Hélène Bessette, née le à Levallois-Perret et morte le au Mans, est une romancière et dramaturge française. Malgré le soutien que lui apportèrent de grands écrivains durant sa vie — comme Raymond Queneau et Marguerite Duras, entre autres — elle n'obtient pas de réelle reconnaissance, et est restée très peu lue.

Presque intégralement publiée chez Gallimard de son vivant, son œuvre est redécouverte après sa mort par Laure Limongi. Ses textes sont aujourd'hui réédités aux éditions Léo Scheer et au Nouvel Attila. Ses archives sont conservées à l'IMEC.

Biographie Fille d'une parfumeuse divorcée d'un chauffeur de taxi, Hélène Bessette est institutrice, à Roubaix, à Saint-Prest et à Saint-Georges-sur-Eure, après un séjour en Nouvelle-Calédonie, où elle était partie trois ans avec son mari pasteur, décidé à évangéliser l'île. Fin 1948, le couple se sépare. Elle va s'installer à Sydney. Elle obtient le divorce et revient en France en 1949 avec l'un de ses fils, l'autre ayant été confié au père. Installée à Roubaix dans une petite chambre d'hôtel, elle se met à écrire. En quatre ans, cinq manuscrits sont rédigés. L'ethnologue Maurice Leenhardt, qui l'avait repérée alors qu'elle écrivait pour un journal protestant en Nouvelle-Calédonie, parle d'elle à l'écrivain Michel Leiris, lequel fait de même avec Raymond Queneau. Conquis, ce dernier lui fait signer un contrat le chez Gallimard, pour dix livres à venir.

Entre 1953 et 1973, Hélène Bessette publie treize romans chez Gallimard, et en écrit d'autres restés non publiés. Elle obtient le prix Cazes de la brasserie Lipp pour son premier livre, Lili pleure, en 1954, qui raconte l'histoire d'une femme empêchée dans ses amours par sa mère. Ses autres romans sont régulièrement retenus sur les listes du prix Goncourt, dont Queneau est membre de l'académie.

Son roman Les Petites Lilshart est une version remaniée des Petites Lecocq, qui avait été retiré de la vente en 1956 après un procès pour outrage aux bonnes mœurs et diffamation. Le livre raconte l'éveil sentimental et sexuel de deux sœurs d'une famille bourgeoise ; une ancienne camarade s'était reconnue. Ce livre était accessible au grand public mais les suites judiciaires ont marqué Hélène Bessette et ont pu la pousser à se réfugier dans une littérature plus exigeante, note Le Monde. Elle publie également une pièce de théâtre, au Manteau d'Arlequin.

Elle peut être considérée comme l’une des pionnières du « roman poétique ». Son œuvre est présentée par Le Monde comme mais qui peut être appréciée pour . Les thèmes qu'elle aborde vont par ailleurs à contre-courant de l'optimisme et du consumérisme bourgeois des Trente Glorieuses, par exemple dans La Tour (1959), où elle s'en prend à la société de consommation. .

Animée par un besoin irrépressible de liberté et revendiquant un roman dégagé de la tradition littéraire, elle fonde en 1959 le Gang du Roman Poétique, mais il s'agit d'une entreprise solitaire la maintenant à l'écart des grands réseaux littéraires. Dix ans plus tard, elle imprime à ses frais un manifeste intitulé Les Résumés, texte pamphlétaire dans lequel elle soutient avant tout des valeurs spirituelles, contre les théories littéraires. Selon Yoann Thommerel, son écriture personnelle, novatrice, conjugue des impératifs du roman traditionnel, histoire et personnage, avec des caractéristiques issues de la poésie : « Attention aiguë à la rythmicité et à la musicalité de la langue, disposition des mots sur la page, retours à la ligne, excentricités typographiques, motifs répétitifs... »Préface à Élégie pour une jeune fille en noir, Nous, 2001, p. 9..

Bien que soutenue et admirée par des écrivains comme Marguerite DurasMarguerite Duras écrit dans L'Express en 1964 : « La littérature vivante, pour moi, c'est Hélène Bessette, personne d'autre en France », cité par Yoann Thommerel dans sa préface à Élégie pour une jeune fille en noir, Nous, 2001, p. 8., Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir ou Dominique Aury, et par les critiques Alain Bosquet et Claude Mauriac, elle reste cependant méconnue du grand public qui n'achète pas ses œuvres. Au total, seuls quelques milliers de livres seront vendus au cours de sa carrière, la plupart des ouvrages plafonnant à 500 exemplaires. Queneau, qui l'avait pourtant soutenue, lui donne alors ce terrible conseil, qu'elle ne suivra pas : « Il ne faut plus écrire ».

Elle démissionne de l'Éducation nationale en 1962 pour se consacrer entièrement à l’écriture. Elle n'aimait pas ce métier, entretenant des rapports houleux avec sa hiérarchie et les parents d'élèves, ce dont témoigne maternA (1955), un livre acerbe sur l'école maternelle et les adultes qui y gravitent (enseignants, parents). Connaissant une situation financière difficile, elle enchaîne ensuite les petits métiers (). Queneau sollicite le ministre des Affaires culturelles André Malraux. Elle obtient des aides et des bourses pour subsister.

Racontant la vie d'une domestique, « demi-vivante en demi-vie », ignorée, rabaissée par ses patrons jusqu'à sa mort dans un accident de la circulation, Ida ou le délire (1973) est son dernier roman publié de son vivant. Ses manuscrits suivants seront tous refusés, en raison de la médiocrité des ventes réalisées par les précédents. Recluse à Niort, puis au Mans, elle ne veut plus voir personne, mais ne cessera jamais d'écrire. À la fin de sa vie, elle travaille à son autobiographie, On ne vit que deux fois, publiée de façon posthume en 2018. À la fin des années 1990, elle écrit un texte poétique, Élégie pour une jeune fille en noir (exhumé et publié en 2021 par Nous), long poème mélancolique, dédié à sa grande sœur Adrienne qu'elle croyait décédée. Le thème de la mort associé à des substitutions de personnes, présent dans plusieurs de ses derniers écrits, y tient une place centrale.

, selon l'expression du journaliste Luc Bronner, elle meurt en 2000 dans l'anonymat. Dans les années qui suivent, Julien Doussinault élabore, sous la direction d'Henri Godard et Jean-Yves Tadié un mémoire de DEA sur l'œuvre d'Hélène Bessette. En 2006, sous l'impulsion de Laure Limongi des Éditions Léo Scheer, Julien Doussinault reprend le texte de son mémoire et en tire une biographie publiée en 2008. Il travaille notamment sur les archives que gardaient ses deux fils, Éric et Patrick (désormais conservées à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine). Ce dernier explique : .

Gallimard rend ses droits aux héritiers. En 2006, la collection Laureli (dirigée par Laure Limongi, qui avait découvert l'écrivaine de façon impromptue dix ans plus tôt), aux Éditions Léo Scheer, réédite ses livres, Claire Paulhan, Le Monde, ., Martine Lecoeur, Télérama, ., Jean-Claude Perrier, Livres-Hebdo, ., Alain Nicolas, L’Humanité, septembre 2006., Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles, . ainsi que des inédits. En 2011, le flambeau est repris par Le Nouvel Attila, qui réédite (ou édite) à partir de 2017 Vingt minutes de Silence (2017), Garance Rose (2017), On ne vit que deux fois (2018), Ida (2018), Histoire du chien (2018), La Grande Balade (2019), Lili pleure (2020), La Tour (2021).

Elle est également traduite en italien (Venti minuti di silenzio, Lili, Ida o il delirio, La rottura), allemand (Ist Ihnen nicht kalt, Ida oder das Delirium), espagnol (Ida, Veinte minutos de silencio) et anglais (Lili is crying).

Œuvres Romans Lili pleure, Gallimard, 1953 MaternA, Gallimard, 1954 ; rééd., Éditions Léo Scheer, , 2007« maternA est l’histoire d’une révolte, celle de l’employée contre la direction, de la femme libre contre la femme du siècle. [...] Son œuvre, étonnamment moderne, ne ressemble à rien de connu, et ceux qui l’ont lu s’en souviennent. Alors reprenons : lisez Hélène Bessette, voilà enfin du nouveau », Jean Perrier, Standard magazine, été 2007. Vingt minutes de silence, Gallimard, 1955 ; rééd. Le Nouvel Attila, , 2017 ; rééd. Éditions Points, 2023 Les Petites Lecocq, Gallimard, 1955. La Tour, Gallimard, 1959 ; rééd. avec une postface de Noëlle Renaude, Éditions Léo Scheer, , 2010 La Route bleue, Gallimard, 1960 La Grande Balade, Gallimard, 1961 N'avez-vous pas froid, Gallimard, 1963. Réed, Éditions Léo Scheer, , 2011 Si, Gallimard, 1964; réédition, Léo Scheer, , 2012 Suite suisse, Gallimard, 1965 ; rééd. avec une postface de Florence Giorgetti et Robert Cantarella, Éditions Léo Scheer, , 2008« Dans la veine de l’autofiction mélancolique, Suite suisse se présente comme un constat de ce statut marginal auquel l’écrivain est réduit », Emily Barnett, Les Inrockuptibles, 10 juin 2008. Garance Rose, Gallimard, 1965 ; rééd. Le Nouvel Attila, , 2017 Les Petites Lilshart, Gallimard, 1967 Ida ou le Délire, Gallimard, 1973 ; rééd. suivie de Le Résumé, Éditions Léo Scheer, , 2009, Claire Devarrieux, Libération, .; rééd. Éditions Points, , 2020 Le Bonheur de la nuit, avec une postface de Bernard Noël, Éditions Léo Scheer, , 2006, Fabrice Gabriel, Les Inrockuptibles, . On ne vit que deux fois, Le Nouvel Attila, , 2018

Théâtre Le Divorce interrompu, Gallimard, , 1968

Essais

Les Résumés (édités à compte d'auteur en 1969), préface de Julien Doussinault, Le Nouvel Attila, coll. « Othello », 2022 ; .

Poésie Élégie pour une jeune fille en noir, établi et présenté par Yoann Thommerel, Nous, 2021, Quinze août, éditions petits pièges, 2026

Bibliographie Luc Bronner, « Hélène Bessette, écrivaine avant-gardiste dévorée par ses démons », Le Monde, 24 aout 2021 « Hélène Bessette. Cycle autrices oubliées », BnF, Charles Dantzig, « Ida ou la Femme effacée », Personnage en personne, France Culture https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/personnages-en-personne/ida-ou-la-femme-effacee-9564267 Julien Doussinault, Bessette. Biographie, Éditions Léo Scheer, 2008«Dans cette biographie indépassable côté doc, Julien Doussinault tente de contrebalancer le mouvement d’oubli de l’auteur en citant abondamment l’œuvre et en analysant son esthétique. » Éric Loret, Libération, 20 novembre 2008.. Revue IF 30 consacrée à Hélène Bessette, avec des inédits (2007). Dossier consacré à Hélène Bessette dans La Revue Littéraire 28 (Éditions Léo Scheer, 2006)La Revue Littéraire n°28, automne 2006.. Marianne Desroziers, « Hélène Bessette ou l'indifférence persistante », Tombeau pour les rares, , éd. La Clé sous la porte, .

Notes et références

Sources Présentation de l'auteur sur le site des Éditions Léo Scheer

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