Gérard Pounou Poadja, né le à la tribu de Poindah à Koné en Nouvelle Caledonie est un homme politique français loyaliste de Nouvelle-Calédonie, d'origine kanak. Longtemps membre du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), il est un des cadres dirigeants de Calédonie ensemble depuis 2009. Il a été le président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie du au . Il est élu sénateur le .
Biographie Des origines familiales coutumières et politiques
Gérard Poadja est issu du clan Görötû et de la lignée des grands-chefs du district de Poindah, l'une des deux grandes chefferies de la région de Koné-Pouembout, sur la côte nord-ouest de la Grande Terre. Il est le frère d'Auguste Poindet dit « Jean » Poadja (grand-chef actuel depuis 1996), le fils d'Auguste Tiaou Poadja (1916-2005, grand-chef de 1963 à 1996, également éleveur en tant qu'employé sur des propriétés d'Européens voisines des terres coutumières, notamment celle des Devillers, mais également à son propre compte), le petit-neveu d'Antoine Téin Katélia Poadja (vers 1875-1963, grand-chef de 1902 à 1963) et l'arrière-petit-neveu du premier grand-chef à la suite de la création du district par l'administration coloniale en 1870, Bwaé Atéa Katélia Poadja (décédé en 1902).
Son père, Auguste Poadja, fut également engagé en politique en tant que membre directeur de l'Union calédonienne (UC, parti autonomiste dominant la scène politique locale de sa création en 1953 jusqu'à 1972) entre 1963 et 1977. À cette date, l'UC prend officiellement position en faveur de l'indépendance. Restant partisan du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, Auguste Poadja rejoint le récemment créé Rassemblement pour la Calédonie (RPC) de Jacques Lafleur, devenu en 1978 le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) après son affiliation au Rassemblement pour la République (RPR) métropolitain de Jacques Chirac. Auguste Poadja est, avec le secrétaire de la grande-chefferie Firmin Dogo Gorohouna (pour sa part dissident de l'UC depuis 1963), l'une des principales figures du RPCR à Koné durant la période dite des « Évènements » qui voit s'opposer violemment partisans et opposants de l'indépendance entre 1984 et 1988 B. TREPIED, ETHNOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA COMMUNE DE KONÉ 1946-1988, Tome II, Thèse de doctorat en anthropologie sociale et ethnologie, EHESS, dir. Alban BENSA, présentée et soutenue le 19 décembre 2007, 424 p..
Gérard Poadja a lui-même exercé des responsabilités coutumières, puisqu'il est le secrétaire du Conseil coutumier de l'aire Paici-Camuki de 1991 Arrêté n°5821-T du 10 septembre 1991 constatant la composition du Conseil coutumier de l'Aire Paici Camuki et de son bureau provisoire, JONC 1999-2554, 17/09/1991 à 1994 (cette institution est d'ailleurs présidée pendant cette même période par son père, Auguste).
Un élu du RPCR
À la fin des années 1990, Auguste Poadja décide de se retirer de ses responsabilités pour passer le flambeau à ses fils : l'aîné Auguste Poindet dit « Jean » devient grand-chef en 1996 tandis que Gérard Poadja se lance en politique au sein du RPCR.
Il est ainsi en quatrième position sur la liste du Rassemblement menée par France Debien dans le Nord aux élections provinciales du Liste des élections provinciales de 1999, site officiel du Congrès. Celle-ci obtient voix (17,82 % des suffrages exprimés) et 4 élus sur 22 à l'Assemblée provinciale (et 3 sur les 15 également envoyés au Congrès de la Nouvelle-Calédonie), traditionnellement dominée par les indépendantistes Résultats des élections provinciales néo-calédoniennes de 1999, JONC, 11/05/1999, p. 2022. Après l'entrée au gouvernement local de Maurice Ponga (élu en deuxième position sur cette même liste) le , Gérard Poadja le remplace au Congrès, et ce jusqu'à la fin de la mandature le .
Au sein de l'assemblée délibérante territoriale (dont il est le benjamin), il est membre de la commission permanente (dont il est le vice-président du au ) du au et du au . Il est également membre des commissions intérieures des Infrastructures publiques et de l'Énergie, de l'Agriculture et de la Pêche, de l'Enseignement et de la Culture et de la Législation et de la Règlementation relatives aux Affaires coutumières du au , de celle des Sports du au et de celle des Transports et des Communications du au . Spécialisé dans les questions foncières et rurales, il est également l'un des représentants titulaires du Congrès au conseil d'administration de l'Agence de développement rural et d'aménagement foncier (ADRAF) de 1999 à 2005, ainsi que l'unique membre titulaire pour cette assemblée au sein de la Mission « Cadres Avenir » ainsi que du conseil d'administration du Lycée agricole et l'un des trois à celui de l'école des métiers de la mer de 2001 à 2003. Il est également l'un des trois représentants du Congrès de la Nouvelle-Calédonie à la Commission des ressources marines et au Comité de gestion du fonds de concours pour l’équipement des établissements publics hospitaliers de la Nouvelle-Calédonie de 2002 à 2004, un des quatre à la Commission consultative pour la gestion du domaine territorial, et le seul au Comité mixte prévu par le protocole d’accord entre le Territoire, les Provinces et le Centre national pour l’exploitation des océans (IFREMER) de 2001 à 2003.
Il prend de plus la tête de la liste du RPCR aux élections municipales des 11 et à Koné, baptisée « Rassemblement pour un élan communal ». Il obtient 301 voix et 17,04 % des suffrages exprimés au premier tour, soit le troisième meilleur score sur cinq, derrière les deux listes indépendantistes concurrentes de l'Union nationale pour l'indépendance (UNI, menée par Joseph Goromido du Parti de libération kanak ou Palika, 28,54 %) et « Union citoyenne » (de tendance UC, tirée par le maire sortant Marcel Nédia, 26,84 %). Au second tour, il réunit 319 votes (15,97 %) et gagne deux sièges sur les vingt-sept du conseil municipal, avec de nouveau la troisième place. Il devient ainsi conseiller municipal du chef-lieu de la Province Nord, siégeant dans l'opposition à la majorité UNI du nouveau maire Palika Joseph Goromido B. TREPIED, op. cit., p. 846-850.
Aux élections provinciales du , du fait de l'application de la loi sur la parité, il se retrouve en septième place sur la liste du Rassemblement-UMP (nouveau nom du RPCR après son affiliation à l'Union pour un mouvement populaire, ou UMP) dans le Nord, de nouveau menée par France Debien Composition des listes candidates aux élections provinciales du 9 mai 2004, JONC n°7779, p. 2330, 24/04/2004. Avec voix (11,41 %) et 3 sièges sur 22 (dont 2 sur les 15 envoyés au Congrès), Gérard Poadja ne peut être réélu « Publication des résultats de l'élection des membres du Congrès et des Assemblées de Province du 9 mai 2004 », Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie, 12/05/2004. À la suite de l'élection de Pierre Frogier à la présidence du Rassemblement-UMP face à Jacques Lafleur le , Gérard Poadja devient le 20 du même mois l'un des quatre nouveaux vice-présidents du parti, aux côtés du sénateur Simon Loueckhote, du maire de Nouméa Jean Lèques et du maire de Farino Ghislaine Arlie. Il le reste jusqu'au F. ANGLEVIEL, Groupe de recherche en histoire océanienne contemporaine, Brève histoire politique de la Nouvelle-Calédonie contemporaine: 1945-2005, éd. Publication du Groupe de recherche en histoire océanienne contemporaine, coll. « Histoire calédonienne », p. 278, 2006.
Gérard Poadja devient, de 2004 à 2009, le directeur de l'antenne de l'ADRAF à Poindimié. Il reste de plus conseiller municipal de Koné jusqu'aux élections municipales de . À cette occasion, il ne se représente pas et s'efface au profit d'une liste d'union de toutes les forces non-indépendantistes (Rassemblement-UMP, Avenir ensemble, Rassemblement pour la Calédonie dit RPC, Front national FN et divers droite), baptisée « Entente communale de Koné » et menée par Richard ChenevierM. BERNARD, « Richard Chenevier, une première avec une liste d’entente », Les Nouvelles Calédoniennes, 26/02/2008 Listes candidates aux élections municipales de 2008 à Koné, JONC n°8170, p. 1727, 04/03/2008. Cette alliance réalise un meilleur score que la liste Poadja de 2001, avec 550 voix (25,65 %) au premier tour ( score) et 596 votes (27,52 %) et 3 élus sur 27 (les listes UNI du maire sortant Joseph Goromido et UC de Joseph Moto avaient fusionné pour totaliser 72,48 % des suffrages et 24 sièges au second tour)Résultats des élections municipales de 2008 à Koné, elections.lefigaro.fr.
La dissidence et le ralliement à Calédonie ensemble
Gérard Poadja se porte candidat aux primaires internes organisées en par le Rassemblement-UMP, désormais présidé par Pierre Frogier depuis 2005, pour désigner sa tête de liste dans le Nord aux élections provinciales du . Il s'oppose alors au titulaire de cette place lors des deux précédents scrutins, France Debien (soutenu par la direction du parti), et au membre du gouvernement local Maurice Ponga. Il sort vainqueur du vote des militants organisé dans toutes les sections de la Province Nord, avec un score serré, obtenant 163 voix, contre 140 à France Debien et 101 à Maurice Ponga. Le résultat étant contesté par le second, le bureau politique du Rassemblement décide d'annuler le scrutin concernant les sections de Poindimié et de Népoui, et désigne donc de fait France Debien comme tête de liste. Cette nomination n'étant pas acceptée, Pierre Frogier finit par trancher le en choisissant à la place la vice-présidente du parti, Léontine Ponga, jugée plus consensuelle et plus apte à rassembler le plus largement possible au sein de la famille non-indépendantiste, avec France Debien en deuxième positionP. FRÉDIÈRE, « Une femme mélanésienne tête de liste du Rassemblement dans le Nord », Les Nouvelles Calédoniennes, 17/01/2009. Ce dernier accepte cette décision« Le ticket Léontine Ponga-France Debien officialisé », Les Nouvelles Calédoniennes, 28/01/2009.
En revanche, Gérard Poadja montre son mécontentement et, après avoir dans un premier temps déposé sa candidature pour être présent sur la liste Ponga-Debien pour « respecter la règle instaurée par le parti » et lui « éviter certains commentaires »Y. MAINGUET, « Au RUMP, le rififi du Nord n'est pas fini », Les Nouvelles Calédoniennes, 03/02/2009, il annonce le démissionner du Rassemblement-UMP. Il estime que : « Des règles ont été mises en place pour l'organisation (des) primaires mais ne sont plus respectées aujourd'hui », parlant également de « tricheries »Y. MAINGUET, « Gérard Poadja claque la porte du RUMP », Les Nouvelles Calédoniennes, 05/02/2009. Il se rapproche ensuite d'un autre mouvement non-indépendantiste, Calédonie ensemble (fondé en 2008 par des dissidents de l'Avenir ensemble, emmenés par le président de l'Assemblée de la Province Sud de l'époque Philippe Gomès), et de son principal représentant dans le Nord, Bernard Nénou (fils d'un ancien député RPCR, Maurice Nénou). Le , les deux hommes annoncent qu'ils « ont décidé de constituer une liste d'union non indépendantiste pour les élections en Province Nord le prochain », menée par Gérard Poadja. Ils présentent également vouloir faire campagne en insistant sur « l'indispensable rééquilibrage Est-Ouest, d'un développement économique mieux partagé, d'une politique d'aménagement permettant la mise en valeur des terres privées et coutumières par un dispositif d'accompagnement financier et de formation » ou encore de « l'intégration de l'usine du Nord dans la province »« Gérard Poadja s'allie avec Bernard Nenou », Les Nouvelles Calédoniennes, 11/02/2009.