La ligne de Coni à Vintimille est une ligne ferroviaire franco-italienne qui relie les deux villes italiennes de Coni et Vintimille, en passant sous le col de Tende. Elle a pour particularité que sa section comprise entre les gares de Piène et Viévola se trouve en territoire français. Le reste de la ligne est en territoire italien.

Cette ligne internationale de chemin de fer à écartement standard et à voie unique franchit la frontière franco-italienne et la ligne de partage des eaux entre les Alpes maritimes et les Alpes ligures par un tunnel de plus de de long sous le col de Tende. La ligne est rejointe en gare de Breil-sur-Roya par la ligne de Nice à Breil-sur-Roya. Ces deux lignes sont communément appelées « ligne de Tende ».

La section française constitue la ligne du réseau ferré national.

Cette ligne de montagne spectaculaire par son tracé et ses ouvrages d'art constitue l'une des trois relations ferroviaires existantes entre l'Italie et la France, mais son intérêt économique est surtout local. Au sud du tunnel de Tende, la ligne de Coni à Vintimille traverse en territoire français la zone périphérique à l'est du parc national du Mercantour.

La ligne présente un dénivelé supérieur à mètres entre le point culminant situé dans le tunnel du col de Tende ( m) et le niveau de la Méditerranée. La rampe maximale s'élève à et le rayon de courbure minimal est de . Ces paramètres autorisent une vitesse maximale de . Entre Bevera Gare de Bevera située au km 94,4 de la ligne et Robilante au km 16,5, soit sur , la ligne est à cinquante-huit pour cent en souterrain.

Le tracé de la ligne s’inscrit dans un secteur qui est géologiquement très instablenotamment entre Nice et Breil-sur-Roya, ce qui peut provoquer des déformations de la voie qui nécessitent la limitation de la vitesse à sur certaines sections.

L’exploitation de la ligne est souvent menacée par des chutes de pierres. Des filets de retenue et des fils détecteurs de chute équipent les secteurs concernés. Lorsque ces fils sont rompus par des chutes de pierre, cela provoque la mise en position d'arrêt des signaux et l'interruption immédiate du trafic.

Histoire de la ligne Premiers projets L'étude des différents projets, ainsi que la construction des lignes de Coni à Vintimille et de Nice à Breil-sur-Roya, sont intimement liées. À partir de 1851, différents projets de liaison ferroviaire entre la Méditerranée et le Piémont sont apparus et la ligne reliant Turin à Savone a été ouverte dès 1874.

En 1856, un projet qui se rapproche beaucoup de la ligne finalement réalisée est proposé par l'ingénieur italien Filippo Cenotti avec toutefois des différences de tracé dans la vallée inférieure de la Roya. Mais, en 1858, ce projet est rejeté une première fois. Un contre-projet commandé par la ville de Nice pour rejoindre Coni à partir de cette ville est étudié par l'ingénieur Petit-Nispel en 1857. Il prévoit une liaison qui suivrait en partie l'ancienne route du sel, remonterait vers le nord par la vallée du Paillon, puis emprunterait la vallée encaissée de la Vésubie, passerait ensuite sous le col de Pagari et rejoindrait Coni en descendant par la vallée du Gesso.

En 1860, le royaume de Piémont-Sardaigne perd la Savoie et le comté de Nice au profit de la France. La partie inférieure de la vallée de la Roya reste au Piémont-Sardaigne et la section de vallée moyenne devint française. Cependant, les deux communes supérieures, La Brigue et Tende restent sardes. Cette décision trouve sa justification par le maintien du parcours de chasse du roi Victor Emmanuel II, mais des raisons stratégiques sont aussi invoquées.

La loi du (dite plan Freycinet) portant classement de 181 lignes de chemin de fer dans le réseau des chemins de fer d’intérêt général retient en , une ligne de « Nice à Coni, par la vallée du Paillon, le contrefort du Braous, Sospel, le contrefort de Broïs et Fontan..

En Italie, la loi nécessaire à la construction de la ligne de Tende est adoptée à la même époque. Mais pour des raisons stratégiques une opposition au projet se manifeste en France à partir de 1875 et la question de la sécurité militaire bloque le projet pendant les trente années suivantes. C'est pour cette raison que des itinéraires purement italiens sont également envisagésDe son côté, le ministère de la guerre français s’opposa pendant trente ans à toute création d’une ligne ferroviaire dans ce secteur.

Construction de la ligne La construction de la ligne démarre à partir de Coni en 1883, mais des doutes concernant la sécurité nationale conduisent à la fermeture du bureau chargé de l’étude de la ligne côté français en 1887. En 1889, les Italiens commencent le creusement du tunnel du col de Tende, long de m. Il est achevé en 1898.

En 1900, les ministres français de la Guerre et des Travaux publics se mirent d'accord sur une liaison Nice-Breil-sur-Roya et sur son prolongement jusqu'à la frontière internationale. La concession de la partie française de la ligne est accordée à titre éventuel à la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée par une convention signée entre le ministre des Travaux publics et la compagnie le . Cette convention est approuvée par une loi le ..

En Italie, des propositions sont faites à nouveau pour un tracé purement italien de la ligne de Tende, solution qui supposait cependant la construction d'un deuxième tunnel.

En , une convention franco-italienne est signée; elle prévoit l’achèvement de la liaison Nice-Coni en 1914.

Du côté français, la ligne est déclarée d'utilité publique par une loi le .. Elle portait sur le tronçon de Nice à la frontière italienne (située à l'époque entre la gare de Fontan - Saorge et celle de Saint-Dalmas-de-Tende), ainsi qu'un court raccordement entre Breil-sur-Roya et Airole, première gare italienne de l'époque en direction de Vintimille.

En 1908, la construction de la ligne a démarré dans la basse vallée de la Roya entre Vintimille et la frontière, en direction de Breil-sur-Roya.

En 1914, la construction de la ligne est interrompue en France à cause de la Première Guerre mondiale. Pourtant, en Italie, les travaux progressent vers La Brigue au nord et vers Piène au sud jusqu'en 1915, lorsque l'Italie entre dans le conflit en déclarant la guerre à l'Autriche-Hongrie.

Après la fin de la guerre, en 1921, la construction de deux des grands ouvrages de la ligne commence, les viaducs de Scarassoui et de Saorge ; ils seront achevés en 1923.

Inauguration et mise en service Le a lieu l’inauguration suivie de la mise en exploitation des deux lignes Coni - Vintimille d'une part et Nice - Breil-sur-Roya d'autre part. L'exploitation est assurée alors par les FS côté italien, et par le PLM du côté français. À partir de 1931, les sections de ligne italiennes de Vintimille à Piène et de Coni à Saint-Dalmas-de-Tende sont électrifiées en courant alternatif triphasé à et 2/3 mais pas le tronçon central français.

En 1934, les autorités militaires françaises autorisent l'électrification du tronçon de ligne entre Piène et Saint-Dalmas-de-Tende via Breil-sur-Roya. Les travaux sont achevés en 1935 selon le système d'électrification déjà en vigueur sur une partie de la ligne. Grâce à la suppression des relais de traction multiples, les temps de parcours entre Vintimille et Coni sont alors été raccourcis d’environ 30 minutes.

La crise économique, le protectionnisme et la dégradation des relations politiques entre l'Italie et la France conduisent à partir de 1937 à une forte décroissance du trafic sur toutes les lignes entre les deux pays. À partir de 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, le trafic transfrontalier est presque complètement arrêté.

Destructions au cours de la Seconde Guerre mondiale En 1940, l’Italie de Mussolini déclare la guerre à la France. Le viaduc de Saorge et d'autres installationsParmi les destructions il faut ajouter les installations du tunnel du mont Grazian situé entre Sospel et Breil-sur-Roya sur la Ligne de Nice à Breil-sur-Roya sont détruits. Après l'arrêt des combats, les italiens entament la reconstruction et les travaux s'achèvent la même année. L'exploitation de la ligne entre Vintimille et Coni reprend le . À cette date, les militaires en sont les seuls utilisateurs.

En , les combats cessent entre les Alliés et l'Italie après la signature de l'armistice Après la capitulation de l'Italie et la signature de l'armistice signé entre Italiens et Alliés. L’armée allemande occupe alors la région à la place de l’armée italienne. Le viaduc de Saorge, détruit une seconde fois par les italiens est à nouveau provisoirement rétabli par les Allemands. En 1945, pour protéger la retraite de l’armée allemande, les Allemands détruisent tous les ponts sur la Roya, dont le viaduc de Saorge, détruit pour la troisième foisSur la ligne Nice à Breil-sur-Roya, à l'été 1945, la liaison télégraphique est rétablie sur toute la ligne et le service des chemins de fer entre Nice et Sospel reprend à nouveau.

Après-guerre et reconstruction

La section italienne située au nord de la ligne entre Coni et ViévolaLa gare de Viévola est située sur la commune de Tende, peu touchée par les destructions, est remise en état en premier par les italiens. Ils en reprennent l’exploitation en 1946. Le traité de Paris met fin en 1947 à la guerre entre l'Italie et la France. Des corrections frontalières sont décidées. Les 4 villages de Viévola, La Brigue, Tende, et Saint-Dalmas-de-Tende sont rattachés à la France en . Le traité est confirmé par un référendum local. La frontière nord passe désormais dans le tunnel du col de Tende En outre, la frontière sud est décalée de sorte que le tunnel du mont Grazian, entre Sospel et Breil-sur-Roya (Ligne de Nice à Breil-sur-Roya) se trouve complètement en France. Cette rectification de frontière provoque une interruption de trafic entre Limone et Viévola. La ligne est toutefois utilisée de façon sporadique par les chemins de fer italiens pour le transport de bois.

En 1963, la France approuve la reconstruction de la section de ligne entre Vintimille et Viévola. Une convention intergouvernementale est signée le pour la reconstruction par l'Italie du tronçon central en territoire français. Quatre-vingt dix pour cent des frais sont pris en charge par l'Italie au titre des dommages de guerre. De plus, la convention internationale prévoit que l'Italie prenne en charge l'intégralité des coûts d'entretien de la section (Piène - Viévola située en territoire français). Bien que la ligne soit en territoire français, le système technique de signalisation est celui des chemins de fer italiens (commande centralisée, comme sur la section Vintimille - Breil), car l'intérêt principal de la ligne est bien d'assurer la liaison entre la Riviera dei Fiori et le Piémont. vignette|Plaque commémorative de l'accident. Les travaux commencent en 1973 dans la partie italienne de la vallée de la Roya (Vintimille - Piène) Les travaux commencent en 1976 sur la branche française vers Nice. Presque tous les grands ponts doivent être reconstruits ; les plus spectaculaires sont le pont de la Bévéra et celui du Scarassoui. Cependant l'électrification qui existait de 1935 à 1940 au sud de Limone, n'a pas été rétablie. La réouverture officielle de la ligne a lieu le .