. En Jazy participe aux championnats d'Europe de Stockholm. Qualifié pour la finale, terminant en , il voit ses ambitions de podium ruinées, terminant septième en Dans son autobiographie, Jazy déclare qu'il termine sixième mais aucune autre source ne le confirme, donnant plutôt Siegfried Herrmann en sixième position.. Cette défaite, alors qu'il espérait tant un podium, le ruine moralement, mais Jazy a acquis la confiance de Gaston Meyer, du journal L'Équipe.. Ce dernier, qui envisage que Jazy puisse réaliser en 1960, décide, à la fin du service militaire de celui-ci, de lancer : embauché en surnombre comme typographe au journal, Jazy s'entraîne sur un plan prédéfini afin selon Meyer. Conseillé par Marcel Hansenne, médaillé olympique en 1948, Jazy devient un adepte de l'entraînement naturel, et découvre Volodalen en Suède qu'il considère comme un , ainsi que la forêt de Marly-le-Roi, où il s'entraîne désormais.
L'année 1959 est une année médiocre pour Jazy. Souffrant d'un rhumatisme au pied, il ne montre pas de preuve d'amélioration. En décembre il rencontre à Fribourg le professeur Reindell, spécialiste mondial en cardiologie et , célèbre entraîneur qui prône une méthode d'entraînement différente de celle de Jazy mais il n'impressionne pas. Michel Jazy acquiert finalement cette force musculaire qui lui manquait et malgré une défaite sur 800 mètres contre les Britanniques, il arrive en pleine confiance à Rome pour les Jeux olympiques, cette fois-ci accompagné de Michel Bernard. Il est selon lui en et il écrase László Tábori, ex-recordman d'Europe, lors de sa dernière course avant les Jeux. Aux Jeux, seuls les trois premiers de chaque série de treize sont qualifiés et après l'élimination de Siegfried Valentin par Bernard dans la course précédente, pour le titre, Jazy doute mais parvient à se qualifier aisément en prenant la deuxième place de sa série en derrière Dan Waern.. En finale, Bernard tente le tout pour le tout et démarre sur un rythme très fort ; Jazy est toutefois bien dans la course ; aux 1 000 mètres, le favori Herb Elliott décide d'accélérer, seul István Rózsavölgyi tente de résister mais il est décroché 50 mètres plus loin. Jazy, solidement accroché à la troisième place, voit Rózsavölgyi en mauvaise posture et le double ; il termine en , nouveau record de France, largement battu par Elliott (, record du monde) mais devant Rózsavölgyi (). Bernard, au grand regret de Jazy, n'est lui que septième en , nouveau record personnel, malgré tous ses efforts. Sur le podium, Eliott demande à Rózsavölgyi qui est son second qu'il ne connait pas ; pour cause, avant les Jeux, le record personnel de Jazy était de , loin de la performance accomplie ce jour. La médaille de Jazy provoque une euphorie durant un mois environ, mois durant lequel Jazy donne des interviews et profite de la vie ; il se remet à l'entraînement par la suite, reprenant conscience de sa situation et se fixant de nouveaux objectifs, l'or olympique notamment..
1961 - 1964 : l'or pour ambition thumb|upright=0.8|Herb Elliott, ici porté au triomphe en 1964, est encore en 1960 le maître incontesté du .