L’Ave Regina est l'une des quatre antiennes mariales. Officiellement elle est réservée à la fin de l'office de complies, à partir de la Purification () jusqu'aux complies du Mercredi Saint. Cependant, on chante cette antienne, durant cette période, plus généralement en tant que conclusion des célébrations telle la messe.
Le texte de la prière latin françaisAve Regina cælorum Ave Domina angelorum, Salve radix, salve porta, Ex qua mundo lux est orta : Gaude, Virgo gloriosa, Super omnes speciosa : Vale, o valde decora, Et pro nobis Christum exoraLiturgie latine, mélodies grégoriennes, p. 77 - 78, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes 2005.Salut, Reine des cieux, salut, Reine des anges, salut, tige féconde, salut, porte du ciel ! Par toi la lumière s'est levée sur le monde. Réjouis-toi, Vierge glorieuse, belle entre toutes les femmes ! Salut, splendeur radieuse : implore le Christ pour nous. N. B. : il y a deux orthographes, depuis le latin classique, pour le mot cieux, en génitif pluriel cælorum et cœlorum à la suite d'une confusion ou hésitation. La littérature classique respectait en général l'usage de cælorum.
Partition
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Corpus antiphonalium officii Manuscrit ancien retrouvé, il s'agit, à l'origine, d'une antienne grégorienne authentique . Aussi Dom René-Jean Hesbert classifia-t-il, dans le Corpus antiphonalium officii (CAO), celle-ci comme CAO1542.
Caractéristique de texte En comparaison d'autres antiennes mariales, celle-ci se caractérise par sa simple composition. Sa louange est plus modeste et moins littéraire. Il s'agit d'une prière chantée, qui est adaptée à l'usage de la période du Carême. Si simple, c'est cependant une acclamation intense vers la Vierge Marie.
Historique Origine Texte Si l'on peut supposer l'origine du texte dans l'Acathiste d'après leurs vocabulaires, il est difficile de confirmer cette hypothèse avec les manuscrits. En effet, l’Ave Regina apparut plusieurs siècles plus tard. Tout comme la plupart des compositions au Moyen Âge dont les auteurs voulaient rester anonymes, celui qui écrivit le texte demeure inconnu.
Mélodie En ce concerne la partition, la mélodie se trouve dans un manuscrit français daté du , qui contient plusieurs antiennes mariales en faveur de l'Assomption de Marie (Assumptio S. Mariæ, folio 174v). Il est à noter que celle-ci suit, dans le folio, l’Alma Redemptoris Mater, qui était réservée à l'office de sexte (AD VI). Quant à l’Ave Regina cælorum, elle était en usage à none (AD VIIIJ). Cela était, sans doute, la première pratique de ce chant : Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 12044, folio 177v (entre 1100 et 1115) issu de l'abbaye de Saint-Maur-de-FossésArchives Bnf
Il existait, dans les archives sur le continent européen, un autre texte, avec le même incipit, Ave Regina angelorum mater regis angelorumGeorge Wolf et le reste, The Petry of Cercamon and Jaufre Rudel, p. 12, 2019 . Cette version employée d'une mélodie différente, qui disparut plus tard, était toutefois réservée à la conclusion de l'office de complies. Son manuscrit le plus ancien est celui d'une trope : Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 903, folio 162r, addition en bas et en neume aquitaine (à la fin du ou au début du ) Il s'agit d'une trope, ajoutée peut-être par le bibliothécaire de l'abbaye Saint-Martial de Limoges Bernard Itier au (Christelle Cazaux-Kowalski, Le graduel de Saint-Yrieix, p. 509, dans Les chapitres séculiers et leur culture, Presses Universitaires de Limoges, 2014 ). Un autre exemple d’Ave Regina cælorum se trouve dans le tonaire de Jacques Twinger de Koenigshoffen (folio 233r), écrit dans la seconde moitié du Christian Meyer, Le tonaire de Jacobus Twinger de Königshofen, p. 2, note n° 6, 2015 ; voir aussi p. 32 pour le texte en latin et la notation, en tant qu'exemple du sixième modeMichel Huglo, Les tonaires, inventaire, analyse, comparaison, dans la publication de la Société française de musicologie, troisième série, tome II, 1971 p. 436 . Sa mélodie, utilisée à l'église Saint-Thomas de Strasbourg, était celle de la version actuelle et celle que Königshofen avait sélectionnée parmi celles qui étaient classées comme tropes récentes, à savoir tardivement composées. Il s'agit d'un témoignage que la composition n'était pas dans le fonds du chant grégorien le plus ancien.
En résumé, l'antienne qui était composée au ou au début du connaissait assez de variantes, c'est-à-dire sans uniformitéUniversité de Ratisbonne , au contraire du répertoire du chant grégorien le plus ancien.
L'usage aussi variait. Ainsi, le manuscrit de Karlsruhe BL60 (fin du ) était réservé à la fête de l'Immaculée Conception. À la suite de l'intégration des deux Ave Regina, l'usage principal se consacrait pour l'office de complies.
Motet de Marchettus de Padoue thumb|upright=0.9|Une des fresques de Giotto dans la chapelle de Padoue. L'antienne connaît aujourd'hui un manuscrit particulièrement important, qui fut copié en 1325 en Italie. Ce manuscrit Canon Class Latin 112 auprès de la bibliothèque Bodléienne contient un motet à trois voix, qui chantent respectivement Ave Regina, Mater innocencie et Ite missa estBibliothèque Bodléienne , ce qui suggère que celui-ci était chanté à la fin d'une messe dédiée à la Sainte Vierge. D'ailleurs, on trouve dans ce motet un acrostiche marcum paduanum, qui permet d'identifier l'auteur et de l'affecter à Marchettus de Padoue. Œuvre sans doute composée vers 1305, quelques chercheurs supposent son motif pour la consécration de la chapelle des Scrovegni de Padoue tenue en 1307, lequel reste encore une hypothèse, faute de document officiel. Parmi eux, Eleonora BeckTitulaire de PhD avança en 1999 son avis, qui exprimait un lien de cette antienne et le cycle des fresques de Giotto di Bondone, ce qui illustre cette chapelle. Enfin, la notation du manuscrit est celle d'Italie, évoluée avec cinq lignes, qui indique que cette élaboration avait apparu plus tôt que l'on considérait auparavantUniversité d'Oxford .
Au Moyen Âge
Pratique des antiennes mariales évoluée, les cinq grandes antiennes, y compris Ave Maria, et qui sont consacrées à Sainte Marie, devinrent de plus en plus habituelles dans le livre des Heures supplémentaire Officium Parvum Beatæ Mariæ Virginis. En 1249 à Metz, le chapitre général des Franciscains adopta leur décret, qui fixait les quatre pour la liturgie des HeuresArchivum franciscanum historicum, p. 411 - 414, 1972 (Centre des monuments nationaux et Université Nancy-II)Casa de Velázquez, Mélanges de la Casa de Velázquez, tome XV, p. 592, 1979 . Cette décision aurait été suivie de l'officialisation par le pape Clément VI en faveur du rite romain en 1350Marina Warner, Alone of All Her Sex : The Myth and the Cult of the Virgin Mary, p. 119, Oxford University Press 2016 , mais ce qui reste encore hypothétique.
Pareillement, quelques musiciens commencèrent à composer ce texte en polyphonie. Le manuscrit Old Hall, copié vers 1420, contient les œuvres à trois voix de Leonel Power et de John Cooke. John Dunstaple, Gilles Binchois et Guillaume Dufay contribuèrent à développer cette polyphonie. Notamment, on connaît trois versions authentiques de Guillaume Dufay, y compris dit motet Ave Regina III à quatre voix. De surcroît, il est vraisemblable que sa messe parodie Ave Regina fut composée dans ses dernières années, ceux qui signifient que le compositeur aimait cette antienne. Enfin, dans son long testament, il souhaitait qu'après ses derniers sacrements, huit collègues de la cathédrale de Cambrai exécutent une hymne Magno salutis si l'heure le permet, et que deux chanoines et les enfants de chœur chantent son motet Ave Regina Celorum Revue de l'Art chrétien, XXXe année, p. 111 - 112, 1888 . Quant aux œuvres de Walter Frye, il s'agit des motets particuliers (cantilènes) qui utilisaient un texte différent duquel l'usage se trouvait en Angleterre. Composées vers 1450, mais il reste assez nombreux manuscrits de ce compositeur oubliéDavid Rothenberg, The Flower of Paradise : Marian Devotion and Secular Song, p. 124, Oxford University Press 2011 .
Néanmoins, rien n'était fixé. Selon les études de Michel Huglo, l'usage dans les offices était au vraiment varié : le dimanche à Sélestat, le lundi à la cathédrale de Cambrai, le mardi à La Chaise-Dieu, le vendredi à Senlis. Notamment à Aix-en-Provence, tous les deux textes étaient encore en usage : Ave Regina cælorum, Ave Domina au mardi et Ave Regina cælorum mater regis au jeudiMargot Fassler, The Divine Office in the Latin Middle Ages, p. 384, Oxford University Press 2000 .
À la Renaissance On peut dire qu'au début de la Renaissance, c'était l'école franco-flamande qui contribua à diffuser cette antienne mariale. En effet, la composition en polyphonie fut effectuée, en majorité, par des compositeurs de cette école. On compte parmi eux Gaspar van Weerbeke, Josquin des Prés, Heinrich Isaac, Pierre de La Rue, Adrian Willaert, Nicolas Gombert. Il est très important que ces musiciens trouvassent leurs patrons distingués qui étaient capables de les soutenir, en déplaçant dans toute l'Europe. De sorte que l'antienne Ave Regina cælorum était effectivement diffusée : Weerbeke à Milan sous la protection de Jean Galéas Sforza, Josquin des Prés au Vatican sous le pontificat d'Innocent VIII, Issac à Florence pour Laurent de Médicis puis en Autriche pour Maximilien , Willaert à Ferrare sous Alphonse Ier d'Este puis à Venise pour la république de Venise, Gombert à la cour de Charles Quint.
Sous la Contre-Réforme La pratique des quatre antiennes mariales selon le calendrier liturgique fut en entier établie après le concile de Trente. La dévotion à la Sainte Marie, que ces antiennes expriment, était tout à fait adaptée au besoin de la Contre-Réforme, luttant contre le protestantisme qui dénie le culte marial. Sous le pontificat de Pie V, le premier bréviaire selon la Contre-Réforme adopta donc en 1568 l’Officium Parvum Beatæ Mariæ Virginis (Petit livre de l'office de la Vierge Sainte Marie) qui contenait ces prièresThe Oxford Dictionary of the Christian Church, p. 992, Oxford University Press 2005 .
À la suite de cette confirmation, on compte de nombreux chefs-d'œuvre composés par de grands musiciens de l'époque, qui étaient fidèles à la Contre-Réforme. Il s'agissait de Giovanni Pierluigi da Palestrina, de Francisco Guerrero, de Roland de Lassus, de William Byrd, de Tomás Luis de Victoria. Parfois la composition était destinée à de grand chœur à huit voix, en dépit de l'usage dans les célébrations modèstes.
Si l'origine de la pratique reste inconnue, l'usage pour la procession aux fêtes mariales se trouve dans les archives, par exemple, pour la Purification de la Vierge, , à Saint-Bonnet-le-ChâteauJ. Condamin et le reste, Histoire de Saint-Bonnet-le-Château d'après les manuscrits conservés aux archives locales et départementales, p. 403, 1887 . Mais à l'abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes, c'était pour le dimanche des RameauxCharles Lalore, Mélanges liturgiques relatifs au diocèse de Toroyes, p. 123, 1891 . L'usage respectait donc le calendrier liturgique.
Époque des musiques baroque et classique La période baroque s'illustrait de nombreuses œuvres de grands compositeurs, qui représentaient la musique baroque italienne, Giovanni Legrenzi, Alessandro Melani, Paolo Lorenzani. En France aussi, sous le règne de Louis XIV, c'étaient Henry Du Mont, Marc-Antoine Charpentier et André Campra qui composèrent en forme de motet. Charpentier, qui ne put pas obtenir la fonction à Versailles, en composa spontanément quatre tandis qu'Henri Du Mont, en service à la cour, avait écrit ses pièces accompagnées de la basse continue, dont il était l'un des pionniers du genre. Le travail de Johann Joseph Fux était remarquable. En qualité de maître de chœur à la capitale de l'Autriche, il laissa, au total, quinze compositions, ce qui reste exceptionnel.