Les « soldats maudits » (, en polonais) est le nom attribué à certains mouvements de résistance polonaise qui se formèrent vers la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Créés par quelques membres de l'État polonais clandestin, ces organisations clandestines continuèrent leur lutte armée contre le gouvernement stalinien de Pologne dans les années 1950. Les actes de guérilla inclurent de nombreuses attaques militaires lancées contre les nouvelles prisons communistes, contre les bureaux du ministère de la Sécurité publique (MBP), les lieux de détention pour prisonniers politiques et les camps de concentration disséminés à travers le pays.

Histoire

Le , dans le village de Kuryłówka, dans le sud-est de la Pologne, la commença. C'était la plus grande bataille de l'histoire de l'organisation des soldats maudits, Alliance nationale militaire (NZB). Dans la bataille contre les unités du NKVD, les partisans anti-communistes tuèrent du NKVD. La bataille se termina par une victoire des forces clandestines polonaises Wystawa Żołnierze wyklęci. Antykomunistyczne podziemie na Rzeszowszczyźnie po 1944 roku, Rzeszów, mars 2001Norman Davies, No Simple Victory, Viking Penguin, 2006. .

Le , une unité de l'Armia Krajowa (AK), dirigée par le colonel , dans la banlieue est de Varsovie. Les Soviétiques y gardaient des centaines de PolonaisNorman Davies, Rising '44, Viking Penguin, , 2004, Norman Davies, Rising '44, Macmillan, , 2003, Norman Davies, Rising '44, Pan, , 2004, , membres de l'Armée de l'IntérieurTadeusz Piotrowski, Poland's Holocaust: Ethnic Strife, Collaboration with Occupying Forces and Genocide in the Second Republic, 1918-1947, McFarland & Company, 1998, , ( Google Print), qui étaient systématiquement déportés en Sibérie. Cette action de la résistance polonaise pro-indépendance a permis de libérer tous les prisonniers politiques polonais du camp. Entre 1944 et 1946, les soldats maudits attaquèrent de nombreuses prisons communistes en Pologne occupée par les Soviétiques (cf. Résistance anti-communiste en Pologne (1944–46)).

Du 10 au , se déroula la qui était une grande opération menée par les forces soviétiques de l'Armée rouge, du NKVD et du SMERSH, avec l'aide d’unités polonaises de l’UB et de la LWP contre les anciens soldats de l’Armia Krajowa dans la région de Suwałki et d'Augustow en Pologne. L'opération couvrit également le territoire occupé de la Lituanie. Plus de polonais présumés anticommunistes ont été capturés et détenus dans des camps d'internement soviétiques. 600 des « disparus d’Augustów » furent présumés morts et enterrés dans un lieu inconnu dans le territoire actuel de la Russie. La chasse à l'homme d’Augustów faisait partie d'une opération anti-guérilla en Lituanie.

La plupart des groupes anti-communistes polonais cessèrent d'exister à la fin des années 1940-1950, pourchassés par les brigades du MBP et du NKVD soviétiques. Cependant, le dernier « soldat maudit » connu, Józef Franczak, fut tué dans une embuscade, en 1963, soit presque vingt ans après la mainmise des Soviétiques sur la Pologne   . vignette|Monument dédié à l’Armia Krajowa à Sopot, Pologne. vignette|Uniforme d'un combattant anti-communiste polonais, en fait, un uniforme d'avant guerre. Les organisations de résistance anti-communiste polonaises les plus connues opérationnelles dans la Pologne stalinienne étaient : Liberté et Indépendance (Wolność i Niezawisłość, WIN), les Forces nationales armées (Narodowe Siły Zbrojne, NSZ), l'Union militaire nationale (Narodowe Zjednoczenie Wojskowe, NZW), l'Armée polonaise clandestine (Konspiracyjne Wojsko Polkskie, KWP), la Résistance de l'Armée Nationale (Ruch Oporu Armii Krajowej, ROAK), l'Armée nationale citoyenne (Armia Krajowa Obywatelska, AKO), et NIE (diminutif de Niepodległość, qui signifie Indépendance – nie signifie « non »), la Délégation des Forces Armées pour la Pologne (Delegatura Sił Zbrojnych na Kraj), et Liberté et Justice (Wolność i Sprawiedliwość, WiS). D'autres mouvements anti-communistes d'Europe de l'Est continuèrent aussi le combat dans d'autres pays.

Contexte historique Avec l'avancée des forces soviétiques à travers la Pologne qui luttaient contre l'Allemagne nazie, les Soviétiques et les communistes polonais qui avaient établi un tout nouveau gouvernement appelé Comité polonais de libération nationale en 1944, réalisèrent que l'État polonais clandestin, loyal envers le gouvernement polonais en exil, devait être aboli avant qu'il ne puisse prendre tout à fait le contrôle de la Pologne. Le futur secrétaire général du PZPR, Władysław Gomułka, déclara : « Les soldats de l'AK sont un élément hostile qui doit être supprimé sans pitié ». Un autre communiste important, Roman Zambrowski, suggéra que l'AK devait être « exterminée ».

L'Armia Krajowa (Armée de l'Intérieur, simplement surnommée AK) – le plus important mouvement de résistance polonaise durant la Seconde Guerre mondiale – a été officiellement dissoute le 19 janvier 1945 afin de prévenir tout glissement vers un conflit armé avec l'Armée rouge devant la menace croissante d'une guerre civile dont l'enjeu serait la souveraineté de la Pologne. Cependant, beaucoup d'unités décidèrent de poursuivre la lutte dans ce nouveau contexte, considérant les forces soviétiques comme un nouvel occupant. Auparavant, les Partisans soviétiques en Pologne avaient reçu l'ordre de Moscou, le , d'engager le combat avec les Leśni, les hommes des forêtsTadeusz Piotrowski, Poland's Holocaust, McFarland & Company, 1997, . Google Print, , 89, 90.. Ils ont, de manière générale, combattu les Polonais plus qu'ils n'avaient combattu les AllemandsReview of Sowjetische Partisanen in Weißrußland, par Marek Jan Chodakiewicz, dans Sarmatian Review, avril 2006.. Les forces principales de l'Armée rouge (le Groupe des Forces du Nord) et le NKVD commencèrent à mener des opérations contre les partisans de l'AK déjà pendant et juste après l'opération Tempête conçue par les Polonais comme une action préventive pour assurer le contrôle polonais plutôt que soviétique sur les villes après le retrait des troupes allemandesAndrzej Kaczyński, Rzeczpospolita, 2 octobre 2004, , Wielkie polowanie: Prześladowania akowców w Polsce Ludowej (Grande chasse : les persécutions des soldats de l'AK dans la République populaire de Pologne) .. Staline avait pour but d'assurer qu'une Pologne indépendante ne réémergerait jamais dans la période d'après-guerreJudith Olsak-Glass, Critique du Poland's Holocaust de Piotrowski dans Sarmatian Review, janvier 1999..

Formation du réseau anti-communiste clandestin La première organisation de l'AK destinée d'abord à contrer la menace soviétique était NIE, formée vers le milieu de l'année 1943. Le but de NIE n'était pas d'entrer en lutte armée avec les forces soviétiques mais plutôt d'observer et d'espionner tandis que le gouvernement en exil décidait de la conduite à tenir avec les Soviétiques. À ce moment-là, le gouvernement exilé croyait toujours que la solution pourrait se trouver par le biais de négociations. Le , l'organisation NIE (NON) fut dissoute et transformée en Delegatura Sił Zbrojnych na Kraj (Délégation des forces armées pour le Pays). Cependant, cette organisation ne dura que jusqu'au , quand la décision fut prise de la dissoudre et de cesser les activités des mouvements de résistance sur le territoire polonais.

En mars 1945, un procès public de 16 chefs de l'État polonais clandestin fut organisé par l'Union soviétique et se déroula à Moscou - l'Histoire l'a retenu sous le nom de procès des seizeA. Prazmowska, Civil war in Poland, 1942-1948, Palgrave, , 2004, G.C. Malcher, Blank Pages, Pyrford Press , 1993, S. Mikolajczyk, The pattern of Soviet domination, Sampson Low, Marston & Co, 1948, J. Garlinski, Poland in the Second World War, Macmillan, , 1985, . Le délégué du Gouvernement, de concert avec la plupart des membres du Conseil de l'Unité Nationale et du commandant en chef de l'Armia Krajowa, furent invités par le général soviétique Ivan Serov avec l'accord de Joseph Staline à participer à une conférence sur leur entrée éventuelle au Gouvernement Provisoire soutenu par les Soviétiques. On leur avait garanti leur sécurité mais le NKVD les arrêta à Pruszków les 27 et A. Prazmowska, Civil war in Poland, 1942-1948, Palgrave, , 2004, A. Michta, Red Eagle, Stanford University, , 1990, . Leopold Okulicki, Jan Stanisław Jankowski et Kazimierz Pużak furent les premiers arrêtés le , douze autres furent arrêtés le lendemain. A. Zwierzynski avait été arrêté plus tôt. Ils furent conduits à Moscou pour être interrogés dans la prison de la LoubiankaJ. Garlinski, Poland in the Second World War, Macmillan, , 1985, R. Umiastowski, Poland, Russia and Great Britain 1941-1945, Hollis & Carter, 1946, T. Piesakowski, The fate of Poles in the USSR 1939~1989, Gryf, 1990, . Après plusieurs mois d'interrogatoires brutaux et de torturesJ. Garlinski, Poland in the Second World War, Macmillan, , 1985, ils furent condamnés au tribunal avec les accusations de « collaboration avec l'Allemagne nazie » et de « planification d'une alliance militaire avec l'Allemagne nazie »J. Garlinski, Poland in the Second World War, Macmillan, , 1985, R. Umiastowski, Poland, Russia and Great Britain 1941-1945, Hollis & Carter, 1946, .

Le premier gouvernement communiste polonais, PKWN, est formé en mais décline toute juridiction sur les soldats de l'AK. Par conséquent, pendant plus d'un an, ce furent des agences soviétiques telles que le NKVD qui gérèrent la question de l'AK. À la fin de la guerre, approximativement soldats de l'AK ont été arrêtés et d'entre eux ont été déportés dans les goulags et prisons soviétiques. La plupart de ces soldats avaient été capturés par les Soviétiques pendant ou juste après l'Opération Burza, alors que beaucoup d'unités de l'AK essayaient de coopérer avec les forces soviétiques pour un soulèvement national contre les Allemands. D'autres vétérans furent arrêtés quand ils décidaient d'entrer en contact avec le gouvernement après qu'on leur eut promis l'amnistie. En 1947, une amnistie fut déclarée pour la plupart des partisans ; les autorités communistes s'attendaient à ce qu'environ personnes rendissent les armes mais le chiffre réel des personnes qui sortirent des bois s'éleva finalement à personnes. Beaucoup d'entre elles furent arrêtées, en dépit des promesses de liberté ; après la répétition de promesses non tenues pendant les premières années sous le contrôle des communistes, les soldats de l'AK ne firent plus confiance au gouvernement.