Bernard Landry, né le à Saint-Jacques et mort le à Verchères, est un avocat, professeur et homme politique québécois.
Député et ministre de 1976 à 1985, puis de nouveau à partir de 1994, Bernard Landry devient en 2001 chef du Parti québécois et le premier ministre du Québec. Défait lors des élections de 2003, il démissionne de ses fonctions de chef du parti, de chef de l'opposition officielle et de député deux ans plus tard, en 2005.
Sa carrière politique fut marquée notamment par son engagement en faveur de l'ouverture du Québec au commerce international, ainsi que par la signature avec la nation crie de la Paix des braves.
Biographie Enfance Bernard Landry, de son vrai nom Jean-Bernard Landry, est le fils aîné de Bernard Landry et de Thérèse Granger. Son père est agent d'assurances et chanteur amateur. Il a deux sœurs adoptives. La famille de Bernard Landry était politiquement libérale, « plutôt dans la lignée d'Honoré Mercier ».
Comme plusieurs familles de Saint-Jacques-de-Montcalm, les Landry ont des origines acadiennes. Jean-Baptiste Landry, l'aïeul de la famille, a été forcé de quitter son Acadie natale au moment du Grand Dérangement. Après un exil à Boston, il décida de s'installer dans la région de Lanaudière vers 1770.
Bernard Landry commence son instruction à l'Académie Saint-Louis-de-France, administrée par les Frères de Saint-Gabriel. Selon Bernard Landry, . Dès la première année, le frère Conrad le désigne pour être président de classe, fonction qu'il occupe pendant huit ans. Très tôt, le jeune Bernard Landry se joint aux louveteaux, puis à aux scouts.
À , il devient pensionnaire au Séminaire de Joliette dirigé par les Clercs de Saint-Viateur, où il occupe aussi chaque année la fonction de président de classe. On y enseigne alors le français, l'anglais, le latin et le grec. Bernard Landry affirme qu'il était parmi les meilleurs élèves ; affirmation qui est contestée par l'abbé Yvon Desrosiers. À l'époque, sa passion est déjà l'Histoire. Bernard Landry aime aussi la philosophie ainsi que le théâtre. Rapidement, il est repéré par le père Alphonse Galarneau qui le recrute comme cadet de l'armée et devient rapidement commandant des cadets.
Vers , il assiste à une conférence donnée par un jésuite et portant sur les camps de concentration nazis : il en ressortira à jamais dégoûté par l'antisémitisme et le racisme.
À la fin de son parcours scolaire, il fonde l'Association des étudiants du Séminaire de Joliette, dont il devient le premier président. Pris de charme pour la biologie et la chimie, il se croit destiné à devenir médecin. Bernard Landry termine son cours classique en 1959 à titre de président de la Promotion.
Bernard Landry devient officier de réserve, ce qui lui permet de financer ses études. Cela l'amène éventuellement à se rendre à Banff, en Alberta, où il découvre . Le jeune homme fut aussi membre de la chancellerie de Joliette de l'Ordre de Jacques-Cartier, une société secrète catholique vouée à la défense des Canadiens français, mais affirme n'en avoir tiré aucun bénéfice.
Selon Michel Vastel, à , Bernard Landry est un jeune homme pieux qui se sent Acadien d'abord, Canadien français ensuite.
Études à l'Université de Montréal Bernard Landry commence des études à l'Université de Montréal en médecine, mais est rapidement dégoûté par l'étude des cadavres. Maximilien Caron, doyen de la Faculté de droit, lui conseille de changer de discipline. Remarquant que Bernard veut , il lui recommande le droit, qu'il décrit comme .
Pendant ses études, Bernard Landry est officier de réserve au sein des Corps-écoles des Officiers canadiens.
C'est à la Faculté de droit qu'il rencontre Lorraine Laporte à l'automne 1960, pour qui c'est le coup de foudre. Le couple se marie le .
Après avoir exercé les fonctions de président de l'association étudiante de la Faculté de droit, Bernard Landry succède à Jean Rochon à la présidence de l'Association générale des étudiants de l'Université de Montréal, l'AGEUM. Il est élu sans opposition. Sous la présidence Landry, l'AGEUM abandonne de plus en plus sa structure corporatiste pour devenir une association revendicatrice défendant les intérêts des étudiants. Ainsi, l'AGEUM et son président se font remarquer par l'opinion publique le , alors que les étudiants prennent d'assaut le Red Ensign de la Place Ville Marie pour protester contre les paroles francophobes prononcées par le président du Canadien National, Donald Gordon, qui affirmait le qu'il n'y a aucun Canadien français au conseil d'administration du CN car ils ne sont pas compétents.
En 1963, l'association étudiante demande la désignation d'un recteur laïc ; ce sera le cas à partir de 1966. Bernard Landry parvient par ailleurs à convaincre le Mouvement Desjardins d'ouvrir une caisse laïque à l'Université de Montréal ; jusqu'alors, il fallait être catholique pratiquant pour administrer une caisse populaire. Sur la scène nationale, l'AGEUM revendique un régime de bourses, l'exemption d'impôts du travail en saison estivale, ainsi que la création d'une assurance-vie pour les étudiants et milite en faveur de la nationalisation de l'hydroélectricité et de la création du ministère de l'Éducation. alt=Pierre Elliot Trudeau enseigne le droit à Bernard Landry pendant les années 1960. Les deux hommes s'affrontent ensuite sur la scène politique.|vignette|277x277px|Pierre Elliott Trudeau enseigne le droit à Bernard Landry pendant les années 1960. Les deux hommes s'affrontent ensuite sur la scène politique. À l'invitation de son professeur Pierre Elliott Trudeau, Bernard Landry accepte en 1963 de siéger au sein du conseil exécutif provisoire de la Ligue des droits de l'Homme, qui sera renommée plus tard Ligue des droits et libertés. En 1964, il est l’un des cofondateurs de l’Union générale des étudiants du Québec (UGEQ), la première fédération étudiante du Québec, sur archiv.umontreal.ca.
Fonctionnaire Premier emploi et débuts en politique En , Landry commence son premier emploi à titre de secrétaire exécutif du Jewish Labor Committee, un syndicat fondé par des réfugiés juifs.
Remarqué par René Lévesque alors qu'il était président de l'AGEUM, Bernard Landry accède à son cabinet en , où il occupe les fonctions d'attaché de presse, puis de conseiller politique.
Après un premier essai en 1964, il parvient à être admis au Barreau du Québec l'année suivante, en 1965.
Études à l'Institut d'études politiques de Paris À la fin de l'été 1965, la famille Landry part en France. Bernard étudie à l'Institut d'études politiques de Paris dans la section Économique et Financière. Il a pour professeur Raymond Barre. Il réalise ensuite un stage au ministère des Finances et des Affaires économiques dirigé par Valery Giscard d'Estaing puis Michel Debré.
Rapidement, Bernard Landry fonde l'Association des étudiants québécois en France (AEQF), dont il assume la présidence.
C'est lors de son séjour en France qu'il devient indépendantiste. Bernard Landry est alors séduit par la construction de la Communauté économique européenne, qui permet la liberté des personnes et du commerce dans un vaste espace européen, tout en permettant à la France et aux autres nations-membres de conserver leurs spécificités et leur autonomie.
Retour au Québec À son retour à l'été 1967, il est recruté par le premier ministre unioniste Daniel Johnson, lui aussi un ancien président de l'AGEUM, à titre d'adjoint au directeur général de la planification du ministère des Richesses naturelles. Il occupe aussi les fonctions de coordonnateur pour le Québec du Conseil canadien des ministres des Richesses naturelles, puis de chargé de mission au cabinet du ministre de l'Éducation Jean-Guy Cardinal.
Au moment de la grève étudiante de 1968, Bernard Landry fait partie, avec Pierre Martin et Jean-Paul Desbiens, du triumvirat chargé d'informer le ministère des actions menées par le mouvement étudiant. Souhaitant éviter un « Mai 68 » au Québec, Landry obtient le feu vert du ministre de l'Éducation pour entamer des négociations avec les étudiants. Il rencontre alors Louise Harel, vice-présidente de l'UGEQ, et parvient avec elle à formuler une entente acceptable pour les deux parties, mettant ainsi un terme aux moyens de protestation.
Saut en politique Militant Le , René Lévesque annonce que Bernard Landry se joint au Parti québécois, parti souverainiste fondé en .
Bernard Landry quitte son emploi de fonctionnaire le et s'installe à Joliette. Il devient juriste chez Lapointe Rosenstein, bureau d'avocats pour lequel il travaillera jusqu'en 1976. Il assume la défense des syndicats dans de nombreuses causes. Son épouse Lorraine Laporte et lui enseignent au cégep.
Bernard Landry se présente une première fois comme candidat dans la circonscription de Joliette lors des élections de 1970. Il obtient 27 % des suffrages et termine troisième, derrière le député sortant unioniste Pierre Roy et le candidat libéral élu Robert Quenneville.
Il se présente de nouveau en 1973, dans Joliette-Montcalm. Bernard Landry est de nouveau défait, mais recueille cette fois 37 % des suffrages. La même année, il est élu au conseil exécutif du Parti québécois.
Premier gouvernement Lévesque
À l'automne 1975, Landry est forcé par les militants de céder sa place au syndicaliste Guy Chevrette qui devient le nouveau candidat péquiste dans Joliette-Montcalm. La famille Landry s'installe ensuite à Outremont. Bernard Landry est finalement élu député de la circonscription de Fabre lors des élections générales de 1976. Il défait le ministre libéral Gilles Houde par une majorité de .
René Lévesque le nomme ministre d'État au Développement économiqueLe premier gouvernement Lévesque crée cinq ministères d'État. Leurs titulaires n'ont pas de porte-feuille ou de fonctionnaires. Les ministres d'État ont pour fonction de coordonner le travail des grands secteurs de l'administration de l'État., avec pour mandat de faire contre-poids au puissant ministre des Finances, Jacques Parizeau.
Le , Bernard Landry présente Bâtir le Québec, un document de 523 pages qui constitue l'énoncé de politique économique du gouvernement péquiste. Le document constate le mauvais état de l'économie du Québec, situation qui serait due aux politiques du gouvernement fédéral plus favorables à l'Ontario, et aux entreprises étrangères qui exportent les ressources naturelles plutôt que les transformer au Québec. Bâtir le Québec propose notamment de mettre l'accent sur l'entreprise privée, de se départir des sociétés publiques en difficulté et de favoriser le commerce extérieur.
Pendant la campagne référendaire de 1980, le ministre d'État dut faire face au grand patronat, qui s'opposait en bloc à la souveraineté du Québec. Responsable des communautés culturelles au sein du parti depuis qu'il y est devenu militant, Bernard Landry s'est notamment engagé à faire la promotion du projet souverainiste auprès de la communauté juive. « J'ai dû visiter autant de synagogues dans ma vie que d'église, sinon plus », expliquait-il. Le , le camp du perd le référendum, mais Bernard Landry se console en constatant que pas moins de 100% des juifs de Boisbriand auraient voté pour la souveraineté!
Second gouvernement Lévesque Le Parti québécois est élu à nouveau le 13 avril 1981 avec 49,21 % des suffrages. Bernard Landry est alors confirmé dans ses fonctions de ministre d'État du Développement économique.
En 1982, Landry dévoile la suite de Bâtir le Québec intitulée Le virage technologique. Comme son nom l'indique, ce document de 250 pages propose que le Québec investisse dans les nouvelles technologies, ce qui en fait un précurseur en Amérique du Nord, et favorise les exportations.