thumb|280px|right|La synagogue de Bad Brückenau dans les années 1920 La synagogue de Bad Brückenau, inaugurée en 1913, a été détruite en 1938 lors de la Nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.
Bad Brückenau est une petite ville thermale allemande, de l'arrondissement de Bad Kissingen, district de Basse-Franconie, dans le Land de Bavière, à environ cent kilomètres à l'est de Francfort-sur-le-Main et au nord de Wurtzbourg. Initialement dénommée Brückenau, elle ne prend le nom officiel de Bad Brückenau qu'en 1970 en intégrant la station thermale. Elle compte actuellement près de habitants.
Histoire de la communauté juive : la première communauté Quelques familles juives vivent à Brückenau depuis le et le , et ont alors fondé une communauté. De 1524 à 1527, le nom du Juif David de Brückenau est cité à plusieurs reprises, avant qu'il n'aille s'installer à Zeitlofs, distant d'une dizaine de kilomètres. Dans les décennies suivantes, plusieurs familles sont mentionnées, dont celle du Juif Mosche d'Ilmenau à partir de 1558, celle du Juif Salomon de Brückenau, facteur à la cour de la comtesse Helene von Hanau, à partir de 1561, et le Juif Irmoldt de Brückenau depuis 1588. En 1576, six ou sept familles juives sont installées en ville et en 1600, il y a environ 8 à 10 familles, ce qui pour un nombre total d'habitants estimé à 500 personnes, représente environ 10 pour cent de la population de la ville. À cette époque, les Juifs vivaient certainement dans la Judengasse (ruelle aux Juifs), qui existe toujours de nos jours.
Au début du , on compte 11 foyers juifs. Les chefs de famille vivent principalement du commerce des chevaux, d'objets en or et en argent, du travail des peaux et du cuir et un peu du commerce des fruits. La communauté possède une synagogue, une école et un cimetière, et emploie un enseignant qui sert aussi d'officiant.
En 1671, les Juifs de Brückenau sont expulsés de la ville, comme dans tout l'évêché de Fulda. Seules cinq familles sont autorisées à rester à Fulda et une à Neuhof. Les familles de Brückenau s'installent pour la plupart à Züntersbach, Unterriedenberg ou Geroda.
Avant l'avènement du nazisme À partir des années 1720, des Juifs se réinstallent en ville. Les deux premiers sont Isaak Sißel d'Uttrichshausen et Heyum Levi de Weyhers. Dans les années qui suivent quelques familles juives vont s'y installer. En 1763, il y a quatre familles, en 1789, cinq familles, celles de Hejum Joseph, de David Samuel, de Meyer Löb et de Meyer Levi.
Mais le nombre de familles juives reste faible pendant la première moitié du en raison de l'enregistrement des Juifs de Bavière jusqu'en 1867, imposant un quota de trois ou quatre familles à Brückenau. En 1803, il y a quatre familles, celles de Löb Feibel, de Schneegold, de Meyer Hirsch et de Meyer Levi, ce dernier occupant le poste d'enseignant des Juifs. Les familles vivent du commerce de bétail, de fournitures diverses et de produits de récolte. En 1817, trois familles sont enregistrées: Joseph David Cahner (commerce de bétail et d'ustensiles), Jendelge, veuve de Feibel Mosbacher (commerce de bétail) et Maier Löb Sommer (produits secs et boucherie).
À partir de l'abolition de l'enregistrement, en 1867, le nombre de résidents juifs va rapidement progresser: en 1867, il y a 19 habitants juifs pour une population totale de habitants, soit 1,2 pour cent. En 1880 il y a 55 Juifs sur un total de habitants, soit 3,3 pour cent ; en 1900, 114 sur un total de habitants soit 7,0 pour cent ; en 1910, 124 habitants juifs sur un total de soit 5,9 pour cent. Les familles juives viennent entre autres de Züntersbach, de Leichtersbach, Schondra, Geroda ou de .
La communauté juive possède une salle de prière qui sera remplacée en 1913 par une synagogue, une école religieuse, un mikvé (bain rituel) et un cimetière. L'enseignant religieux est aussi employé comme Hazzan (chantre) et comme abatteur rituel. Ce poste est occupé par David Lehmann (de 1877 jusqu'à 1922), puis par Samuel Gundersheimer (de 1922 à 1939).
Jusqu'en 1892-1893, la communauté est rattachée du point de vue religieux au rabbinat régional de Gersfeld, puis à partir de cette date à celui de Bad Kissingen. Pendant la Première Guerre mondiale, la communauté juive perd quatre de ses membres, tombés au champ d'honneur.
Les curistes juifs trouvent dans la ville thermale de Bad Brückenau trois hôtels, respectant strictement les préceptes religieux: l'hôtel de la famille Kaufmann (depuis 1876), l'hôtel Strauss (depuis 1900, anciennement hôtel Kullmann) et à Brückenau même, le Central-Hôtel de Josef Schuster (depuis 1923).
En 1924, la communauté comprend 128 personnes, dont 120 habitent à Brückenau et huit dans la station thermale de Bad Brückenau, soit 5,3 pour cent de la population totale de résidents, avec pour présidents Nathan Grünebaum et Max Goldschmidt. L'école religieuse accueille dix enfants. En 1932, le président de la communauté est Salomon Stern et le vice-président Max Goldschmidt. Samuel Gundersheimer est l'enseignant et en même temps le Hazzan et le secrétaire du bureau de la communauté. Pendant l'année scolaire 1931-1932, huit enfants juifs suivent les cours de l'école primaire juive, et 16 enfants suivent les cours de religion. L'association Chewro, œuvre de charité fondée en 1924 dans le but d'aider ceux dans le besoin, dirigée en 1932 par Abraham Grünebaum, comprend une quarantaine de membres.
La période nazie En 1933, lors de l'arrivée au pouvoir du parti nazi, 117 Juifs habitent à Brückenau (soit 4,8 pour cent de la population totale de ), dont 14 à Wernarz. En raison du boycott économique, de la privation croissante des droits civiques et des multiples mesures discriminatoires, de nombreux membres de la communauté quittent la ville. Les organes de la communauté continuent à fonctionner malgré les difficultés croissantes. En 1936, il y 15 élèves à l'école élémentaire juive, en tenant compte des élèves de Zeitlofs et d'Unterriedenberg.
En , des rumeurs insidieuse circulent que les hôtels juifs de Bad Brückenau sont fermés. Les hôteliers sont obligés de publier des démentis dans les journaux: Magazine Der Israelit du 22 juin 1933.: On nous demande de préciser ce qui suit: Il règne dans notre communauté l'idée fausse que divers hôtels juifs ne seront pas ouverts cette année pour la saison. Nous devons nous opposer avec toute notre énergie à cette idée fausse. Les hôtels juifs, et plus particulièrement ceux qui suivent les rituels, doivent dans les conditions actuelles, comme chacun d'entre nous, lutter doublement pour leur existence, en faisant de lourds sacrifices afin d'offrir à leurs clients un cadre confortable, paisible et libre de tout problème, surtout en ce qui concerne les repas rituels, afin de garantir un séjour agréable. En particulier à Brückenau, qui est connu depuis des décennies comme une station thermale de renommée mondiale pour les reins et la vessie, ainsi que pour ceux qui ont un besoin de remise en forme, située dans cadre idyllique et d'une beauté incomparable, les propriétaires des hôtels Kaufmann et Strauß, qui jouissent depuis toujours de la meilleure réputation, affirment que les séjours de cette saison seront équivalents à ceux des saisons précédentes. Ici, le prix de la pension a été adapté aux conditions actuelles, malgré la forte augmentation des prix alimentaires, afin que chacun puisse se permettre de passer là ses jours de cure et de repos. Ainsi, c'est un devoir pour tous nos coreligionnaires, en ces temps difficiles, de ne considérer que les maisons juives.
Avant 1940, 95 habitants juifs de Brückenau ont fui la ville pour se réfugier soit dans des grandes villes allemandes (58 se sont installés à Francfort-sur-le-Main, 8 à Fulda, 3 à Hambourg et à Munich), soit pour émigrer (13 ont rejoint les États-Unis, 7 l'Afrique du Sud, 5 se sont installés en Palestine, 3 en Angleterre et 1 aux Pays-Bas).
Lors de la nuit de Cristal, du au , la synagogue et le bâtiment de l'école juive sont incendiés et fortement endommagés. Tout le mobilier est détruit. Les hôtels appartenant aux Juifs sont pillés et incendiés par les membres des SA et des SS. Les hommes juifs qui restaient encore en ville, sont arrêtés et envoyés au camp de concentration de Dachau. Après leur retour, le nombre d'habitants juifs de la ville diminue rapidement: 42 au début de 1939, 13 en . Les 7 derniers habitants juifs de Brückenau sont déportés en 1942 vers le camp de concentration d'Izbica dans le district de Lublin en Pologne et à Theresienstadt.
Le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem a identifié 37 victimes juives du nazisme, parmi les personnes nées à Brückenau ou ayant résidé longtemps dans la villeMémorial de Yad Vashem et Gedenkbuches - Opfer der Verfolgung der Juden unter der nationalsozialistischen Gewaltherrschaft in Deutschland 1933-1945 (Livre mémorial – victimes de la persécution des Juifs sous le régime nazi en Allemagne 1933-1945)..
Historique de la synagogue La première synagogue La première salle de prière existe depuis la fin du , quand environ dix familles juives vivent en ville. En 1628, pendant la guerre de Trente Ans, la communauté juive demande l'autorisation d'utiliser leur salle de prière et l'école. Après cette date, le nombre de Juifs dans l'évêché de Fulda diminue et en 1671, les Juifs sont expulsés de Brückenau, mettant fin à la vie juive dans la ville.
Au , les familles installées à Brückenau, se rendent pour les offices à Unterriedenberg ou Züntersbach. À partir de 1763, les familles juives auraient organisé une école dans une maison privée et utiliseraient ce lieu comme synagogue pour les fêtes. Mais n'ayant aucune autorisation, cette synagogue secrète doit fermer en 1767. Deux ans plus tard, en 1769, Heyum Joseph obtient cependant l'autorisation d'ouvrir un oratoire privé et cette petite synagogue devient le lieu de prière officiel des juifs de la ville. Comme la population juive reste faible, cette simple salle de prière reste suffisante jusque dans les années 1870.
Lors du grand incendie de la ville en 1876, la salle de prière existante est détruite. En 1878, Emanuel Cahner achète un terrain pour y bâtir une synagogue, mais la synagogue ne sera pas construite sur ce terrain. Les dons reçus pour la construction de la synagogue après l'incendie de la ville, se montent à marks, seulement suffisant pour l'achat d'un bâtiment au 24 Unterhainstraße, où vont être installées l'école juive et une salle de prière, qui, en 1896, permettra d'accueillir 16 hommes et 19 femmes.
1913 : construction d'une nouvelle synagogue Après 1900, la salle de prière devient nettement insuffisante et il est décidé de bâtir une synagogue vraiment représentative. En 1907, une collecte nationale est lancée parmi toutes les communautés juives du Land de Bavière: Magazine Der Israelit du 14 mars 1907.. En 1909, les plans de la synagogue sont approuvés et le coût estimé de la construction s'élève à pour le bâtiment et à pour les aménagements intérieurs: Magazine Der Israelit du 2 décembre 1909.. La construction est entièrement financée par les fonds récoltés car les subventions demandées à plusieurs reprises à l'état ont toutes été refusées: Journal Frankfurter Israelitisches Familienblatt du 25 juillet 1913..
La construction débute après de longues préplanifications qui vont durer de 1911 à 1913. La synagogue est inaugurée le . Lors de la consécration, un public nombreux est présent et le maire Reinwald promet la protection de la ville pour la synagogue. L'inauguration est décrite dans les journaux de la communauté juive allemande: Journal Frankfurter Israelitisches Familienblatt du 29 août 1913. : Journal du 5 septembre 1913. et plus particulièrement dans le magazine Der Israelit : Magazine Der Israelit du 26 septembre 1913. :