L'Institut national des jeunes sourds de Paris (INJS, également surnommé Institut Saint-Jacques.) est un institut français d'enseignement gratuit spécialisé dans l'éducation des jeunes sourds. Fondé en 1791, il est situé au 254, rue Saint-Jacques, dans le de Paris, depuis 1794. C'est l'un des plus anciens établissements scolaires pour sourds au monde. L'enseignement gratuit et collectif dispensé dans cette école a permis à la communauté sourde de développer non seulement la langue des signes française mais aussi une véritable culture sourde en France, puis dans de nombreux autres pays où la LSF a été enseignée.
Historique
En 1772, douze ans après la création de la première école pour sourds au monde, la d'Édimbourg en Écosse en 1760, le prêtre français Charles-Michel de L'Épée (1712-1789) établit une école informelle pour les jeunes sourds, chez lui, à Paris, au numéro 14 de la rue des MoulinsINJS, Cartel historique., afin de développer une nouvelle méthode pédagogique rivale des recherches de Jacob Rodrigue Pereire., qui travaille sur le sujet depuis 1734 et éduque des jeunes sourds à son domicile parisien depuis 1749. Les recherches de financement de l'abbé de l'Épée sont difficiles car l'archevêché de Paris refuse de l'aider, en raison de sa réputation de janséniste.
Le , Louis XVI finit par lui attribuer une pension de sur sa cassette personnelle, sur arrêt du Conseil du Roi, avant d'assurer la pérennité matérielle de l'établissement en le prenant à sa charge. Il place l'institution sous protection royale et lui accorde une subvention.
Un arrêt de 1785 () érige l'institution en établissement d'éducation et ordonne son transfert au couvent des CélestinsFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, .. Le monastère des Célestins ayant été supprimé en 1778, son patrimoine était revenu à l'État (les rois de France étant statutairement « avoués du Clergé »).
L'abbé de L’Épée décède en 1789 et l'abbé Sicard lui succède à la tête de cette institution.
Le un projet de décret propose de créer l'Institution des sourds-muets de Paris afin de poursuivre de l'œuvre philanthropique de l'abbé de L'ÉpéeGallica, Archives parlementaires de 1787 à 1860. Assemblée nationale constituante. Du 6 juillet au 28 juillet 1791, p.489-490.. Cette loi, votée le ., honorait ce bienfaiteur en portant son nom au rang des citoyens ayant mérité de la Patrie et réattribuait à l'établissement les biens de l'ancien couvent précédemment légués par le Roi, afin qu'ils ne figurent pas dans la liste des biens nationaux destinés à la vente.
Le , l’école des aveugles de Valentin Haüy rejoint l’école des sourds au couvent des Célestins ; le est publié le premier règlement de l’Institution des sourds-muets et des aveugles-nés, « Repères chronologiques ».Noël Charavay, Catalogue des autographes et des documents historiques composant la collection de M. Etienne Charavay, 1900, p.88..
Le , l'abbé Sicard demande la séparation des deux écoles ; la convention nationale autorise, le , les comités d’aliénation et de secours publics à placer les sourds-muets dans l'ancien séminaire Saint-Magloire, où se trouve toujours l'INJS aujourd'hui, à l'angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des deux églisesCadastre de Paris par îlot (1810-1836), Paris, plan , îlot , échelle 1/714, côte F/31/96/05. (qui sera renommée Rue de l'Abbé de l'Epée en 1846), et ils s'y installent le INJS, Historique des bâtiments..
Un décret de la Convention du assimile l’institution des sourds-muets de Bordeaux à celle de Paris et les réglemente. À la fin de l’année 1800, Jean Itard est nommé médecin de l’Institution parisienne, et le restera jusqu’à sa mort en 1838.
Les bâtiments sont reconstruits en 1823 par Antoine-François Peyre.
Influence sur la communauté et la culture sourdes
L'enseignement gratuit et collectif dispensé dans cette école a permis à la communauté sourde de développer non seulement la langue des signes française mais aussi une véritable culture sourde à Paris, puis en FranceFrançois Legent, « L’abbé de l’Épée et la langue des signes », Medica (bibliothèque numérique de la Bibliothèque interuniversitaire de santé), juin 2013. et dans de nombreux autres pays où la LSF été enseignée par des professeurs formés dans cet institut, permettant ainsi le développement des langues de la famille de la langue des signes française.
Influence sur les langues des signes de la famille dite « française » La famille des langues des signes dites « françaises » comprend les langues des signes américaine, québécoise, brésilienne, austro-hongroise, russe ou encore mexicaine, parmi de nombreuses autres partageant une syntaxe et un vocabulaire partiellement communs hérités de la LSF des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.
Ainsi, Laurent Clerc, ancien élève et professeur à l'INJS, a cofondé en 1817 la première école permanente pour sourds aux États-Unis, à Hartford, avec Thomas Hopkins Gallaudet. L'ASL (American Sign Language) qui s'y est développée descend directement du mélange entre LSF et signes locaux.
En Russie, des éducateurs formés à Paris ont contribué à l'établissement de l'éducation des sourds dans la première école russe pour les sourds à Pavlovsk au début du XIXᵉ siècle.
C'est également le cas aux Pays-Bas, en Belgique, en Espagne et en Italie, où les méthodes pédagogiques de l'abbé de l'Épée et de ses successeurs ont influencé le développement des écoles pour sourds.
Au Brésil, Édouard Huet, formé à l'INJS, a fondé en 1857 l' à Rio de JaneiroGallaudet University Library Guide to Deaf Biographies and Index to Deaf Periodicals, « Huet, Eduardo ». Alejandro Oviedo, Eduard Huet (1822?‐1882). Fundador de la educación pública para sordos en Brasil y México, 2007, cultura-sorda.net.. La Libras (langue des signes brésilienne) qui s'y est développée conserve une parenté structurelle avec la LSF.
Au Mexique, c'est également Édouard Huet qui fonde en 1866 la première école pour sourds du pays, introduisant à nouveau un enseignement inspiré du modèle parisien. Son rôle est considéré comme fondateur dans l'histoire de l'éducation des sourds au Mexique.
Directeurs
Élèves ou/et professeurs sourds
Directeurs, professeurs et docteurs
L'institut dans l'art Cinéma L'Enfant sauvage de François Truffaut (1970) a été tourné dans les locaux de l'institut. Une place située dans l'institut porte le nom du réalisateur. En 1977, François Truffaut retourne à l'Institut pour choisir un enfant sourd pour son film La Chambre verte. Dix élèves sont réunis et c'est le jeune Patrick Maléon, 13 ans, qui est sélectionné. Il a pour partenaire dans le film Truffaut lui-même et Nathalie Baye.
Clip Le , le groupe sourd sud-coréen choisissent cet institut pour le clip de ..
Notes et références
Annexes Articles connexes Institut national des jeunes sourds de Bordeaux-Gradignan Institut national des jeunes aveugles
Liens externes
Catégorie:École pour les sourds en France