vignette|Juif allemand portant la rouelle.Enluminure médiévale (v. 1476). La rouelle, ou la roue, est une petite pièce d’étoffe dont le port ostensible est imposé aux Juifs comme signe vestimentaire distinctif par le pape Innocent III et amplement respecté par les autorités civiles, à partir du .
Histoire Étymologie Le substantif féminin « rouelle » [consulté le 2017].Entrée () des Dictionnaires de français [en ligne], sur le site des éditions Larousse [consulté le 2017].Entrée (sens Historique, ), dans () [consulté le 2017]. est issu du latin tardif (), substantif féminin et diminutif de ().
La graphie rüele apparaît en 1119 au sens de « petite roue », et en 1363 au sens de « cercle d'étoffe de couleur, porté comme signe infamant, au Moyen Âge par les juifs »"Pièce d'étoffe ronde, souvent jaune, que les Juifs ont dû porter cousue sur leurs vêtements de façon apparente, à divers moments de l'histoire. Cette rouelle que les Juifs ont portée pendant six siècles, et qui attirait sur leur passage la dérision et les coups, serait, paraît-il, l'invention du sultant Yakoub El Mansour, conquérant de l'Espagne (Tharaud, Pte hist. Juifs, 1928, p. 24).Le port de la rouelle, tombé en désuétude, fut imposé de nouveau aux Juifs de Téhéran en 1897 (Encyclop. univ.t. 71970, p. 727). " rouelle, cnrtl.fr.
Définition La rouelle, ou la roue [consulté le ].Entrée (), dans () [consulté le 2017]., est une petite pièce d’étoffe que les Juifs doivent porter sur leurs vêtements pour permettre de les distinguer des autres personnes.
Elle serait inspirée par les signes distinctifs imposés aux Juifs par des califes musulmans au Moyen Âge. Sous le règne des Almohades, les Juifs du Maghreb conquis doivent porter la shikla pour se distinguer parmi la population : il s'agit principalement de teindre le bout de son turban en jaune..
C'est un juif converti, baptisé Paul Chrétien, dominicain, qui convainc en 1269 de rétablir l'usage de la rouelle.
Cadre historique vignette|Juifs portant la rouelle condamnés au bûcher, probablement à Augsbourg (manuscrit médiéval). La rouelle naît dans un contexte très particulier. L’historiographie française s’accorde à dire que le constitue un tournant pour l’histoire juive en Occident. Preuve en est,
Origine musulmane Cette marque fut sans doute réalisée à l'imitation des califes musulmans, pour lesquels les dhimmis devaient porter un signe distinctif, généralement bleu pour les chrétiens et jaune pour les juifsSuzanne Citron, Le Mythe national. L'histoire de France revisitée, éditions de l'Atelier, L'Atelier de poche, rééd. 2017, p. 249..
En 807, le calife Haroun al-Rachid ordonne que les Juifs de Bagdad portent une ceinture ou une frange de vêtement jaune. Sous le calife Al-Mutawakkil (847-861), ils doivent arborer une pièce de tissu en forme d'âne tandis que celle des chrétiens était en forme de porc. En 888, le cadi Ahmed ben Tâlib va plus loin en obligeant les dhimmis de KairouanLouis Massignon, Revue des études islamiques, Volume 9. P. Geuthner, 1935, . à porter sur l'épaule un morceau d'étoffe de couleur blanche portant l'image d'un singe pour les juifs et celle d'un porc pour les chrétiensMohamed Tahar Mansour, Du voile et du zunnâr : du code vestimentaire en pays d’Islam, L’Or du temps, 2007, (extrait). ; ils sont tenus d'accrocher les mêmes images sur leurs portesSonia Fellous, Juifs et Musulmans en Tunisie : fraternité et déchirements, Université de Paris IV : Paris-Sorbonne, Société d'histoire des juifs de Tunisie (Paris, France), Jāmiʻah al-Tūnisīyah, Somogy, 2003, (extrait). . En 1005, on ordonna aux Juifs d'Égypte d'accrocher des cloches à leurs habits. Au encore à Jérusalem, les juifs avaient pour signe distinctif le turban bleuFrédéric-Auguste-Antoine Goupil, Voyage en Orient fait avec Horace Vernet en 1839 et 1840, Paris, Challamel, 1843, p. 183 (lire en ligne)..
Le Dictionnaire de la langue française indique que la rouelle portée par les Juifs pendant six siècles « et qui attirait sur leur passage la dérision et les coups » serait l'invention plus tardive du sultan almohade du Yakoub El Mansour, conquérant de l'EspagneJérôme Tharaud, Petite histoire des Juifs, 1928, p. 24.
Application du canon du concile de Latran
Le se caractérise par une rhétorique plus ferme et antijuive des élites. Celle-ci s’exprime à travers des lois et des décrets, notamment lors du quatrième concile du Latran mis en place par le pape Innocent III en 1215. Ce concile va venir définir ou redéfinir les pourtours de la chrétienté, de sa communauté et de ses dogmes. vignette|Expulsion des Juifs (portant rouelle à la taille) en 1182. Miniature des Grandes Chroniques de France. Musée de la Diaspora, Tel Aviv. C’est dans ce contexte très défavorable aux juifs que naissent des contraintes importantes qui leur sont imposées : ils vont être frappés d’interdiction . C’est durant ce concile que les juifs se voient ordonner des vêtements différents des chrétiens, que cela soit pour les hommes ou pour les femmes. Néanmoins, pour qu’une vraie pratique se mette en place, il faut attendre quelques décennies. Cela traduit quand même
En effet, si le concile du Latran de 1215 ne prescrit pas de manière précise le vêtement distinctif que doivent porter les individus de confession juive, c’est sur la base de ses recommandations, ou plutôt de ses exhortations, que va se mettre en place le port du signe distinctif pour les juifs notamment la rouelle. C’est en application de celles-ci que son port se fera à différents endroits en terre chrétienne. C’est notamment le cas avec qui en 1269, va prescrire la rouelle aux hommes juifs de son royaume. Les femmes, quant à elles peuvent porter un couvre-chef spécifique. Ce n’est pas la seule occurrence : en 1231, le port de la rouelle de couleur jaune est imposé à nouveau aux Juifs en Espagne. En Italie, son port culmine en 1516 en même temps que la construction du ghetto de Venise.
vignette|Aquarelles infamantes du représentant un juif et une juive de la ville de Worms. La rouelle est ici accompagnée d'un sac de pièces (usure, avidité), de gousses d'ail, d'une oie (corruption). L’obligation du port ostensible de la rouelle, comme insigne vestimentaire, trouvait son fondement dans le du quatrième concile du Latran (, et ) qui, dans sa première partie, exigeait à la fois des Juifs et des qu’ils pussent être aisément distingués des chrétiens par leurs habits, afin que nulle excuse ou occasion ne justifiât les entre chrétiens, d’une part, et juifs ou musulmans, d’autre part, ainsi que les rapports sociaux du .. La première partie du réitérait le du concile de Naplouse () qui avait interdit aux musulmans du royaume latin de Jérusalem de s’habiller comme les du .. Mais rapidement après sa décision, le pape Innocent III revient sur ce canon en autorisant les Juifs en voyage à ne pas porter la rouelle, pour éviter de mettre leur vie en danger. Il publie ainsi la constitution Licet Perfedia Judaeorum, par laquelle il interdit la spoliation des Juifs ainsi que la profanation de leurs cimetières sous peine d'excommunicationA.-M. Helvétius, J.-M. Matz, Église et Société, Paris, éditions Carré Histoire, 2008, .. La rouelle devient un insigne à porter dans le voisinage.
Son origine, comme l’avance Ulysse Robert dans son article « La roue des juifs depuis le », . Cependant, c’est à la suite du concile du Latran de 1215 que son usage se généralise vraiment quand le port de vêtements distinctifs y est ordonné aux juifs par le pape .
Le choix de la rouelle comme signe distinctif se précise ensuite dans trois pays européens qui la rendent obligatoire : la France, l'Espagne et l'Italie, et plus tardivement le Saint Empire romain germaniqueJean Delumeau, La Peur en Occident, 1978, Fayard, page 293.
Dans son Histoire des Juifs de France, Léon Berman indique que dès 1208, les statuts synodaux édictés par Eudes de Sully, évêque de Paris, imposent déjà aux juifs un signe en forme de roue - soit avant le concile de Latran - mais que son officialisation en France n'a lieu qu’en 1227 par le concile de Narbonne, qui en oblige le port les dimanches et fêtes (chrétiennes)Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937.
En France, de 1215 à 1370, douze conciles et neuf ordonnances royales contraignent les Juifs au port d'une rouelle jaune.
Aspect vignette|Décret de l'empereur Ferdinand Ier daté du , ordonnant aux Juifs (hommes, femmes et enfants) des terres héréditaires des Habsbourg de porter un anneau jaune clairement visible sur leurs vêtements (Archives de l'État de Haute-Autriche) La rouelle est généralement découpée en anneau et symboliserait les de Judas selon l'interprétation traditionnelle chrétienne. Elle peut aussi symboliser l'hostie que les juifs rejetaient.
L'aspect de la rouelle affichée sur le vêtement des Juifs va être variable et lui aussi sujet à des lois et ordonnances visant à le fixer et le délimiter. En effet, sa couleur, sa taille, son emplacement, son nombre et même l’âge auquel la porter devient obligatoire vont se voir discutés et certaines fois modifiés.
C’est ainsi que, sous le règne de Saint Louis (1226-1270), deux rouelles sont même prescrites et précisément définies.vignette|Le Juif errant portant rouelle, 1893-1894.En 1253, Henry d'Angleterre adopte l'édit des Juifs destiné à les obliger à porter un badge en forme de tables de la Loi (tabula), symbole de l'Ancien Testament ; ainsi, le motif apparaît encore des décennies plus tard dans l'iconographie médiévale. En 1275, Édouard I en spécifie la couleur et la taille : tout juif de plus de 7 ans devait porter une pièce de taffetas jaune mesurant six doigts de long et trois de large, fixé sur le côté gauche de l'habit extérieur.
« En Espagne et en Italie, le port d'insignes distinctifs, en général un cercle jaune, ne fut imposé que sporadiquement ».
En Allemagne du et , il est choisi le chapeau conique jaune ou rouge, dit Judenhut, comme signe de discrimination obligatoire. Ce chapeau reste arboré jusqu'au début du en Europe de l'ouest, puis est remplacé par un insigne jaune plus commun.
Au début du à Venise, les Juifs auraient cumulé les marques de discrimination : outre la création du ghetto où on les cantonne, ils doivent porter une rouelle, un chapeau rouge pointu (qui deviendra un béret jaune) et une ceinture à frange.
Emplacement L’emplacement, à l’inverse, a très peu varié : . On la porte donc sur la poitrine mais également sur le dos pour être bien vu et reconnu.
Toutefois, des miniatures du montrent une rouelle portée également à la taille (voir illustration supra).
Couleur
gauche|200x200px La couleur ne fut pas toujours fixée. C’est notamment le cas sous le pouvoir de Philippe le Hardi. En revanche, lorsque ce fut le cas, ce furent des couleurs dont le symbolisme était extrêmement négatif dans l’imaginaire médiéval. Au lendemain du concile de Latran, soit à partir de 1217, dans les territoires français, les autorités décrétèrent l'obligation pour les Juifs de porter une rouelle rouge et jaune en feutre sur le devant et dans le dos. Notamment en Espagne, elle est tout d’abord jaune tirant sur le safran, également en France, sous les règnes de Saint Louis et d'Alphonse de Poitiers, puis rouge et blanche sous le règne du roi . vignette|Persécutions des Juifs à l'époque de leur expulsion, arborant sur la poitrine la tabula imposée par Henry III, Rochester Chronicle, 1290.Ces dispositions ne furent pas toujours observées : une bulle d'Alexandre VI, de 1494, prouve qu'ils n'employaient plus qu'une roue en fil blanc, presque imperceptible. En Angleterre, un concile provincial (1222) précise que sa couleur devait être différente de celle du vêtement ; un acte du parlement, confirmé le , par Édouard I, fixa la couleur au jaune.