Les pays de la Couronne de saint Étienne (en hongrois : Szent István Koronájának Országai ; en croate : Zemlje krune svetog Stjepana), également appelé pays de la Couronne hongroise, Transleithanie, royaumes de Hongrie-Croatie, Hongrie-Croatie, Grande Hongrie ou, plus simplement, Hongrie, est la partie hongroise de l'Autriche-Hongrie, formée par les royaumes de Hongrie et de Croatie-Slavonie joints par une union réelle de 1867 à 1918. Ces deux royaumes étaient déjà liés par une union personnelle remontant au . L'union est réaffirmée par le compromis conclu en 1868 avec le trône impérial d'Autriche. Par ce compromis, François-Joseph de Habsbourg règne sur les « pays de la Couronne de saint Étienne » d'abord en qualité de roi apostolique de Hongrie, mais également comme roi de Croatie-Slavonie et, sur la partie autrichienne, d'abord en qualité d'empereur d'Autriche. Les pays de la Couronne de saint Étienne comprennent également la ville séparée de Fiume et administreront, conjointement avec l'Autriche, le condominium de Bosnie-Herzégovine, annexé officiellement par l'Autriche-Hongrie en 1908.

Les Autrichiens appelaient familièrement Cisleithanie (« de ce côté de la Leitha ») la partie autrichienne et Transleithanie (« au-delà de la Leitha ») la partie hongroise de leur Empire, également désigné comme « Autriche-Hongrie », « double-monarchie » ou « monarchie danubienne » ; la Leitha est un petit affluent du Danube, en aval de Vienne.

Composition gauche|vignette|Couronnement de François-Joseph et Élisabeth à Budapest en 1867 comme roi et reine apostoliques de Hongrie. François-Joseph est vêtu en roi hongrois et porte la couronne de saint Étienne. Les représentants croates sont à droite du tableau.

La Hongrie, réorganisée après 1867, est composée de deux entités : le royaume de Hongrie proprement dit d'une part, et le royaume de Croatie-Slavonie d'autre part, considéré comme un banat. Sur le plan linguistique, elle compte en son sein de nombreuses minorités qui, ensemble, représentent plus de la moitié de la population : allemande, roumaine, ruthène, slovaque, slovène, croate, serbe, juive et rome. Allemands et Croates mis à part, les autres sont soumises à une politique de magyarisation visant à assurer la pérennité de la Couronne de Saint-Étienne mais qui a eu l'effet contraire.

Le dualisme hongrois gauche|vignette|Les pays de la Couronne de Saint-Étienne en 1872. gauche|vignette|Carte détaillée des pays de la Couronne de Saint-Étienne en 1891 avec les 64 comitats. Chacune des deux entités de la double monarchie entretient une vie politique propre, avec des élections à sa chambre basse. Sur le modèle des rapports entre Autrichiens et Hongrois, un système de délégations est mis en place pour régir les relations entre le royaume de Saint-Étienne et le royaume de Croatie-Slavonie.

Dans le royaume de Hongrie, le pouvoir est exercé directement par le roi (), par l'entremise du président du conseil du royaume, le plus souvent appuyé sur une majorité parlementaire, mais surtout sur l'influence prépondérante de la noblesse hongroise, propriétaire de plus de 75 % des terres du Royaume. En Croatie-Slavonie, le pouvoir est exercé au quotidien par le Ban, désigné par le président du conseil du royaume.

Dans le cadre de l'union personnelle avec le royaume de Hongrie, établie en 1102, le royaume croate vit sous le régime du compromis croato-hongrois conclu en 1868 entre les deux parties, hongroise et croate. Le Ban exerce les prérogatives royales depuis Zagreb. Dans le cadre des projets de réforme de la double monarchie, y compris les projets initiés en par le roi , les hommes d'État hongrois s'opposent de façon systématique à toute formule fédérale ainsi qu'à la remise en cause de sa souveraineté sur le royaume de Croatie.

Enfin, la ville de Fiume ne fait partie d'aucun comitat, mais dépend directement de la Couronne hongroise, en vertu de son statut, octroyé en 1779 par la reine Marie-Thérèse.

Un royaume multiethnique

250px|droite|vignette|Les communautés ethno-linguistiques des pays de la Couronne de saint Étienne en 1910. 250px|droite|vignette|Parce qu'elle montrait les Magyars par un fort rendu graphique rouge et en figurant les zones moins densément peuplées du royaume de Hongrie comme vides, la carte ethnique de Pál Teleki fut contre-productive au traité de Trianon. 250px|droite|vignette|Les proportions ethniques en 1920 dans les territoires issus du traité de Trianon.

Le royaume de Hongrie refondé en 1867, héritier des royaumes médiéval, moderne et transylvain, s'étendait sur l'ensemble du bassin du moyen-Danube, de la Pannonie à l'arc des Carpates. Sur ce territoire vivaient des Magyars, principale population du pays (48,1 %), mais aussi des Slovaques, des Ruthènes et des Roumains (ensemble 15,4 % de la population), et encore des Allemands, des Italiens et des Slaves du Sud à savoir des Croates et des Serbes aspirant à former un « royaume slave du Sud » émancipé, au sein de l'Empire, de la tutelle autrichienne et hongroise. Les Magyars sont majoritaires dans la plaine de Pannonie, dans le pays sicule et dans la plupart des villes. Mais ils sont minoritaires ailleurs, tant culturellement que socialement, car là il s'agit d'aristocrates, de gros propriétaires terriens et de bourgeois dominant des populations rurales, différents de celle-ci à la fois par leur rang social et par leur langue. Par la contrainte, ils tentent de magyariser ces populations, mais obtiennent l'effet contraire, car elles se dressent contre le Royaume.

Institutions et vie politique

La constitution hongroise de 1867 qui organise la vie politique dans le royaume, garantit en théorie un mode de fonctionnement libéral. Mais en pratique, ce fonctionnement reste fortement inégalitaire. En effet, l'influence de la noblesse hongroise de la Chambre des Magnats sur le gouvernement de Budapest, dépasse de loin celle de la Chambre des Représentants (où, de plus, les Magyars sont largement sur-représentés avec plus de 85 % des députés), et par ailleurs l'influence du gouvernement de Budapest reste très présente dans la vie politique en Croatie-Slavonie, malgré celle du royaume de Serbie également présente dans la vie politique croate.

Le roi

À la tête de cette fédération de deux royaumes, Hongrie et Croatie-Slavonie, se trouve le roi de Hongrie, également empereur d'Autriche : qui règne jusqu'en 1916, puis son petit-neveu Charles IV de Hongrie qui règne de 1916 à son retrait en .

Roi de Hongrie étendant son règne sur l'ensemble des pays dépendant de la Couronne de Saint-Étienne, François-Joseph fait usage de son autorité et de certaines de ses prérogatives, notamment celles liées à son statut de chef de l'armée commune, s'impliquant personnellement dans la vie politique du royaume afin d'obtenir le vote des crédits militaires.

Loyaux envers leur monarque, les responsables magyars du royaume sont cependant informés de la méfiance que leur voue l'héritier du trône, François-Ferdinand, qui craint à juste titre que leur conservatisme ne dresse les minorités contre la double-monarchie.

Institutions Le parlement du royaume de Hongrie est composé de deux chambres : la Chambre des Magnats (chambre haute) et la Chambre des Représentants (chambre basse), qui exercent un certain contrôle sur la vie politique du pays.

La chambre haute est composée de représentants de la noblesse et de représentants des cadres traditionnels de la société d'ancien régime : membres de droit, les archiducs âgés de plus de , ainsi que les archevêques et les évêques de rite catholique ou protestant ; de la magistrature et de l'État, et les nobles hongrois de plus de et s'acquittant de plus de d'impôt annuel ; trois représentants de l'aristocratie du royaume de Croatie-Slavonie.

La chambre des représentants est composée de : 413 sont élus selon un système électoral complexe, garantissant une écrasante majorité aux députés magyars ; 40 sont désignés par la diète de Croatie, pour former le parlement des pays de la Couronne de Saint-Étienne.

En Hongrie proprement-dite où les Magyars forment 48 % de la population en 1910 (après introduction des statistiques linguistiques) le système électoral censitaire fait que sur , , , et seulement . En Croatie-Slavonie, le Ban doit respecter la constitution et gouverner avec l'accord du sabor, diète élue par les ressortissants du royaume, mais, à partir de 1912, la constitution est suspendue et le sabor n'est plus convoqué.

Partis politiques

La vie politique dans le royaume de Hongrie s'organise rapidement à partir de 1867 autour de deux grands partis politiques, le parti libéralEn 1913, ce parti change de nom sous l'impulsion de son principal dirigeant d'alors, Istvan Tisza, devenant le parti travailliste. et le parti de l'indépendance, ou parti de 1848, dirigé jusqu'à sa mort en par Ferenc Kossuth, fils de Louis Kossuth, puis par Michel Karolyi.

En Croatie-Slavonie, le jeu politique est largement dominé par la coalition croato-serbe élue lors des élections croates de .

Armée territoriale

Placée sous la responsabilité du ministre de la guerre du gouvernement de Budapest, la Honvéd, fierté du royaume, constitue, avec les régiments hongrois de l'armée impériale et royale, la force militaire du royaume.

Ainsi, participant aux forces de la double monarchie, la Honvéd, mise en place à la suite du compromis de 1867, est avant tout une armée de réserve, divisée en deux corps, la et la , dernière force de défense de la double monarchie, constituant une sorte d'armée de réserve ; chacun de ces corps est appelé au service selon les besoins de défense du royaume. Les responsables magyars perçoivent ces deux forces comme l'embryon de la future armée du royaume indépendant.

Cette armée territoriale, forte de à partir de 1889Les réformes de l'armée commune à partir de 1912 portent les effectifs à ., peut être déployée dans le royaume pour tenter de s'opposer à une invasion. Ainsi, le , le gouvernement donne l'ordre aux unités de la Honvéd déployées à l'extérieur du territoire du royaume de faire mouvement vers le royaume, afin de défendre le front sud, directement menacé par les succès franco-serbes en Macédoine.

De plus, la Honvéd doit fournir en temps de guerre à l'armée impériale et royale d'infanterie et de hussards pour la défense de la double monarchie. Ces divisions de Hussards sont regroupés en bataillons de et officiers, renforcés en 1911 par des détachements de mitrailleuses.

La hongroise, placée sous la compétence du ministre hongrois de la guerre, doit assurer le maintien de l'ordre intérieur, si l'armée est engagée dans des opérations extérieures, et assurer le renouvellement des effectifs si la situation l'impose ; pour remplir ces missions, elle compte d'infanterie à la valeur militaire problématique : ces bataillons sont divisés en de premier ban regroupant les hommes âgés de 19 à et en 94 autres de second ban, comptant des hommes de âgés de 38 à ; les bataillons de premier ban composent d'infanterie et de hussards.

Politique gouvernementale

Autonomes à l'intérieur des pays de la Couronne de Saint-Étienne, les gouvernements qui se succèdent entre 1867 et 1918 s'appuient tous (à l'exception du troisième gouvernement de Sandor Werkele) sur la même majorité politique conservatrice entre 1906 et 1910. Leur politique consiste avant tout à maintenir les privilèges de l'aristocratie face aux classes moyennes montantes, et à conditionner l'accès à l'« ascenseur social » dans le royaume à l'adoption de la langue, de la culture et de l'identité magyare..

Développement économique et urbain

Durant la seconde moitié du , la « Transleithanie », protégée par le marché commun formé avec la « Cislethanie », connaît un développement économique et industriel important, permettant une Croissance économique de près de 5 % par an ; ainsi, appuyée sur la plaine du Danube, la Transleithanie devient le grenier à blé de la « double-monarchie ».